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Homéopathie & Anthropologie

article du Dr Pierre Popowski, pédiatre homéopathe à Montgeron
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Cet article a été publié à l'origine dans le N°161 de décembre 1999 / janvier 2000 des Cahiers de Biothérapie et est reproduit ici avec l'aimable autorisation de son auteur.

« Je suis persuadé qu'un jour viendra où le physiologiste, le poète et le philosophe,
parleront la même langue et s'entendront tous
. »
Claude Bernard

      Quelle homéopathie pour le IIIe millénaire ? Angoissante question, si l'on en juge par les évolutions récentes.

      Mais à y regarder de près, avons-nous raison d'être inquiets ?

      En effet, "macroscopiquement", à l'échelle sociale, de plus en plus de gens se tournent vers l'homéopathie. Cet engouement, qui n'est pas conjoncturel, mais profond, représente notre "potentiel de nuisance", pour utiliser le langage des hommes politiques. Les patients qui se tournent vers nous représentent un groupe de pression incontournable, qui empêche régulièrement les Ministres successifs ayant en charge la Santé en France de faire passer à la trappe nos granules et notre Art, malgré le prétexte fallacieux de "non-validation scientifique". Plusieurs raisons expliquent ce mouvement régulier vers l'homéopathie : j'y vois surtout une lassitude vis–vis de la médecine allopathique, un désir de respect d'une certaine dimension écologique appliquée à l'homme, et surtout un pragmatisme admirable, qui montre que ceux que l'on appelle "les gens" ne sont pas si niais, et qu'ils savent où est leur intérêt ; en particulier, ils savent passer par-dessus les dogmes médiatiques sécrétés par les divers "lobbies" anti-homéopathie, en reconnaissant la valeur de l'acte homéopathique qui valorise l'écoute et respecte la différence.

      Mais "microscopiquement" aussi, à notre échelle individuelle de médecin de terrain, nous avons aussi quelques raisons d'espérer. Lorsqu'un médecin et son patient assistent – médusés – à la guérison définitive d'un asthme avec une seule dose de STRAMONIUM XMK, alors qu'il est traité depuis des années par les spécialistes hospitaliers avec les médicaments conventionnels, il y a de quoi affermir ses certitudes.

      Lorsqu'un pédiatre et une maman assistent – émerveillés – à la guérison d'un raptus majeur d'auto-dévalorisation d'un enfant, avec une échelle de LAC CANINUM, il y a de quoi relativiser ses doutes.

      Lorsqu'enfin, un praticien – ébahi – voit se résoudre une pathologie trans-générationnelle ancrée et rebelle, avec quelques doses de CAMPHORA XMK, il y a effectivement de quoi tempérer son pessimisme.

      Car enfin, ne sommes-nous pas les vecteurs actuels d'une Tradition médicale qui a fait ses preuves à travers les âges, car elle a toujours su voir, au-delà des dogmes et des illusions sécrétées par les progrès technologiques, ce qui est éternel en l'homme : cette parcelle de lumière que chacun porte en soi, qui fait que l'homme est "humain", et qu'il mérite d'être entendu dans sa différence ?

      Et nos médicaments dilués-dynamisés, loin de véhiculer je ne sais quelle lubie placebophore et désuète, ne sont-ils pas à la pointe de la plus aiguë des modernités ? Encore "magique" il y a quelques décennies, notre thérapeutique voit s'approcher à grands pas ce jour certain où un génie nobelisable, ou bien un consensus généralement partagé – en particulier par l'Académie de Médecine –, finiront enfin par nous apporter le "nouveau paradigme". Ce "chaînon manquant" permettrait au plus grand nombre de scientifiques de passer le mur du son de leur doute critique, en reconnaissant la réalité scientifique de notre pratique.


Homéopathie : Anthropologie du IIIe millénaire ?

      Les anthropologues ont beaucoup voyagé de par le globe pour nous ramener en cette fin de XXe siècle deux notions essentielles : la première affirme le caractère universel de la nature "humaine", la seconde valide l'approche imaginaire du réel.

      En effet, la première notion a fait comprendre au "bon blanc" occidental que le métissage est la règle, et la xénophobie une anomalie. Pourquoi ces cloisons alors qu'on retrouve dans le monde, à travers les formes particulières propres à chaque culture, les mêmes grands schèmes d'interrogation qui travaillent les hommes depuis des millénaires dans l'intimité profonde de leur chair de mortels, quelle que soit leur couleur.

      Et la seconde a réparé in extremis une injustice : celle qui aurait laissé se développer l'idée que la vision du monde peut se résumer en un concept, produit par la raison – "Je pense, donc je suis" –, reléguant au rayon antiquités-brocante la "folle du logis" de l'imagination. Heureusement, des scientifiques d'horizons divers, tels Claude Lévi-Strauss, Gaston Bachelard, Mircea Eliade, Gilbert Durand, Georges Dumézil, Michel Serre... ont réhabilité l'âme des peuples et celle des individus en redonnant sa place à l'imaginaire qui, à l'instar de sa sœur jumelle la raison, est l'inspirateur des découvertes et des progrès.

      Certes, l'homéopathie est bien une médecine, donc en premier ressort une pharmacologie. En cela, elle obéit aux règles de la science, dont le dogme ambiant repose sur les mathématiques appliquées à la biologie, en particulier les statistiques.
 

      Mais l'homéopathie est aussi une anthropologie. Elle aussi voit l'universalité en l'homme et fait une place à l'imaginaire dans son appréhension du réel. Et comme telle, elle se doit de revendiquer de n'avoir affaire que secondairement aux mathématiques quantitatives. Les "modèles mécaniques" homéopathiques, dans lesquels on étudie les connections structurales sur un cas particulier ou même singulier, doivent prévaloir sur les "modèles statistiques". Comme l'écrit G. Durand dans son livre intitulé Les structures anthropologiques de l'imaginaire : « certes la découverte se fait sur un seul cas étudié à fond, mais la preuve peut se faire par la convergence comparative, dont le cas privilégié constitue le modèle exemplaire ». [Note de l'auteur : G. Durand, Les structures anthropologiques de l'imaginaire, Bordas. 1969]

      L'homéopathie, à l'instar de l'anthropologie, doit revendiquer fermement la reconnaissance de l'exemplarité d'un cas, à travers la description de ses nombreux cas cliniques. Et ce, jusqu'à ce que des modèles mathématiques spécifiques appliqués à la recherche ambulatoire, alliés à la recherche fondamentale, nous permettent de lever les doutes des hommes de science honnêtes et des sceptiques de tout poil. Pourquoi des médecins, spécialistes, ayant fait 13 années d'études après le Bac, ne seraient-ils pas écoutés, alors que des ignorants incultes dans notre matière, tiennent le haut du pavé médiatique, en bavant leur fiel cynique et hypocrite ?

      Si un médecin compétent, bien formé, possédant une solide expérience de la clinique, dit qu'il guérit avec ses remèdes homéopathiques, – et que ses patients le confirment –, pourquoi cesserait-on de l'écouter parce qu'à est homéopathe ? Pourquoi y aurait-il une "exception culturelle", un ostracisme touchant les prescripteurs (et les utilisateurs) des Médecines Alternatives et Complémentaires (M.A.C.), alors qu'ils sont, pour la plupart, des médecins vertueux, prenant en compte l'intérêt privé de leurs patients et celui, plus général, de la Sécurité Sociale en pratiquant le "juste soin" ?

      Un autre point fondamental de convergence entre homéopathie et anthropologie mérite d'être souligné : la loi de similitude, qui est le socle de la pratique homéopathique, est d'observation très courante en anthropologie.

      A titre d'exemple, Gilbert Durand cite l'ambivalence de l'astre solaire dévorant-dévoré : le soleil peut être à la fois lion, et dévoré par le lion. C'est ce qui explique la curieuse expression du Rig Véda qui qualifie le soleil de "noir" : Savitri, dieu solaire, est en même temps la divinité des ténèbres.

      Autre exemple : le cheval "Bayart", dans le folklore européen, est un animal mythique qui se déplace d'Est en Ouest en des bonds prodigieux. Mythe solaire christianisé sous la forme d'un cheval de St-Martin ou de St-Gildas, dont le sabot se grave un peu partout en France. De ses empreintes naissent les sources. Mais par une espèce d'antiphrase sentimentale, le cheval Bayart, devient le démon maléfique des eaux invoqué pour le franchissement des rivières. (1)

      La loi de similitude semble donc être gravée au plus profond du vivant. Émergeant de l'imaginaire des peuples, elle fait qu'un principe diurne peut se transformer en son jumeau nocturne. Enfouie au plus profond de la chair des individus, elle fait qu'un métal, un végétal, ou un minéral peut soit engendrer des symptômes morbides, soit guérir ces mêmes symptômes, en fonction du dosage et de la sensibilité. Et à l'œuvre, toujours cette même vitalité, cette "Dynamis", tantôt "âme du monde", tantôt âme des hommes, toujours prête à recouvrer l'état d'harmonie grâce au média infinitésimal de l'amour et/ou du remède dilué-dynamisé.


Homéopathie et devoir pour les générations futures

      L'approche homéopathique de l'homme, avec sa spécificité, représente donc certainement cette "néo-anthropologie" du IIIe millénaire dont Malraux aurait certainement osé rêver s'il avait été médecin. Nous savons en effet que l'utilisation clinique de la Loi de similitude repose à la fois sur l'individualisation analytique valorisant les symptômes particuliers les plus inusités et les plus originaux, et la globalisation synthétique, hiérarchisant l'ensemble dans une stratégie ouverte sur les profondeurs de l'être. Cette amplitude du regard, propre à la médecine homéopathique, autorise une approche du malade qui prend en considération non seulement sa souffrance immédiate, physique ou psychique, mais aussi son angoisse existentielle profonde, le tout en relation avec son environnement. Et c'est cette possibilité de "contamination de la totalité de la personne" par la pensée, cette "percolation de l'être" par le sentiment, qui me permet d'avancer cette audacieuse affirmation : l'homéopathie sera l'anthropologie du XXIe siècle.

      Car, que serait une médecine réduite à la mise en pratique d'une technique même sophistiquée, si elle fait du praticien un ingénieur doué, mais stérile ? Que serait une médecine réduite à la prestation de services standardisés, saucissonnés dans des protocoles issus d'études randomisées, passés au crible consensuel d'élites auto-proclamées, si elle transforme l'Art médical en recherche féroce de rentabilité.

      Se laisser aller à accepter cet état de choses, c'est mourir, et laisser mourir la médecine. Car l'Art médical est une technique, mais aussi une esthétique et une éthique. La quête du Beau et du Bon devrait faire partie intégrante de la pratique médicale.

      N'est-ce pas cette élégance dans le mode d'action que recherche inconsciemment l'uniciste dans le feu de son action ? Alors qu'il se perd après coup en explications, fustigeant les pluralistes en se référant à Hahnemann – chacun ayant d'ailleurs sa propre interprétation des paroles du Maître.

      Le sens des valeurs morales invoqué dans le Serment d'Hippocrate nous interdit d'accepter la dévalorisation de l'acte thérapeutique et la marginalisation de notre différence. C'est notre devoir de les préserver et de les transmettre.



A y regarder de près, avons-nous raison d'être inquiets ?

      Il semble que nous soyons au seuil d'une période d'évolution qui rendra les changements inéluctables. Mais je persiste à voir l'avenir sous un angle optimiste.

      Il faudrait que cessent les attaques contre l'homéopathie, petite sœur de la vaccination, puisqu'au moment où Jaenner faisait ses premières tentatives balbutiantes, en 1796, Hahnemann traduisait un texte désormais célèbre.

      Il faudrait que les médecins homéopathes soient définitivement cooptés dans le corpus médical officiel, en toute franchise, que la faculté les forme, et que l'Académie les respecte.

      Il faudrait débloquer des crédits publics pour poursuivre la recherche sur l'infinitésimal, qui est loin de nous avoir livré tous ses secrets, et mettre en œuvre des protocoles sérieux de recherche clinique.

      Il faudrait développer l'interrogation philosophique et sociologique sur les fondements de l'humain, ce qui rendrait à terme impossible tout totalitarisme, qu'il soit celui des armes, de l'argent ou de la pensée unique.

      Il faudrait enfin réhabiliter les véritables élites, celles qui font du service d'autrui une vocation, "grands hommes" au service des "petites gens", qui comptent parmi elles les membres du corps médical et paramédical – je n'oublie ni les infirmières, ni les orthophonistes... –, dévoués au quotidien au service des autres, malgré les difficultés financières, matérielles et morales. Alors, comment conclure ce qui ressemble à une profession de foi ? Peut-être en se rapprochant encore des patients, en rappelant le rôle fondamental qu'ils auront à jouer dans un avenir proche, car ils devront prendre conscience des enjeux concernant leur santé et se mobiliser, à travers des mouvements associatifs. Ce pragmatisme des "gens", souligné au début de cet article pourrait en effet se retourner un jour, et faire que les "petits", les "négligés", les "sans grade", seront entendus dans leurs doléances, restaurant les valeurs démocratiques et abolissant les privilèges actuels des "nantis", technocrates et conseillers techniques de tous ordres, qui s'autorisent encore –mais pour combien de temps ? – à prendre des mesures absurdes à l'égard de l'homéopathie.




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