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Le Nouvel Homme

Louis-Claude Saint-Martin
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Colombe


43.

      Le propre de l'esprit de ténèbres est de tenir l'homme dans la défiance de ses propres droits ; ou s'il ne peut empêcher qu'il en acquière quelquefois la connaissance, il a soin de les envelopper de couleurs illusoires qui retiennent ce malheureux homme toujours au-dessous de sa vraie mesure, et qui lui font continuellement immoler la réalité aux images et aux apparences. C'est par là qu'il est parvenu presque par toute la terre à faire substituer les traditions à la loi, la lettre à l'esprit, et les ténébreuses passions humaines aux lumières de vérité qui ont éclairé les prophètes. L'homme, depuis le crime, s'est trouvé entraîné dans la pente de cette région terrestre et morte qui ne tend qu'à s'affaisser, et qui ne peut qu'affaisser l'homme avec elle quand il cesse de se rappeler son illustre origine ; l'ennemi de l'homme ajoute encore journellement à ce poids déjà si qui faisait dire à Salomon : Cette demeure terrestre abat l'esprit dans la multiplicité de ses soins. (Sagesse 9:15).

      Ce n'est donc que par la plus ardente vigilance, que le nouvel homme saura résister à tant d'obstacles. Car il va trouver en soi-même, et la tradition qu'a reçue sa mémoire, et la loi qu'a reçue son esprit ; et s'il se livre aux œuvres de sa loi, ou aux œuvres de l'esprit, la voix de la tradition s'élèvera contre lui, et cherchera à le troubler et à lui faire paraître criminelles les œuvres de la loi et de l'esprit.

      Il sait que sa nature spirituelle et divine l'appelle à opérer des œuvres de paix et à travailler au rétablissement de l'ordre universel ; il sait que cette même nature divine et spirituelle qui l'anime est au-dessus du temps, et est faire pour ne point connaître de temps ; ainsi toutes les fois que l'occasion se présentera de remplir son œuvre, il la saisira, fut-ce même le jour de sabbat terrestre. Mais alors cette voix du sabbat s'élèvera contre lui, et voudra transformer son bienfait en une véritable prévarication ; c'est probablement pour nous retracer ce symbole de l'homme, et de cet affligeant assemblage qui se trouve en lui, que le Réparateur guérit un jour de sabbat, au milieu de la synagogue, cet homme qui avait une main sèche ; car en effet cette synagogue représenta parfaitement alors la réunion de la lumière et des ténèbres, où d'un côté agissait la vertu active de celui qui venait rendre aux hommes de l'esprit l'usage de leur main desséchée ; et de l'autre l'opposition d'un peuple matériel et grossier qui s'appuyait sur la lettre même de sa loi pour combattre l'esprit de la véritable destination de notre être.

      Mais ce n'était pas seulement pour nous retracer le symbole de cet affligeant assemblage que le Réparateur en agit ainsi, c'était encore plus pour communiquer aux hommes aveugles l'instruction dont cette œuvre de guérison n'était que l'occasion et le sujet. Aussi quand elle eut excité le murmure des Juifs il leur dit : "Qui est celui d'entre vous qui ayant une brebis qui vienne à tomber dans une fosse le jour du sabbat, ne la prenne, et ne l'en retire ? Or, combien un homme est-il plus excellent qu'une brebis ? Il est donc permis de faire du bien le jour du sabbat."

      Il leur parla plus fortement encore au sujet des épis que ses disciples, passant le long des blés un jour de sabbat, avaient rompus et mangés : "N'avez-vous point la dans la loi que les prêtres, au jour de sabbat, violent le sabbat dans le temple et ne sont pas néanmoins coupables ? Et cependant je vous dis que celui qui est ici est plus grand que le temple. Que si vous saviez bien ce que veut dire cette parole : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice, vous n'auriez pas condamné des innocents, car le fils de l'homme est maître du sabbat même."

      Le nouvel homme éclairé de la même lumière, expliquera sans cesse la tradition par la loi, la lettre par l'esprit, et l'esprit par a volonté du suprême auteur des choses. Ce nouvel homme n'oubliera donc pas que ce n'est point au temple à prescrire la loi et les formes des sacrifices qui doivent s'opérer dans son sein, que c'est au temple à recevoir cette loi et ces sacrifices, tels qu'il convient au prince des prêtres selon l'ordre de Melchisédech de les lui prescrire ; que ce temple n'a d'autre obligation que de se maintenir toujours dans l'ordre convenable, et d'être prêt à toutes les heures où il plaira à ce prince des prêtres d'y venir offrir son encens.

      Aussi il aura la sage précaution de ne jamais oser commencer lui-même à s'approcher des cérémonies saintes, sans qu'il sente que le temple est prêt, que toutes les lampes y sont allumées, que le feu de l'esprit a pénétré ses murs, ses fondements, ses colonnes, et a décoré toutes les parties de ce temple d'une manière digne du sacrificateur qui doit s'y rendre, et des saints mystères qui s'y doivent opérer.

      Il sentira par ce moyen que non seulement le fils de l'homme est au-dessus du sabbat temporel, mais que le temple même a aussi ce magnifique privilège, puisque ce temple n'est autre chose que le nouvel homme, et que le nouvel homme participe à tous les droits et à toutes les propriétés de l'esprit du Seigneur ; il reconnaîtra alors que de même l'esprit du Seigneur est le chef et le maître du nouvel homme, de même le nouvel homme devient par lui le chef et le maître de la loi ; que si c'est au nouvel homme à attendre et à recevoir de l'esprit du Seigneur les lumières, la sainteté et la vie, c'est au temple bâti par la main des hommes à attendre et à recevoir du nouvel homme l'administration de toutes ces choses, et qu'ainsi l'esprit du Seigneur se trouve à la fois par là, le maître du nouvel homme, la maître du temple, le maître du sabbat, le maître de la loi, puisqu'il comprend tout, puisqu'il dirige tout, puisqu'il pénètre tout, et que ce n'est que dans lui que les propriétés des choses, leurs vertus, leurs figures, et leur esprit peuvent trouver leur explication, et leur véritable accomplissement.

      Il se trouvera peut-être dans le nouvel homme des Juifs, qui lui demanderont, comme autrefois les docteurs de la loi et les Pharisiens demandaient au Réparateur : Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens? Car ils ne lavent point leurs mains lorsqu'ils prennent leur repas. Lorsqu'ils ne seront pas susceptibles de s'élever à ces sublimes régions de l'esprit qui expliquent tout, il les fera tomber en confusion, en leur objectant leur propre conduite sur des points d'une plus grande importance ; et il leur dira : "Pourquoi vous-mêmes, violez-vous le commandement de Dieu pour suivre votre tradition ? Car Dieu a fait ce commandement : honorez votre père, et votre mère ; et cet autre : que celui qui outrage de paroles son père ou sa mère, soit puni de mort. Cependant vous dites : quiconque dira à son père ou à sa mère : tout don que je fais à Dieu vous est utile, satisfait à la loi, encore qu'après cela il n'honore, et n'assiste point son père ou sa mère, et ainsi vous avez rendu inutile le commandement de Dieu par votre tradition. Hypocrites que vous êtes, Isaïe a bien prophétisé de vous quand il a dit : ce peuple est proche de moi en paroles, et il m'honore des lèvres, mais son cœur est bien éloigné de moi... toute plante qui n'aura point été plantée par mon père qui est dans le ciel, sera arrachée."

      Il n'y a point de vérité au-dessus de ces dernières paroles, et qui mérite plus l'attention du nouvel homme, parce que ces paroles embrassent à la fois toutes les lois, tous les temps, et tout le jugement ; voilà pourquoi ce nouvel homme s'en fera comme une armure avec laquelle il brisera sans cesse les traits de l'ennemi ; voilà pourquoi il commencera par lier le fort, afin de pouvoir entrer dans sa maison, et piller ses armes ; ayant sans cesse devant les yeux que s'il ne s'associe pas continuellement avec l'esprit, s'il ne s'efforce pas de naître continuellement de l'esprit, s'il ne met pas tous ses soins à être planté par l'esprit, enfin s'il n'est pas avec l'esprit, il sera contre l'esprit ; et s'il n'amasse point avec l'esprit, il dissipera.

      Il sait que "tout péché, et tout blasphème sera remis aux hommes, mais que le blasphème contre l'esprit, ne leur sera point remis, Il sait que si quelqu'un parle contre le fils de l'homme, il lui sera remis, mais que s'il parle contre l'esprit, il ne lui sera remis ni en ce monde-ci, ni en l'autre." Or il croirait blasphémer contre l'esprit, que de ne pas amasser continuellement avec l'esprit, puisque ce serait comme s'il croyait à une autre puissance qu'à celle de l'esprit. Il croirait parler contre l'esprit que de ne pas se lier perpétuellement avec l'esprit, parce que ce serait comme s'il croyait pouvoir vivre d'une autre vie que de la vie de l'esprit.

      Ainsi non seulement il s'abstiendra de tous les blasphèmes contre le fils de l'homme, qui pourront être susceptibles de pardon, en ce qu'ils ne tombent que sur l'homme temporel, ou sur l'enveloppe de l'esprit ; mais ce nouvel homme ne laissera pas même subsister en lui les moindres traces d'offenses encore plus secondaires, et plus susceptibles de rémission, tant il sera occupé à se prémunir contre les blasphèmes irrémissibles, ou à se remplir si bien de l'activité de l'esprit, qu'un jour à venir on ne puisse pas lui reprocher de n'avoir pas été dévoué exclusivement à l'esprit, et qu'on ne lui fasse pas payer jusqu'à la dernière obole, c'est-à-dire tous les moments qu'il n'aurait pas passés dans cette confiance entière et absolue que l'homme doit avoir à l'esprit, et c'est ici que se vérifie cette terrible parole : beaucoup d'appelés, et peu d'élus ; car tous les hommes étaient nés pour accomplir cette importante loi.

      Or qui ne frissonnera pas sur le petit nombre, qui puisse être traité comme lui ayant été fidèle, et sur la multitude que l'ennemi en a éloignés depuis l'origine, et qu'il en éloignera jusqu'à la fin par ses illusions de tout genre, et surtout, en leur faisant sacrifier la loi à la tradition, l'esprit à la lettre, et la réalité à l'apparence ? Qui ne frissonnera pas, dis-je, de voir à quel petit nombre seront réduits ceux qui feront, avec assez de fidélité, la volonté de l'esprit, pour qu'un jour on dise de chacun d'eux : celui-là est le frère, la sœur, et la mère de l'esprit.


44.

      Le vieil homme est tombé sous le joug d'une triple mort, que l'on désigne sous le nom de la mort du corps, la mort de l'âme, et la mort de l'esprit ; mais qui, ayant eu primitivement pour cause, et pour principe, la mort ou l'abolition de ses titres de pensée, parole, et opération de l'Éternel, doit se considérer sous le nom de la mort de son être divin, qui, en effet, est aujourd'hui comme enseveli dans un sépulcre, en comparant sa déplorable situation avec l'état glorieux dont il a joui ; il faut donc que le nouvel homme ait pour tâche de se procurer une triple résurrection, c'est-à-dire, qu'il arrache sa pensée, sa parole, et son action aux ténébreuses régions où elles sont en esclavage, qu'il retienne sa pensée, sa parole, et son action sur le bord du précipice, dans lequel l'ennemi cherche journellement à les entraîner, et qu'il prévienne pour l'avenir la mort de sa pensée, de sa parole, et de son action, dans toutes les circonstances où l'ennemi pourra les menacer.

      Voilà une des faces sous lesquelles nous pouvons considérer la triple résurrection du nouvel homme ; et ce point de vue est d'autant plus réel, qu'il n'est que la trop ressemblante image de la périlleuse destinée de toute la postérité humaine ; d'ailleurs, il est l'extrait, et le tableau réduit de l'œuvre universelle qui s'opère en grand sur toute cette postérité de l'homme.

      Car, cette grande œuvre, embrassant tous les temps, toutes les régions, et toutes les générations de la famille humaine, a dû agir dès l'origine pour arracher la proie à l'ennemi, qui l'avait déjà emportée dans la maison de servitude, ou dans le tombeau ; elle a dû agir depuis pour reprendre des mains de cet ennemi, les victimes qu'il saisissait journellement, et qu'il emmenait également dans ses sombres demeures ; enfin elle agira encore dans l'avenir, pour empêcher que cet ennemi ne puisse s'emparer si aisément de nouvelles victimes, ou qu'au moins il ne puisse venir les saisir jusque dans le bercail ; et ne doutons pas que ne se trouve là l'esprit des trois époques des lois de restauration parmi les hommes, l'esprit de la triple manifestation de la sagesse éternelle dans le temps, et le trinaire qui caractérise essentiellement toutes les opérations qui ont été ou accomplies, ou simplement annoncées, et figurées par les divers élus que cette sagesse éternelle a envoyés, en différentes fois, sur la terre, pour la délivrance des mortels, pour leur soulagement, et pour leur instruction.

      Car pourquoi verrions-nous dans ces sources de restauration qui ont été ouvertes, une voie sacerdotale et lévitique, une voie spirituelle et prophétique, et une voie de liberté et de lumière qui ne peut être regardée que comme une voie divine ? Pourquoi verrions-nous dans cet ordre sacerdotal, des Lévites, des prêtres, et un seul grand prêtre ? Pourquoi verrions-nous dans le peuple hébreu qui nous représente toute la famille humaine, un état d'esclavage, un état de combat, et un état de victoires et de triomphes, si tous ces tableaux n'avaient pas pour but de nous donner une instruction qui étendît notre esprit, et qui nous fût applicable à nous-mêmes ?

      Oui, le nouvel homme peut y lire à découvert cette triple résurrection si nécessaire à notre être, pour qu'il jouisse de quelque repos, et si conforme à cette triple mort, ou à cette triple concentration que nous éprouvons si douloureusement, quand nous voulons jeter un instant nos regards sur nous-mêmes, et qui nous convainc d'une manière si triste, et si démonstrative de cette triple mort, ou de cette triple concentration dans laquelle le premier homme a plongé ses facultés spirituelles, et a entraîné les facultés spirituelles de toutes sa malheureuse postérité.

      La première et la plus pénible de ces trois résurrections que le nouvel homme aura à opérer en lui, est d'arracher de toutes les substances fausses dont il est environné, celles de ses pensées, de ses volontés, et de ses actions qui s'y sont englouties, et pour ainsi dire amalgamées, et qui y sont comme dans un vrai tombeau, où, non seulement, elles ne jouissent point du jour, et de la lumière, mais où elles tendent continuellement vers une effroyable putréfaction ; en effet, il est impossible de concevoir une opération plus douloureuse que celle de séparer ainsi les différents métaux que nous avons laissé souder ensemble, puisqu'il n'y a qu'une fusion entière qui puisse nous y faire parvenir ; niais ce qui paraît au-dessus des forces ordinaires, n'est point au-dessus des forces du nouvel homme, puisqu'il est le fils de l'esprit, et qu'il a bu le médicament salutaire, ou ce puissant dissolvant que Jérémie compare à un marteau qui brise les pierres (23:29).

      La seconde résurrection sera de retenir sur les bords du précipice, celles de ses pensées, de ses volontés, et de ses actions qui seraient prêtes à y tomber, s'il n'employait toute sa vigilance à les arracher des mains qui les portaient déjà dans le sépulcre ; mais le même pouvoir dont il se sera servi dans la première résurrection lui sera également utile dans la seconde, et ce seront encore de nouvelles victimes qu'il retirera des bras de la mort.

      La troisième résurrection sera celle qu'il opérera d'avance sur celles de ses pensées, de ses volontés, et de ses actions qui, à l'avenir, pourraient être exposées aux attaques de l'ennemi, et qu'il voudrait essayer de corrompre afin de les engloutir avec lui dans ses abîmes, parce qu'il ne suffira pas au nouvel homme de n'embrasser que les époques passées, et présentes, dans la manifestation de sa puissance, et de sa sagesse ; il lui faudra embrasser même les époques qui ne sont pas encore, puisque tel est le plus grand privilège de l'esprit ; aussi travaillera-t-il sans relâche pour obtenir que la main suprême l'environne, le soutienne, et le protège de manière à ce que l'ennemi ne puisse plus désormais avoir sur lui aucun empire, et il y parviendra lorsqu'il aura subjugué tout ce qui est en lui, et qu'il pourra dire de lui, ce que le Réparateur disait de la corruption extérieure : J'ai vaincu le monde.

      Mais pour avoir encore de cette triple résurrection une idée plus simple, plus rapprochée, et par conséquent plus facile à saisir, considérons-la dans une époque où la mort ait déjà produit ses ravages dans toutes les facultés spirituelles de l'homme ; ce tableau, étant à la portée du plus grand nombre, ne pourra en être que plus utile.

      En effet, nous pouvons mourir dans nos œuvres, si nous portons nos pensées fausses, et nos volontés criminelles, jusqu'à la consommation ; nous pouvons mourir dans nos volontés corrompues, si elles se lient aux plans désordonnés que nos pensées peuvent adopter, quand même nous n'irions pas jusqu'à les réaliser dans nos œuvres ; enfin nous pouvons mourir dans nos pensées, si nous les laissons remplir de tableaux contraires à la vérité, et à la gloire de l'esprit, quand même nous ne les adopterions pas dans nos volontés, et quand même nous ne les laisserions point se transformer en actes.

      Voilà donc la triple résurrection que chaque homme doit opérer sur soi-même, s'il veut parvenir à la dignité du nouvel homme ; et jamais nous ne pourrons avoir la moindre idée de nos droits primitifs et de notre véritable renaissance, si nous ne rétablissons pas à demeure en nous une source d'actions régulières, une source de mouvements vrais, et une source de pensées saines, parce que ces trois sources découlent ensemble de la source unique, et éternelle de l'esprit.

      Le nouvel homme, après s'être convaincu de ces vérités, non seulement par sa persuasion intime, mais encore par sa propre expérience, verra une douce surprise, que le Réparateur n'a pas eu d'autre dessein que de faire ouvrir les yeux aux hommes sur ces devoirs indispensables, et si salutaires, lorsqu'il a employé sa puissance à ressusciter trois morts au milieu du peuple d'Israël. Car c'est une chose frappante, et qu'on ne saurait trop remarquer que la différence des lieux où chacun de ces morts a été rappelé à la vie. Lazare fut ressuscité dans le tombeau où il était depuis quatre jours, et où il sentait déjà mauvais. Le fils unique de la veuve de Naïm fut ressuscité dans le chemin, et pendant qu'on le portait dans le sépulcre, la fille de Jaïre, chef de la synagogue, étant âgée de douze ans, fut ressuscitée dans la maison de son père. Comment n'apercevrions-nous pas, dans ces trois résurrections opérées par le Réparateur, cette triple résurrection que nous devons faire tous en nous-mêmes, et qui est à la fois, et l'œuvre principale, et la récompense du nouvel homme.

      En effet, ce Lazare ressuscité dans le tombeau, et déjà livré à la putréfaction, est le type de nos actes dépravés, et des prévarications que nous avons portées jusqu'à l'œuvre, et à la consommation, c'est-à-dire, jusque dans la demeure de la mort, et de la corruption, qui nous est figurée ici-bas par les sépulcres matériels. Le fils unique de la veuve de Naïm, ressuscité dans le chemin du tombeau, est le type de nos volontés criminelles qui ont adhéré aux plans faux de notre pensée, mais qui n'ont été arrêtées dans la voie du tombeau, c'est-à-dire, avant d'arriver à leur consommation, et aux actes iniques qui en auraient complété la corruption, et leur auraient fait connaÎtre la putréfaction sépulcrale. Enfin la fille du chef de la synagogue, ressuscitée dans la maison, est le type de cette mort que nous pouvons éprouver dans notre pensée, quand nous la laissons infecter de plans coupables, et injurieux à l'esprit de vérité, qui ne veut pas que nous adoptions d'autres plans que les siens, qui a daigné choisir la pensée de l'homme pour être le chef de la synagogue universelle, et qui désire sans cesse que cette pensée de l'homme, et tous les enfants qui peuvent émaner d'elle, répandent partout la vie qui les anime.


45.

      Sans doute ce ne sera qu'après avoir ainsi purifié tout son être, et opéré en soi cette triple résurrection, que le nouvel homme fera, en lui-même, l'élection dont nous avons parlé d'avance, ou l'élection des douze vertus qui doivent le manifester dans toute l'étendue de ses propres régions ; avant cette époque il était si incapable de faire une pareille élection, qu'il n'aurait même jamais pu en concevoir l'idée, et encore moins l'exécuter, si l'esprit de vérité n'était venu prendre en lui la place de toutes ses substances de mensonge. Aussi il sent plus que jamais combien nous nous exposons, quand nous osons marcher par nous-mêmes dans la carrière spirituelle ; et c'est l'esprit qui le dirige, c'est dans le prince des justes, c'est dans ce Réparateur qu'il apprend de nouveau à s'attacher à cette sainte réserve, puisque le Réparateur lui-même, ou le prince des justes ne veut pas faire par soi l'élection de ses douze apôtres mais qu'il passe toute une nuit en prières avant de les choisir (Luc 6:12).

      Ce ne sera pas seulement cette ordonnance intérieure de lui-même qu'il soumettra au mouvement de l'esprit ; mais dans toutes les circonstances de sa vie, il aura sans cesse à la bouche ces paroles du psaume 101:3 : En quelque jour que je vous invoque, exaucez-moi. Il ne voudra pas même d'une vertu qui né vienne que de lui, parce qu'il sait combien elle serait fragile ; mais il ouvrira en lui les substances de ses vertus afin que l'esprit vienne s'en emparer, les vivifier, et les gouverner dans toutes les circonstances.

      Ainsi il priera sans cesse l'esprit de venir demeurer dans sa pénitence, dans son humilité, dans son courage, dans sa résignation, dans sa prière, dans sa foi, dans son amour, dans ses lumières, dans son espérance, dans sa charité, dans toutes les affections pures de son âme, et dans tous les mouvements de son essence spirituelle et divine, afin qu'il ne puisse plus être vaincu dans les combats qu'il aura à soutenir.

      Il verra avec quel art les hommes évitent les dangers naturels qui les menacent, avec quelle sagesse ils préviennent les maux que leur expérience leur a appris à prévoir, avec quelle intelligence ils savent mettre les éléments en combat, et les opposer les uns aux autres pour se préserver des ravages que ces éléments pourraient leur occasionner, s'ils les laissaient livrés à la force cachée, et impétueuse qui les pousse sans cesse aux désordres. Car il voit l'homme avoir la disposition de ces éléments, et pouvoir, à son gré, tempérer le feu par l'eau, le froid par la chaleur, le sec par l'humide, et varier les propriétés dans lesquelles il demeure, par l'application des substances diverses que la nature a placées sous sa main avec une prodigue abondance.

      Le nouvel homme ne mettra pas en doute que l'esprit n'ait les mêmes pouvoirs dans les régions où sa pure essence et sa suprématie l'appellent à régner en maître et en souverain ; il ne doutera pas que cet esprit ne possède, selon sa classe, incomparablement plus de dons, de prévoyance, et de sagesse, que n'en peut jamais posséder l'homme qui est réduit à la région élémentaire, quelle que soit l'industrie que cet homme ait pu y déployer. Il ne doutera pas que cet esprit n'ait à sa disposition des nombres incalculables de propriétés, et de substances de sa propre nature, en comparaison de ce peu de substances élémentaires que nous pouvons employer ici-bas, à la conservation de notre matière, et à la production comme à l'entretien des œuvres de nos mains.

      Plein de cette salutaire persuasion, le nouvel homme quand il sera faible et fatigué, dira à l'esprit : apposez une de vos forces sur ma faiblesse, et elle la fortifiera. Quand il sera lâche et froid, il dira à l'esprit : apposez une de vos substances ardentes sur ma froideur, et elle la réchauffera. Quand il sera emporté par son ardeur impétueuse il dira à l'esprit : apposez une de vos substances calmes sur mon impétuosité, et elle la tempérera. Quand il sera dans les ténèbres, il dira à l'esprit : apposez une de vos substances lumineuses sur mon obscurité, et elle l'éclairera. Quand il sera ébloui par la lumière, il dira à l'esprit : apposez sur mes yeux une de vos substances intermédiaires, et je ne craindrai plus de perdre la vue ; quand il sera environné de ses ennemis, il dira à l'esprit, mettez entre eux et moi un de vos boucliers, et je serai à l'abri de toutes leurs attaques. Quand il se sentira comme suspendu par un fil au-dessus des abîmes, il dira à l'esprit : étendez jusqu'à moi une de vos mains, et je marcherai sur ces abîmes comme sur le plus ferme terrain.

      Voilà de quelle manière le nouvel homme se liera à l'industrie de l'esprit pour se guérir de tous ses maux, pour se préserver de tous ses dangers, et pour subvenir à tous ses besoins ; car nous ne devons point craindre de répéter une vérité si essentielle, et si consolante ; savoir, que l'esprit se prête mille fois plus aisément encore à ce soulagement de nos besoins spirituels, que la nature ne se prête à celui de nos besoins matériels, parce qu'il nous aime, et que la nature ne peut nous aimer, mais qu'elle ne peut que nous abandonner aveuglément toutes les substances qu'elle engendre, pour que nous nous occupions ensuite à les employer à notre avantage, selon notre sagesse, et selon nos lumières. C'est donc ainsi que se conduira Ie nouvel homme envers l'esprit ; il tâchera de tellement captiver sa bienveillance, qu'il puisse, avec une entière confiance, lui dire : En quelque jour que je vous invoque, exaucez-moi.

      La meilleure manière de pouvoir arriver à cet heureux terme, et de pouvoir réellement dire avec confiance à l'esprit : En quelque jour que je vous invoque exaucez-moi, c'est de mettre bien soigneusement à profit les substances salutaires qu'il veut bien nous remettre pour le soulagement de nos infirmités. Plus nous en retirerons d'utilité, plus il nous en distribuera d'autres avec abondance, de façon que notre prière pourrait à 1a fin se transformer en une invocation active et perpétuelle, et qu'au lieu de dire cette prière, nous pourrions la réaliser, et l'opérer à tout moment, par une continuelle préservation et guérison de nous-mêmes.

      Considérons donc ce nouvel homme environné de toutes les substances de l'esprit, et les appliquant par sa foi effective, ou par sa prière en actes, à tous les besoins qu'il peut éprouver dans son œuvre ; voyons-le à tous les pas qu'il fait dans sa carrière, se procurer des nouvelles grâces, de nouveaux appuis, de nouveaux bienfaits, et par cette fidélité, et ce vif dévouement, s'identifier tellement avec l'esprit que ces mêmes grâces, ces mêmes appuis, ces mêmes bienfaits descendent sur lui comme gratuitement, mais d'une manière qui lui soit comme naturelle, qu'il les reçoive à tout instant, sans qu'il les cherche, et sans qu'il soit surpris cependant de les voir ainsi prévenir même tous ses besoins.

      Par cette douce perspective, jugeons ce que devait être pour nous cet état glorieux où nous ne sommes plus, mais dont le nouvel homme nous autorise à croire que nous pouvons encore apercevoir les traces ici-bas. Car ce nouvel homme ne doit être autre chose pour nous que le développement et la manifestation de ce qu'était l'homme primitif, avant que les suites du crime l'eussent englouti dans sa ténébreuse prison.

      Voyons-le donc développer les trésors cachés en lui, et dont le Réparateur nous a montré tant de fruits semés dans le champ évangélique ; voyons-le au milieu d'un peuple qui est au nombre d'environ cinq mille, n'ayant que cinq pains et deux poissons pour les nourrir. Il les fera asseoir par troupes, cinquante à cinquante. Il lèvera les yeux au ciel, il prendra les cinq pains et les deux poissons, les bénira, les rompra, les donnera à ses disciples, afin qu'ils les présentent au peuple ; ils en mangeront tous, ils seront rassasiés, et on emportera douze paniers pleins des morceaux qui seront restés. Une fois il prendra sept pains, et quelques poissons pour quatre mille hommes ; ils en mangeront tous, et seront rassasiés, et on emportera sept paniers pleins des morceaux qui seront restés. Une autre fois voyons-le, comme Elisée, multiplier vingt pains pour mille personnes, et il s'en trouvera aussi de reste.

      Tous ces faits ne sont que des témoignages, et des fruits des dons que l'esprit a fait germer dans le nouvel homme ; ils ne font qu'annoncer cette nourriture spirituelle, active, et physique que ce nouvel homme peut sans cesse multiplier en lui en faveur des divers peuples qui habitent les diverses régions de son être ; car s'il est uni à la source de la vie, il n'y a plus rien en lui où il ne puisse faire parvenir des ruisseaux de cette source vivante, et où ces ruisseaux ne puissent tellement accumuler leurs eaux fécondes, que la fertilité s'y établisse, et fournisse abondamment la subsistance à tout ce qu'il y aura dans ses domaines légitimes, d'indigent, et d'affamé.

      Si l'intelligence veut s'élever encore au-dessus de ce nouvel homme, et se porter jusqu'aux lois, et aux voies que la sagesse divine emploie pour faire descendre ses grâces et ses faveurs sur les malheureux mortels, elle verra dans les faits rapportés ci-dessus, premièrement, la puissance suprême apaisant notre faim, et guérissant notre misère par le nombre de notre misère même ; secondement, elle y verra cette même puissance suprême nous réserver, en outre, le nombre nécessaire de sources abondantes pour nous seconder dans notre régénération. Enfin elle y verra cette même puissance suprême, agissant ensuite par un nombre pur, sur l'homme régénéré, et nous rendre de nouveau, par là possesseurs de ce même nombre pur qui fut jadis notre caractère distinctif.




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