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La jeunesse d'Aleister Crowley

article de Pierre Victor (1957)
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Cet article a paru originellement dans le N°8 de la revue La Tour Saint-Jacques (Janvier-février 1957). Il a été ressaisi et corrigé par France-Spiritualités.
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      En France, le nom d'Aleister Crowley n'éveille à peu près aucune réaction. Seules quelques revues plus ou moins confidentielles, mais peu dignes de foi, ont parlé de lui : rien ne mérite d'être cité. En Angleterre et aux Etats-Unis, il en va autrement. Crowley y fut pendant de longues années l'objet d'attaques extrêmement violentes de la part de certains journaux ; la plus stricte objectivité oblige à dire que leur tenue générale est plus que médiocre et qu'ils sont plus préoccupés de scandales et d'effets faciles que de vérité historique, pour ne pas parler de leur manque de probité intellectuelle. Ceci a contribué à créer autour de cet homme une légende plutôt sinistre de sorcellerie et de satanisme. Pour certains Anglo-Saxons, Crowley, homme réel, joua un peu le rôle du chanoine Docre, le héros romanesque de J. K. Huysmans. Il n'y a cependant aucun rapport entre les méthodes et enseignements de Crowley et ce qu'on a pu appeler la « religion » de Docre – pas plus qu'avec les pratiques généralement attribuées à la « magie noire » : envoûtements, messe noire, profanation d'hosties, etc.

      Dans une certaine mesure, la réputation de Crowley fut cependant créée et encouragée par lui-même, sans doute pas toujours consciemment. Il était en effet de cette sorte d'hommes qui cherchent la provocation constante et systématique : choquer, scandaliser, était pour lui un jeu et un sport, encore qu'il ait cependant beaucoup souffert des attaques violentes dont il fut l'objet.

      Ce comportement particulier n'est pas sans le rapprocher de toute une tradition de poètes français, de Rimbaud aux surréalistes avec lesquels il est intéressant de comparer sa pensée. Au demeurant, il fut dans une large mesure la victime du climat particulier de l'Angleterre d'Edouard VII et de Georges V, encore imprégnée de puritanisme victorien. En France, il est probable que tous ces remous ne se seraient pas produits.

      A l'heure actuelle, neuf ans après sa mort (presque jour pour jour), il semble qu'on se dirige vers une appréciation plus sereine et plus objective de ce personnage singulier. Moins caricatural, moins stylisé, le véritable Crowley est peut-être beaucoup plus énigmatique.


L'enfance

      Edward Alexander CROWLEY naquit à Leamington, non loin de Manchester, le 12 octobre 1875. Son père, Edouard CROWLEY, était un riche brasseur qui appartenait à la secte des « Plymouth Brethren » ou Darbystes (1) ainsi que sa mère, née Emily Bertha BISHOP. Il s'agit d'une secte de protestants ultra-puritains. Suivant les enseignements de leur plus célèbre représentant, J. N. DARBY, ils pensaient que les diverses églises chrétiennes avaient trahi l'enseignement du Christ et, par leurs « apostasies », étaient devenues les « chapelles d'abominations », ou « Babylone and Sodome ». Seule une interprétation littérale de la Bible dans ses plus petits détails, un moralisme rigoureux, un refus de tout contact avec l' « apostasie » des églises pouvait mener au salut quelques élus, l'immense masse étant condamnée à la damnation et aux feux de l'enfer.

      L'éducation de l'enfant fut évidemment particulièrement sévère, et la seule lecture à lui autorisée, celle de la Bible. Même la fête de Noël était considérée comme païenne et démoniaque. Pourtant il semble qu'Edward Crowley ait été un homme bon et juste. Mais malgré tout son ascendant et l'amour de l'enfant pour lui, le petit garçon ne trouvait un atttait marqué dans la Bible que pour tout ce qui, pour les Darbystes orthodoxes, était singulier et peu édifiant, les listes des noms sonores et incompréhensibles, ou les personnalités réprouvées tels Achab et Jézabel. Son esprit s'égarait en songeries vers ce que pouvait être le culte de Baal et les « strange women ». Il avait onze ans quand son père mourut, le 5 mars 1887, le laissant héritier d'une belle fortune et sous la tutelle de sa mère. Celle-ci semble avoir été une femme d'un tempérament ardent mais complètement refoulé par le rigorisme religieux et puritain. Son influence exclusive, sans contrepartie paternelle, ne pouvait être qu'un facteur d'oppression, d'autant plus que l'enfant lui était sans doute étroitement lié. C'est là une « constellation » classique pour un psychanalyste, visiblement la même que nous trouvons chez A. RIMBAUD : l'enfant précoce, sensible, fixé à une mère puritaine et refoulée qui, troublée par cette affection, réagit par un excès de rigorisme.

      Pour son éducation, son père l'avait envoyé dans une pension réservée aux fils des « Plymouth Brethren » dirigée par un certain d'Arcy CHAMPNEY, pension dont il garda un souvenir horrifié.


L'adolescence

      A quatorze ans apparurent les effets psychologiques de la puberté et il se révolta contre le système religieux de son enfance. Une religion qui se manifestait par la contrainte, l'étouffement, l'hypocrisie, ne pouvait être la bonne. Elle n'était qu'un instrument de servitude. La vraie religion n'était-elle pas ce culte mystérieux de Baal avec ses ivresses, ses danses, ses extases, ses prêtresses ? N'y rêvait-il pas depuis des années ? Déjà il avait fait une expérience : se demandant ce que pouvaient être les abominations commises dans les églises anglicanes qui inspiraient tant d'horreur à sa mère, il était allé assister à un de leurs offices, un dimanche matin. Las ! il avait été bien déçu. Mais si Dieu était un ennuyeux persécuteur, le démon ne serait-il pas un rédempteur

      Dans sa fureur biblique, sa mère, quand elle voulait lui reprocher quelque chose, lui disait qu'il était aussi mauvais que la Bête de l'Apocalypse. Et il s'interrogeait sur cette Bête, et se persuadait qu'il était en effet la Bête, la Bête 666 qui délivrerait l'humanité de ses oppresseurs.

      Psychologiquement mauvaise, son éducation avait été techniquement bonne, et ce fut un jeune homme formé, athlétique et cultivé, qui entra à l'Université de Cambridge en octobre 1895. Il était alors passionné par l'alpinisme et la poésie. Depuis 1886 il s'essayait à écrire des vers dont certains ont été publiés depuis dans Oracles ; autres passions, l'escalade et le jeu d'échecs où il semble avoir excellé. En fait, il était capable d'efforts considérables, tant intellectuels que physiques, mais uniquement si le sujet l'intéressait. Mais plus que toute autre chose l'attiraient les sciences occultes ; il avait écrit en 1887 à A. E. Waite pour lui demander ses directives. Ce dernier, auteur d'ouvrages estimables sur les Rose-Croix, la franc-maçonnerie et les rites de magie cérémonielle, lui avait conseillé de lire Nuée sur le sanctuaire d'Eckartshausen, un auteur mystique du XVIIIème siècle.

      En 1898, Aleister, car il avait décidé de transformer ainsi son prénom Alexander, eut la joie de voir publier son premier recueil Aceldama dont les vers expriment une sensibilité dirigée fortement vers la recherche du morbide, de l'étrange. Baudelaire et Swimburne étaient ses maîtres et on peut rapprocher de cette œuvre certains passages de la Saison en Enfer qu'il ne connaissait certainement pas puisqu'elle resta à l'imprimerie jusqu'à la découverte de 1901.

                  Thou must breathe in all poisons; for thy meat,

                  Poison; for drink, still poison; for thy kiss

                  A serpent's lips! An agony in this

                  That sweats out venom; thy clenched hands, thy feel

                  Ooze blood, thine eyes weep blood; thine anguish is

                              More keen than death

                  At last – there is no deeper vault of hell beneath!

      De fait, Aceldama veut être un poème mystique retraçant les essais de l'âme pour échapper au monde décrit comme suit :

                  Dark night, red night. This lupanar

                  Has rosy flames that dip, that shake

                  Faint phantoms that disturb the lake

                  Of magic mirror-land


et qui aspire à l'union mystique

                  found god dwelling. Strong, immaculate

                  He knew me and he loved! His lips anoint

                  my lips with love, with thirst insatiate

                        He drank my breath

                  Absorbed my life in His, dispersed me, gave me death

                  .................................................................................................
                  Here I abandon all myself to thee

                  Slip into thy caresses as of right

                  Live in thy kisses as in living light

                  Clothed in thy love, enthnoned lazily

                  In thine embrace, as naked as the night

                        As love and lover

                  More pure, more keen, more strong, than all my dreams discover.

      La même année, il faisait paraître The tale of Achaïs, un poème d'amour d'inspiration mythologique et assez affectée, et Songs of the Spirit ; la critique de ces ouvrages fut des plus favorables : Le Manchester Guardian dira du dernier :

      « Nous avons lu avec admiration pour son intense spiritualité tout comme pour ses supériorités techniques... ce volume où nous sommes sûrs d'avoir trouvé une voix impressionnante et originale. »


La Porte de la Magie

      Mais même la poésie n'était pas le centre de ses préoccupations. Il cherchait le temple d'Isis, la porte de l'Initiation. Déjà il avait été en contact près de Londres avec les représentants de la sorcellerie.

      Margaret Murray a exposé dans son livre The God of the Witches la thèse que la sorcellerie du Moyen Age n'a pas été une illusion complète ou une perversion de pratiques magiques, mais un culte pré-chrétien qui fut, après une courte période de tolérance où il était soutenu par de puissants seigneurs, l'objet d'une persécution féroce. Des considérations très contestables, relatives aux fées, gnomes, lutins, etc., ont malheureusement nui dans l'esprit de critiques sévères à la prise de considération de cette thèse. Nous pouvons préciser ici de source absolument certaine que cette religion existe toujours et a conservé son culte, ses danses, ses usages et ses rituels secrets. Ceux-ci ont été eacute;purés des éléments anti-chrétiens qui y avaient été ajoutés à titre d'imprécation au moment des persécutions. C'est avec un groupe de ce genre que Crowley entra en contact – malheureusement le « Coven » ou loge de sorciers qu'il put atteindre était dirigé par de vieilles femmes dont il ne put accepter l'autorité, et il brisa vite (2) (3).

      Pendant l'été 1898, il se trouvait en vacances à faire de l'alpinisme dans le Valais, à Zermatt. A ses heures de loisir il étudiait la Qabale, en particulier dans le livre de S. L. Mathers. C'est alors qu'il rencontra un chimiste nommé Julian BAKER qui s'intéressait à l'alchimie. Ce dernier le prit en sympathie et le présenta à George Cecil JONES qui fut son parrain dans l'ordre de la Golden Dawn où il fut initié au grade de Néophyte 0°=0 (18 novembre 1898). Il prit la devise magique de Perdurabo. Jones devait rester d'ailleurs son ami de très longues années.

      Nous avons dans la Tour Saint-Jacques (N° 2 et 3) retracé l'histoire de cet ordre rosicrucien formé théoriquement d'un grade préparatoire et de grades analogiques à la hiérarchie des Séphiroth Qabalistiques. Il était alors dirigé dictatorialement par ce S. L. MATHERS dont A. C. étudiait les ouvrages à Zermatt, lorsqu'il rencontra Baker.

      Crowley parcourut vite les échelons de la hiérarchie et au bout de peu de temps il était prêt (4) à accéder à un des plus hauts degrés conféré par l'ordre, celui d'Adeptus Minor 5°=6o correspondant à la Sephira Tiphereth, cœur de l'arbre de la vie qabalistique. Et de plus et surtout il avait rencontré au sein de l'ordre celui qui devait être son maître toute sa vie et dont il vénéra le souvenir.

      C'était Allan Bennett, connu dans l'ordre de la G. D., comme le frère Jéhi Aour. Il n'avait que quatre ans de plus que Crowley. Ses connaissances occultes étaient considérables : qabale, magie cérémonielle, yoga, bouddhisme, et l'on raconte de lui qu'il avait des « pouvoirs » exceptionnels. Mais il était également un physicien distingué, spécialiste de l'électricité. Malheureusement, sa santé était déplorable : il était affligé d'un asthme chronique encore aggravé par le climat humide et froid d'Angleterre et il luttait contre son mal en absorbant de nombreuses drogues et des stupéfiants.

      Il est remarquable que tous ceux qui ont connu Bennett aient été d'accord pour proclamer qu'il s'agissait là d'un homme d'une élévation morale et spirituelle peu commune. Quelques mois plus tard il devait en 1900 partir pour Ceylan et endosser finalement en Birmanie la robe jaune de moine bouddhiste sous le nom de Bhikku Ananda Metteya. Il devait fonder aussi la première mission bouddhiste en Angleterre où il ne rentra que pour mourir.

      Il vivait alors assez pauvrement dans un médiocre appartement et Crowley le décida à vivre avec lui, dans son home où il avait déjà installé deux autels magiques et où il s'était déjà livré à des expériences assez désordonnées dans l'ardeur de recherches que lui procuraient ses connaissances et ses initiations au sein de la Golden Dawn.

      Crowley était déjà incapable de la moindre sujétion à l'égard d'un homme qui ne l'aurait pas dominé entièrement et pour qui il n'aurait pas eu une admiration sans réserve. Son caractère pouvait être extrêmement malveillant et il avait une tendance naturelle à couvrir d'opprobres et de calomnies tous ceux qui lui déplaisaient, pour quelque raison que ce fùt. Il semble remarquable qu'il ait accepté avec la plus entière soumission l'enseignement personnel d'Allan Bennett. Il y eut cependant dans cet enseignement un point dangereux. Comme nous l'avons dit, Bennett usait de drogues et de stupéfiants pour lutter contre son asthme mais c'était aussi pour faciliter ses expériences mystiques et extatiques. Le sujet est au demeurant extrêmement complexe et il a été évoqué récemment par Aldous Huxley dans les Portes de la Perception, après avoir été traité par Crowley lui-même dans son étude, Herbes dangereuses, parue dans l'Equinox. (Il fera du reste l'objet d'un numéro spécial de la Tour Saint-Jacques à paraître prochainement.)

      Chez Crowley, nous retrouvons cette même constellation : asthme, expériences extatiques, stupéfiants. Il est hors de doute que, malgré sa volonté de contrôle et sa résistance physique, cela finit par nuire à sa santé.


L'enseignement de la Golden Dawn

      Cet enseignement était constitué d'une part par les cérémonies d'initiation et par le symbolisme qu'elle impliquaient, d'autre part par un certain nombre de manuscrits qui étaient communiqués aux intéressés au fur et à mesure de leur élévation dans la hiérarchie ; ces manuscrits, ils devaient les recopier et les garder soigneusement pour eux. Heureusement nous les connaissons à présent à peu près tous et l'essentiel a été reproduit dans l'ouvrage d'Israël REGARDIE, The Golden Dawn. On y retrouve essentiellement :

      Les rituels du pentagramme et de l'hexagramme ;

      Description et rituels de consécration des divers instruments utilisés dans la magie cérémonielle : baguette, épée, etc.

      Instructions relatives aux talismans ;

      Instruction sur la Magie enochienne de John Dee ;

      Instructions sur le tarot ;

      Autres procédés divinatoires ;

      Bases de la cabale et autres de l'anthropologie cabalistique, tarot ;

      Instruction secrète sur le symbolisme du temple et du rituel de néophyte 0°=0 ; faisant intervenir les dieux de l'ancienne Egypte et en rapport étroit avec le symbolisme de la magie, de l'alchimie, etc. ;

      Echecs énochiens ;

      10° Couleurs symboliques et voyance ; Tattwas.

      Il s'agissait essentiellement de fournir à l'initié les méthodes propres à obtenir la « réalisation spirituelle ». Tout ceci constitue un ensemble très intéressant.

      D'autre part S. Mathers avait publié et traduit en français un manuscrit qui se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal La Sacrée magie d'Abramelin le Mage. C'est la description d'une méthode complète de théurgie ou de magie cérémonielle (5). Elle présente des différences notables avec les « clavicules de Salomon » : elle est plus élevée spirituellement, plus pure et, si l'on préfère, moins archaïque. Crowley la résume ainsi :
      « L'aspirant doit disposer d'une maison où il ne sera ni observé ni gêné. Dans cette maison il doit y avoir un oratoire avec une fenêtre au Nord ouvrant sur une terrasse, à l'extrémité de laquelle est une loge. Il doit avoir une robe, une couronne, une baguette, un autel, de l'encens, de l'huile d'onction et un « lamen » (6) d'argent. La terrasse et la loge doivent être recouvertes de sable fin. Il se détache lui-même graduellement de tout lien humain pour se consacrer de plus en plus à la prière pendant un temps de quatre mois. Il doit alors rester pendant deux mois dans une prière presque continuelle, parlant aussi peu que possible à quiconque. A la fin de cette période il invoque un être décrit comme le Saint Ange Gardien qui lui apparaît (ou apparaît à un enfant à son service) et qui écrira avec de la rosée sur le lamen qui est placé sur l'autel. L'oratoire est rempli d'un parfum divin qui ne provient pas de l'aspirant.

      Après une période de communion avec l'ange, il évoque les quatre Princes du Monde démoniaque et les oblige à lui jurer « obéissance » (7). Les jours suivants, il appelle et subjugue d'autres puissances, d'ordre subalterne, dont plusieurs lui serviront d'esprits familiers.


Abramelin

      Dès son initiation en 1898, G. C. Jones avait attiré son attention sur ce document, et en 1899, Crowley avait acheté une grande maison en Ecosse, non loin du village de Foyers, près du Loch Ness. Cette demeure se nommait Boleskine. Le goût du flamboyant et du clinquant qu'avait Crowley plus encore que Mathers l'amena à y jouer les seigneurs écossais, à s'habiller du kilt aux couleurs traditionnelles du clan Mac Gregor (8). Il embaucha des joueurs de cornemuse, chassa le daim et finalement prit le titre de lord Boleskine. Cette extravagance rappelle Péladan se désignant lui-même comme Sar babylonien et se vêtant d'une cape doublée de satin rose.

      Mais ces enfantillages ne l'empêchèrent pas de consacrer beaucoup d'efforts à la préparation de la grande opération d'Abramelin et c'est avec une absolue sincérité qu'il prêta le serment préliminaire.

      « Moi, Perdurabo, en présence des seigneurs de l'Univers et de toutes les puissances divines et angéliques, me lie spirituellement moi-même... à

      Unir ma conscience avec le divin... me soumettre moi-même totalement à la volonté de Dieu ;

            A suivre... la voie prescrite par Abramelin ;

            A mépriser totalement les choses et opinions de ce monde.. ;

            A user de mes pouvoirs seulement pour le bien spirituel de ceux avec qui je puis être mis en contact ;

            ...A lutter éternellement contre les forces du Mal ;

            A harmoniser mon esprit en sorte que l'équilibre me mène à l'Orient et à ce que ma conscience humaine ne soit pas usurpée dans son rôle par automatisme ;

            A vaincre les tentations ;

            A bannir les illusions ;

            A placer une foi entière dans le seul et omnipotent seigneur Dieu... ;

            10° ... (9).

      Sous l'influence de ses exercices théurgiques, Crowley eut des visions remplies des symboles qui servaient de base à sa méditation. Une nuit, il invoqua les anges du Feu et visita « en astral » les « Demeures du Feu ».

      En même temps, d'étranges choses arrivaient à Boleskine. C. G. Jones qui devait assister A. C. ne put venir et Rosher, un autre membre de l'ordre, apparemment saisi de terreur, s'enfuit un beau matin. Le concierge de la maison – jusque là abstinent d'alcool – fut pris d'une crise de delirium tremens... Et pendant que Crowley fabriquait des talismans, l'obscurité envahit la pièce où il était, « la loge et la terrasse d'autre part se remplirent de formes sombres quoique à vrai dire ce ne soient pas des formes proprement dites. Le phénomène est difficile à décrire. C'est comme si la faculté de vision souffrait d'interférence, comme si les objets de la vision n'étaient pas objets proprement dits, comme s'ils appartenaient à un ordre de matière qui affecte la vue sans l'informer ».

      Tout ceci rappelle les descriptions de conjuration qu'on trouve chez Benvenuto Cellini ou certaines expériences faites par Crowley, précédemment, à Chancery Lane, où il avait notamment tenté d'invoquer l'esprit Buer pour en tirer quelques avantages à l'intention de Bennett malade.

      Crowley passa tout l'hiver à des préparations et opérations qui auraient dû se terminer à Pâques 1900 – il y travaillait depuis dix-huit mois.


Le Schisme de la G. D.

      Mais il fut interrompu par un appel du grand maître de la Golden Dawn S. L. Mathers qui vivait à Paris et avait besoin de lui pour écraser le schisme qui venait d'éclater.

      Nous avons, dans notre étude antérieure, exposé complètement cette affaire et ne pouvons qu'y renvoyer. Lassés de la tyrannie autocratique de Mathers, irrités de la faveur que ce dernier témoignait à Crowley dont ils n'appréciaient ni la flamboyance, ni l'extravagance, ni l'esprit hautain, ni la vie privée orageuse, ni les tendances néo-païennes et anti-chrétiennes, les frères et les soeurs de la loge de Londres, inspirés par le célèbre poète W. B. Yeats (le frère Daemon est Deus Inversus) s'étaient insurgés. Une autre raison de leur hostilité à Perdurabo était que ce dernier avait déjà découvert quelque chose qui leur paraissait singulièrement dangereux, l'utilisation de l'énergie sexuelle dans la magie.

      Comment était-il arrivé à cette découverte, nous n'en savons rien ; il est probable qu'il la fit seul et ne raccorda que plus tard cette trouvaille aux pratiques classiques aux Indes de certains Yogas et du Tantrisme, particulièrement des tantristes dits « vamacarim ». La tradition de la magie sexuelle est en effet bien vivante aux Indes où la Maithuna est un rite essentiel dans certaines écoles et également dans le taoïsme chinois (10).

      En Occident, la tradition existe aussi, mais elle est demeurée secrète. Il semble cependant que ce soit la clef de certaines œuvres alchimistes et rosicruciennes. La seule exposition publique qui en ait été faite, tout du moins à notre connaissance, est Magia Sexualis de P. B. Randolph (11). Ce dernier était d'ailleurs le grand maître d'un ordre rosicrucien américain fondé â la fin du XVIIIème siècle : la Rosicrucian Brotherhood (12). Cette organisation reste d'ailleurs d'inspiration purement chrétienne.


Voyage au Mexique

      Le schisme ayant eu lieu, Crowley restait maître de l'ordre en Angleterre, sous la direction directe de Mathers. George Cecil Jones restait à ses côtés et sa nature combattive et orgueilleuse devait l'amener à se réjouir de la situation. Mais il avait rencontré à Paris, chez Mathers, deux personnes qui connaissaient le Mexique et il désirait y aller ; notamment pour escalader les volcans. Il s'embarqua et le 6 juillet 1900 il était à New York, quelques jours après à Mexico.

      Là il entra en relation avec Don Jesus Medina qui était 33° du Rite Ecossais Ancien Accepté. Ce vieil homme était passionné de qabale et, séduit par les connaissances de Crowley, il lui fit conférer une série d'initiations ; des dispositions spéciales et exceptionnelles furent prises en raison de la brièveté du séjour de notre voyageur et il fut élevé rapidement jusqu'au 33° et dernier grade de souverain grand inspecteur général. Il avait vingt-cinq ans à peine !

      D'autre part, Mathers lui ayant laissé une certaine latitude, il fonda en même temps une filiale de la G. D. : l'ordre de la Lampe de l'Invisible Lumière (L.I.L.), dont Don Jesus Medina fut grand prêtre. Une nuit où Crowley méditait dans le temple de l'ordre L.I.L., il eut une vision du « Saint Ange Gardien » et plus tard des quatre « Grands Princes ». L'opération d'Abramelin, malencontreusement interrompue, s'était réalisée. Et il renouvela son serment.

      Pendant toute cette période, A. C. d'ailleurs se consacra à ses œuvres magiques, composa des rituels, des danses sacrés et tenta d'acquérir l'invisibilité.

      Une telle prétention peut paraître extravagante. Cependant il ne s'agit pas de se rendre transparent, tel l'homme invisible de Wells. Au demeurant la physiologie montre aisément qu'un individu transparent serait totalement aveugle, puisque dépourvu de pigments rétiniens ! Il s'agit au contraire de passer inaperçu et il semble bien que certains magiciens, notamment en Afrique Noire, arrivent effectivement à ce résultat : Le sujet est en réalité vu, mais son image n'est pas perçue, c'est-à-dire distinguée parmi la multitude des images visuelles dont la grande majorité ne fait pas l'objet d'ailleurs d'une perception sélective. Quoi qu'il en soit, Crowley prétendit avoir pu traverser une rue vêtu d'une robe rouge et d'une couronne dorée sans avoir attiré l'attention de quiconque.

      Parmi les formules de la magie énochienne enseignée par la G:. D:. figure l'appel des trente « Aethyrs », par le moyen d'une formule spéciale donnée au XVIIème siècle par John Dee. Il chercha quelles visions étaient liées à ces énigmatiques « Aethyrs ». Les deux premiers furent l'objet de recherches le 14 et le 17 novembre 1900. Mais ce qu'il vit lui demeura parfaitement inintelligible et il fut incapable d'obtenir le moindre résultat avec les suivants, parce que, pensa-t-il, son degré de développement initiatique, son « grade » n'était pas suffisant. Ce fut seulement neuf ans plus tard qu'il put poursuivre ses investigations.

      Ces visions sont d'ailleurs d'un style curieusement apocalyptique.

      « Levez vos têtes, ô demeures de l'éternité, car mon Père vient juger le Monde. Une lumière, qu'elle devienne un millier et une épée dix milliers, que nul homme ne se cache de l'Œil de mon Père au jour du Jugement de mon Dieu. Que les Dieux eux-mêmes se cachent, que les Anges soient troublés et s'envolent, car l'Œil de mon Père est ouvert et le Livre des Eons est tombé... »

      Dans le même temps il commença la rédaction d'un long poème : Tannhauser.

      Mais magie et poésie furent interrompus par la venue de son ami Eckenstein, un alpiniste de réputation mondiale. Ce que Bennett était pour lui dans le domaine initiatique, Eckenstein l'était quant aux sports et à l'escalade et il semble avoir eu pour les deux hommes le même respect et la même admiration. Chose curieuse, Eckenstein, incompétent en magie, semble lui avoir appris des méthodes d'entraînement psychiques et de concentration.

      Tous deux participèrent à de nombreuses excursions – notamment l'ascension de l'Ixcaccihuatl – quand ils redescendirent ils apprirent la mort de la reine Victoria : celle-ci représentait pour A. C. le symbole même du puritanisme doucereux, de la fausse respectabilité, du snobisme, du sentimentalisme mièvre. Elle était dans la politique ce que Tennyson, une autre de ses haines, était dans la poésie et cette nouvelle fut pour eux deux heureuse.


Vers l'Inde

      Mais Eckenstein devait retourner en Angleterre et le 20 avril 1901 Crowley partait pour San Francisco, où il commença la rédaction d'un poème gigantesque – il ne le terminera qu'en 1904 – qu'il semble avoir d'ailleurs considéré comme un échec : Orpheus, encore qu'on y trouve de grandes beautés.

      Il ne devait d'ailleurs rester qu'une quinzaine en Californie et le 9 mai il était à Honolulu. Là il rencontra une Américaine, mariée à un avocat, et mère d'un enfant de dix ans. Elle avait dix ans de plus que lui, était magnifiquement belle et était en vacances pour raison de santé. Il en tomba amoureux et partit avec elle pour le Japon mais il n'était pas dans son caractère, à elle, de tout abandonner pour suivre une passion de rencontre et, cinquante jours exactement après, Alice retourna à son mari. La déception d'A. C. l'amena à composer un ensemble de cinquante sonnets qui forment Alice, un adultère que d'aucuns considèrent comme la meilleure œuvre poétique de Crowley et que Marcel Schwob appela « un petit chef d'œuvre ».

      Après la rupture, il partit pour Hong Kong où il voulait retrouver sa vieille amie Soror Fidelis, de l'ordre de la Golden Dawn, qui faisait partie du groupe resté loyal à Mathers et qu'il estimait beaucoup. Hélas ! « Fidelis était maintenant une femme mariée. Elle jouait encore à la magie comme d'autres jouent au bridge. Mais sa vraie vie était chiffons, dîners et bals... Et elle avait gagné le premier prix à un bal costumé en apparaissant dans sa robe d'adepte et ses ornements sacrés ! » Il se sentit vraiment seul et continua sa route vers Ceylan où il rejoignit son maître Allan Bennett, qui était devenu le pupille de P. Ramanathan, « solicitor general » de Ceylan et religieux sous le nom de Shri Parananda. Ce dernier était l'auteur de commentaires sur les évangiles de Mathieu et de Jean dont il interprétait certains passages comme des instructions yoguiques. C'est sous la direction de Bennett que Crowley étudia le yoga à fond. Il progressa si rapidement qu'en quelques mois il atteignit, le 20 octobre 1901, l'état de Dhyana qui est la seconde plus haute réalisation en la matière. Mais pour autant le Bouddhisme auquel Bennett s'était converti ne le séduisit pas. Ce dernier, au contraire, devenait de plus en plus persuadé de la nécessité absolue de renoncer à la vie mi-laïque, de « tiers-ordre » en quelque sorte, qu'il menait et il voulait endosser la robe jaune des moines. Tous deux quittèrent Ceylan, allant chacun vers leur voie. Pour A. C., ce fut un long vagabondage à travers l'Inde.

      Tout au début de ce séjour, il rencontra par hasard dans une gare un vieil homme à barbe blanche. C'était le colonel Olcott, un des premiers disciples d'Helena P. Blavatsky, très curieuse figure au demeurant, et un des rares théosophes pour qui il eut quelque estime.

      Un des buts du voyage de Crowley était de visiter le temple de Madura dont la visite était, pour partie, interdite aux Européens. Il s'installa dans un village proche et conquit la sympathie des habitants quand ils apprirent ses connaissances en yoga. L'un d'eux, en particulier, était une grande autorité en la matière et lui fit connaître l'œuvre de Sabapati Swami, dont la méthode est particulièrement pratique. Il le présenta aux prêtres de Madura, qui lui permirent de visiter certains des sanctuaires secrets et même d'y sacrifier à Bhavani.

      Un autre temple important qu'il visita fut celui du Shiva-lingam, consacré au culte phallique. C'est vraisemblablement au cours de ce voyage dans l'Inde que Crowley perfectionna ses connaissances en matière de Tantrisme et put raccrocher à une base « traditionnelle » ses vues sur la magie sexuelle. Au demeurant, à tous points de vue, l'hindouisme lui plaisait plus que le bouddhisme, qu'il n'appréciait, malgré Bennett, pas plus que le christianisme. Il lui paraissait plus positif et attrayant.

      Il devait continuer son chemin en passant par la Birmanie, où il voulait voir Bennett, devenu le Bhikku Ananda Metteya au monastère de Lamma Sayadow Kyoung. Il le rencontra effectivement en février 1902 dans ce lieu où ce dernier avait acquis la réputation d'être un grand saint, objet d'une vénération unanime.


Chogo-Ri

      Le voyage dans l'Inde avait un autre but, faire l'ascension du deuxième sommet du monde, haut de plus de 8.000 mètres, le Chogo-Ri ou K. 2. Eckenstein avait déjà quelque expérience de cette montagne, ayant participé à la mission Conway en 1892 et devait être le chef de l'expédition. Outre lui-même et A. C., l'équipe était composée de Guy Knowles, 22 ans, étudiant à Cambridge sans grande expérience, de deux alpinistes autrichiens expérimentés, H. Pfannl et V. Wessely, 31 ans chacun, et d'un médecin suisse de 33 ans nommé Guillarmod.

      L'expédition partit le 28 avril 1902 de Srinagdr.

      Eckenstein voulait que Crowley simplifie ses bagages et se débarrasse de ses livres de poésie, impedimentum inutile, mais ce dernier refusa énergiquement. Il pouvait rester trois jours sans manger, mais pas sans poésie et, le 8 juin, avec vingt coolies, ses livres et son énorme bague de turquoise au doigt, il arrivait au pied du glacier de Baltoro, une des sources de l'Indus, à près de 4.000 mètres d'altitude ; le reste de l'expédition suivait à une journée.

      Elle devait d'ailleurs rencontrer des difficultés effroyables, tant à cause du temps et des tempêtes que de la maladie, de la grippe et de l'ophtalmie des neiges. Finalement, l'ascension dut être abandonnée. Crowley avait quand même atteint une altitude supérieure de plus de 60 mètres au point atteint par l'expédition du duc des Abruzzes qui fut faite sept ans plus tard et qui a parfois été considérée comme le premier essai de conquérir le Chogo-Ri. De plus, c'était la première fois qu'une équipe séjournait si longtemps à une telle altitude. Finalement, cette ascension manquée était une victoire.

      Cent trente-deux jours après le départ, l'expédition revenait à Srinagor, le 6 septembre 1902.

      Le 14 octobre, Crowley arrivait au Caire.


La Bohème à Paris

      G. Kelly, aujourd'hui Sir Gerald Kelly, président de l'Académie Royale, était un jeune peintre qui avait connu Crowley, lors de la parution d'Aceldama et était entré, croyons-nous, à la Golden Dawn sous son influence. Il était fasciné par la personnalité, l'érudition, l'ascendant de son ami, était resté en correspondance avec lui pendant son voyage et l'avait invité à séjourner dans son atelier de Montparnasse, rue Campagne Première.

      Crowley accepta et s'installa chez lui en novembre. D'autant plus qu'à Paris il devait voir Mathers, quoique depuis quelque temps il eùt de grands doutes sur la capacité spirituelle de l'homme qu'il avait soutenu à Londres contre les amis de Yeats. De fait, Mathers et Crowley étaient tous deux aussi autocrates, et toute subordination, voire même tout partage de pouvoirs était impossible. Le choc était à peu près inévitable et leur contact fut très froid. Mais Paris plaisait à A. C. Il en appréciait le climat de liberté morale et était heureux de côtoyer des artistes ou des poètes illustres et de briller en jouant les maîtres de la magie. Lui-même reconnaît qu'à cette époque, il ne cherchait plus à faire de progrès dans cette voie.

      A peine arrivé, il fut présenté à Rodin, dont il admirait profondément l'œuvre et particulièrement la statue de Balzac qui orne aujourd'hui un carrefour du boulevard Montparnasse. Il composa une interprétation poétique des œuvres essentielles du sculpteur qui constitue son Rodin in Rime. Le livre est illustré de sept lithographies de Rodin, et certains de ses sonnets furent traduits en français par Marcel Schwob, qui admirait l'auteur de Alice, un adultère. Arnold Bennett fut également alors une de ses relations.

      Crowley et ses amis avaient coutume de déjeuner et de se retrouver dans un restaurant de la rue d'Odessa, Le Chat blanc, fréquenté par une bohème anglo-saxonne, parmi laquelle un jeune médecin, ami de Rose, la sœur de Kelly : Somerset Maugham. Celui-ci fut quelque peu scandalisé par ce milieu et plus qu'intrigué par l'extravagant Crowley. Mais, derrière des poses excentriques, il sentit une force psychique réelle et il s'inspira largement de son personnage pour décrire son sombre héros : Oliver Haddo dans The Magician.

      Quand il lut ce livre, Crowley, s'il en voulut à l'auteur de l'avoir dépeint comme « une atroce canaille » (A. C. dixit), n'en fut pas fâché néanmoins. Effrayer les gens et les mystifier l'amusait plus que tout, et par bravade, il signa certains articles Oliver Haddo. Mais de fait l'ouvrage de Maugham ne nous renseigne en rien sur le vrai A. C.


Mariage et Voyages

      Le 13 juillet 1903, Crowley, lassé de Paris, partit pour l'Ecosse. Il avait vingt-sept ans, fait le tour du monde, visité des temples interdits, pratiqué avec succès la magie et le yoga, connu de nombreuses expériences sexuelles, écrit de nombreux poèmes dont certains très bons, il était champion d'échec, alpiniste de classe mondiale, humoriste et polyglotte, et maintenant il songeait à se marier, à se fixer avec une femme dont nous ne connaissons qu'un faux surnom : Arabella. A Boleskine, il reçut une invitation de rejoindre G. Kelly à Strathpeffer, à une trentaine de kilomètres de là, où il se trouvait avec sa mère et sa sœur Rose. Celle-ci, née le 23 juillet 1874, était veuve d'un certain major Skerett, décédé en 1897, beaucoup plus âgé qu'elle. Le 11 août, Rose lui confia ses tracas. Sa famille voulait à toute force la marier à un nommé Howell – plus exactement, Rose ayant une vie qu'ils jugeaient trop mouvementée, elle voulait la marier.

      La réaction d'A. C. fut immédiate. « Dans ces conditions, lui dit-il, la seule solution est que vous m'épousiez. Je retournerai à Boleskine et vous n'entendrez plus parler de moi. » Il était certainement sincère dans sa volonté d'empêcher ce qu'il détestait le plus : un mariage lui paraissant forcé. Les mariages, en Ecosse, peuvent se faire sur-le-champ. Ils partirent voir le sheriff de Dingwall pour se marier le soir même. De fait, l'union n'eut lieu que le lendemain matin. Mais il arriva que, peu de temps après, ils découvrirent tous deux qu'ils étaient amoureux, leur union fictive devint véritable et ils partirent en voyage de noces, traversèrent la France et s'embarquèrent pour l'Egypte. Là, Crowley voulut montrer à sa femme quel grand magicien il était et lui fit passer une nuit dans la grande pyramide et, selon lui, par ses conjurations il put illuminer la chambré du Roi d'une lumière surnaturelle et intense pendant toute la durée d'une évocation ! Mais pour le reste, le sol de la pyramide était dur et inconfortable et le lendemain matin, la lumière avait disparu. C'était un jour de novembre 1903.

      Du Caire ils partirent pour Ceylan ; c'est là que Crowley écrivit, en l'honneur de sa femme dont il était de plus en plus amoureux, un des poèmes qui a le plus intéressé et séduit les amateurs de sa poésie, Rosa Mundi (7 janvier 1904). Rose était tombée alors malade. Peu de temps après elle découvrit qu'elle était enceinte et ils décidèrent de revenir. Le 08 février 1904, ils étaient au Caire. Crowley traversait alors une crise d'incrédulité et il n'avait aucun pressentiment de ce qui allait se passer au Caire même : ce grand événement de sa vie, la « révélation » du Livre de la Loi, qui devait transformer le sens de sa vie.


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 (1)  Il existe encore des membres de cette secte en France dans l'Ardèche et la Haute-Loire.

 (2)  L'expression anglaise witch (sorcière) qui s'applique indifféremment aux hommes et aux femmes, doit être réservée aux pratiquants du culte, contrairement aux expressions : « sorcerer », etc.

 (3)  Ces contacts eurent sans doute lieu avant l'initiation de A. C. à la Golden Dawn en 1897 ou 1896, mais nous ne pouvons l'affirmer précisément.

 (4)  Il fut promu au grade de Philosophus 4°=7 en mai 1899.

 (5)  De savoir si ce sont là deux choses distinctes ou une seule et même, avec des nuances seules dans l'application, est évidemment hors de notre propos uniquement historique.

 (6)  Plaque pectorale.

 (7)  Equinox of the Gods, pp. 55-56.

 (8)  Mathers prétendait lui-même se nommer Mac Gregor et Bennett signa parfois Mac Gregor Bennett. Nous ne connaissons pas la raison de ce choix.

 (9)  Le texte, beaucoup trop long pour être cité in extenso, est bien plus impressionnant.

 (10)  On se rapportera notamment aux travaux de Mircea Eliade, particulièrement Le Yoga (Payot). Voir aussi la Table Ronde N°97. Sur les rapports entre alchimie et sexualité, voir du même auteur Forgerons et Alchimistes (Flammarion). Pour les pratiques de magie sexuelle taoïste, voir H. Maspero, Journal Asiatique, 1937, pp. 177-252, 353-430.

 (11)  Traduit en français. Guy le Prat, éditeur.

 (12)  Il est amusant que le successeur actuel de Randolph Swinburne Clymer ait violemment attaqué Crowley qu'il accusa de collusion avec Spencer Lewis Imperator de l'A.M.O.R.C. En réalité ces deux hommes n'eurent pas de relations entre eux encore que Lewis semble avoir utilisé quelques fragments d'œuvres d'A. C. pour ses instructions sans jamais citer ses sources, pas plus celle-là que d'autres d'ailleurs. Néanmoins l'énorme ouvrage de Clymer fourmille de renseignements intéressants sur les sociétés initiatiques.




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