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Le Nouvel Homme

Louis-Claude Saint-Martin
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Colombe


22.

      Si nous pénétrions davantage dans l'industrieuse sagesse de notre Dieu, nous suspendrions bientôt nos murmures contre les obstacles que nous rencontrons dans notre région terrestre. Tous ces obstacles, toutes ces difficultés, nous sont envoyés pour différer cette explosion divine, dont nous sommes si peu dignes, que, je le répète, nous chercherions à nous cacher dans les cavernes de la terre, si l'on nous en laissait connaître le moindre aperçu, avant notre terme. En même temps, ils servent à développer en nous toutes ces unités partielles dont nous avons parlé précédemment, et qui doivent nous aider à rétablir nos relations avec notre principe, et à nous rendre de nouveau son image. Car ce serait en vain que nous croirions nous être rendus de nouveau son image, si nous n'avons pas porté toutes nos unités jusqu'à la mesure où elles peuvent atteindre ; puisque c'est le complément, et la juste mesure de ces unités qui peut seule nous rendre les traits de notre ancienne ressemblance avec notre principe.

      Regardons-nous donc ici-bas comme dans un lieu de préparation, où l'on demande de nous que nous rendions à nos facultés, les dispositions qui leur sont absolument nécessaires pour pouvoir être employées à l'œuvre. Travaillons sans cesse à ce que l'unité de notre foi devienne propre à transporter les montagnes, à ce que l'unité de notre dépouillement devienne insensible aux privations, à ce que l'unité de notre charité nous mette en état de brûler, et de donner notre vie pour nos frères, à ce que l'unité de notre courage nous donne les moyens de subjuguer tout ce qui est matière ; combat dans lequel nous avons si beau jeu, puisque la matière est indifférente, et prend toutes les formes que nous voulons lui donner. Enfin, exerçons continuellement toutes les unités de nos vertus, et de nos dons spirituels, et ne doutons pas que lorsqu'elles auront atteint une mesure approuvée par la sagesse, elles ne reçoivent de sa main le complément dont elles seront capables.

      Mais gardons-nous de vouloir agir avant cette heureuse époque, et par les mouvements de notre impatience. Avant de croire aux fruits de la loi, il faut commencer par croire à la loi ; car, selon l'Evangile, comment croire au réparateur si l'on ne croit pas d'abord à Moise, et à la loi qui ont parlé de ce réparateur ? Or la loi de l'homme de l'esprit est de ne pas faire un mouvement dans la carrière supérieure, sans que ce mouvement ne soit ordonné, et précédé par une parole, qui devient pour lui ce que Moïse, et les prophètes étaient pour les appelés, et les élus à la loi de grâce. Et si l'homme ne croit pas que telle doit être sa marche respectueuse, et soumise, il ne croirait pas davantage aux merveilles que désirerait son impatience, parce que c'est de ces merveilles-là que la parole doit prophétiser.

      Loin donc de nous lamenter sur les obstacles, et sur les lenteurs auxquelles nous sommes heureusement condamnés, remercions la providence qui nous fournit par là l'occasion de recevoir avec avantage tous les fruits de la loi, lorsque les temps de cette loi seront accomplis ; remercions-la de ce qu'elle nous fournit par là l'occasion de nous procurer une situation, ou une manière d'être assez utilement préparée, pour que lorsque l'heure de la naissance du nouvel homme est arrivée, on ne puisse pas nous appliquer directement à nous-mêmes, ce que Siméon dit à la naissance du Réparateur : savoir que cet enfant était né pour la ruine de plusieurs.

      Car si ce nouvel homme naissait jamais pour notre ruine au lieu de naître pour notre salut, comment pourrions-nous jamais entrevoir et connaître le royaume qui ne peut se montrer réellement qu'à ce nouvel homme, et à cet enfant chéri conçu en nous par l'esprit du Seigneur ?

      Telle est cette unité intérieure à laquelle correspondent toutes nos unités particulières et sur laquelle l'unité universelle attend avec encore plus d'impatience que nous, qu'elle puisse se reposer en paix. Telle est cette mine inépuisable dans laquelle il n'y a point de richesses que nous ne puissions trouver ; mais qui est devenue comme étrangère à celui même qui en est le propriétaire, parce que les hommes avides des sciences externes ont porté à l'extérieur toutes les facultés de leur esprit, au lieu de les porter sur cet intérieur qui leur eût tout appris, et leur eût prodigué tous les trésors.

      Par cette marche imprudente, ils ont laissé fermer cette mine par les décombres qui y tombent journellement, et elle est devenue tellement couverte qu'ils n'ont plus cru à son existence et ont fait ensuite tous leurs efforts pour nous empêcher d'y croire à notre tour, et de chercher à la travailler.

      Les plus sages d'entre eux ont cru qu'en bâtissant des temples au Seigneur avec des pierres taillées par des instruments de métal, et façonnés par eux, ils avaient rempli les plans divins au sujet du culte, et des hommages que la divinité attend des mortels ; ils n'ont pas vu que c'était de ce temple impérissable qu'elle attendait le triomphe de sa gloire ; de ce temple où les instruments matériels sont tout à fait inutiles soit pour tailler les pierres, soit pour les tirer des carrières, soit pour les transporter, soit enfin pour les poser à demeure dans la place qu'elles doivent occuper dans l'édifice.

      C'est donc à extraire les pierres des carrières, à les tailler, à les transporter, à les poser à demeure dans la place qu'elles doivent occuper dans l'édifice, que la sagesse et l'esprit du Seigneur s'occupent journellement à notre égard ; et les instruments qu'ils emploient pour cela, ce sont les mêmes obstacles, et les mêmes contrariétés spirituelles que nous rencontrons dans notre carrière, et dont l'homme novice aux secrets de Dieu ne connaît pas assez le prix pour sentir qu'il n'y a pas une de ces épreuves soutenues avec foi et courage, qui ne doive se terminer pour lui par la naissance et le développement d'une unité ; et que c'est par ces accumulations d'unités acquises par autant d'épreuves, et de victoires, qu'il doit voir s'élever en lui le nouvel homme ou l'édifice des élus.

      Il ne soupçonne pas que cet édifice des élus nous transforme en un véritable ciel où habitent à la fois tous les esprits du Seigneur, toutes les puissances du, Seigneur, tous les dons du Seigneur, toutes les vertus du Seigneur, de manière que nous devenions une espèce de citadelle, et de forteresse, toujours armée, toujours en défense ; toujours prête à veiller à la sûreté des habitants, et à leur procurer tous les secours, et tous les avantages que notre état de guerre nous permet d'espérer dans ce bas monde.

      Sans ces épreuves ou ces moyens d'acquérir nos unités, mus serions rejetés hors de la place comme autant de bouches inutiles, et nous serions remis à la discrétion des assaillants, C'est-à-dire à leur rage et à leur fureur.

      Armons-nous donc de courage, et de confiance quand l'esprit juge à propos d'employer ses instruments sur notre être spirituel, et ne nous scandalisons point, ne nous rebutons point quelle que soit la forme sous laquelle ces instruments se présentent, et s'approchent de nous. Ayons continuellement devant les yeux le psaume 68:7-8, etc. : Que ceux qui attendent après toi, ô Seigneur, ne rougissent point à cause de moi, que ceux qui te cherchent ne soient point confondus à mon sujet, ô Dieu d'Israël ! Parce que c'est à cause de toi que j'ai supporté les reproches, et que la honte a couvert ma face.

      S'il est donc vrai que l'esprit, que le Réparateur lui-même se soient cachés et se cachent tous les jours sous la forme de ces instruments salutaires, ne les repoussons pas à cause de l'âpreté ou de la bassesse des couleurs qu'ils empruntent ; ne nous laissons point gagner par la confusion malgré leur abjection ; parce que c'est à cause de Dieu que la honte couvre ainsi leur face, et que si nous manquons l'occasion qu'ils nous offrent de partager un jour la gloire qu'ils ont de vivre dans la grande unité, en partageant avec eux, ici-bas, les fatigues, et les reproches qu'ils essuient pour nous élever jusqu'à eux, nous ne jouirons ni de la même communion qu'eux avec la grande unité, ni du développement merveilleux de notre unité intérieure, ni de celui de nos unités particulières ; c'est-à-dire, que nous ne formerons point ce temple éternel dont l'homme trouve en soi tous les matériaux.


23.

      Quand les hommes considèrent les objets soit naturels, soit artificiels qui se présentent à eux pour la première fois, leur premier mouvement n'est-il pas de se demander quel peut être l'emploi de ces objets et pour quelle fin ils ont l'existence ? C'est par là qu'ils parviennent bientôt à connaître quel est le but ou l'esprit de toutes les choses utiles, nécessaires ou agréables qui les environnent. Pourquoi donc ne se demandent-ils pas avec le même soin quel doit être l'emploi de l'homme ? Ou plutôt pourquoi leur répond-on si mal lorsqu'ils font cette question ? C'est qu'ils sont encore faibles, et comme dans l'enfance lorsqu'ils auraient envie de s'interroger eux-mêmes, et que ceux à qui ils s'adressent ensuite, sont tombés même au-dessous de cet état d'enfance par rapport à cette grande question.

      Nous ne craignons point que l'âme de l'homme désavoue les sublimes réponses dont nous avons montré jusqu'à présent qu'elle portait la source dans son propre sein. Plus elle percera dans sa propre immensité, plus elle y trouvera de nombreuses confirmations des titres précieux, et de la sainte destination dont nous l'avons annoncée comme dépositaire ; et il n'y aura que l'homme léger, timide, aveugle et paresseux qui méconnaîtra l'emploi pour lequel nous avons reçu l'existence.

      Celui au contraire qui aura eu le courage de contempler avec soin sa véritable essence, qui aura distingué soigneusement sa pensée d'avec l'être ténébreux dont nous sommes accompagnés pour un temps, qui, enfin, se sera conduit avec cet être inférieur, et subordonné comme avec ce serviteur de l'Évangile qui, en arrivant des champs est obligé de se ceindre, de préparer à manger à son maître, et d'attendre que ce maître ait fini son repas pour prendre le sien, c'est-à-dire, qui n'accordera jamais rien aux besoins de sa matière, avant que son esprit ne soit satisfait, comme étant le maître, et devant être le premier servi, celui-là, dis-je, trouvera de lui-même, non seulement quelle est la destination de l'homme, mais aussi quelle est la voie qui doit le conduire à en obtenir l'accomplissement.

      Or cette voie sera pour lui, n'en doutez pas, celle que nous avons indiquée jusqu'ici, presque à tous les pas, et que nous nous faisons un plaisir de retracer, parce que c'est de la voie que nous avons besoin, puisque nous avons un voyage à faire.

      Ainsi donc, en descendant en lui-même, il trouvera un grand temple, où il entendra parler un zélé pasteur qui, sans qu'il le voie, lui criera de toutes ses forces : lamentation, exclamation, purification, sanctification, supplication, consécration, administration ; voilà à la fois ta tâche et les moyens de la remplir. C'est par là que s'accompliront les saintes promesses que l'Eternel a faites par serment à tes pères ; c'est par là que tu deviendras l'héritage du Seigneur après qu'il t'aura délivré de la fournaise de fer où l'on adorait les astres, qu'il t'aura pris pour son peuple au milieu des autres nations, qu'il aura voulu être lui-même ton Dieu au milieu de tous ces dieux passagers qu'honorent tous les autres peuples, et qu'il t'aura mis en possession de ce pays où tu seras assez plein de lui pour pouvoir jurer par son nom (Deutéronome, chap. 4 et chap. 6).

      Car c'est dans la manifestation du nom du Seigneur que se trouve la plénitude de sa gloire, et cette manifestation ne peut avoir lieu parmi les nations, que par l'organe du peuple qu'il a choisi à ce dessein ; c'est-à-dire, par l'organe de l'homme ; voilà pourquoi il ne cesse de solliciter cet homme réfractaire de s'occuper de sa destination sacrée.

      Il l'en sollicite par le besoin qu'il en a mis dans son âme, il l'en sollicite par tous les emblèmes que l'univers lui présente continuellement, mais qui, étant impuissants pour opérer une si grange œuvre, sont bornés au rang d'emblèmes, et laissent à l'homme le soin d'en exprimer la réalité ; il l'en sollicite par toutes les lois représentatives, et figuratives, civiles, politiques, historiques, naturelles, et surnaturelles ; enfin, il est venu l'en solliciter lui-même pour le déterminer à se livrer à cette sainte entreprise, et il a commencé par faire renaître en lui ce nouvel homme qui seul sera digne de s'en acquitter dignement lorsqu'il aura acquis son âge compétent, et qu'il aura atteint les mesures tracées par les lois éternelles de la sagesse qui peuvent bien, ici?bas, subir quelque extension, et comme une sorte de subdivision qui les réduit, mais qui ne change point leur caractère.

      Pourquoi Dieu sollicite-t-il ainsi l'homme par tant de moyens si variés, si répétés, si soutenus et si continuels ? C'est pour qu'il soit en tout point l'image et la ressemblance de cette éternelle divinité ; car ce n'est point assez pour cette ressemblance que l'homme puisse lire dans les merveilles de la sagesse, ce n'est point assez qu'il puisse les peindre, et les exprimer par ses œuvres, ce n'est point assez que sa parole puisse répéter autour de lui les œuvres de cette divinité suprême, il faut que, comme elle, il puisse exercer de pareils droits volontairement, et par le privilège sacré de son saint caractère, afin que, partageant les puissances de son éternel principe, il en partage aussi la gloire, et soit ainsi la réelle image de ce principe, au lieu de n'en être, comme la nature, que l'image figurative ; et voilà pourquoi la sagesse divine le sollicite avec tant d'amour, et tant d'industrie, et évite avec tant de soin de le forcer, parce qu'elle considère, et respecte, pour ainsi dire en lui, ce privilège honorable dont elle-même l'a rendu dépositaire.

      Lors donc, homme, que tu seras parvenu à cette terre que Dieu a promise par serment à tes pères ; aie grand soin d'y observer fidèlement les lois et les ordonnances du Seigneur, si tu veux te maintenir longtemps dans tes possessions, et si tu ne veux pas que les nations que tu dois vaincre te rendent elles-mêmes leur esclave. Car si le Seigneur considère, et respecte, pour ainsi dire, le privilège honorable dont il t'a rendu dépositaire, ce ne sera jamais que lorsque tu concourras avec lui à l'accomplissement de ses desseins, et à la manifestation de son nom ; et il ne prend pas moins le soin de sa justice que celui de sa gloire ; autant il cherche à ne te pas forcer dans tes œuvres pures et glorieuses, autant il a de puissance pour t'arrêter dans tes œuvres fausses, et pour résister aux efforts de ta volonté criminelle.

      Ainsi ce n'est point assez que tu abjures ces efforts impuissants d'une volonté criminelle, il faut encore que tu te surveilles pour ne suivre que les efforts d'une volonté prudente, et dirigée par les lumières de ta simple sagesse naturelle, si tu veux qu'une sagesse supérieure à la tienne vienne s'établir en toi, et y fasse éternellement son séjour.

      Lors donc qu'il te sera permis de prendre possession de la portion de la terre promise qui te sera accordée, souviens-toi que c'est le Seigneur même qui t'aura donné les moyens d'y entrer, et que tu n 'as d'autre mérite que d'avoir mis ces moyens en usage. Souviens-toi que c'est lui-même qui a produit cette terre, où tu trouveras tant de richesses et tant d'abondance. Souviens-toi que s'il ne t'y protégeait pas continuellement lui-même tu ne pourrais pas y rester en sûreté un seul instant. Et voici à quoi peut se réduire le sens de ces tableaux spirituels.

      Avant de dire : au nom du Seigneur, attends toujours que le nom du Seigneur soit descendu en toi. Ce n'est point de mémoire que tu dois prononcer ce nom puissant. C'est par sentiment, c'est par impulsion, et comme étant pressé par le pouvoir de son charme irrésistible. Voudrais-tu être comme ceux qui le prononcent journellement d'eux-mêmes, et dans qui l'idée qu'ils en prennent, et le respect qu'il devraient lui porter se confond avec les mouvements les plus insensibles de leur âme, et n'y laisse pas de plus profondes traces ? Il en est qui sont bien plus coupables encore, aussi ne le prononcent-ils que pour leur condamnation ; mais ce tableau serait trop affligeant, et trop dangereux pour l'œil du nouvel homme, il vaut mieux lui en laisser ignorer l'existence, et lui montrer pourquoi il doit attendre que le nom du Seigneur soit descendu en lui, avant d'oser dire : au nom du Seigneur.

      Qu'étais-tu, homme, lorsque l'Éternel te donnait la naissance ? Tu procédais de lui, tu étais l'acte vif de sa pensée, tu étais un Dieu pensé, un Dieu voulu, un Dieu parlé, tu n'étais rien tant qu'il ne laissait pas sortir de lui sa pensée, sa volonté, et sa parole. Il n'a pas changé de loi, il ne peut y avoir que lui qui t'engendre, et ce n'est que par lui que tu peux engendrer des œuvres régulières. S'il n'engendre donc pas son nom en toi avant que tu dises : au nom du Seigneur, tu n'agis plus que de mémoire quand tu prononces ce nom, et voilà pourquoi tant d'hommes le prononcent en vain sur la terre, et nous prouvent d'une manière si affligeante que malheureusement, l'homme n'est, ne vit, et n'agit que dans la vanité et le néant.


24.

      Si le nouvel homme veut que la parole soit vivante en lui, il ne pourra obtenir cette faveur, qu'en mourant dans cette même parole ; et s'il lui est donné de pouvoir mettre à profit les incommensurables longanimités du temps, c'est afin qu'il puisse parvenir à ce glorieux terme par des progressions douces et insensibles qui le préparent à recevoir la jonction de la grande unité sans être ébloui par son éclat, ou consumé par sa chaleur brûlante ; c'est en même temps pour que les combats qui lui sont offerts dans ces diverses progressions soient toujours en mesure avec son courage et avec ses forces.

      Car même dans l'ordre de la simple morale ordinaire, si nous mourrions un peu tous les jours, nous éviterions par là de mourir tout à la fois, comme cela arrive à presque tous les hommes, qui par cette raison trouvent la mort si dure ; et la mort physique finale de notre corps ne nous paraîtrait pas plus fâcheuse que celle momentanée par laquelle nous passons à chaque instant. Bien plus nous vivrions aussi un peu tous les jours, en raison des portions de mort que nous aurions détruites. Faute de cette précaution, et à force de s'enfoncer dans la vie fausse, l'homme vulgaire perd journellement les facultés qui lui avaient été accordées par la nature et par la vérité, pour se soutenir pendant son voyage terrestre. Aussi les hommes livrés au torrent sont-ils toujours au-dessous de la mesure. Leur cœur n'a plus de goût pour la vertu ; leur oreille n'a plus de tact pour la vraie musique ; il n'est pas jusqu'à leurs facultés animales et digestives, qui ne deviennent nulles par leur intempérance.

      Le nouvel homme dont la destinée est si élevée au-dessus de la sagesse commune doit, comme nous l'avons dit, mourir continuellement dans la parole, s'il veut que la parole vive en lui ; et il y doit mourir progressivement afin qu'elle puisse y vivre un jour dans toute sa force, et dans toute sa plénitude. Il faut qu'il voyage silencieusement sur les bords du fleuve, qu'il combatte à tous les pas les animaux qui se rencontrent, et qu'il surmonte les obstacles de chaque jour. Par là, il reçoit insensiblement une triple création qui purifie son corps, son âme et son esprit, qui les remplit du feu de la vie, parce que le feu le couvre, et le pénètre de la parole du témoignage.

      Voyons donc ainsi croître en paix ce nouvel homme ; voyons-le sacrifier à tout moment tout ce qui n'est pas du ressort de la parole, et faire en sorte, par ce moyen, que la parole prenne en lui la place de tout ce qui la gênait, et l'empêchait de venir démontrer à cet homme qu'il est une pensée du Dieu des êtres, une parole du Dieu des êtres, une opération du Dieu des êtres. Voyons-le par ces sacrifices journaliers, et continuels, mourir par degrés dans la parole, et s'ensevelir tellement dans la confiance en cette parole, qu'elle puisse elle-même ressusciter en lui dans les mêmes mesures, et qu'elle finisse par y manifester complètement, et universellement son action de vie, lorsqu'il aura fini de son côté, par manifester en elle complètement, et universellement son action de mort.

      Alors ce nouvel homme sera réellement sorti de l'état d'enfance où est encore ce fils chéri de l'esprit que nous avons déjà vu naître, et même patente au milieu des docteurs à son âge de douze ans, mais qui n'est point encore parvenu à cet état de virilité que nous peignons par anticipation, et qu'il ne faut point confondre avec l'état heureux qui nous attend après notre mort corporelle, si nous avons suivi les lois de la sagesse.

      Car cette résurrection de la parole en nous, cette virilité enfin, dont nous offrons d'avance quelques traits, nous peut être accordée dans ce bas monde, si nous en nourrissons l'espérance, et que nous nous conduisions conformément à l'instinct qu'elle nous suggère ; et si nous n'avions pas d'autres explications à donner du bonheur de l'homme que celles qui nous sont offertes dans les instructions vulgaires, nous ne croirions pas avoir assez fait pour nos semblables.

      Voyons donc, comme dans un lointain, ce nouvel homme, jouissant abondamment des droits de son être, et des faveurs innombrables du principe régénérateur qui a bien voulu pénétrer en lui ; voyons-le comme les digues d'un grand fleuve, qui les resserrent, et le contiennent dans leurs bords de manière qu'il n'en sorte plus et qu'il transporte paisiblement ses eaux fertilisantes dans toutes les contrées qu'il parcourt ; mais voyons encore plus comment il se prépare à cette magnifique destination.

      C'est en disant à la prière : sois toujours à côté de moi, sois toujours avec moi, et en moi ; sois toi-même l'ouvrier qui creuse le lit du fleuve, et ne permets pas qu'un seul moment se passe sans que je n'en aie enlevé quelques pierres, arraché quelques racines, ou ôté quelques immondices, afin que, de jour en jour, le cours de ce fleuve devienne plus libre, et qu'enfin tout mon être en soit abreuvé.

      Loin de redouter ces épreuves spirituelles qu'il doit rencontrer sur sa route, et dont nous avons peint ci-dessus les avantages, il dira, avec Jérémie 48:2 : Moab dès sa jeunesse a été dans l'abondance, il s'est reposé sur sa lie ; on ne l'a point fait passer d'un vaisseau dans un autre, et il n'a point été emmené captif. C'est pourquoi son goût lui est toujours demeuré, et son odeur ne s'est point changée.

      Le nouvel homme qui considérera ces paroles instructives, apprendra combien il est utile pour nous qu'il y ait plusieurs régions, afin que nous puissions être éprouvés de nouveau, et payer double dans les régions suivantes, si nous n'avons rien payé dans les régions antérieures ; il apprendra combien il est avantageux pour nous que nous subissions différentes servitudes dans ces diverses régions, puisque toutes ces servitudes, quand elles nous sont envoyées par la main du Seigneur, ne peuvent avoir pour but que notre amélioration. Car, même dans l'ordre de la nature, combien d'arbres n'ont-ils pas besoin d'être transplantés ? Et en effet, si nous n'avions pas besoin de passer par ces diverses purifications, il n'y aurait qu'une seule région ; et si nous n'avions pas besoin de ces diverses contemplations, il n'y aurait qu'un seul climat. Quelle superbe économie que celle de la sagesse de notre Dieu ! Il laisse régner au-dehors, sur son administration à notre égard, les couleurs rigoureuses de la justice, pour imprimer partout la terreur, et la crainte de sa puissance ; mais il dirige secrètement toutes les voies de cette administration vers notre utilité réelle, et vers notre véritable avancement, afin que, si nous avons dû commencer par le craindre, nous ne puissions nous empêcher de finir par l'aimer.

      C'est même pour cela que les prophètes nous sont si chers, parce que ce sont eux qui ont commencé les premiers à nous dévoiler ces secrets divins de l'amour de notre principe qui, embrassant à la fois, et d'un seul coup, tous les siècles, voit toujours le terme consolant de ses œuvres, tandis que nous, misérables mortels, nous n'en apercevons ici-bas que les pénibles commencements.

      Jacob, prévoyais-tu les consolations dont serait comblée un jour ta postérité, lorsque tu descendais dans l'Égypte, et que tu pleurais sur la dureté de l'ordre du roi qui y avait fait descendre avant toi tes enfants ? Ta douleur même t'avait fait oublier les promesses que l'Éternel avait faites à Abraham, et que tu ne pouvais pas ignorer. Tu ne t'occupais que de la rigueur de ton sort, et tu ne songeais pas que d'après le serment de l'Eternel, ta postérité serait mise un jour en possession de la terre de Canaan, au milieu des prodiges, et des merveilles qui manifesteraient les desseins glorieux que ce Dieu souverain avait sur son peuple, en le préparant par la servitude de l'Egypte.

      Et toi, Israël, lorsque tu fus envoyé à Babylone, espérais-tu voir la réédification de ton temple ? Et ne pris-tu pas même pour une dérision, et un mensonge le conseil que Dieu te faisait donner par ses prophètes, de te livrer avec soumission entre les mains du roi d'Assyrie, tant tu étais loin de te persuader que de Dieu eût sur toi des desseins bienfaisants et salutaires ? Enfin, peuple choisi, toi qui languis pour la troisième fois dans la servitude, ne te rappelles-tu pas les paroles de ton législateur, oh, s'ils savaient par où toutes ces choses finiront ! (Deutéronome 32, 29), et ne sens-tu pas que sans cette triple épreuve, tu n'aurais pas été assez pur pour soutenir la majesté de ton Dieu ?

      Car c'est à toi particulièrement qu'il est réservé de le voir dans sa gloire ; non pas dans une gloire terrestre et humaine, comme l'ignorance et la cupidité ne cessent de t'en flatter, mais dans la gloire de l'esprit, de la parole, et de la puissance, puisque c'est par ces divins caractères que tu l'as connu le premier parmi tous les peuples de la terre, et que c'est une loi irréfragable que les choses finissent par où elles ont commencé.

      D'ailleurs ce triomphateur que tu attends dans son règne terrestre, n'a-t-il pas déjà paru au milieu de toi dans sa gloire humaine ? Et n'était-ce pas toi qui chantais hozanna, hozanna, hozanna lorsqu'il entrait dans Jérusalem ? N'est-ce pas toi qui jetais tes vêtements sous ses pieds ? Et enfin ne t'a-t-il pas déclaré que son royaume n'était pas de ce monde ?

      Nouvel homme, nouvel homme, instruis-toi à ces grands exemples. Soumets-toi humblement à toutes les servitudes qu'il plaira au Seigneur de t'envoyer. Ne te livre point de toi-même au mouvement ; tu serais comme Moab, tu emporterais ta lie avec toi, et le mouvement ne te servirait de rien ; laisse agir sur toi cette main vigilante, elle ne te fera jamais faire de mouvements qui te soient nuisibles, et elle ne te fera réellement entrer dans les grandes épreuves de l'esprit, que quand elle t'aura donné le temps de déposer ta lie, parce qu'alors tu te sépareras de cette lie sans retour, et que tu porteras la vie, la santé, et la bonne odeur dans les vaisseaux où elle te versera.




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