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Le Très-Précieux Don de Dieu

Georges Aurach
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LE TRÈS-PRÉCIEUX DON DE DIEU

Escript par

GEORGES AURACH

de
et peint de sa propre main
l'an du Salut de l'Humanité rachetée
1415

      On n'a qu'a lire ce petit Traité avec beaucoup d'attention pour avoir une parfaicte connoissance de la plus belle de toutes les Sciences. L'Auteur promet d'y developper ce grand Mystere que tous les anciens Philosophes ont rendu si obscur et si enigmatique, soit qu'ils ayent voulu en degouster ceux qui s'y appliquent, soit qu'ils ayent voulu leur en imposer et les tromper. Sois tres persuadé, dict nostre Philosophe, que je vous apprendrai ce grant art d'une maniere si claire et si intelligible que les plus ignorans mesmes comprendront tres facilement tout ce que je dirai, et je ne proposerai rien que je n'aye veu et que je n'aye faict moy mesme.

      Il faut savoir en premier lieu que ceulx qui travaillent a tout aultre chose qu'a la nature se trompent, parce que tout aultre fuit et n'est pas propre pour nostre art. Car enfin pour faire un homme il faut un homme, et une beste ne peult naistre que d'une beste, chaque chose faysant son semblable, et rien ne peult donner à un aultre ce qu'il n'a point luy mesme.

      Or, je conseille a ceulx qui n'ont point une entiere connaissance de cest art, de ne s'y point embarquer, s'ils ne veulent se resouldre de faire de grants despens dont peult estre la fin ne sera que malheureuse mendicité et cruel desespoir. La chose est a la verité fort difficile a trouver et plusieurs sont devenus fols en la cherchant, mais aussi quand on la scait on est assés riche. Elle n'a pas besoin de plusieurs choses, une seule suffit ; elle couste peu car il n'y a qu'une pierre, qu'une medecine, qu'un vaisseau, qu'un regime et qu'une disposition, et ceste Science est tres veritable (2).

      Non, jamais les Philosophes n'eussent peu parler de tant de couleurs differentes et dire comme elles se succedent les unes aux aultres, s'ils ne les avoient veues et s'ils n'avoient faict l'Œuvre. Mais, je le repete, ceulx qui labourent hors de la nature se trompent et sont des trompeurs.

      Nostre pierre se faict d'une chose animale, vegetale et minerale. Attachés vous donc uniquement a la nature, parce que la nature et l'art ne se perfectionnent point dans une multitude de choses ; et quoiqu'on luy donne plusieurs noms differens, ce n'est toutesfois et tousiours qu'une seule chose, que la mesme chose ; ainsi il faut que l'agent et le patient soyent dans le genre d'une seule et mesme chose, et differentes choses dans l'espece, de la mesme maniere que la femme est differente de l'homme. Or la matiere est ce qu'on apelle patient, parce qu'elle souffre et reçoit l'action, et la forme est ce qu'on apelle l'agent, parce qu'elle agit et imprime l'action dans la matiere qu'elle se rend semblable, et celle cy apelle et desire naturellement et avec passion la forme parce que sans elle la matiere seroit imparfaicte.

      Aprenés donc a connoistre la nature des choses si vous voulés reussir, car je ne puis vous declarer le nom de nostre pierre : ce que j'en ayt dict doit suffire pour vous faire connoistre ce que c'est que les Philosophes apellent la pierre toute chose, et ils disent vray. Car d'elle mesme et en elle mesme elle contient tout ce qui est necessaire a la perfection ; les pauvres l'ont egalement comme les riches ; elle se trouve partout ; elle est composée de corps, d'ame et d'esprit, et elle change de nature en nature jusques a ce qu'elle soyt dans sa perfection.

      Les Philosophes ont dict que nostre pierre se faict d'une seule chose, et cela est vray, car tout nostre magistere se faict avec nostre eau qui est le sperme de tous les metaux ; et tous les metaux se reduisent et se resolvent en elle, car le corps imparfaict se convertit en ceste eau, et ces eaux jointes avec nostre Eau sont une eau nette et claire qui purifie toutes choses ; et c'est ceste eau precieuse et utile de laquelle et avec laquelle se faict nostre magistere (3).

      Pour peu qu'on ayt d'experience on scait assez l'ordre qu'il faut garder dans les degrez du feu ; il faut que dans la solution il soit fort, mediocre dans la sublimation, temperé dans la putrefaction, un peu plus grand quand l'Œuvre est au blanc, et fort dans le rouge ; mais si par malheur ou par ignorance vous manquez dans le feu, vous devés desesperer de reussir. Il faut donc que, renonçant a tout aultre labeur, vous vous donniez sans partage et avec grande assiduité en nostre operation.

      Mais pour revenir a nostre matiere de la pierre, servés vous donc de la venerable nature, car elle ne se perfectionne que dans sa nature mesme. N'y adjoustés rien d'estrange, soit pouldre, soyt toute aultre chose, parce que des natures differentes ne scauroient perfectionner nostre pierre, et il n'y entre rien qui ne soyt sorty d'elle mesme ; et si on y adjouste quelque chose d'estrange, d'abord elle se corrompt et on ne scauroit faire ce qu'on souhaite ; de la vous voyés que vous ne tenés encore rien si dans le commencement de la cuisson, la composition ne se faict point de choses semblables sans aucune opération des mains.

      Aussi afin que ceulx qui cherchent ce precieux secret ne se fatiguent point inutilement, il declare que ce magistere n'est aultre chose que decuire l'argent vif et le soulfre jusques a ce qu'ils deviennent une mesme chose. L'argent vif empesche le soulfre de se brusler et le soulfre empesche l'argent vif de s'envoler et de se dissiper, si le vaisseau est bien fermé ; cela est facile a comprendre par l'exemple suivant : ce qui cuit dans l'eau commune ne se peult brusler tandis qu'il y reste de l'eau, mais des que l'eau est consommée ce qui estoit avec elle se brusle immanquablement. C'est pour cela que les Philosophes ont tant recommandé qu'on eust soin de bien fermer le vaisseau afin que nostre eau benite ne s'evapore point. J'ordonne donc que dans le commencement on fasse un feu fort doux afin d'accoustumer nostre Eau au feu, sans se soucier qu'elle y soit, tandis que vous verrés nostre eau calme et sans sublimation; menagez nostre feu avec beaucoup de patience jusques a ce que vous voyiés que l'esprit et le corps sont devenus une mesme chose, de sorte que ce qui estoit corporel devienne incorporel et l'incorporel corporel (4).

      C'est donc l'eau qui blanchit, qui dissout, qui congelle, qui pourrit et qui ensuite fait pousser des choses nouvelles et differentes ; ainsi je vous donne avis de vous appliquer entierement a la cuisson, sans vous ennuyer de la longueur de nostre travail et sans vous soucier de toute aultre chose. Nostre Eau vous demande tout entier ; cuisés la doucement peu a peu dans la putrefaction, jusques a ce qu'elle change de couleur en couleur et qu'elle devienne parfaicte ; prenés bien garde dans le commencement de ne pas brusler sa verdeur et ses fleurs ; ne precipités point nostre ouvraige, prenés garde que le vaisseau soit bien fermé, crainte que l'esprit qui y est ne s'evapore, et avec l'aide de Dieu soyés seur de reussir. La nature faict lentement son operation ; appliqués vous bien a l'imiter ; faictes de serieuses reflexions sur la maniere dont les corps s'engendrent dans les entrailles de la terre, par quel feu ils se cuisent, s'il est violent ou doux. Conduisés de mesme nostre ouvraige et vous reussirés asseurement (5).

      Connoissez donc bien ceste eau : elle faict le blanc pour le blanc et le rouge pour le rouge.

      Il est donc necessaire que l'on tire nostre pierre de la nature de deux corps avant que d'en faire un Elixir parfaict, parce qu'il est necessaire que l'Elixir soit plus pur et plus parfaict que l'argent et que l'or, puisqu'il doit changer les corps imparfaicts en l'or des Philosophes et en l'argent des Philosophes, ce que l'or ny l'argent ne scauroient faire ; d'autant que s'ils donnoient a un aultre corps de leurs perfections, ils seroient imparfaicts, rien ne pouvant rougir qu'autant qu'il est rouge et rien ne pouvant blanchir qu'autant qu'il est blanc. Mais nostre Elixir dans sa perfection peult perfectionner absolument tous les corps imparfaicts.

      Si vous voulés bien comprendre le present Traicté, lisés en avec attention chaque partie l'une apres l'aultre, vous y decouvrirez des merveilles ; si je ne les avois veues et touchées, je n'aurois jamais peu les escrire et les depeindre. Je n'ay pas parlé de tout ce qui se void dans ceste operation et des choses qui y sont necessaires, car il y en a certaines qu'il n'est point permis a l'homme d'expliquer. J'ay pourtant donné a connoistre toutes choses jusques a leurs perfections ; et scachez qu'on n'a jamais veu un semblable Traicté et qu'il est impossible de le posseder si Dieu ne vous le revelle ou si quelque maistre ne vous l'enseigne.

      L'ouvraige est long ; ainsi preparés vous a une grande patience. Il y a de certains charlatans qui se vantent de scavoir faire de l'or commun un or potable qu'ils disent tres précieux pour la santé, mais ce n'est qu'une illusion et une pure tromperie, l'or et l'argent preparés a leur façon estant plus nuisibles que salutaires aux malades. Nostre medecine est le vray et unique or potable capable d'oster aux hommes de mesme qu'aux metaux toutes leurs superfluitez et imperfections ; et si l'or vulgaire donnoit a un aultre de la perfection, il seroit imparfaict (6).


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(2)  En effet, celui-là qui s'applique à la réalisation manuelle, sans avoir préalablement étudié et pénétré le philosophie qui la génère, se fourvoie à coup sûr dans les expériences compliquées du laboratoire. Celles-ci le séduisent d'autant plus, aujourd'hui, que nos ouvrages de chimie, – mieux encore que les manuels spagyriques d'autrefois, – ouvrent la voie fallacieuse du raisonnement stérile ou ferment toute progression par conséquences tirées a priori. Ainsi, le chercheur fait-il d'énormes et vaines dépenses, et la nécessité s'impose-t-elle, pour lui, qu'il se familiarise d'abord avec l'enseignement des vieux Adeptes, et qu'il trouve cette chose solide et pérennelle sur laquelle tout l'ésotérisme est basé. Dès cet instant, le Grand Œuvre exige peu de frais, si ce n'est, évidemment, la seule condition que l'artiste ne demeure trop esclave de toute préoccupation étrangère.

(3)  Aurach confond à dessein le sujet brut avec le mercure qui en découle, les appelant tous deux : pierre.
« Le Seigneur dit à Moïse : ...Voici, je me tiendrai là, devant toi, sur la pierre Horeb ; et tu frapperas la pierre et l'eau en jaillira. (Exode, XVII, 6.)

(4)  Voilà bien un passage particulièrement illustré par la scène que Jacques Cœur fit sculpter, à l'entrée de l'escalier conduisant à sa chapelle et de laquelle nous fournissons, d'autre part, l'explication ainsi que l'excellent cliché dû aux Archives Photographiques de Paris. Le vaisseau sans col désigne nettement l'œuf philosophique de la voie sèche que souligne encore la croix, – symbole ancien du creuset, – surmontant le soulfre et l'argent vif, canoniquement conjoints pour la grande coction.

(5)  On conférera utilement les conseils de l'Adepte alsacien en cet alinéa, avec ce qu'enseigne Basile Valentin par sa dixième clef et dans l'addition terminant son ouvrage.

(6)  Il est de fait que les auteurs s'accordent pour déclarer, très honnêtement, que tout ne saurait être trouvé dans leurs livres et que le secours d'un ami savant, ou d'un maître, est indispensable au fils de Science pour que mûrisse le fruit de ses efforts. Hélas ! combien de disciples sont gagnés par l'impatience, qui sont séduits par la facilité et se laissent prendre à l'illusionnisme de certains, sans qu'ils aient jamais eu le courage, par surcroît, de suivre l'indication fameuse reprise par Michel Maier, à la onzième figure de son Atalanta Fugiens ! On y voit la rivale de Junon ayant auprès d'elle sa progéniture jumelle (sobolem gemellam), le soleil et la lune tout petits : DEALBATE LATONAM ET RUMPITE LIBROS. Oui, blanchissez Latone et déchirez vos livres, sans toutefois suivre l'hyperbole au pied de la lettre, mais bien en déduire que la théorie seule ne saurait suffire. Point davantage ne parviendrait-on au but par la seule voie chimique, privée de philosophie tout comme son aînée spagyrique. Contre les sectateurs de cette dernière, la Nature vitupère, dans ses Remontrances à l'Alchymiste errant :

« Laisse souffleurs et sophistiques,
Et leurs oeuvres diaboliques.
»
(La Métallique Transformation, Lyon, 1618, p. 41 v°)




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