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Le Nouvel Homme

Louis-Claude Saint-Martin
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Colombe


37.

      Vous savez qu'il est écrit (Ezéchiel, 33:8), si lorsque je dirai à l'impie : impie, vous mourrez très certainement, vous ne parlez point à l'impie afin qu'il se retire de sa mauvaise voie, et qu'il meure ensuite dans son iniquité, je vous redemanderai son sang à vous-mêmes. Et moi je vous dis que ce n'est pas seulement le sang des autres que la justice vous redemandera, mais qu'elle vous redemandera le vôtre même si nous avez négligé de l'employer à la défense de votre propre règne, que vous vous soyez contentés d'en chasser l'iniquité, et que vous n'en ayez pas chassé jusqu'à la moindre faiblesse."

      "Vous êtes l'or, vous êtes le talent distribué par le maître à ses serviteurs ; souvenez-vous qu'il ne le distribue que pour en retirer des fruits abondants, et pour qu'il soit continuellement dans la main des banquiers. Si vous ne l'avez pas fait valoir, la justice vous redemandera non seulement le fonds, mais encore les intérêts que ce fonds aurait dû lui rapporter, et elle vous ôtera même ce fonds avec lequel vous auriez pu obtenir de ces intérêts à l'avenir. Comment parviendrez-vous à vous acquitter avec elle ? Vous êtes le sel de votre terre, s'il devient fade, avec quoi le salera-t-on ? Et votre terre ne deviendra-t-elle pas fade elle-même ?"

      "Votre leçon entière est dans ces paroles : Les serviteurs que mon père aime sont ceux qui le servent en esprit et en vérité. Ainsi ne vous en tenez pas à une simple croyance au principe divin dont votre âme immortelle a reçu la vie. Ne vous en tenez pas même à cette foi vive que par votre union avec lui vous pouvez tout opérer pour votre bien, et celui de vos frères qui demeurent avec vous dans votre temple particulier, mais faites en sorte de ne vous donner aucun repos jusqu'à ce que cette vive foi se soit convertie en actes positifs, et en faits réels. Les serviteurs que le père aime, ce sont ceux qui prouvent leur foi en la divinité de leur nature par la divinité des fruits qu'ils produisent, et par le soin qu'ils prennent que dans eux les triples nombres s'accomplissent ; sans quoi le cercle reste ouvert, l'œuvre n'est pas achevée et reste incomplète, et vous ne pourrez pas dire que vous serviez Dieu en vérité, puisque vous ne le servez pas en œuvres effectives."

      "Vous pouvez honorer Dieu par vos prières, mais vous pouvez l'honorer encore plus par les services que vous vous rendrez à vous-mêmes en son nom, et dans l'esprit de sa gloire et de la manifestation de sa lumière, car ces sortes de services seront pour lui, au lieu que vos prières sont principalement pour vous, et comme des préservatifs contre les dangers qui vous menacent et des appuis contre les faiblesses qui vous rongent."

      "Ceux qui ne servent leur Dieu qu'en intelligence, ne connaissent pas la vie réelle, puisqu'ils ne vivent que dans les images, aussi ne sont-ils récompensés que par des images. Il faut que votre cœur et toutes les propriétés de votre être deviennent autant d'agents et d'organes actifs sans aucune interruption, si vous voulez vivre dans les réalités et servir votre meure en esprit et en vérité."

      "On vous a dit que le cœur de l'homme était la terre où Dieu voulait continuellement semer le grain. Vous avez donc la propriété de le faire fermenter et produire en y joignant les sucs nourrissiers et végétatifs dont vous êtes l'organe et le foyer. La vérité sème moins en vous qu'elle n'espère en recueillir, afin de vous laisser la gloire et le mérite d'avoir concouru à l'œuvre, et le droit de demander votre rétribution lors de la récolte. Voyez combien la terre périssable que vous habitez rend de richesses et de fruits innombrables, pour quelques grains d'un blé corruptible que le laboureur sème dans son sein. Lors donc que le grain de l'éternelle vérité se sème dans la terre vive, jugez quelle immense moisson il en doit résulter, surtout si vous ne cessez de sentir que c'est de Dieu que viennent à la fois la terre vivante, le grain, et le laboureur."

      "Lorsque le Seigneur sème quelque grain en vous, commencez donc par le recouvrir précieusement de toutes les terres déjà remuées auparavant, c'est-à-dire de la confiance, de la vigilance, et de la constance à veiller à la conservation de ce dépôt précieux. Que jamais les séduisantes amorces de la contemplation ne laissent à votre esprit le temps d'interrompre votre cœur dans son œuvre ; sans quoi vous mettrez le grain à découvert au lieu de le laisser fermenter dans la terre ; il se desséchera, ne pourra porter aucun fruit, ou bien il sera dévoré par les oiseaux."

      "Souvenez-vous que si l'âme de l'homme est destinée à servir de temple à l'éternel auteur de ce qui est, il faut qu'elle ait en elle, à la fois, toutes les formes capables de contenir toutes les propriétés de cet être infini, selon toutes leurs vertus, actions, et subdivisions, sans quoi ce suprême et majestueux Créateur de tout ce qui existe, ne pourrait pas entièrement et librement habiter en elle. Souvenez-vous alors que si l'âme de l'homme est destinée à servir de temple à l'Eternel, vous n'avez plus un seul mouvement qui doive demeurer en votre possession, puisque le souverain auteur qui a produit ces formes pour lui servir de demeure et qui vient les habiter, doit être le seul à qui en appartienne la disposition ; c'est pourquoi le Réparateur nous a défendu de jurer par notre tête, puisque nous n'en pouvons rendre un seul cheveu blanc ou noir ; car pour jurer par quelque chose, il faut posséder quelque chose ; or nous ne possédons rien, pas même notre être puisqu'il n'est que la forme, et le domaine de Dieu."

      "Vous avez appris du Réparateur, à dire : notre père ; et vous ne pouviez l'apprendre que de lui, puisque, jusqu'à lui, vous étiez sans Dieu en ce monde (Ephésiens 2:12) vu que vous n'étiez venus en ce monde que pour vous être séparés de Dieu ; et s'il ne s'était pas rendu fils de Dieu pour vous enseigner par ces paroles consolantes, et par sa personne, que l'homme est le fils de Dieu, vous auriez oublié à jamais, que Dieu est votre père. Vous n'auriez pu prononcer ce nom qu'il fallait reconnaître pour ouvrir la porte à votre réconciliation, et vous auriez été assimilés à celui qui ne se souvient plus qu'il a porté autrefois le glorieux titre de fils de Dieu."

      "Ce Réparateur vous a enseigné à demander à votre père, votre pain quotidien, et à être préservés du mal ; si votre âge l'eût permis, il vous eût découvert de plus grandes merveilles encore dans les miséricordes de votre Dieu, il vous eût découvert que ce Dieu ne cesse de vous offrir ce pain quotidien, en ne cessant de vous communiquer sa sainte et exclusive action qui devrait nous animer tous ; ainsi toute notre sagesse devrait se porter à ne pas refuser les secours qu'il nous offre journellement, et notre seule prière pourrait se réduire à lui demander la grâce de ne pas repousser, comme nous le faisons, les dons, et les faveurs dont il nous accable. Car le nouvel homme n'a de différence d'avec les imprudents, qu'en ce qu'il accepte ce pain quotidien, et qu'il s'en nourrit, tandis que les autres le rejettent, le dédaignent, et nient ensuite son existence."

      "Vous savez ce que le Réparateur déclara à ceux qui espéraient être reconnus comme enfants de Dieu pour avoir guéri des maladies, et chassé des démons en son nom ; il leur dit : le Seigneur répondra : Allez-vous en, je ne vous ai jamais connus. En effet, le nouvel homme vous apprendra que ces œuvres sont au nombre des droits de votre être, et qu'elles ne sont pas, à beaucoup près, l'objet principal de votre renaissance. Les Juifs n'avaient-ils pas été traités avec colère ? Oui, ces œuvres sont tellement au nombre des droits de votre être, qu'il vous est recommandé de vous purifier de vos péchés. Or, cette purification ne peut se faire qu'en chassant de chez vous l'ennemi, qui est le prince de l'iniquité, et de la souillure ; et quand vous serez parvenus à le chasser entièrement de chez vous, ne sera-ce pas une propriété naturelle de votre essence pure que de le chasser de chez les autres ?"

      "Songez donc que l'objet véritable de l'œuvre du nouvel homme est de se régénérer dans la vie divine, qui est l'amour, et la lumière : songez que vous ne pouvez obtenir de degré de jouissance sans que Dieu vous connaisse, et sans qu'il soit intimement uni avec vous, comme il le fut avec Moïse lorsqu'il l'appela, et qu'il le connut par son nom. Songez que vous ne pouvez être ressuscités (Romains 8:9) et être sauvés sans confesser que le Réparateur est ressuscité, parce que vous ne pouvez le confesser sans le savoir, sans le sentir, et dès lors, sans être ressuscités avec lui. Souvenez-vous ensuite que le Réparateur n'était pas encore ressuscité, lorsqu'il dit aux Juifs ces paroles que vous venez d'entendre sur le pouvoir de chasser les démons, et que c'est une preuve de plus que ce pouvoir n'est que secondaire dans l'ordre de votre régénération."

      "Il vous a été dit que quelque chose que vous demandassiez au père, au nom du Réparateur, vous l'obtiendriez ; mais comment demanderez-vous au nom du Réparateur si ce nom ne vous est pas connu, c'est-à-dire, s'il n'a pas pénétré jusque dans l'intelligence de votre cœur, par la douceur de sa vivante activité ? Voici donc comment vous pouvez espérer que ce nom se fasse connaître à vous, et comment vous pouvez vous en servir utilement."

      "Toutes les fois que votre esprit se sentira dans l'indigence, et dans le besoin, présentez au Réparateur le dénombrement des grâces antérieures qu'il vous a faites. Dites-lui : " Je suis celui à qui vous avez remis telle et telle dette, je suis celui que vous avez fortifié dans telle occasion, je suis celui en qui vous avez développé telle lumière, je suis celui que vous avez préservé dans telles circonstances, je suis celui que vous avez étonné tant de fois par la douceur si inattendue de vos joies toujours nouvelles ; enfin je suis celui pour qui vous avez fait, et pour qui vous faites encore de continuels miracles de miséricorde, et d'allègement dans nos peines, dans nos dangers, et dans nos ténèbres. Il reconnaîtra ses propres œuvres dans ce dénombrement que vous lui présenterez, et il s'approchera encore davantage de vous, afin que vous puissiez parvenir un jour à demander en son nom, à son père, tous vos besoins."


38.

      "Vous savez qu'il est écrit que vous ne devez point jeter vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, et qu'ils ne se tournent contre vous. Ce précepte regarde en particulier l'homme qui soupire après sa régénération ; il prend une telle idée de la grandeur des trésors qui lui sont promis, et une idée si horrible de la souillure de son être, qu'il craint toujours de laisser en lui quelque substance corrompue qui, comme les pourceaux, aille fouler aux pieds les perles qu'on lui présenterait, et qui ne se tourne contre celui qui lui aurait offert tous ces trésors. Lorsque vous deviendrez des hommes nouveaux, ne parlez point de la vérité à ce qui, dans vous, ne sera pas encore régénéré dans l'innocence, et dans la foi de l'esprit ; contemplez-vous pour savoir s'il n'y a pas encore en vous quelque chose qui soit à un tel point de faiblesse, et de ravalement, qu'on doive lui laisser ignorer même qu'il y a un remède universel ; savoir, celui de l'amertume."

      "Ce n'est qu'aux facultés, déjà dans le sentier de la vie, que vous devez communiquer l'utile mystère des douleurs de la pénitence de l'esprit, qui seule nous découvre si clairement les deux êtres qui sont en nous, et qui, seule, offre à l'homme comme autant d'échelons, pour l'aider à monter sur l'autel du sacrifice, jusqu'à ce que le feu de l'esprit descende sur lui, comme au temps de la loi des holocaustes, et l'enlève ensuite avec lui dans la région de la vie."

      "Ainsi vous reconnaîtrez que vos péchés sont couverts, quand vous sentirez que la sagesse laisse descendre en vous quelque base nouvelle et féconde, sur laquelle puisse s'élever l'universel édifice ; car cette sagesse ne vous enverrait pas un tel présent, si elle n'avait auparavant, emporté tous les décombres et toutes les ruines que vos égarements avaient produits."

      "Ayez donc constamment le soin de rompre la chaîne de vos crimes, et de la laisser à demeure sous vos pieds, afin que rien en vous ne repousse les trésors qui vous seront prodigués par la sagesse qui veille sur vous ; car elle vous en enverra de plus considérables encore que ceux que l'ennemi vous avait fait perdre, parce qu'elle est mille fois plus riche, et plus bienfaisante qu'il ne peut être méchant et pervers. Elle enverra des anges pour enlever les pierres de vos sépulcres, et après vous avoir fait sortir vivants de vos tombeaux, ils s'assoiront sur ces pierres comme un signe éternel que la mort ne reprendra plus ses droits sur vous."

      "Le terme final, et la destination du nouvel homme ne doivent-ils pas l'emporter sur les degrés obscurs et pénibles de sa réconciliation, et n'est-il pas attendu dans un temple plus brillant, et plus vaste que ne peut le lui faire concevoir aujourd'hui toute l'étendue de ses pensées ? Ne faut-il pas que tout soit précipité pour que la grande clarté lui soit rendue ? Sanctifiez-vous, disait Josué au peuple, car le Seigneur fera demain parmi vous des choses merveilleuses."

      "Quelles sont ces merveilles ? C'est de faire planer le nouvel homme au-dessus des mondes, d'être pour lui un signe perpétuel de gloire et de triomphe, et de le faire asseoir sous les portiques sacrés, pour y chanter éternellement les cantiques du Seigneur. Car, si vous êtes assez fidèles aux lois, et aux ordonnances du Seigneur pour que son nom vous remplisse, et se mette en possession de tout votre être, c'est ce même nom qui engendrera en vous toutes vos substances vives, ou toutes les formes des vertus divines ; vos facultés seront les agents, et les organes de ces formes, la sagesse les conservera dans leurs justes mesures, et dans leurs proportions, pour que tout ce qui est en vous manifeste l'harmonie du Père céleste qui vous a donné la vie ; ainsi votre Dieu tout entier passera en vous : et voilà comment vous deviendrez la ressemblance de votre principe, et l'image active du grand monde et de l'éternité."

      "Ne vous attachez qu'aux désirs que la sagesse vous envoie : vous les connaîtrez au calme qu'ils feront naître dans votre cœur, et à la lumière qui les accompagnera, puisqu'ils seront les fils de la lumière, et que la sagesse n'envoie jamais des désirs au cœur de l'homme, sans lui envoyer, en même temps, tous les moyens de les satisfaire, parce qu'elle est l'unité, parce qu'elle n'opère, et n'engendre que l'unité, et qu'elle ne peut agir que dans ses propres lois qui sont toutes liées dans cette unité. Défiez-vous donc des désirs qui ne viendront que de votre propre sagesse. Vous les reconnaîtrez aux mouvements impétueux, et inquiets qu'ils exciteront en vous, de même qu'aux innombrables difficultés dont leur accomplissement se trouvera hérissé, et qui ne pourra jamais avoir lieu sans retarder, au moins pour un temps, votre avancement dans la carrière simple et libre de la vérité."

      "Pressez-vous de faire votre œuvre, fût-ce même avant son temps, s'il était possible ; non seulement vous acquerrez par là les moyens d'obtenir de plus grandes richesses dans les possessions de la lumière, et de l'esprit, mais vous pourrez encore jouir paisiblement du repos pendant la chaleur du jour, tandis que ceux qui auront été moins actifs, ainsi que ceux qui se seront abandonnés à l'insouciance, et à la négligence, seront obligés de supporter tant de fatigues, que peut-être ils n'y résisteront pas, et finiront par être réduits à la disette, et à une effroyable misère."

      Ne vous arrêtez donc pas aux obstacles que les infidèles qui demeurent dans votre sein voudront opposer à votre œuvre. Dites-leur : vous aurez beau rejeter ma parole, j'en étourdirai vos oreilles, et je vous poursuivrai jusqu'à ce que les ordres de mon maître soient exécutés, et que vous rendiez hommage à sa gloire. Est-ce à moi de mesurer, et de juger les voies du Seigneur ? J'ai accepté dans l'humilité de mon âme, le nom de son prophète, et de son envoyé, et plein du désir de faire honorer son nom, et sa puissance, je ne veux pas qu'il ait à me reprocher de n'avoir pas averti ceux qui s'égarent. C'est sur vous qui habitez en moi, et qui êtes les plus proches de mes semblables, que je dois manifester son empire, et à qui je dois annoncer son nom. C'est sur vous que je dois faire tomber toutes les plaies d'Egypte, jusqu'à ce que vous ayez rendu la liberté au peuple choisi."

      "Je ne dirai pas même, en allant vers vous, comme disait Moïse : A quels signes me reconnaîtront-ils ? Vous me reconnaîtrez à la puissance du Seigneur qui est descendue dans l'âme de l'homme, et qui a fait que nul prophète égal à l'homme ne s'est élevé dans Israël. Vous me reconnaîtrez à ce que tout homme est né pour être triomphant dans son propre royaume, quoiqu'il doive s'attendre à la vérification de cette parole, nul prophète n'est bien reçu dans son pays terrestre."

      "Donnez donc un libre cours aux paroles du salut, et de la régénération qui ont été accordées au nouvel homme. Aidez-le à exterminer les agents de l'iniquité, à précipiter dans la mer les animaux impurs qui auront servi d'asile aux esprits de ténèbres, et à faire ouvrir à demeure les sept canaux de la sainteté ; la vie qui en descendra vous communiquera un nom dont vous ne pouvez concevoir les merveilleuses puissances, et les richesses ineffables ; faites-vous seconder du feu du ciel pour que tout ce qui est en vous tremble devant le Seigneur, et pour que vous marchiez sur les traces du fils du grand Azarias, en qui la parole sainte et divine consumait toutes les substances qui sont étrangères à l'esprit."

      "De même que l'action continuelle de Dieu est de chasser loin de lui l'erreur et les ténèbres, et d'étendre perpétuellement le royaume de la vie, malgré tous les ennemis dont ce royaume est environné et menacé, de même lorsque ce Dieu s'unit à vous, il vous est possible d'opérer les mêmes œuvres dans votre royaume particulier, puisque l'action de Dieu, en changeant de lieu, ne change ni de force, ni de pouvoir, et qu'elle ne fait alors en vous, que ce qu'elle fait sans interruption hors de vous."

      "Il vous a été dit de ne point vous mettre en peine pour le lendemain, et qu'à chaque jour suffisait son mal. Cela vous a été dit alors de la nourriture et du vêtement, et de toutes ces choses dont les païens se mettent en peine, comme si Dieu ne savait pas qu'ils en ont besoins, et qu'ils ne sût pas les donner par surcroît à ceux qui cherchaient premièrement le royaume de Dieu et la justice ; mais vous pouvez également appliquer ces paroles à la nourriture, et au vêtement de vos âmes, qui vous seront donnés en abondance, si vous cherchez réellement le royaume de Dieu, et sa justice ; car s'il est vrai qu'à chaque jour suffit son mal, à chaque jour aussi suffit sa consolation, puisqu'il est dit que votre père qui est dans le ciel fait lever son soleil sur les bons, et sur les méchants, et qu'il fait pleuvoir sur le champ des justes, et des injustes. Ainsi il n'y a pas de jour que le Soleil divin ne se lève pour vous sur la terre de vos âmes, de vos esprits, et de vos cœurs."

      "Il est écrit que si votre main droite vous est un sujet de scandale, et de chute, vous la devez couper, et la jeter loin de vous, parce qu'il vaut mieux qu'une partie de votre corps périsse, que non pas que tout votre corps soit jeté dans l'enfer. Ces paroles ne tombaient alors que sur les crimes où les désordres de votre matière pouvaient vous entraîner. Mais elles frappaient secrètement aussi sur les cupidités de l'esprit, et sur ces faux prophètes qui vous portent perpétuellement à rompre l'alliance que vous avez faite avec votre Dieu, et à en contracter avec des dieux qui ne sont point des dieux, qui se présentent à vous vêtus comme des brebis, et qui au-dedans, sont des loups ravissants. Car la porte de la vie est étroite, et il y en a peu qui la trouvent ' et qui y entrent, tandis que la porte de la perdition est large, et le chemin qui y mène est spacieux, et il y en a beaucoup qui y passent."

      C'est ainsi que le nouvel homme, assis sur la montagne, versera dans lui-même la lumière d'en haut et qu'il s'enseignera avec une doctrine intérieure et vivante, et non pas avec une doctrine extérieure, morte et superficielle, comme font les docteurs et les Pharisiens.


39.

      Le nouvel homme entrera dans son temple aux jours septenaires, ou aux jours du sabbat de l'esprit, parce qu'il sera fidèle à la loi ; quand il sera entré et qu'il se lèvera pour lire, on lui présentera le livre du prophète Isaïe: et il l'ouvrira (61:1) où sont écrites ces paroles : L'esprit du Seigneur s'est reposé sur moi. C'est pourquoi il m'a consacré par son onction. Il m'a envoyé pour prêcher l'Evangile aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour annoncer aux captifs qu'ils vont être délivrés, et aux aveugles qu'ils vont recouvrer la vue, pour renvoyer libres ceux qui sont accablés sous leurs fers ; pour publier l'année des miséricordes, et des grâces du Seigneur, et le jour auquel Dieu rendra à chacun selon ses œuvres.

      Il fermera le livre et dira : C'est de moi que ces paroles.ont été écrites. J'ai attiré sur moi l'esprit du Seigneur par les désirs, et les larmes de mon esprit ; j'ai attiré sur moi les vertus du Seigneur par ma soif de sa justice, et mon ardeur pour sa sagesse ; j'ai attiré sur moi la mission du Seigneur en faveur des affligés par mon zèle pour sa gloire, et pour le soulagement de mes frères ; j'ai attiré sur moi la parole du Seigneur par la constance, et l'importunité de ma parole, parce que nous ne pouvons rien obtenir du Seigneur qu'en lui présentant des similitudes sur lesquelles il puisse faire descendre, et reposer son action.

      Mais cette action ne peut descendre, et se reposer sur nous, sans ajouter à la purification que nous avons commencée par nos efforts, et qui n'est jamais complète, si la main du Seigneur ne vient elle-même consommer l'œuvre.

      C'est pourquoi cette action du Seigneur ne vient jamais sur l'homme sans exciter en lui de saints frémissements qui, en le purgeant de ses souillures, lui font sentir physiquement combien est effroyable la faiblesse à laquelle il est réduit, tant que l'alliance n'est pas renouvelée, et en même temps, combien est grande la puissance de l'être infini qui embrasse tout, que meut tout, qui pénètre tout, et qui a donné à l'âme humaine le droit de le contempler, et de sentir sa vivante activité.

      Malheur à l'âme humaine qui, après avoir ainsi renouvelé son alliance avec l'esprit, et la parole du Seigneur, ne tremble pas de respect pour la mission dont elle est chargée, et ne remplit pas avec une sainte faveur, toutes les fonctions de son ministère ! Malheur à elle si, ayant obtenu de nouveaux pouvoirs, et des dons plus vastes pour faire descendre plus abondamment sur elle, et dans sa région, les grâces, et les frayeurs de la parole, .et de l'esprit du Seigneur, elle use de ces dons avec des désirs qui ne soient pas ceux de l'esprit même, avec une foi qui ne soit pas celle de l'amour et de la lumière, et avec des facultés qui ne soient pas entièrement, et exclusivement dévouées à l'œuvre qu'elle doit accomplir sur la terre ! Elle se rendra coupable du corps et du sang du Seigneur (Ière Corinth. 11:27) ; elle mangera et boira sa propre condamnation, elle deviendra faible et malade, et tombera dans le sommeil.

      Mais si elle n'écoute que les désirs de l'esprit de vérité, quelque dures que ses paroles puissent paraître à tous ceux de la synagogue, elle ne doit point craindre leur colère, ni les vengeances dont ils la menacent. Elle prospérera malgré eux, parce qu'elle sera soutenue par la main du Seigneur, ils auront beau la chasser de leur ville, et la mener jusque sur la pointe de la montagne où leur ville est bâtie, afin de la précipiter, elle passera au milieu d'eux, et se retirera.

      Quand elle sera ainsi unie à la main vigilante du Seigneur, celles de ses facultés qui seront possédées des démons impurs ne pourront approcher d'elle sans que ces esprits de ténèbres ne jettent de grands cris, et ne lui disent : Laissez-nous, qu'y a-t-il entre vous et nous, âme nazaréenne ? Je sais qui vous êtes, vous êtes le saint de Dieu ; êtes-vous venue pour nous tourmenter avant le temps ? Mais elle leur répondra avec menaces : Taisez-vous, et sortez de moi, et ils en sortiront sans leur avoir fait aucun mal.

      Ce nouvel homme voyant en lui tant de ces hommes tourmentés par des esprits impurs, tant de malades, et d'infirmes qu'on lui apportera de tous côtés pour qu'ils les guérisse, sentira ses entrailles émues de compassion, de les voir ainsi languissants, et dispersés comme des brebis qui n'ont point de pasteurs ; et il dira à ses bons intellects : la moisson est grande, mais il y a bien peu d'ouvriers ; priez donc le maître de la moisson pour qu'il envoie des ouvriers en sa moisson. Il ne cessera de les encourager par son exemple, à devenir eux-mêmes des ouvriers qui puissent l'aider dans son œuvre. Il ne cessera de les prévenir combien cette œuvre rencontrera d'invisibles contradicteurs qui ne pourront pas en avoir l'intelligence, parce qu'ils ne demeurent que dans les ténèbres.

      Aussi ces contradicteurs diront-ils que c'est par le prince des démons que tous ces ouvriers chassent les démons, aimant mieux se couvrir eux-mêmes de confusion par cette réponse insensée, que d'avouer leur défaite, et la supériorité de celui qui vient manifester leur ignorance. Car ils verront des hommes muets possédés du démon ; ils verront que c'est par la parole du nouvel homme que ces hommes muets recouvreront l'usage de leur langue, après qu'il les a délivrés de leur démon ; et cependant ils ne craindront pas de confondre celui qui guérit, avec celui qui occasionne la maladie; celui qui ôte la parole, avec celui qui la rend. Bien plus, ils ne craindront point de tomber en contradiction devant ces démons même qu'ils veulent regarder comme les princes de ces œuvres puissantes, et merveilleuses, puisque ces démons reconnaîtront eux-mêmes la force, et le nom de celui qui les chasse, et lui diront : Vous êtes le nouvel homme, vous êtes le Christ, vous êtes le fils de Dieu (Luc, 4:41).

      Ils se scandaliseront de le voir enseigner d'une manière qui remplira tout le monde d'étonnement, parce que sa parole sera accompagnée de puissance et d'autorité ; et il sera en butte aux contradictions des Pharisiens, des docteurs de la loi qui viendront de tous les villages de la Galilée, du pays de Judée, et de la ville de Jérusalem, et qui étant assis près de lui, verront sa vertu agir par des prodiges, et la guérison des malades.

      Car le nouvel homme voyant en lui-même un paralytique, et la foi de ceux qui l'apportent à ses pieds, lui dira : Mon ami, vos péchés vous sont remis.

      Alors les Pharisiens, et les docteurs de la loi, l'accuseront de blasphèmes, prétendant qu'il n'y a que Dieu qui puisse remettre les péchés, tandis que par leur loi même, dont ils sont les docteurs, et les princes, il y avait des sacrifices pour l'expiation, et pour le péché, et que ces sacrifices étaient offerts par la main d'un homme qui, dans cette circonstance, était l'intermède, l'organe, et l'agent de la divinité.

      Mais le nouvel homme, connaissant d'avance leurs pensées, aura commencé par la guérison intérieure du malade, afin d'avoir l'occasion de leur donner une instruction salutaire, et lumineuse, en leur représentant qu'il n'est pas plus difficile de dire levez-vous, et marchez, que de dire vos péchés vous sont remis ; parce qu'aux yeux du fils de l'homme, toutes les puissances émanent de la même source, et que, sûrement, le premier service qu'il puisse se rendre à lui-même, c'est d'employer celles qui tombent sur la guérison de ses facultés intérieures, et de ne s'occuper de la guérison de son corps, que quand son intérieur est rétabli, sans quoi, loin d'avancer son perfectionnement, et sa régénération, il ne ferait que rendre ses facultés plus coupables, en les dispensant de la coulpe de leurs péchés, tandis qu'il leur laisserait la substance de leurs péchés.

      Mais ayant commencé à user des droits originels de l'âme humaine (qui étaient de remettre les péchés) par remettre les péchés au paralytique, en récompense de la foi qui l'animait, il voudra encore frapper les yeux matériels des docteurs de la loi par un prodige corporel, et par la guérison matérielle du malade ; et sachant combien les puissances sur l'esprit s'élèvent au-dessus des puissances qui ne tombent que sur le corps, il prouvera la guérison intérieure, ou le pouvoir qu'il a eu de remettre les péchés par la guérison extérieure, puisqu'une puissance moindre est nécessairement comprise dans une puissance supérieure, ce qui nous enseigne combien nos maux sont liés à nos désordres moraux, et que si notre intérieur était mieux réglé, nous aurions infiniment moins d'infirmités corporelles. Pénétré de ces principes, le nouvel homme, ayant délié dans le paralytique les chaînes du péché qui suspendraient l'action de tous ses organes, dira, avec assurance, à ces organes délivrés de leurs entraves : Levez-vous, je vous le commande, emportez votre lit, et vous en allez en votre maison. Le paralytique se lèvera, emportera son lit, et s'en ira en sa maison au grand étonnement de ceux qui seront les témoins de ce glorieux événement.

      Le nouvel homme sera si constamment occupé de son œuvre, qu'il pourra ramener ainsi tout son être à ses éléments primitifs, en travaillant sans relâche, à réaliser ce qui est dit dans les prophètes : Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. C'est-à-dire, en faisant en sorte que chaque portion de son être exprime activement la sainteté de Dieu, et dise : saint, saint, saint, comme nous avons vu précédem-ment, que telle était la vraie propriété que nous découvrait l'analyse divine de notre être ; c'est-à-dire enfin, que tous les points de cet être qui est en nous, devaient être mûs par les consciences vives, et progressives des diverses régions de l'esprit, par où nous pouvons, et devons passer, jusqu'à ce que nous soyons universellement pleins de la conscience divine. Or, si l'être intérieur du nouvel homme arrivait à cet heureux terme, quels maux physiques pourraient, dans son corps, résister à sa puissance ? Et ne pourrait-il pas dire avec assurance, à tout ce qui sera paralytique, en lui : Levez-vous, je vous le commande, emportez votre lit, et vous en allez votre maison ?




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