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Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually

Franz Baader
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      Cette seconde lettre est plus sévère pour Saint-Martin. Elle nous montre qu'un certain nombre d'Elus-Coëns avaient été séduits, dès 1777, par les propositions d'un frère dont, comme le dit Salzac, tous louaient la vertu, et que ces Elus-Coëns se trouvaient par suite en « méchante posture » puisque, peu satisfaits sans doute des « fruits » promis par Saint-Martin, ils avaient voulu reprendre leurs anciens travaux et n'obtenaient plus « aucun des fruits qui faisaient autrefois leur joie. » Mais passons.
      Ce qu'il est intéressant de constater, c'est que la recherche de la voie centrale, la communication de ses intelligences et le rejet des cérémonies et des manifestations sensibles qui accompagnaient ces cérémonies constituaient !es points les plus essentiels de la mission de Saint-Martin.
      Comme l'a écrit M. Matter, ce qui caractérise bien l'ère où Saint-Martin entra dès qu'il fut séparé de son maître, c'est qu'il attacha le plus grand prix et appliqua toutes ses facultés à cette œuvre où les formes font place au recueillement, les cérémonies et les opérations extérieures à la méditation, à l'élévation vers Dieu et à l'union avec lui. Il ne veut plus d'assujettissement aux puissances et aux vertus de la région astrale. A cet apostolat dans les voies extérieures il consacre son existence et dévoue toute son ambition. Il veut y réussir. S'il veut plaire, ce n'est pas pour sa personne ; c'est pour ses desseins de conquête, de vie spirituelle, qu'il recherche le grand monde. Il ne s'agite pas. Dieu seul est sa passion, mais il est aussi la passion de Dieu. Il le dit, car il n'a pas mauvaise opinion de sa personne. Au contraire. Il pense, par exemple, que sa parole directe gagnera plutôt les âmes que tout autre moyen [Note de l'auteur : Matter, Saint-Martin le philosophe inconnu.].
      C'est pourquoi nous le voyons s'éloigner de plus en plus des réunions maçonniques et initiations à la vertu desquelles il ne croit plus. On le voit se livrer à de véritables impatiences quand on lui parle de loges ; et, quant aux traditions et initiations, « elles ne peuvent, dit-il, nous répondre de nous mener aux communications pures parce qu'il n'y a que Dieu seul qui les donne. » Il ne changera pas puisque vingt ans plus tard, en 1797, nous le voyons encore répondre de fort mauvaise grâce à un correspondant qui lui demandait des explications sur certains points d'un de ses premiers ouvrages :
      « La plupart de ces points tiennent précisément à ces initiations par où j'ai passé dans ma première école, et que j'ai laissées depuis longtemps pour me livrer à la seule initiation qui soit vraiment selon mon cœur. Si j'ai parlé de ces points-là dans mes anciens écrits, ç'a été dans l'ardeur de cette jeunesse, et par l'empire qu'avait pris sur moi l'habitude journalière de les voir traiter et préconiser par mes maîtres et mes compagnons. Mais je pourrais, moins que jamais, aujourd'hui, pousser loin quelqu'un sur un article, vu que je m'en détourne de plus en plus [Note de l'auteur : Extrait d'une lettre au baron de Liebisdorf. Voyez : Correspondance inédite... p. 322. A la lecture d'une telle déclaration, on comprend combien il est puéril de soutenir que Saint-Martin est le continuateur de Martinès de Pasqually.]. »
      A la vérité, on peut dire que Saint-Martin n'a jamais eu le sens de la méthode initiatique. Il est convaincu et cela lui suffit pour croire qu'il convaincra aisément les autres. Dans son apostolat, il abandonne rapidement ceux qui font quelques difficultés pour « partager ses objets ». Il les considère comme des « passades », et ne s'aperçoit pas que toute sa mission consiste à rechercher des gens qui pensent comme lui. Aussi sa vie est-elle bien différente de celle de Martinès de Pasqually. Alors que ce dernier initiait lentement et dans le plus grand secret, Saint-Martin, qui n'initie personne et qui n'a rien à cacher, multiplie ses voyages et opère au grand jour dans la société la plus mondaine. C'est ce qui a fait écrire à M. Matter : « Le fait est qu'ils étaient plus d'accord à l'origine que sur la fin, et plus ils seraient restés ensemble, moins ils se seraient rapprochés. Le disciple différait singulièrement du maître. Loin de vouloir à son exemple cacher sa vie et végéter dans des assemblées mystérieuses, le Philosophe Inconnu aspirait en réalité à être le philosophe connu [Note de l'auteur : Matter, Saint-Martin, le philosophe inconnu, p. 73]. »
      Si son ancien maître est un véritable théurge, Saint-Martin est bien un mystique contemplatif à qui répugne tout genre actif [Note de l'auteur : Jouaust, qui a d'ailleurs pour Saint-Martin l'estime que ce dernier mérite, s'est parfaitement rendu compte de son genre d'esprit en écrivant que « Saint-Martin se sépara de Martines de Pasqually lorsqu'il eût reconnu que les procédés théurgiques du juif portugais étaient trop violents pour sa théosophie délicate et rêveuse. »] ; ou plutôt, c'est un théosophe à la manière de Priscus de Molosse. L'astral l'effraie ; il en écarte soigneusement ses auditeurs et ses lecteurs. Lui-même se félicite d'avoir si peu d'astral ; et, quant aux opérations théurgiques : « Je suis bien loin, dit-il, d'avoir aucune virtualité dans ce genre, car mon œuvre tourne tout entier du côté de l'interne [Note de l'auteur : Voyez : lettre à Kirchberger, 26 janvier 1794.]. »
      Nous avons déjà dit quelques mots de cet interne ou voie intérieure. Certains termes des lettres du frère Salzac nous obligent à y revenir parce qu'il est intéressant de savoir quelle était la théorie de cette voie intérieure et quels en étaient les « fruits ». Pour élucider aussi brièvement que possible ces deux points, nous nous bornerons à citer un passage d'une lettre de Saint-Martin, datée de 1793, et postérieure, par conséquent, de quinze ans à ses tentatives de réforme : «Tout dépend de l'unique nécessaire, de la naissance du Verbe en nous. J'ajouterai mon opinion personnelle ; c'est que ce centre profond ne produit lui-même aucune forme physique ; ce qui m'a fait dire dans L'Homme de désir, que l'amour intime n'avait point de forme, et qu'ainsi nul homme n'a jamais vu Dieu. Mais ce Verbe intime, quand il est développé en nous, influe et actionne toutes les « puissances de secondes, troisièmes, quatrièmes, etc. et leur fait produira leurs formes, selon les plans qu'il a à notre égard voita à mon avis la seule source des manifestations. » Et il ajoute : « Ce que j'ai eu par ce centre se borne à des mouvements intérieurs délicieux, et à de bien douces intelligences qui sont parsemées dans mes écrits soit imprimés, soit manuscrits. Je suis bien loin d'être fort avancé dans ce centre que j'ai plutôt aperçu que touché ; aussi n'y suis-je pas demeuré fixé comme j'espère le devenir un jour par la grâce de Dieu. J'ai eu du physique aussi depuis ces affections centrales, mais en moindre abondance que lorsque je suivais les procédés de mon école ; et encore lors de ces procédés de mon école j'avais moins de physique que la plupart de mes camarades. Car il m'a été aisé de reconnaître que ma part a été plus en intelligence qu'en opération [Note de l'auteur : Lettre à Kirchberger, 24 avril 1793. Voyez : ouvrage déjà cité.]. »




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