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La Toison d'Or

Baron H. Kervyn Lettenhove
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      Un grand désir d'étaler sa munificence semble avoir poussé Philippe II à donner également au Chapitre de la Toison d'or, réuni à Anvers, l'année suivante, une splendeur qui nous ramène au règne de Philippe le Bon ou aux jours du mariage de Charles le Téméraire.

      Nous sommes au 21 janvier 1559, à trois heures de l'après-midi. « Le triomphe s'ébranle pour aller à vêpres. Premièrement marchait un héraut à pied pour conducteur. Le clergé à surplis avec les croix précédaient quatre-vingt-cinq prêtres revêtus de chappes de drap d'or, velours, damas et autres draps de soies : onze chanoines vêtus de chappes de drap d'or venaient ensuite, puis trois abbés portant crosses et douze mitrés et plusieurs évêques. Et après chevauchaient deux cents gentilhommes accoûtrés au possible, qu'ils semblaient les perles de ce monde. Après gentils-hommes marchaient à cheval deux huissiers d'armes portant sur leurs épaules deux colonnes d'or. Après se montrèrent trente-six trompettes à cheval. Dix-huit étaient accoutrés de noir et leurs trompettes portaient banderole d'or à aigle impérial. Les dix-huit autres étaient accoutrés des couleurs du roi, de velours jaune bordé de rouge et blanc et sur les banderoles de leurs trompettes étaient les armes du Roi. Le bruit et la resonnance se démenait en grand triomphe.
      Les trompettes passées, vinrent à se montrer quatre hérauts d'armes, revêtus de leurs cottes d'armes des armes de la majesté du Roi.
      Après marchaient à cheval les quatres officiers de l'ordre de la Toison d'or accoûtrés de robes de velours cramoisy doublées de satin blanc... Le héraut, nommé Thoison d'or, portait à son col un carquant d'or de moult grande valeur car il était large d'une grande palme...
      « Ceux-ci passés se montrèrent en moult bel appareil les chevaliers de la Toison d'or... Derrière chaque chevalier marchait à pied plusieurs de leurs gentilshommes et serviteurs, tous accoutrés de leurs livrées... Et ces chevaliers passés marchaient à pied environ trente pages d'honneur tous accoutrés entièrement jaunes, la saison de velours bordé et blanc. « Après en grande admiration et noble magnitude chevauchait seule la Majesté du Roi... Après chevauchaient ceux du Conseil en moult grand nombre. » Puis venaient deux cents hallebardiers allemands accoutrés jaune rouge et blanc, bonnet de velours faune avec une plume rouge et une blanche, un collier de velours, le pourpoint de velours à large manche déchiquetée, pleine de taffetas. L'un des bas des chausses était jaune et l'autre bigarré de blanc et rouge »... Deux cents hallebardiers espagnols sont vêtus à peu près de même. Enfin cent archers au costume aussi riche fermaient le triomphe ».


      Quatre ans après, Philippe II réunissait un nouveau Chapitre à Gand et « pour augmenter la pompe de pareille fête reformait l'habillement de drap de laine noire qu'on avait coutume de porter le jour de la commémoration des morts pour y substituer un de velours noir doublé de taffetas et les manteaux de satin noir et les chaperons de même. »

      Toujours « pour augmenter le lustre de cette noble compagnie » et marcher sur les traces se ses ilustres prédécesseurs, Philippe II fait faire à l'église de St-Bavon de somptueux aménagements. Il convoque ensuite à la cerémonie cinq évêques, quinze abbés mitrés et deux prévôts.

      Quinze chevaliers de la Toison d'or prennent part à ce Chapitre où tout se passe avec solennité, où l'on pourvoit à quatorze places vacantes et où le Chef et Souverain montre pour l'Institution le plus grand zèle.

      Qui eut soupçonné à ce moment, ces superbes cérémonies d'être les dernières de cette longue et glorieuse série et ces délibérations de clôturer les réunions capitulaires de la Toison d'or ?

      Par une sorte de coup d'état, Philippe II, s'adressant au Pape, obtint de Grégoire XIII un bref l'autorisant à substituer à l'élection des chevaliers par leurs confrères, le libre choix du Prince et lui permet tant en même temps de supprimer les réunions et les enquêtes.

      Il paraît évident que ce furent les progrès du protestantisme dans les Pays-Bas et les luttes religieuses de cette époque « où le trouble des idées trouva de toutes parts un écho dans la violence des faits » (129) qui décidèrent le monarque absolu qui règnait à l'Escurial à modifier aussi radicalement les institutions de l'ordre. D'autres motifs influencèrent encore Philippe II. Il n'avait pas pour les voyages le goût de son père et son éloignement de la Flandre devint ainsi une seconde raison. On peut le regretter et peut-être le lui reprocher. Quoiqu'il en soit, dit Brantôme « dom Philippe, roy très catholique encore qu'il n'ayt mis le pied à l'étrier tant de fois que Charles V, son père, ni été en campagne, ni monté sur mer comme l'empereur, était un très grand roy et un grand capitaine ».


      Philippe II avait de ses devoirs et de son honneur les idées les plus rigoureuses. On l'entendit s'écrier : « Plutôt me voir mort que consentir quelque chose qui soit contre mon honneur ». Ces paroles ne sont-elles pas bien dignes d'un Chef et Souverain de la Toison d'or ?

      « Dans tous ses actes, a écrit M. Gachard, Philippe II croyait remplir un devoir ; son courage était dans sa persévérance ». N'est-ce pas là encore, ainsi que le voulait Philippe le Bon, le fondateur de l'ordre « fait à l'imitation de Jason », un trait qui rappelle la vaillante ténacité des Argonautes ?

      En une autre circonstance, à un négociateur qui lui proposait un moyen pour s'emparer des riches Etats d'un roi, chevalier de la Toison d'or, Philippe II répondit : « Comte, ne me parlez plus de cela, car j'aimerais mieux perdre toute la Flandre, que de rompre la foy que j'ai donnée au roy, mon frère » (130). Peut-on plus noblement pratiquer la confraternité exigée par les statuts de l'ordre ?


      Dans sa jeunesse, Philippe II, encore à l'exemple de ses prédécesseurs, avait aimé les tournois, joutés à Bruxelles, à Binche surtout chez la reine de Hongrie « où on ne fit jamais partie, sans que le roi d' Espagne n'en fut et où il acquit la réputation d'être des mieux combattants de force et d'adresse, faisant les armes si belles qu'il emportait toujours le prix » (131).

      D'ailleurs « Philippe II était de fort bonne grâce, beau et agréable, blond et il s'habillait fort bien » (132).

      Ce Souverain n'avait pas seulement hérité du goût de la parure des ducs de Bourgogne, mais aussi de leur culte pour l'art. Pendant tout son règne, c'est une longue immigration d'œuvres flamandes en Espagne. Il y appelle nos peintres, orne les monastères de leurs triptyques. Lui même s'entoure de leurs tableaux dans ce vaste palais de l'Escurial qui lui coûte vingt millions et le peintre qu'il préfère est le plus flamand et le plus jovial de tous, c'est Jérême Bosch !


      Si autour de Charles-Quint, nous avons cru devoir ranger toute une pléiade d'illustres capitaines, un même devoir nous oblige à nommer ici quelques-uns des hommes de guerre qui continuèrent sous son fils, à honorer la Toison d'or par leur vaillance et leurs talents ! Nous avons déjà nommé les vainqueurs de St-Quentin et de Gravelines, mais nous n'avons pas encore cité le vainqueur de Lépante, héritier du génie de Charles-Quint, qu'on peut appeler « le dernier héros des croisades » (133) et qui mourut à trente-deux ans brisé par les luttes et les combats. Et lui aussi unissait à la bravoure, l'amour de l'art, car parmi les objets qu'on trouva à son pauvre chevet figuraient des portraits et des œuvres faites par les peintres les plus célèbres. (134)

      Il faudrait citer bien d'autres noms : Don Franscisco de Zuniga, le duc de Brunswick, le comte d'Oostfrise, don F. d'Avalos Marquis de Pescara, Don Carlos d'Arragon, et plusieurs encore pour nous arrêter à Albert d'Autriche qui s'efforça, comme le remarque Bentivoglio, de faire revivre les vertus de Charles-Quint.


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(129)  Histoire des Huguenots et des Gueux, par le Baron Kervyn de Lettenhove.

(130)  Brantôme.

(131)  Brantôme. Le récit de ces tournois se trouve dans un livre de Calveti de Estrella, publié à Anvers en 1552.

(132)  Brantôme.

(133)  Histoire des Huguenots et des Gueux, par le Baron Kervyn de Lettenhove.

(134)  Elles furent détruites par son ami Ottavio Gonzaga.




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