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La Toison d'Or

Baron H. Kervyn Lettenhove
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      Son successeur comme Chef et Souverain de la Toison d'or fut son fils (64), ce Comte de Charolais que le sire de Croy avait porté sur les fonds baptismaux, fait chevalier et auquel Philippe le Bon avait passé le collier avec la Toison au Chapitre de 1433. De ce vaste héritage paternel, parmi tous les royaumes et toutes les richesses que lui avait laissés Philippe le Bon, ce que Charles le Téméraire prisait le plus haut était sa nouvelle dignité de chevalerie.

      Aussi réunissait-il déjà à Bruxelles, le 22 août 1467, c'est-à-dire moins de deux mois après la mort de son père, les chevaliers de la Toison d'or. L'année suivante, il les convoquait à un Chapitre qui devait se réunir à Bruges, au commencement de mai.

Charles le Téméraire, duc de Bourgogne (1433-1477)      Le 9 avril 1468, Charles le Téméraire fait, en effet, son entrée à Bruges, après avoir pardonné à tous les bannis. Les Brugeois l'acclament car ils l'aimaient beaucoup et lui avaient toujours été favorables et l'on entend le Duc répondre à leurs manifestations de joie, en criant Noël comme eux... A la cathédrale, selon un ancien usage, il tire l'épée, en signe de zèle pour la religion...

      La commune de Bruges offre ensuite au Duc deux images habilement ciselées, qui représentent sainte Barbe et saint Georges figuré sous ses propres traits.

      Le 5 mai, il préside en grande pompe son premier chapitre de la Toison d'or et y montre la même générosité en se réconciliant avec les seigneurs de Croy. Car s'il « avait haute volonté de ne point se sentir fouler par nulle voie » (65), il avait en même temps « un profond sentiment de la justice qui le poussait à ne jamais repousser une plainte légitime » (66). Il voulait rendre la justice non seulement à l'homme puissant et fort, mais aussi à l'homme faible. Dans ce but, « il tenait des audiences publiques deux fois par semaine, le Lundi et le Vendredi et il permettait alors au dernier de ses sujets de venir lui apporter ses réclamations. Deux maîtres des requêtes, un huissier, un secrétaire se tenaient à genoux pour les lui lire et inscrire la décision qui les apaisait » (67).

      « Je l'ai vu grand et honorable prince, écrivait Philippe de Commines, jamais souverain ne donna plus libéralement audience à ses sujets. Ses bienfaits se répartissaient sur tous ». Comme son père « il était si grand aumônier qu'il donnait à tous les pauvres qu'il rencontrait par villes et par champs » (68). Aussi, le chroniqueur le plus au courant de son existence, écrivait-il : « c'est un prince vertueux, sage, large, véritable, et nourri en telles mœurs et en telles vertus que je n'ai point lu ni vu prince plus vertueux ! » (69)

      Alors qu'Isabelle de Portugal était, au dire de Philippe le Bon, « sans cesse jalouse de le voir aimer d'autres dames », Marguerite d'York qui était d'ailleurs très belle (70) dame et de moult bonnes grâces », (71) n'eut jamais à se plaindre de l'infidélité de son époux et Wielant remarque « que celui-ci avait fait du logis des dames de la cour en son palais, des chambres du conseil et des finances, disant que les conseils et les finances seraient mieux autour et près de lui que femmes ».

      Si sous ce rapport Charles le Hardi est l'opposé de Philippe le Bon, il a le même culte que lui pour tous les arts : « il était le dilletante le plus éclairé de son temps (72). Comme son père, il aimait et protégeait les peintres. Et si le souvenir de Van Eyck se rattache étroitement à celui de Philippe le Bon, une très ancienne et poétique légende unit le nom de Memling à celui de Charles le Téméraire.

      Il aimait les arts, la sience, l'histoire. « Il prenait moult plaisir aux faits des Romains... Jamais il ne se couchait qu'il ne faisait lire deux heures devant lui et mettait fort bien sur chansons et mottets. Son éloquence était grande et elle le servit en diverses occasions. Nul homme ne prenait plus travail que lui. Ses pensées et ses conclusions étaient grandes... » (73) « Il désirait grande gloire ».

      Il avait enfin les goûts fastueux de ses ancêtres, et « il était pompeux en habillements (74) et en toutes choses » (75). Du reste, comment ne l'aurait-il pas été ? « Pas de rois n'étaient plus puissants que lui, et pour groupes et belles villes nul ne l'en passait » (76). Ses richesses sont immenses.

      Le garde des joyaux « a en ses mains un million d'or vaillant et les joyaux d'or et de pierreries dont le prince est si riche et lequel a les plus belles qu'on sache. Il a encore en ses mains toute la vaiselle d'or et d'argent et la vaiselle d'argent vaut bien cinquante mille marcs !» Sa cour est la plus brillante du monde. Nous savons que les ducs, les comtes et les barons y sont en nombre considérable. Le train de sa maison est princier. Il comprend notamment cinquante panetiers, cinquante écuyers tranchants, cinquante écuyers échansons, cinquante écuyers d'écuries, vingt-cinq cuisiniers, vingt-cinq rotisseurs, des saussiers, six rois d'armes, quatre hérauts, quatre poursuivants, etc... « Et bien que le duc de Bourgogne soit prince des plus belles villes du monde, son état de maison est si grand qu'il se trouve peu de villes ou ils puissent tous se loger et il faut souvent adjoindre des villes et des villages » (77).

Charles le Téméraire, duc de Bourgogne (1433-1477)      Il lui faut deux milles queues de vin par an et Olivier de la Marche évalue sa dépense annuelle à « au moins deux millons bien payés et comptés. » En voyage ou à la guerre, « les tentes et pavillons qui le suivent sont une merveilleuse et somptueuse chose » ; plus de quatre cents chariots sont nécessaires pour les transporter » (78).

      C'est ainsi qu'après les batailles de Grandson, Morat et , « les vainqueurs demeurèrent éblouis » (79) devant la richesse des tentes, des tapisseries, des armures et des bijoux trouvés dans le camp de Charles le Téméraire. Car « il était venu là en grande pompe et pour se montrer à ces ambassadeurs qui venaient d'Italie et d'Allemagne avait avec lui toutes ses meilleures bagues et vaiselles et largement autres parements » (80). Son pavillon était entièrement tendu de drap d'or et de velours cramoisi, enrichi de broderies avec la devise du Duc : « je l'ay emprins » entremêlées de pierreries.

      Dans une seconde tente se trouvent plus de trois cents pièces d'argenteries sans compter les bijoux, pierres précieuses parmi lesquelles « son gros diamant qui était l'un des plus beaux de la chrétienté et auquel pendait une très grosse perle, trois rubis balais pareils appelés les trois frères, un autre grand rubis balai appelé la hotte, un autre grand rubis, célèbre par sa beauté connu sous le nom de balle de Flandres, » son épée sur la garde de laquelle était écrit tout le pater en lettres de diamants, son sceau en or, etc. etc.

      Tout cela fut perdu pendant la courte, mais désastreuse campagne de 1475-1476 (81) alors que le duc de Bourgogne, au lieu d'écouter les sages remontrances qu'à deux reprises le Chapitre de la Toison d'or lui avait présentées au sujet de ses dispositions belliqueuses, allait changer à jamais son surnom de Hardi pour celui de Téméraire.

      « Grandes et bonnes fortunes viennent de Dieu (82) » et « nul homme en peut mener à bonne fin entreprise si Dieu n'y ajoute sa puissance » (83). La Providence aveugla certainement le Téméraire et il oublia que la valeur ne peut suppléer à la sagesse.


      Mais dans ces revers que d'énergie et de vaillance !

      Nous le retrouvons tel que nous l'avons vu jeune, alors qu'il aimait à joûter et « qu'à ce métier était renommé non pas seulement comme un prince et un seigneur, mais comme un chevalier dur, puissant et à redouter ; alors qu'il donnait et recevait de grands coups sans soy épargner » (84).

      C'est pourquoi il avait pris comme devise dans les tournois « ainsi je frappe ». Et il lui était arrivé de donner et recevoir des coups en s'épargnant si peu que l'on craignait des accidents. Il en fut ainsi pendant les neuf jours de joûtes qui suivirent son Mariage avec Marguerite d'York, lorsqu'ayant rompu six lances, il combattait encore avec un tel acharnement que la jeune duchesse de Bourgogne éplorée agitait désespérément son mouchoir pour faire cesser le combat (85).


      C'est bien le même vaillant chevalier « qui n'avait oncque eu la peur sur son visage et dont on disait partout qu'il ne craignait rien au monde que la chute du ciel » que nous retrouvons sur les champs de batailles. Car il nous apparaît au moins aussi brave comme Chef et Souverain de la Toison d'or, que lorsque nous le suivions au milieu des ennemis ou volant au secours de son père, à Rupelmonde, Gavre, et dans les multiples combats livrés aux Gantois rebelles.

      Parlant de son règne si rapide et si traversé, un vaillant chevalier, qui maniait la plume comme l'épée, a écrit : « Je ne connus oncques homme plus hardi. Je ne lui ai oncques ouï dire qu'il fut las, ni le lui vu jamais avoir peur. Et j'ai été sept années de rang en la guerre avec lui » (86).

      A la bataille de Morat, il montre le plus grand courage et bien que blessé au cou, il reste au premier rang. Avant la bataille de , il s'écrie, en s'adressant au comte de Chimay : « Si je devais combattre seul contre tous, je les combattrais encore » ; à quoi, le Comte de Chimay, en vrai chevalier de la Toison d'or, répondit : « qu'il lui tiendrait fidélité jusqu'à l'âme rendre » (87).

      Charles le Téméraire fit des prodiges de valeur en cette suprême journée ; rien ne put l'arrêter. On raconte qu'alors « qu'il se battait avec une témérité et un courage inoui », le cimier d'or de son casque, qui représentait un lion couché, tomba à terre. Bien que le Duc y ait vu un présage et se fut écrié en latin : « Hoc signum Dei est », il n'en continua pas moins à se porter sur tous les lieux ou l'ennemi était le plus acharné. Le seigneur de Bieure et quelques autres chevaliers de la Toison d'or ne le quittaient pas (88).

      Quarant-huit heures après, on retrouvait son corps (89) au milieu d'un monceau de cadavres. Deux de ses amis étaient étendus sans vie à côté de lui et semblaient dans ce dernier sommeil lui faire encore un rempart ; c'étaient les seigneurs de Bieure et de Contay, tous deux chevaliers de la Toison d'or !

      Mais ces deux héros ne sont pas les seuls de l'ordre à être tombés sur le champ d'honneur : il y a encore J. de Rubempré, les seigneurs de Verun, de Montaigu, puis tous ceux auxquels les Suisses n'ont pas voulu donner la mort, qu'ils cherchaient et qu'ils ont fait prisonniers afin d'en obtenir de riches rançons ; ce sont les bâtards Antoine et Baudouin de Bourgogne, Philippe de Croy, comte de Chimay, le comte de Nassau, Josse de Lalaing, le seigneur de Croy (90), etc.


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(64)  Né en 1433 du troisième mariage de Philippe le Bon avec Isabelle de Portugal. Philippe le Bon avait épousé en premières noces Michelle de France et en secondes noces Bonne d'Anjou.

(65)  Chastellain.

(66)  Histoire de Flandre, par le baron Kervyn de Lettenhove.

(67)  Histoire de Flandre, par le baron Kervyn de Lettenhove, t. V, 127.

(68)  Olivier de la Marche.

(69)  Idem.

(70)  Le Comte de Charolais avait manifesté une très grande joie en la trouvant si belle à son arrivée à Damme.

(71)  Mémoires de J. de Haynin.

(72)  Fierens-Gevaert, Psychologie d'une ville.

(73)  Olivier de la Marche.

(74)  Il faut lire la description du banquet donné à l'occasion de son mariage avec Marguerite d'York, des fêtes qui suivirent et de ce tournoi où il parut avec un costume si chargé de pierreries que le chroniqueur qui le dépeint, déclare qu'on ne pouvait comprendre que sur si peu d'étoffe on put mette autant de pierreries. (Bn Kervyn de Lettenhove : Relations du mariage de Charles le Téméraire).

(75)  Philippe de Commines.

(76)  Olivier de la Marche.

(77)  Olivier de la Marche.

(78)  Idem.

(79)  Fierens-Gevaert.

(80)  Philippe de Commines.

(81)  A Granson, Charles le Téméraire perdit ses richesses, à Morat ses soldats, à la vie !

(82)  Philippes de Commines.

(83)  Olivier de la Marche.

(84)  Idem.

(85)  Relation du mariage de Charles le Téméraire et de Marguerite d'York, par le baron Kervyn de Lettenhove.

(86)  Olivier de la Marche.

(87)  Molinet.

(88)  Histoire de Charles le Téméraire, par M. de la Buissière.

(89)  Il fut d'abord enterré à . Philippe II fit transporter ses restes en grande pompe à Bruges.

(90)  Sur tous les champs de bataille nous trouvons des Croy : leur devise, d'ailleurs, portait : « Où il y a lutte, soit Croy ».




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