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Le Nouvel Homme

Louis-Claude Saint-Martin
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Colombe


19.

      Faites place à l'esprit. Ne voyez-vous pas comme il se presse de fendre la foule ; c'est qu'il a à faire une œuvre si importante, et il a tant de zèle qu'il craint de perdre un instant. Il a d'ailleurs un si grand espace à parcourir, qu'il craint de ne pas arriver jusqu'au terme, avant que le temps qui lui est donné pour cet objet ne soit expiré. Il faut qu'il se rende du lieu de sa demeure jusque dans les dernières profondeurs de l'homme ; faites place à l'esprit, et laissez-le arriver jusque dans les profondeurs de l'homme. Il n'y vient que pour y placer la parole de la sainteté, d'où l'homme verra croître en lui à la fois les sept vertus, qui seront les sept colonnes de cet édifice fondé sur le roc vif, et qui doit être l'éternelle église de notre Dieu.

      Comment cette église serait-elle renversée ? Ses sept colonnes reposent sur la sainteté, et elles s'élèvent jusque dans la demeure du très-haut ; là elles puisent continuellement la sève divine, et la rapportent jusqu'aux saints fondements du temple. Comment cette église serait-elle renversée ? Ses sept colonnes sont intimement liées à sa base et à son sommet tout à la fois. La base, les colonnes, le sommet de l'édifice tout n'est qu'un ; il est impossible qu'il ne se meuve pas tout ensemble, et qu'aucune force ne puisse jamais séparer la moindre partie.

      Base de l'édifice, contemple-toi donc avec transport et avec délices ; occupe-toi sans relâche à te pénétrer de l'huile de joie que les sept colonnes ne cessent de faire parvenir jusqu'à toi ; tous les fruits que tu produiras répandront la vie, la force, la sainteté. Il faut que tu produises tous ces fruits-là sans relâche, puisque les sept colonnes t'apportent sans relâche la sève de reproduction, et que sans relâche le suprême auteur des êtres distribue cette sève toujours nouvelle, à ces sept colonnes chargées de te la transmettre. Ce n'est pas même ici comme pour la culture terrestre où le cercle des temps doit tourner un grand nombre de fois sur les semences de la terre, avant qu'elle puisse récompenser les soins du laboureur ; il faut que ce cercle des temps devienne pour toi comme imperceptible, et qu'à tous les moments tu montres ta fertilité, parce qu'à tout moment ta région est menacée de la disette.

      Faites place à l'esprit ; il vient apporter à la base du temple tous les moyens d'élever à demeure son édifice, et de le faire subsister intact malgré la jalousie des Samaritains, et il fera que ce temple s'attirera le respect et l'admiration de tous les peuples. Comment cette admiration pourrait-elle avoir lieu, comment cet édifice pourrait-il être si majestueux, si l'éternel architecte n'en avait lui-même fourni les plans, et tracé les diverses distributions, et s'il ne l'engendrait continuellement de sa propre source ? C'est pour cela que son esprit vient apporter jusqu'à notre centre le plus intérieur, les paroles vivantes qui se réactionnent mutuellement par leurs diverses puissances et propriétés, et font sortir d'elles-mêmes cette lumière, et cette vie qui assure une éternelle durée à ce temple qu'elles ont bâti de leurs propres mains.

      Oui, le cœur de l'homme est un foyer où toutes les paroles divines se pressent et s'accumulent, et où elles sont en une continuelle fermentation. C'est cette fermentation des paroles divines dans l'homme qui, par leur mutuelle réaction, produit le mouvement spirituel de notre âme, et la préserve de l'état de mort et de stagnation ; quiconque n'a pas senti physiquement cette fermentation intérieure, ne peut point encore avoir la moindre idée de l'origine de l'homme, ni par conséquent de sa renaissance, ou du nouvel homme. Car cette fermentation est le principe exclusif, et nécessaire pour nous faire reprendre la forme que nous avons perdue, et si nous n'avons pas le sentiment vif et physique de ce principe, comment aurons-nous le sentiment des effets qui en doivent résulter, et des œuvres que nous aurons à produire, c'est-à-dire, comment pourrons-nous remplir notre destination ?

      Ouvrons donc notre âme à cette accumulation des paroles divines en nous, n'apportons aucun obstacle à leur fermentation mutuelle en les empêchant de s'approcher, et de se réactionner physiquement en nous, si nous voulons que nos paroles acquerrent à leur tour quelques propriétés physiques. Recueillons précieusement les moindres résultats de cette fermentation des paroles divines en nous, puisque c'est ainsi qu'elles ont formé le monde, puisque c'est ainsi qu'elles l'entretiennent, et opèrent continuellement l'existence de l'œuvre qu'elles ont produite, et puisque c'est ainsi qu'elles ont formé notre âme, et qu'elles veulent de nouveau la former aujourd'hui, car les voies de la sagesse ne sont d'une constance, et d'une uniformité si sublime, que pour que l'homme ait plus de facilité à les retrouver lorsque pour qu'il s'en est écarté, et pour que, du sein de ses ténèbres mêmes, i1 puisse recouvrer des aperçus certains, et positifs sur des lois qu'il n'aurait jamais dû oublier.

      Nous avons vu ci-dessus avec quelle lenteur les différents sédiments se rassemblaient dans la terre pour y former le roc vif, et les masses de pierre ; mais nous voyons aussi de quelle immense utilité sont pour nous ces substances solides que nous extrayons du sein des rochers. Laissons, laissons donc aussi accumuler en nous avec un respectueux et prudent désir les influences vivantes, et les sédiments spirituels que la vérité dépose journellement dans notre sein. Non seulement nous pourrons un jour en extraire des pierres vives pour servir de base à nos édifices de tout genre, non seulement nous en ferons des remparts pour nos forteresses, non seulement nous pourrons en former des palais et des temples, mais nous pourrons en former aussi de longs aqueducs qui amèneront l'eau des endroits les plus éloignés dans les places et les lieux stériles, afin d'y rétablir la vie et la végétation ; enfin nous pourrons en former de solides et vastes ponts qui nous aideront à traverser en sûreté les fleuves et les torrents ; car le Dieu des êtres ne cherche autre chose que de réaliser dans nous toutes les lois vives dont la nature et le temps ne cessent de nous présenter des images passagères et matérielles.

      Le Réparateur lui-même ne laissa-t-il pas accumuler en lui dans sa patience et dans sa paix toutes ces substances pures et salutaires que l'éternelle sagesse faisait successivement déposer dans son sein, et par lesquelles il devait un jour trouver en lui, lorsque les mesures seraient remplies, tout ce qui serait nécessaire pour l'avantage de la postérité humaine, pour la défendre de ses ennemis, pour fermer le puits de l'abîme, pour former la clef de la voûte du temple, pour nous élever à tous une forteresse impénétrable, et un temple que les temps n'altéreront plus ? Et ce sont les jours de l'obscurité du réparateur qui furent employés à ces utiles préparations, dont les résultats devaient se propager au-delà des siècles.

      Ce sont ces temps silencieux et gouvernés par la prudence et la retraite, qui disposent l'homme à remplir un jour sa mission avec succès, pour la gloire de son maître, pour l'avantage de ses propres frères, et pour l'avancement du règne du Seigneur, en se remplissant ainsi chaque jour des forces nécessaires pour aller attaquer les ennemis de la vérité, et les plonger dans leurs ténébreux précipices. Ainsi saint Luc nous apprend-il que le réparateur, en attendant l'heure de la consommation, passait ses jours dans la prière et dans les déserts ; aussi Moïse, que l'on doit regarder comme un des précurseurs de ce Divin réparateur, passait-il ses jours dans les déserts de Madian, jusqu'au moment où il reçut ordre du Seigneur d'aller délivrer ses frères, et de commander à Pharaon de laisser aller le peu le de Dieu en liberté, afin qu'il pût offrir ses sacrifices à l'Etemel.


20.

      Si toutes les puissances divines se transformaient en autant de verbes brûlants, et en autant d'instruments aigus et pénétrants qui, tous à la fois rompissent les divers liens qui retiennent notre être pensant, et le rendissent à sa liberté, et à toute sa sensibilité Divine, quelle langue pourrait alors exprimer notre situation ravissante ? Voilà cependant ce que nous pourrons attendre de notre renaissance, si nous sommes assez persévérants pour la poursuivre avec une constante activité, car au moment où nous nous y attendrons le moins, notre heure spirituelle arrivera, et nous fera connaître, comme à l'improviste, ce délicieux état du nouvel homme.

      C'est dans cette classe que sont choisis ceux qui sont destinés à administrer les sanctifications du Seigneur. C'est d'en haut que descendent physiquement sur eux les influences purifiantes et fortifiantes qui deviennent dans leur main comme un ferme bâton, plus puissant que la massue des héros de la fable, plus élevé que le plus haut cèdre du Liban, et avec lequel ils peuvent franchir sans danger toute l'immensité des mers.

      Les influences de la région inférieure sont bien loin d'avoir une semblable propriété ; ce n'est que l'influence corrompue qui s'élève ainsi de la région inférieure ; elle s'en élève par notre défaut de surveillance, encore plus que par un ordre d'en haut, qui quelquefois cependant l'envoie pour épreuve ; elle ne s'offre à nous que sous des formes irrégulières, et sous des couleurs hideuses ; les formes mêmes qu'elle prend ne se soutiennent pas, et ne font que se déformer continuellement, parce qu'elle n'a pas le principe des formes régulières ; elle se montre comme à l'improviste, et comme ayant profité de quelque issue que nous aurons laissée ouverte ; elle se montre plus dans la prière que dans d'autres circonstances, parce que là nous ouvrons plus de portes qu'à l'ordinaire, et que cependant nous n'avons pas souvent là plus qu'à l'ordinaire l'attention, et la force de poser des sentinelles à toutes les portes que nous ouvrons.

      Mais au moment où elle se montre ainsi à l'improviste, elle est un moment immobile, et semble étonnée comme un voleur qui est entré dans une maison qu'il a trouvée ouverte, et qui d'abord est troublé, et inquiet si personne ne l'observe, qui cherche à démêler quelle est la distribution de la maison, et est comme ébloui des divers objets qu'il y aperçoit, et qui tentent d'autant plus sa cupidité qu'il n'est pas accoutumé à se trouver en de semblables lieux, ni à jouir de semblables richesses. Si l'on n'a pas soin de repousser cette influence vivement dès qu'on l'aperçoit, elle poursuit ses desseins criminels et peut parvenir enfin jusqu'à s'emparer de la maison, et à en chasser le propriétaire.

      Mais si l'on se met aussitôt en devoir de la déconcerter dans ses projets, elle fuit sur le champ dans ses abîmes, ou bien sa forme s'altère, varie, et se décompose, le tout plus ou moins promptement, et avec plus ou moins de différences, selon que nous mettons plus ou moins de forces, de promptitude, et de vivacité à nous opposer à ses entreprises.

      L'influence qui vient d'en haut est au contraire le plus souvent sans forme ; elle précipite en bas tout ce qui est irrégulier et ténébreux ; elle presse tous nos principes d'activité, et les fait passer de force au travers de nos substances composées et corrompues pour les dissoudre, et faire paraître la lumière là où il n'y avait que ténèbres; voilà pourquoi cette influence supérieure nous donne tant de divers moyens de monter au dessus de notre état ordinaire ; pourquoi elle développe en nous tant de facultés dont notre matière ne peut avoir ni la jouissance, ni la connaissance, et pourquoi ces diverses propriétés dont nous sommes susceptibles se manifestent par des rayons aigus et acérés comme ceux de la lumière et du feu.

      C'est aussi pour cela que l'écriture compare continuellement la parole à des flèches acérées, et à une épée à deux tranchants ; non pas seulement parce que cette parole a sans cesse des ennemis à combattre et à renverser, mais encore parce qu'elle prend sans cesse la naissance au milieu des entraves qui la resserrent, qui la forcent à s'affiler et à s'aiguiser en quelque sorte pour se faire jour au travers de toutes ces substance étrangères dont elle est encombrée.

      Telle est donc la pénible destinée de cette parole chérie que la sagesse fait naître dans le nouvel homme, et qui ne s'y peut engendrer qu'en rompant toutes les barrières qui la retiennent dans l'esclavage, et dans la contrainte ; c'est la pression de l'influence supérieure qui force cette parole à traverser ainsi péniblement ses entraves, et à se manifester sous des traits aigus dont notre langue corporelle est l'image, et dont nous trouverions des figures encore plus frappantes dans la manifestation qui arriva aux apôtres à Jérusalem, si notre plan ne nous défendait pas d'anticiper sur l'ordre des objets que nous aurons à exposer dans cet écrit.

      Cela n'empêche pas qu'en attendant nous ne voyions dans l'exemple de la naissance de la parole en nous comment tout est révélation, puisque tout est parole, et puisque toutes les paroles sont comme ensevelies dans des abîmes, dont on ne peut les tirer qu'avec violence ; et cependant les hommes ne veulent pas croire à une révélation tant on s'y est mal pris pour les en convaincre, tandis qu'en les ramenant à eux-mêmes on leur eût prouvé tellement la révélation universelle et de tous les moments, qu'ils auraient été naturellement disposés par là à ne voir ne reconnaître l'œuvre du réparateur que comme une plus grande révélation, que celle qui se passait en eux ; et comme elle est du même genre, quoiqu'elle embrasse un plan plus vaste, elle pourrait leur paraître plus admirable, comme étant plus sublime, mais non pas plus extraordinaire. Ils auraient même appris, par l'examen des diverses époques du genre humain, à reconnaître les immenses services que cette révélation du Réparateur leur avait rendus, en observant ces diverses époques sur l'homme particulier.

      Car si l'homme a le bonheur de voir naître en lui le fils de l'esprit ou le nouvel homme, il aperçoit bientôt la différence de ce nouvel état pour lui à son état antérieur ; et cette différence consiste en ce que, dans ce nouvel état, il est sûr, par ses efforts et la persévérance dans sa prière, d'obtenir les fruits de ses désirs purs, soit des lumières et des développements, soit des consolations, soit des dons de l'esprit pour la manifestation de la gloire de son maître, toutes choses que nous pouvons maintenant regarder comme autant de révélations. Mais dans son état antérieur, il n'avait pas la même certitude, et malgré toutes les entreprises les plus courageuses, il ne pouvait se flatter du même succès, et les espèces de révélations dont il était susceptible alors, lui parvenaient d'une manière plus voilée, plus figurative, et qui le laissaient souvent comme dans l'attente des biens qu'on ne faisait que lui montrer.

      L'homme ne devrait donc plus s'étonner de voir ce qui est dit dans la révélation du réparateur. Matt. 11, 12, 13. Or, depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux se prend par violence, et les violents l'emportent. Car jusqu'à Jean tous les prophètes aussi bien que la loi ont prophétisé. Il sentirait en même temps tout le prix de cette révélation du Réparateur, c'est-à-dire, de l'œuvre qu'il est venu opérer pour la délivrance de notre parole, puisque ce n'est que par cette révélation du Réparateur, et par les vertus de son œuvre, que nous pouvons espérer chacun de parvenir à notre révélation particulière, ou à la naissance de notre nouvel homme, lequel, seul, peut nous mettre à même de prendre désormais le ciel par violence, au lieu qu'auparavant nous devions attendre qu'il se donnât, à moins que nous ne fussions de la classe des êtres privilégiés.

      En effet, de même que sous la révélation du Réparateur, il est des êtres au-devant de qui le royaume du ciel est venu, sans attendre qu'ils le prissent par violence, de même nous avons vu sous la loi et sous les prophètes, plusieurs élus à qui la gloire de cette révélation a été montrée d'avance, ce qui les a remplis de joie, tandis que les autres hommes de leur temps, restaient ensevelis sous le voile de la loi, et sous les diverses figures des prophéties.

      C'était donc par cette étude de l'homme, par des encouragements réitérés à faire naître en lui un nouvel homme, et par la comparaison de ses divers états que l'on aurait dû travailler à ouvrir les yeux des hommes de désir sur la nature des révélations en général, sur la nature de nos révélations particulières, et sur la nature de la seule révélation, d'où puissent ressortir toutes les autres révélations quelconques, parce que cette révélation unique, ayant produit dans l'origine tout ce qui a été englouti par le crime, était aussi la seule qui pût arracher au tombeau et aux ténèbres, tout ce que le crime y tenait renfermé, et voilà pourquoi cette révélation du Réparateur a été, est et sera à jamais la révélation universelle.


21.

      Comme images de l'unité universelle, nous devons établir universellement des unités en nous, si nous voulons faire des progrès dans l'éducation du nouvel homme. Car dans notre œuvre générale comme dans toutes nos œuvres particulières, nous n'obtiendrons rien de permanent, nous ne produirons rien de parfait, nous ne jouirons d'aucune paix, ni d'aucune lumière réelle, si tout ce que nous obtenons, tout ce que nous produisons, tout ce dont nous jouissons, n'est pas le fruit et le résultat d'une unité. C'est peut-être ici l'avis le plus salutaire que nous puissions recevoir dans ce bas monde.

      La principale unité que nous devions chercher à établir en nous, c'est l'unité du désir, par laquelle l'ardeur de notre régénération devienne pour nous une passion si dominante, qu'elle absorbe toutes nos affections, et nous entraîne comme malgré nous, de manière que toutes nos pensées, tous nos actes, tous nos mouvements soient constamment subordonnés à cette dominante passion ; de cette unité fondamentale, nous verrons découler une multitude d'autres unités qui doivent nous gouverner avec le même empire, chacune selon sa classe ; ou pour mieux dire toutes ces diverses unités sont tellement liées les unes aux autres, qu'elles se succèdent et se soutiennent mutuellement, sans qu'elles soient jamais étrangères entr'elles.

      Ainsi, unité dans l'amour, unité dans l'œuvre de la pénitence, unité dans l'humilité, unité dans le courage, unité dans la charité, unité dans le dépouillement de l'esprit de la terre, unité dans la résignation, unité dans la patience, unité dans la soumission à la volonté suprême, unité dans le soin de nous revêtir de l'esprit de vérité, unité dans l'espérance de recouvrer les biens que nous avons perdus, unité dans la foi que notre volonté purifiée et unie à celle de Dieu doit avoir son accomplissement dès ce monde, unité dans la détermination à dissiper les ténèbres de l'ignorance dont notre séjour nous enveloppe, unité dans la vigilance, unité dans la constance à la prière, unité dans la continuelle culture des écritures saintes, enfin unité dans tout ce que nous sentons être propre à nous purifier, à nous alléger de ce bas monde, et à nous avancer dans notre royaume qui est le royaume de l'esprit, et le royaume de Dieu ; voilà la loi que nous devons nous imposer.

      Quoique ces différentes unités soient intimement liées ensemble, et appartiennent à la même racine, ce n'est point à dire pour cela qu'elles doivent toutes agir à la fois ; il n'y a que Dieu dans qui toutes les unités paisibles, et douces, soient dans une perpétuelle, et commune activité, parce qu'il n'y a que lui qui soit la vraie, et radicale unité.

      Mais nous devons nous attacher avec une activité entière à celle de nos unités qui se présente à nous pour le moment, si nous voulons en retirer les avantages qu'elle désire de nous procurer ; nous ne devons point lâcher prise que nous ne sentions que cette unité a réellement pris en nous son essentiel caractère, et qu'elle a transformé en une unité effective celle de nos facultés sur laquelle elle est venue frapper.

      Nous ne pouvons guère nous tromper là-dessus, ni nous en imposer à nous-mêmes, parce que soit dans les œuvres, soit dans l'acquisition des lumières, et la pratique des vertus, nous avons une unité intérieure à laquelle toutes nos unités diverses doivent correspondre et qui, comme un juge intègre, nous donne l'assentiment de nos bons et mauvais succès. Ajoutons par anticipation que cette unité intérieure qui est en nous, nous donne l'assentiment de nos bons et mauvais succès dans la marche de nos unités diverses, par la raison qu'elle est liée elle-même à l'unité suprême et universelle. C'est donc notre unité intérieure qui devient l'arbitre de nos unités partielles, et qui nous fait sentir si elles ont atteint leur complément.

      Nous verrons ailleurs comment en effet ces unités partielles doivent opérer de semblables résultats en nous, pour remplir l'objet de notre existence, et de leur loi, puisqu'il n'y a pas un être dans la nature qui ne doive produire également une unité selon sa classe, et même une unité qui présente sensiblement le tableau de tout ce qui existe. Ainsi, à plus forte raison, notre être pensant doit-il jouir d'un semblable privilège, puisqu'il est chargé spécialement de représenter l'être saint, éternel et divin, au lieu que les substances de la nature ne manifestent que les puissances de cet auteur universel des anges, des esprits et de tout l'univers.

      Quel est maintenant le sublime avantage que nous devons espérer d'obtenir si nous établissons en nous-mêmes, par des soins soutenus, ces diverses unités particulières, virtuelles, et vertueuses, dont notre unité intérieure est la base, et le foyer ?

      Cet avantage est de multiplier tellement nos rapports avec l'unité suprême, que quand nous avons atteint le nombre nécessaire de ces rapports, pour que notre ressemblance avec elle soit au moins ébauchée, cette unité suprême, elle-même, ne craint point de se rendre à l'attrait divin qu'elle éprouve éternellement pour sa créature, et pour son image, elle ne craint point se substituer son action, paisible et vivifiante, à nos actions pénibles et laborieuses, de s'emparer tellement soit de nos unités partielles, soit de notre unité intérieure, que notre marche spirituelle nous devienne aussi naturelle que si nous n'avions pas quitté le séjour de la sainteté ; enfin de faire en sorte que nous n'ayons plus de répugnance à éprouver dans nos œuvres plus d'obscurité dans nos connaissances, plus de fatigue dans l'exercice de nos vertus. Délicieuse perspective dont nous sommes malheureusement ici-bas si éloignés, qu'il faut être déjà avancé dans la carrière pour qu'elle ne nous paraisse pas absolument illusoire, et chimérique.

      Dieu suprême, comment nous flatter en effet que dans l'état d'opprobre et d'iniquité où nous languissons, nous puissions habiter en toi, et que tu daignes habiter en nous ! Comment ton unité universelle s'unirait-elle à des unités aussi incomplètes que celles qui se manifestent journellement dans l'homme ? Bien plus, comment s'unirait-elle à des nombres dont l'irrégularité est si manifeste ?

      Ne craignons point de le dire : c'est une faveur de cette sagesse infinie qu'elle suspende ainsi sa jonction avec nous, et qu'elle diffère de lever le voile du temple jusqu'à ce que nous soyons plus forts pour soutenir l'éclat de sa lumière ; car non seulement elle nous éblouirait, mais cela pourrait aller jusqu'à nous faire perdre la vue.

      Lorsque nous avons peint antérieurement quels seraient les délices que nous éprouverions, si toutes les puissances divines se transformaient pour nous en autant de verbes brûlants, nous avons supposé que l'esprit de l'homme aurait déjà fait tous ces travaux préliminaires, toutes ces collections d'unités partielles dont son unité intérieure lui donne la règle et la mesure, et le met en rapport, et en correspondance avec l'unité suprême, et universelle ; sans cela, malheur à lui, si cette unité suprême faisait un mouvement si marqué, et si important ! Malheur à lui si elle lui découvrait toute sa gloire !

      Car, ne trouvant point en lui de justes analogies avec son unité qui doit toujours triompher, (et cela par sa puissance et sa force, quand elle ne trouve pas à triompher par son amour et par ses bienfaits), elle le ferait périr de honte par son énorme disproportion, et en lui faisant connaître combien il est défiguré ; elle dissoudrait toutes les puissances fausses qui seraient en activité en lui ; elle le laisserait dans le néant spirituel absolu, où il ne pourrait éprouver que le désespoir d'atteindre à un terme si éloigné ; et au lieu de l'animer de l'unité de la vie qu'elle porte en elle-même, elle le réduirait à une unité de mort par l'impossibilité de former aucun rapport de vérité, ni aucune correspondance spirituelle divine avec lui.

      Nous pouvons en donner une raison bien simple, c'est que les unités partielles que nous devons sans cesse établir en nous sont les intermèdes indispensables pour que l'action divine se tempère avant de pénétrer jusqu'à notre centre ; et de même que la divinité ne se communique que par ses manifestations, et par ses puissances ; de même aussi nous ne pouvons lui ressembler que par les manifestations de nos facultés, et de nos vertus qui sont les organes, et les puissances de notre âme.




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