Vous êtes ici : Articles & interviews | Mythologie germanique article d'apès Snorri Sturluson (février 1934)

Mythologie germanique

article d'apès Snorri Sturluson (février 1934)
© France-Spiritualités™



Cet article a paru originellement dans le N°181 de la revue Le Symbolisme (février 1934). Il a été ressaisi et corrigé par France-Spiritualités.
Ce contenu est également classé dans le menu Mythologie, Histoire & Géographie >> Mythologie >> Germanique

      Le dieu le plus populaire des Germains ne brillait pas par la finesse ; c'était un robuste gaillard, nommé Thor ou Thur dans le nord, d'où Thursday, en anglais, le th se prononçant à l'anglaise. Dans le sud des régions germaniques, on préférait l'appeler Donar, de Donner, tonnerre, car ce dieu lançait la foudre, sous forme d'un marteau qui lui revenait en main après avoir été projeté sur l'adversaire.

      Se sachant invincible, ce redoutable combattant se précipitait dans toutes les aventures, quitte à n'en pas sortir triomphant. C'est ainsi qu'il lui arriva d'être dupé par des géants qui surent lui subtiliser son marteau.

      Revenu piteux auprès d'Odhin (Wuotan), Thor sollicita l'aide du rusé Loki, qui se rendit auprès des géants pour négocier la restitution du divin marteau.

      L'ambassadeur des Ases (dieux) fut reçu avec politesse, mais il apprit que le marteau ne serait jamais restitué, si Freya ne consentait pas à épouser son détenteur.

      Lorsque la déesse entendit cette proposition, elle fit retentir le Walhall de son indignation. Tant pis pour le marteau ! Pour que cet imbécile de Thor rentre en sa possession, elle ne consentait pas à se livrer à la brutalité d'un géant.

      Thor désemparé, supplie alors Loki de trouver un subterfuge sauveur. L'Ase astucieux ne fut pas embarrassé. Exemptant la pudique Freya de se dévouer, il ne lui demanda que son voile, puis en couvrit Thor, dont l'abondante chevelure rousse fut relevée selon l'usage féminin. Puis Loki conduisit l'Ersatz de Freya auprès de son amoureux. Celui-ci avait préparé un somptueux festin, auquel la fausse Freya fit honneur en dévorant à elle seule un bœuf entier, suivi de huit saumons, le tout arrosé de trois tonneaux de met (hydromel). Le fiancé géant fut stupéfait d'un aussi formidable appétit, que Loki mit sur le compte d'un jeûne prolongé de la fiancée, amoureuse au point d'en avoir perdu le boire et le manger loin de l'époux promis.

      Flatté, le géant voulut alors se délecter du visage de Freya en écartant le voile sous lequel tant d'aliments venaient de disparaître. Seul le haut du visage se montra, car le géant recula devant des yeux de feu qui lançaient des éclairs. Loki le rassura en expliquant cette ardeur par l'amour qui consumait la belle.

      Le galant eut alors hâte de consommer le mariage, qui ne pouvait être valablement consacré qu'à l'aide du marteau de Thor, qu'il envoya quérir. Mais dès que le marteau approcha du dieu déguisé, il vola dans sa main puis fut projeté à la tête du géant, qui tomba foudroyé ainsi que ses serviteurs. Thor put alors revenir fièrement vers les Ases.

      Son splendide appétit valait au dieu l'admiration et la gratitude des Germains, car les digestions de Thor se traduisaient en manne fertilisante, précieuse au paysan.

      Par contraste, Odhin ne mangeait pas et ne buvait que du vin ; les mets qu'on lui servait passaient aux deux loups qui flanquaient son trône. Dédaignant l'apparat, ce dieu parcourait le monde sous le costume d'un vagabond, allant partout, pour tout voir de ses propres yeux. Aussi fallait-il se méfier et ne point repousser le pauvre hère en quête d'un repas et d'un gîte pour la nuit. Ce pouvait fort bien être le maître des dieux.

      Les mythes reflètent le caractère de ceux qui les adoptent. Les anciens peuples du nord de l'Europe furent certainement plus grossiers, plus rudes que les Méditerranéens, mais non méchants et sans doute plus hospitaliers. Une nature clémente rend moins impérieux le devoir envers l'affamé sans abri ; elle a l'inconvénient d'excuser le chacun pour soi des civilisés.

D'après Snorri STURLUSON,
scalde islandais, auteur de l'Edda en prose (1223)




Site et boutique déposés auprès de Copyrightfrance.com - Toute reproduction interdite
© 2000-2021  LB
Tous droits réservés - Reproduction intégrale ou partielle interdite

Taille des
caractères

Interlignes

Cambria


Mot de passe oublié
Créer un compte