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Magnétisme - Théories et procédés -T. 1

Henri Durville
© France-Spiritualités™






I - LE FLUIDE UNIVERSEL

Théorie du fluide universel - L'aimant - Action à distance
La Poudre de sympathie du chevalier Digby et la Médecine transplantatoire
Moyens de communication entre les absents - Taliacot et la rhinoplastie


      Le fluide universel fut longtemps considéré comme l'agent hypothétique que les physiciens d'aujourd'hui nomment l'éther. C'est lui qui servait à expliquer les phénomènes électriques, lumineux, calorifiques, etc., sans en excepter le magnétisme physiologique. Pour bien faire comprendre la façon dont les philosophes de la Renaissance le considéraient, quelques explications sont nécessaires.

      Les anciens avaient admis l'hypothèse d'un fluide subtil répandu dans l'univers. Ce fluide impalpable, d'une ténuité extrême, capable de pénétrer partout, vivifiait la nature entière et servait à expliquer tous les phénomènes que nous observons dans la nature. Les stoïciens et plusieurs philosophes, les plus distingués de la secte des péripapéticiens admettaient même l'existence de ce fluide, non comme une hypothèse, mais comme un agent réel. C'était la grande âme du monde. Dans ce système, nos âmes étaient des particules séparées du Grand Tout, qui devaient retourner à leur source après la mort de l'individu. Pour faire comprendre cette idée, ils comparaient les individus à des bouteilles à demi remplies d'eau qui flottaient dans la mer. Si on cassait les bouteilles, l'eau qu'elles contenaient se réunissait à l'océan. C'est ce qui arrive à nos âmes, disaient-ils, quand la mort, brisant les liens qui la retiennent au corps, les réunit à la grande âme du monde. Dans son Télémaque, Fénelon expose cette idée des anciens avec beaucoup d'élégance et de précision. « L'âme universelle, dit-il, est un vaste océan de lumière ; nos âmes sont autant de petits ruisseaux qui y prennent leur source et qui retournent s'y perdre ».

      Les anciens pensaient même que dans les fortes méditations, dans les songes, dans l'extase, l'âme se réunissait momentanément à la grande âme du monde et que c'était là qu'elle puisait la connaissance de l'avenir.

      Ce principe, que l'antiquité n'avait guère admis qu'à titre d'hypothèse, devint une réalité pour les grands penseurs de la fin du Moyen-âge, qui le considèrent comme une cause directe de tout ou que l'on observe dans la nature, cause créée par Dieu lui-même, pour présider à l'entretien du monde.

      La découverte des propriétés de l'aimant vint consolider cette théorie, qui eut bientôt une vogue considérable. On crut reconnaître dans l'aimant tous les caractères du principe universel, et on le considéra comme un abrégé des merveilles du monde. La direction qu'il prend, par rapport au méridien, fut attribuée à un courant de fluide qui, partant de l'étoile polaire, se dirigeait vers le sud. La propriété qu'il possède de se communiquer à certains métaux, l'attraction et la répulsion qu'il exerce à distance, même à travers les corps les plus durs, le firent identifier complètement avec le fluide universel ; et la raison de cette identification se comprend aisément. En effet, cette espèce de sympathie attractive, qui s'exerce constamment entre l'action des pôles de noms contraires, ainsi que l'antipathie répulsive qui s'exerce d'une façon non moins constante entre les pôles de même nom, durent paraitre merveilleuses et suffisamment démonstratives aux premiers physiciens qui l'observèrent, pour exciter leur enthousiasme. Cette double propriété qui se rattache réellement aux mystères les plus profonds de la physique, reste aujourd'hui encore sans explication véritablement scientifique : ou constate les effets, mais on ne les explique pas.

      La nature entière fut alors soumise à l'empire de cette action, qui prit bientôt le nom de Magnétisme, comme se manifestant plus particulièrement dans l'aimant (magnes).

      Les actions des animaux, surtout celles qui dépendent de l'action réciproque qu'ils exercent les uns sur les autres, furent attribuées à l'action immédiate de ce magnétisme universel. L'attraction que le serpent exerce sur l'oiseau, la fascination que les oiseaux de proie et quelques animaux féroces pratiquent sur leurs victimes, la légende du basilic tuant l'homme de son regard, la sympathie et l'antipathie qui, sans cause apparente, se manifestent entre les humains, ainsi que divers autres phénomènes observés dans la vie commune sans être expliqués, furent considérés comme autant de preuves à l'appui de la théorie.

      Le mouvement de certaines plantes, qui paraissent suivre le cours du soleil, fut également expliqué par le même principe.

      Ce ne pouvait être que lui qui opérait la cornposition et la décomposition des corps, qui présidait aux transmutations, à la formation des métaux dans le sein de la terre et qui entretenait la vie au fond des océans.

      Par un perpétuel mouvement de flux et de reflux, le fluide universel met, ici-bas, les êtres et les choses en communication les uns avec les autres ; il maintient l'harmonie dans la nature entière, et entretient cette harmonie dans chaque corps en particulier. A travers l'espace, il fait communiquer la terre et tous ses habitants avec les astres qui gravitent silencieusement autour de nous.

      Cette conception hypothétique devait aussi consacrer l'astrologie et la revêtir d'une apparence scientifique. C'est, en effet, ce qui eut lieu.

      La théorie du fluide universel ainsi établie et partout admise, fut bientôt appliquée au traitement des maladies. On supposa que le fluide unievrsel devait servir de véhicule à l'action médicamenteuse, et l'on chercha à agir à distance, à l'aide de certaines substances dont les propriétés curatives étaient connues. Pour cela, voici comment on raisonna :

      – Puisque le fluide universel, répandu partout, est le moyen d'action réciproque entre les différents corps de la nature, puisque c'est lui qui entretient l'harmonie dans chaque corps en parculier, il peut bien servir aussi de moyen de communication entre le corps humain et une partie qui vient d'en être séparée. Un courant de fluide établi de l'un à l'autre, doit établir cette communication et transporter l'action.

      Ce raisonnement paraissait logique ; dans tous les cas, il donna le signal des traitements sympathiques à distance, qui furent établis partout. Il suffisait d'avoir l'épée ensanglantée qui avait produit une blessure, ou un linge teint du sang du blessé, pour guérir celui-ci au moyen d'un onguent, d'une poudre, ou d'un médicament spécial. L'action de l'onguent des armes, qui fut employé jusqu'au siècle dernier, et celle de la poudre de sympathie du chevalier Digby, qui fit tant de bruit au XVIIème siècle, n'était pas expliquée autrement.

      La théorie du fluide universel, ainsi basée sur celle du magnétisme propre à l'aimant, explique encore la cause probable ainsi que le mode de propagation de certaines maladies, et semble démontrer que les guérisons merveilleuses attribuées depuis si longtemps au miracle ou à l'imposture du démon, sont purement naturelles. La magie et toutes les pratiques de la sorcellerie, y compris les phénomènes de l'envoûtement, furent expliqués de la même façon.

      La médecine transplantatoire prit également naissance dans la théorie du fluide universel ; et voici comment on raisonna pour l'établir : – Puisqu'un courant de fluide met le malade en communication avec une partie séparée de lui-même, si on transportait cette partie au sein d'un individu vivant dont l'imagination est nulle ou peu active, la maladie devrait naturellement s'implanter dans celui-ci. On essaya, des guérisons furent obtenues en grand nombre, et la méthode prit bientôt, surtout en Allemagne, un développement considérable qui ne s'est complètement éteint que vers la fin du siècle dernier.

      Voici comment on procédait :

      On prenait quelque chose provenant de la personne du malade : du sang, des cheveux, des:rognures d'ongles, des déjections même, que l'on enveloppait soigneusement dans une substance quelconque pour faire avaler le tout à un chien affamé. Comme un courant de fluide universel s'établissait entre le malade et l'animal qui avait ingéré cette partie du premier, il s'en suivait que l'animal absorbait peu à peu le principe de la maladie. Le malade guérissait et l'animal mourait.

      En raisonnant sur l'analogie du principe vital des animaux et des végétaux, on pensa bientôt qu'au lieu de sacrifier un animal, on pourrait se contenter de sacrifier un arbre ; et, paraît-il, les résultats vinrent encore confirmer le bien-fondé de la théorie. Pour cela, voici comment : on procéda au moyen d'une tarière, on perçait un large trou dans un arbre vigoureux du voisinage ; on y introduisait la matière provenant du malade, et l'on rebouchait le trou avec une cheville. Comme avec l'animal, un courant de fluide universel s'établissait du malade à l'arbre, et la maladie se trouvait bientôt transplantée dans celui-ci.

      Il y a quelques années, le docteur Luys, à la Charité, obtint des guérisons assez nombreuses par un procédé qui n'est qu'une modification du procédé transplantatoire. Un sujet sensitif endormi était mis en rapport par le contact avec le malade ; puis, au moyen d'un fort barreau aimanté, l'opérateur établissait un courant de l'un à l'autre. Le sujet accusait bientôt les douleurs ou malaises ressentis par le malade ; et celui-ci, soulagé, d'abord, se trouvait souvent guéri au bout de quelques séances. Le sujet ne mourrait pas comme l'animal et le végétal ; le mal transplanté momentanément en lui disparaissait après l'avoir suffisamment dégagé.

      Non content de guérir les maladies, on voulut même entrer en communication avec les absents. Et pour cela, on employa divers moyens dont voici les principaux :

      La lampe de vie et de mort, imaginée par Burgravius, brillait d'une lumière claire et brillante tant que la personne qui avait fourni la substance entrant dans la composition se portait bien. Dès que la maladie survenait, la lumière diminuait d'intensité pour s'éteindre complètement à la mort.

      Le sel du sang était une composition dans laquelle il entrait du sang de la personne éloignée dont on voulait connaître l'état de santé. La substance restait rouge et vermeille tant que la personne en question se portait bien, et se ternissait plus ou moins en cas de maladie et de mort.

      Mais le moyen le plus certain de converser à distance avec un parent ou un ami était donné par l'alphabet sympathique. L'opération préliminaire était douloureuse, assez difficile à pratiquer ; mais quand on y était parvenu, il paraît qu'on pouvait se faire comprendre, par une sorte de télégraphie, d'un bout du monde à l'autre. Le procédé consistait à enlever de l'un des bras des deux personnes qui voulaient converser entre elles un petit lambeau de peau de forme égale sur lequel on traçait un chiffre ou une lettre de l'alphabet et d'appliquer le lambeau de l'une au bras de l'autre, et réciproquement: L'opération était répétée autant de fois qu'il fallait de lettres,chiffres, etc. ; cette greffe animale prenait très bien et les différents lambeaux faisaient bientôt corps avec l'individu. Quand l'une des personnes ainsi préparées piquait avec un stylet les diffèrentes lettres, l'autre en était instantanément avertie par une impression de piqûre au même point. De cette façon, en notant les lettres correspondantes aux points douloureux, on parvenait facilement à faire des mots, puis des phrases ; enfin, à tenir une conversation.

      Il paraît que l'on pouvait aussi communiquer à distance avec un cadran ou boussole dite sympathique, sorte de télégraphe où l'aimant était seul employé. On en trouve une description dans un Traité des Causes magnétiques imprimé à la suite de la Physique occulte, par De Vallemont, édition de 1709.

      Ces effets, s`ils sont réels, laissent bien loin derrière eux les observations que l'on vient de faire récemment sur l'extériorisation de la sensibilité.

      Un fait, qui eut un immense retentissement, si on s'en rapporte à la publicité qui lui fut donnée dans les ouvrages du temps, semble confirmer la'possibilité de ce genre de communications.

      Un homme de Bruxelles se rendit à Bologne, pour se faire greffer un nez artificiel, d'après la méthode de Taliacot. L'opération réussit fort bien et il rentra dans sa patrie où il continua de vivre bien portant. Mais un beau jour, la partie factice qu'il s'était procurée devint froide, pâle, livide, se pourrit et tomba. On ne savait à quelle cause attribuer ce changement soudain ; mais on apprit bientôt que le jour même où le nez factice de Bruxelles devint livide, un ouvrier de Bologne qui, pour de l'argent, avait fourni la peau de son bras nécessaire à l'opération, était mort presque subitement. Peu de temps après, un second fait analogue, puis un troisième furent encore constatés ; et il n'en fallut pas davantage pour donner à la théorie toute la solidité dont elle pouvait encore avoir besoin.

      La greffe du nez, désignée, aujourd'hui, sous le nom de rhinoplastie, n'est donc pas nouvelle ; mais, actuellement, on n'emploie guère à cette restauration du nez ou de toute autre partie de la figure que la peau enlevée sur le patient lui-même, de telle façon que la science ne sait pas si le fait cité plus haut peut être véridique. La méthode de Taliacot est connue, et son auteur (né en 1546, mort en 1600) fut un des professeurs les plus distingués de l'Université de Bologne. Une statue fut élevée en son honneur, et la Faculté de médecine y fit placer une inscription rappelant le genre d'opération dans lequel il s'était distingué.

      L'art de Taliacot fut vanté partout sur tous les tons; et à la fin du siècle dernier, les vers suivants du sarcastique Voltaire étaient encore récités dans les salons à la mode :

            Ainsi Taliacotius,
            Grand Esculape d'Etrurie,
            Répara tous les nez perdus
            Par une admirable industrie.
            Il vous prenait adroitement
            Un morceau du cul d'un pauvre homme,
            L'appliquait au nez proprement ;
            Enfin, il arrivait qu'en somme,
            Tout juste à la mort du prêteur
            Tombait le nez de l'emprunteur ;
            Et souvent dans la bière,
            Par justice et d'un commun accord,
            On remettait au gré du mort,
            Le nez auprès de son derrière.

      Comme on a beaucoup parlé de la poudre de sympathie, il est bon d'en dire quelques mots ici.

      Digby, qui la fit connaître en Europe, était un savant (anglais) de premier ordre qui vécut de 1600 à 1665, et laissa une réputation justement méritée de philosophe, de physicien et de naturaliste. Il apprit, dit-il, le secret de cette merveilleuse application d'un religieux carme de la Toscane, qui l'avait appris lui-même aux Indes où des praticiens l'employaient à la guérison des plaies.

      La poudre de sympathie est ce que l'on appelait alors du vitriol romain ou couperose vertu. Les vitriols des anciens chimistes sont devenus les sulfates de la chimie contemporaine ; et à ce titre, cette poudre est un sulfate de fer. Mais, c'est surtout de la préparation qu'elle tirait ses vertus sympathiques.

      On prenait au mois de juillet une certaine quantité de vitriol que l'on dissolvait plusieurs fois dans l'eau pure ; on le filtrait, et dans un lieu très propre, on évaporait toute l'eau qu'il avait conservée. Ainsi débarrassé de toutes les impuretés qu'il contenait, on le broyait grossièrement et on l'exposait aux rayons du soleil du lion pendant 15 à 18 jours, en ayant soin de le retirer pendant la nuit et durant le jour lorsqu'il y avait de l'humidité. Sous cette action, il se calcinait en poudre très fine d'une extrême blancheur ; et alors, il possédait toutes ses propriétés sympathiques.

      Ainsi préparé, il contribuait puissamment à la guérison des plaies de toute nature. Digby, qui avait admis la théorie du fluide universel, pensa qu'il était possible de l'employer aux traitement dits sympathiques que l'on pratiquait à distance. Il fit des expériences nombreuses qui confirmèrent ses hypothèses, et bientôt sa poudre prit le nom de poudre de sympathie. Il suffisait d'en répandre sur l'épée ensanglantée qui avait fait un blessure ou sur un linge teint du sang du blessé, en employant certaines précautions, pour qu'un courant de fluide universel chargé des vertus médicamenteuses de la poudre s'établit immédiatement de celle-ci au blessé ; et, paraît-il, la guérison se faisait plus rapidement que si l'application de la même poudre avait été faite directement sur la blessure.

      On trouve l'exposé de la théorie du chevalier Digby dans un ouvrage assez rare qui parut sous ce titre : Discours fait en une célèbre Assemblée, par le chevalier Digby, touchant la guérison des Playes par la Poudre de sympathie, 1660-1681.

      Cet ouvrage eut un succès considérable et fut traduit en latin et en anglais. A la suite de l'édition de 1681, on trouve une Dissertation touchant la Poudre de sympathie, par un médecin de Blois, le docteur Papin, qui complète sur plusieurs points la théorie du chevalier Digby. Une reproduction du Discours de Digby fut publiée en 1895 par G. Démarest.




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