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Le Nouvel Homme

Louis-Claude Saint-Martin
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Colombe


7.

      La sagesse conduit l'homme par des degrés insensibles afin de ne pas l'effrayer par l'immensité de la tâche qu'il a à remplir. Aussi commence-t-elle par dire à l'homme qu'il doit servir d'organe et de passage à la Divinité tout entière, s'il veut que son ange jouisse de la paix et des félicités Divines. Cet avis est si consolant que l'âme de l'homme en est comme absorbée dans l'admiration et dans la joie. Elle pleure de regret, elle pleure d'espérance : c'est comme si l'image Divine elle-même était venue se dessiner sur toutes ses substances, et qu'elle eût senti la douce chaleur de la main qui a conduit le pinceau ; mais comme c'est là le terme final de l'œuvre, cette sagesse nous apprend bientôt qu'avant d'atteindre à cet heureux terme, nous devons voir passer en nous le Dieu souffrant, puisque lui seul peut enchaîner tous les lions voraces, et tous les serpents qui circulent en nous, et ne cessent de nous effrayer par leurs sifflements, ou de nous empoisonner par leur venin.

      La sagesse ne nous découvre ce grand combat que le dernier, afin qu'étant préparés d'avance par les douceurs qui nous sont promises dans le Dieu bienfaisant, et par les moyens qui nous sont offerts dans le Dieu souffrant, nous puissions nous lancer plus courageusement dans le champ de bataille, et nous flatter de remporter la victoire ; car ce n'est qu'après cette victoire que se tracent en nous les plans du temple et les différentes divisions qu'il renferme, parmi lesquelles il en est une par où le Saint des Saints se communique à nous, comme il se communiquait au grand prêtre dans le temple de Jérusalem ; ce n'est qu'alors que se confirme en nous, et l'annonciation de la part de l'ange, et la conception par l'opération de l'Esprit-Saint, d'où nous pouvons espérer un heureux enfantement Divin, si nous remplissons toutes les conditions dont nous avons déjà parlé à ce sujet, et qui nous sont imposées à la fois par la sagesse, et par le besoin de notre propre régénération.

      Ce n'est pas que par notre victoire sur ces animaux féroces qui tendent journellement à nous dévorer, nous les ayons entièrement séparés de notre cercle, et qu'ils ne soient plus liés à notre existence : non, ils y sont liés par la nature de notre chair et de notre sang ; et ils sont destinés à être entraînés avec tout notre être dans le cercle passager que nous parcourons, comme l'abîme est entraîné avec l'univers dans le vaste cercle du temps ; mais de même que cet abîme est entraîné avec l'univers sans lui nuire et sans gêner la marche de ces opérations et l'accomplissement de ses lois, de même la région de nos animaux dévorants, doit être entraînée avec nous sans se mêler aux fonctions de notre esprit, et comme occupant une demeure séparée, cette région n'existant pour nous, que comme l'abîme pour l'univers, c'est-à-dire pour faire le contrepoids, et pour que nous ne remontions pas dans la région de la vie, avant d'avoir eu le temps de purger nos éléments spirituels, sans quoi nous ne serions pas admis dans son sein.

      C'est pourquoi nos prières ne sont encore que des gémissements, des lamentations, et des invocations, au lieu d'être des contemplations, des commandements, des actions de grâces, et des jouissances, comme elles auraient dû l'être dans l'origine, et comme elles le seront à la fin de toutes choses, pour ceux qui se seront dévoués au maintien de la justice et à l'observation des lois du Seigneur.

      Car, lorsque le premier homme fut créé, Dieu ne lui dit point de se lamenter, et de passer sa vie dans les larmes, il lui dit qu'il l'établissait sur tous les ouvrages de ses mains ; il lui dit de donner des noms à tous les animaux ; il lui dit de remplir la terre et de la dominer ; mais après sa chute, la terre est maudite, il ne doit plus manger son pain qu'à la sueur de son front ; ainsi la famille humaine n'a plus de ressource et de salut dans la supplication, et le recours à la miséricorde du Seigneur, d'autant que les nouvelles prévarications des générations successives, ne font qu'accroître les maux et la misère de l'homme.

      Aussi tous les envoyés ne lui prêchent-ils autre chose, que de travailler à l'absolu dépouillement de l'homme de péché, afin que par ses soupirs et ses sanglots, il puisse obtenir que la parole créante, souffrante, sanctifiante, multipliante, vienne fonder en lui sa demeure, comme n'y trouvant rien qui la gêne, qu'elle puisse parler pour lui dans tout ce qui le constitue, et dans tout ce qu'il a à manifester, c'est-à-dire, qu'elle parle dans la pensée de l'homme, qu'elle parle dans la parole de l'homme, qu'elle parle dans toutes les affections de l'homme, qu'elle parle dans tous ses mouvements, dans toutes ses vertus, dans tous ses éléments, dans son sang, dans sa chair, dans tous les organes de sa vie, dans les aliments dont il se nourrit, dans toutes les substances qu'il emploie à ses besoins ; et enfin, qu'elle fasse de l'homme une oraison universelle ; en un mot, il faut que nous soyons dévorés comme une proie par toutes les puissances du Seigneur, avant qu'il trouve en nous sa joie et sa consolation, et que nous ayant consumés en lui-même par le feu créateur de sa propre vie, il nous rende de nouveau cette primitive existence libre, et joyeuse où nous n'avions à former que des prières de jubilation.

      Ô vous, instituteurs humains, combien vous repentirez-vous un jour d'avoir abusé les âmes en les menant par des voies nulles, figuratives et illusoires qui leur auront donné un calme trompeur, en leur procurant des joies extérieures, et en leur communiquant des ombres de vérités qui les auront empêchées de travailler au renouvellement du centre de leur être ! Toutes vos associations emblématiques ne leur auront point communiqué la vie puisqu'elles ne l'ont point elles-mêmes. Vos associations pratiques leur auront encore été plus funestes, si ce n'est pas l'esprit qui les a convoquées, assemblées, constituées et sanctifiées par ses larmes, et les prières de sa douleur ; et où sont-elles ces associations qui nous seraient si salutaires !

      Oui, instituteurs aveugles, ignorants, ou présumant trop de vos forces et de vos lumières, vous vous repentirez un jour d'avoir abusé les âmes. Ce n'était point assez que par l'effet du crime primitif elles fussent sous le joug du septénaire temporel qui les distrait et les détourne continuellement de la simplicité de leur ligne, vous les aurez encore plus attirées à l'extérieur par toutes vos images et vos symboles, et vous aurez fini peut-être par les diviser entièrement, en les éloignant tout à fait de ce point central et invisible qui est le seul lieu de ralliement que nous ayons ici-bas dans nos ténèbres. Car l'âme mal dirigée augmente encore ses entraves, et la désemboîture de ce septénaire temporel : c'est ce qui fait que par notre force, et par notre impatiente puissance, nous rendons nous-mêmes notre existence cent fois plus malheureuse que celle des bêtes.

      Vous resterez vous-mêmes alors sous le joug de ce septénaire temporel, jusqu'à ce que les âmes que vous aurez égarées aient pu recouvrer leur propre centre particulier, afin qu'elles puissent ensuite recouvrer leur centre général : et vous frissonnerez de honte et de désespoir, tandis que si vous aviez eu plus de confiance à l'esprit, vous auriez avoué qu'il n'avait pas besoin de vos moyens factices et détournés pour se répandre ; et que si vous aviez eu plus de bonne foi, vous auriez dit qu'il fallait commencer par chercher vous-mêmes à avoir l'esprit avant de vouloir mener les autres à un esprit que vous n'aviez point.

      Oh ! mes amis, prenons garde à un autre danger qui nous menace tous : c'est d'être traités comme ceux à qui on redemandera le sang des prophètes ; non pas que nous leur ayons ôté la vie temporelle, mais pour n'avoir pas profité de leur esprit plus que les nations auxquelles ils avaient parlé, ni plus que les hommes du torrent ; car cet esprit des prophètes est leur véritable sang que nous versons à tous les instants, quand nous ne suivons pas les leçons qu'ils nous ont données, et qu'au bruit de leurs menaces nous ne rentrons pas sous la domination exclusive du seul, et souverain être qui est jaloux de tout gouverner lui-même, comme étant le seul qui ait pu tout créer ; oui, voilà ce véritable sang qui sera demandé à la famille humaine, non seulement depuis le sang d'Abel, jusqu'à celui de Zacharie, mais encore depuis celui de Zacharie, jusqu'à celui qui sera également versé et profané pendant toute la durée des siècles. Voilà ce sang que versent tous les jours les Pharisiens, les Scribes, et les docteurs de la loi qui étouffent sans cesse l'esprit du prophète, non seulement sous le poids de la lettre, mais sous le poids de leurs hypocrites et frauduleuses interprétations, et sous celui de leurs superstitieuses traditions dans lesquelles la vérité va toujours en descendant.

      Veillons donc jour et nuit pour que ce sang de l'esprit nous soit profitable, veillons pour qu'on ne nous reproche pas un jour de l'avoir laissé perdre et couler en vain ; veillons, car c'est ce sang qui doit servir à la formation et à la nourriture du fils spirituel conçu en nous par l'opération de la sagesse sainte.


8.

      Quand l'homme prie avec constance, avec foi, et qu'il cherche à se purifier dans la soif active de la pénitence, il peut lui arriver de s'entendre dire intérieurement ce que le réparateur dit à Céphas : tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Cette opération de l'esprit dans l'homme nous apprend qu'elle est la dignité de l'âme humaine, puisque Dieu ne craint point de la prendre pour la pierre fondamentale de son temple ; elle nous apprend combien nous devons nous nourrir de douces espérances, puisque cette élection nous met à couvert des puissances du temps, et plus encore des puissances des ténèbres et des abîmes ; elle nous apprend enfin ce que c'est que la véritable église, et que, par conséquent, nulle part, il n'y a d'église où cette opération invisible de l'esprit ne se trouve pas.

      Mais remarquons pour quelle raison cette opération de l'esprit constitue la véritable église ; c'est que c'est la parole éternelle qui se grave elle-même alors sur la pierre fondamentale qu'elle choisit, comme le réparateur gravait sa propre parole sur l'âme de saint Pierre à qui il parlait face à face. Sans l'impression de cette parole Divine sur notre âme, l'église ne s'élève point ; comme nous voyons que dans l'ordre temporel les édifices que les rois se proposent de bâtir ne commencent à s'élever que lorsque, d'après l'usage reçu, le nom du fondateur est inscrit sur la première pierre qu'il est censé par là, avoir posée lui-même.

      Dès ce moment nous nous trouvons engagés à veiller soigneusement à la construction spirituelle qui nous est confiée ; construction qui doit d'autant plus nous attrayer que nous en trouvons en nous tous les matériaux et que, sous l'inspection, et avec l'aide de celui qui nous a fait cette annonce, nous pouvons devenir à la fois, l'architecte, le temple et le prêtre par qui le fondateur Divin y sera honoré : nous devons, comme un artiste zélé et reconnaissant, tracer sur toutes les parties de notre édifice, le nom de celui qui nous emploie, et ne pas oublier un seul instant que ce nom sacré, inscrit sur la pierre fondamentale, est aussi celui qui doit accompagner tous les accroissements que l'église va prendre en nous, marquer les décorations extérieures et intérieures, régler les divisions du temple, fixer ses horizons, et prescrire tous les détails du culte qui doit y être éternellement célébré.

      En un mot, l'idée de cet être puissant doit désormais devenir aussi inséparable de notre œuvre que la pensée l'est de nos paroles, et de toutes les opérations qui en sont les fruits. Lors même que nous sentons contrariés dans notre entreprise, ou que nos forces se ralentissent, nous avons le droit d'interpeller par ses propres paroles celui qui nous a dit qu'il voulait fonder sur nous son église ; nous avons droit de lui rappeler que sa parole ne peut pas passer ; comme l'a promis (Isaïe 55) ma parole qui sort de ma bouche ne retournera point à moi sans fruit ; mais elle fera tout ce que je veux, et elle produira l'effet pour lequel je l'ai envoyée. C'est honorer Dieu que de se servir ainsi des titres qu'il nous donne envers lui, et il ne demande pas de nous voir en faire un pareil usage ; et la preuve que c'est l'honorer que d'agir ainsi, c'est que nous ne tardons pas à recevoir le prix de notre confiance, et que la paix et la lumière renaissent bientôt dans notre être, quand nous avons employé ce moyen.

      Réveille-toi donc, homme, chaque jour avant l'aurore pour accélérer ton ouvrage. C'est une honte pour toi que ton encens journalier ne fume qu'après le lever du soleil. Ce n'est point l'aube de la lumière qui devait autrefois avertir ta prière de venir rendre hommage au Dieu des êtres, et solliciter ses miséricordes, c'est ta prière qui devait elle-même appeler l'aube de la lumière et la faire briller sur ton œuvre, afin qu'ensuite tu puisses du haut de cet orient céleste la verser sur les nations endormies dans leur inaction, et les arracher à leurs ténèbres. Ce n'est que par cette vigilance que ton édifice prendra son accroissement, et que ton âme pourra devenir semblable à l'une de ces douze perles qui doivent un jour servir de portes à la ville sainte.

      Car l'âme de l'homme a été produite pour servir à la fois de réceptacle et d'intermède à la lumière ; et de même que des vases transparents et remplis d'une eau limpide, nous transmettent la douce et vive émanation de ces rayons nombreux qui se sont rassemblés et préparés dans leur sein, de même notre âme doit embrasser les rayons de l'infini qui sortent du centre de la ville sainte, et les unir à nos propres facultés qui sont finies, afin que par cette divine alliance étant nous-mêmes vivifiés, et rendus resplendissants par la clarté de ces rayons, nous puissions la faire sortir de nous, plus rassemblée, plus tempérée, et plus appropriée aux besoins des peuples que quand elle agit dans sa libre dispersion et dans sa vaste immensité ; et tel sera l'emploi et la destination des portes de la Jérusalem future.

      Ne te relâche donc point, homme de désir, car le Dieu des êtres lui-même ne dédaigne pas de venir faire alliance avec ton âme, il ne dédaigne point de venir opérer avec elle cette divine et spirituelle génération dans laquelle il t'apporte les principes de vie, et veut bien te laisser le soin de leur donner la forme. Si tu voulais t'observer avec attention, tu sentirais tous ces principes divins de l'essence éternelle, délibérer et agir puissamment en toi chacun selon leur vertu et leur caractère ; tu sentirais qu'il t'est possible de t'unir à ces suprêmes puissances, de devenir un avec elles, d'être transformé dans la nature active de leur agent, et de voir toutes tes facultés s'accroître et s'aviver par de divines multiplications; tu sentirais ces divines multiplications continuer et s'étendre journellement en toi, parce que l'impression que les principes de vie auraient transmise sur ton être les y attirerait de plus en plus, et qu'à la fin ils ne feraient plus que s'attirer véritablement eux-mêmes en toi, puisqu'ils t'auraient assimilé à eux.

      Tu pourrais alors te faire une idée de ces joies futures dont tu goûterais déjà les prémices ; tu aurais de délicieux pressentiments, que grâce aux miséricordieuses faveurs de celui qui t'a créé et qui veut bien te régénérer, ton entrée dans la vie t'est comme cautionnée par lui, et que tu peux dire avec une sainte sécurité inspirée par lui : Mon âme ne m'a point été donnée en vain ; il a daigné la faire renaître pour l'appliquer à l'œuvre active à laquelle ma sublime émanation me donnait droit de prétendre, et il me promet encore de me faire recueillir un jour les fruits du champ que lui-même a bien voulu cultiver par mes mains. Que ce Dieu de toute puissance et de toute consolation soit à jamais honoré comme il devrait l'être, et comme il le serait des hommes, s'il leur était plus connu !

      Nous pouvons donc déjà apercevoir les biens qui nous sont promis si nous perrsévérons à nourrir en nous l'esprit de douleur ou plutôt la douleur de l'esprit, c'est-à-dire, cette pénétrante amertume cachée au médicament spirituel par où doit commencer toute notre œuvre ; car n'oublions pas que nous sommes encore dans les déserts, et que nous n'entrevoyons la terre promise que sur les récits et les images que nous en offrent les fidèles envoyés qui l'ont parcourue ; et s'il est consolant pour nous d'avoir à attendre un si magnifique héritage, ne perdons pas de vue le seul chemin qui puisse nous y conduire.

      Disons-nous sans cesse les uns aux autres : le médicament spirituel veut nous rendre la santé, et la vie ; le Dieu universel veut passer tout entier par notre être afin de parvenir jusqu'à l'ami qui nous accompagne ; il veut y passer souffrant, avant d'y passer dans sa gloire, il veut rompre les liens qui nous enchaînent dans la caverne des lions et des bêtes féroces et venimeuses, il veut régénérer notre parole par l'impression de sa propre parole, il veut fonder sur notre âme son église, afin que les portes de l'enfer ne prévalent jamais contre elle, il veut s'unir à nous pour opérer avec nous une génération spirituelle dont les fruits soient aussi nombreux que les étoiles du firmament, et puissent comme elles faire briller universellement sa lumière ; et tous ces biens qu'il veut nous procurer, il veut les réaliser en nous par l'annonciation de son ange, et par la sainte conception de son esprit, puisque c'est là le terme final de tous ses desseins et de toutes ses manifestations : louons-le dans la magnificence de ses merveilles, et dans l'abondance de ses trésors ; mais que ce soit dans le chemin et en faisant notre route que nous occupions ainsi notre pensée ; afin que ces saintes méditations nous servent à adoucir les fatigues du voyage, et non pas à nous arrêter.


9.

      Comment pourrions-nous cesser de nourrir en nous l'esprit de douleur, ou plutôt la douleur de l'esprit quand nous considérons la voie temporelle et spirituelle de l'homme sur la terre ? L'homme est conçu non seulement dans le péché, comme le disait David de lui-même, mais il est encore conçu par le péché, vu les ténébreuses iniquités de ceux qui l'engendrent. Ces ténébreuses iniquités vont influer sur lui corporellement, et spirituellement jusqu'à sa naissance. Il naît ; il va recevoir intérieurement le lait taché de ces mêmes iniquités, et extérieurement mille traitements maladroits qui vont déformer son corps avant même qu'il soit formé ; des conceptions dépravées, des langues fausses et corrompues vont assaillir toutes ses facultés et les épier au passage pour les infecter dès qu'il les manifestera par le moindre de ses organes.

      Ainsi vicié dans son corps et dans son esprit avant même d'en avoir l'usage, il va entrer sous la fausse administration de ceux et celles qui l'environnent dans son premier âge, qui sèmeront en abondance des germes empoisonnés dans cette terre déjà empoisonnée elle-même, et s'applaudiront de lui voir produire des fruits analogues à cette atmosphère désordonnée devenue leur élément naturel.

      La jeunesse, l'âge viril ne vont être qu'un développement successif de tous ces germes. Un régime physique, presque toujours contraire à la nature va continuer de presser à contre sens le principe de sa vie. Un régime moral destructif de toute morale va nuire encore plus à son être intérieur, et le dévier tellement hors de sa ligne, qu'il ne croira plus même qu'il en existe une pour lui ; des doctrines de tout genre vont repousser son esprit par leur contrariété, ou ne l'asservir qu'en le trompant ; des occupations illusoires vont absorber tous ses moments, et lui voiler sans cesse sa véritable occupation.

      C'est ainsi qu'au milieu d'une tempête perpétuelle, il arrive au terme de sa vie ; et là pour achever de mettre le sceau sur le décret qui l'a condamné à venir dans cette vallée de larmes, l'on tourmente son corps par les procédés d'une médecine ignorante, et son esprit par des consolations maladroites, tandis que dans ces moments périlleux, cet esprit ne cherche qu'à entrer dans sa voie et éprouve peut-être en secret toute la douleur de s'en voir écarté.

      Quand on pense que nous sommes tous composés de ces éléments, dirigés par ces mêmes lois, alimentés par ces désordres, et ces mêmes erreurs, que nous sommes tous immolés par ces mêmes tyrans, et que nous immolons nos semblables à notre tour par ces mêmes armes empoisonnées ; quand enfin on pense que telle est l'atmosphère qui nous enveloppe et nous pénètre, on craint de respirer, on craint de se regarder, on craint de se remuer et de se sentir.

      Que doit-ce donc être si l'on pénètre dans l'homme intérieur et spirituel, et si l'on réfléchit aux dangers qui le menacent et qui sont incomparablement plus effrayants que ceux qu'il a à craindre de la part des hommes, et des désordres de ce monde ? C'est alors qu'il sent la nécessité d'être jeté d'abord dans le désert par l'esprit, c'est-à-dire, de rectifier en lui toutes les difformités que la maladresse des hommes, et ses propres écarts ont semées dans son être ; afin qu'étant devenu totalement étranger au régime de l'illusion, il puisse s'adonner tout entier au combat de l'esprit, lequel combat ne commence point ici-bas pour ceux qui sont livrés au torrent, parce qu'étant entraînés loin du désert, ils ne savent pas même qu'il y ait un combat à livrer ; aussi voit-on sur cet article combien d'hommes passent leurs jours dans la tranquillité !

      Mais celui qui a senti l'aiguillon du désir se lance courageusement dans cette carrière où les dangers et les puissances ennemies vont l'environner, et l'assaillir jour et nuit ; l'ardeur de la victoire lui cache la grandeur du péril et des fatigues ; il est déterminé à tout, parce qu'il sait que les récompenses qui l'attendent embrassent tout. Il doit donc compter qu'en entrant dans ce désert toutes les facultés de son être vont être éprouvées, et qu'il n'y en a pas une non seulement dans son corps, mais encore plus dans son âme et dans son esprit, qui ne doive verser des sueurs de sang, et en imbiber les différentes terres auxquelles appartiennent ces différentes facultés ; et cela continuellement jusqu'au jour de sa sépulture, parce que tant qu'il demeure sur cette terre de douleur, il est dans le règne du mensonge, et que celui qui y domine n'oublie rien pour faire prospérer son empire.

      Voilà pourquoi nous ne devons méditer qu'en marchant et qu'en faisant notre chemin, les merveilles que le Seigneur veut bien faire briller de temps en temps dans nos ténèbres ; et sans la plus sérieuse vigilance, ces merveilles mêmes peuvent nous devenir funestes en ce que notre ennemi a le pouvoir de s'en emparer et de les employer à sa gloire, quand nous n'avons pas la sagesse de les employer à sa molestation ; mystère d'iniquité qui a comme inondé la terre.

      Mais cependant après être avertis sur cela comme nous le sommes, ouvrons aussi nos cœurs à l'espérance et à la joie, et ayons la confiance que la même main qui nous aura poussés dans le désert, la même main qui nous aura choisis pour servir de fondement à son église, la même main qui aura fait opérer en nous une conception spirituelle daignera nous accompagner dans l'épreuve, et ne permettra pas que notre ennemi altère et souille en aucune manière les jouissances qu'elle nous réserve. Car ces jouissances doivent être aussi incalculables, que le sont pour nous les dangers et les fatigues de l'épreuve que nous avons à subir ; et même elles doivent en faire plus que la compensation, parce que la miséricorde l'emporte toujours sur la justice.

      Aussi toutes les facultés de notre être après avoir versé des sueurs de sang, doivent verser des sueurs de joie et de délice ; il n'y a pas une seule de nos fibres qui ne doive devenir un des torrents de la vie, et recevoir sans cesse une accumulation de trésors qui nous établisse à demeure au milieu de ces multiplications de lumières, de ces multiplications de confiance, de ces multiplications de courage, de ces multiplications d'espérances et de consolations que nous avons déjà eu occasion de peindre, et que l'on ne peut jamais trop retracer pour ranimer la foi du faible, et même pour l'entretenir dans celui qui ne l'est pas.

      Pour quelle raison nous doit-il arriver de si grands biens ? C'est que c'est ainsi que la mesure suprême se fait connaître quand nous l'avons laissé s'emparer en nous de toutes les mesures. C'est que cette mesure étant la vie par essence ne peut communiquer d'autre impression à ceux qui l'approchent ; c'est que cette mesure ne tend qu'à percer jusqu'à l'unité de notre centre, pour le gouverner par la même action par laquelle elle se gouverne, et l'entraîner perpétuellement dans l'identité de son mouvement ; et voilà le sort qui est réservé à ceux qui auront aimé à manger du verbe.




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