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Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually

Franz Baader
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      Ces « douces intelligences, « nous les retrouvons en effet dans les pages de son Homme de désir, de son Nouvel Homme ou de son Ministère de l'Homme esprit. Quant au « physique » dont il nous parle comme d'une suite de ses « affections centrales », il en reste quelque trace dans les pages plus intimes de son Portrait, autobiographie dont le manuscrit n'a pas encore été publié intégralement. C'est ainsi que nous savons que, étant au Luxembourg, vers 1779, il eut une vision dans laquelle figuraient Moïse, la sœur de Moïse et une troisième personne : « L'obscurité régnait sur le globe ; l'herbe séchait sur la terre ; les animaux hurlaient. Moïse, sa sœur et une autre personne que je connais, se portaient successivement vers les quatre points de l'horizon. La troisième personne priait beaucoup et obtint par là d'être préservée des maux dont l'univers était menacé. » Le récit de cette vision est une application du passage mentionné plus haut, dans lequel Saint-Martin expose que le Verbe intime agit sur les Puissances et leur fait produire leurs formes selon les plans qu'il a à notre égard.
      Mais en voilà assez sur la « voie intérieure. » Nous croyons avoir suffisamment prouvé que Saint-Martin s'est bien définitivement séparé du rite des Elus-Coëns. Dans notre précédente Notice, nous avions pensé que les faits acquis et la correspondance, connue de Saint-Martin, nous permettaient de négliger les citations. Nous n'en avions fait qu'une. Encore avait-elle pour but d'établir, qu'à l'âge de cinquante-trois ans, c'est-à-dire sept ans avant sa mort, Saint-Martin, retrouvant tous les jours dans les ouvrages de son « chérissime Boehme » les données des Elus-Coëns, laissait sa pensée revenir en arrière, vers cette école de Bordeaux dans la loge de laquelle s'étaient écoulés cinq ans de sa jeunesse et dont il avait abandonné trop légèrement les travaux. Voici en effet ce qu'il écrivait : « Notre première école a des choses précieuses. Je suis même tenté de croire que M. Pasquallis (sic) dont vous me parlez et qui, puisqu'il faut le dire, était notre maître, avait la clef active de tout ce que notre cher Boehme expose dans ses théories, mais qu'il ne nous croyait pas en état de porter ces hautes vérités. Il avait aussi des points que notre ami Boehme ou n'a pas connus, ou n'a pas voulu montrer, tels que la résipiscence de l'être pervers, à laquelle le premier homme aurait été chargé de travailler [Note de l'auteur : Voyez Traité de la Réintégration des Etres, de Martinès de Pasqually, publié dans le volume 5, première série de la Bibliothèque Rosicrucienne.] ; idée qui me paraît encore digne du plan universel, mais sur laquelle, cependant, je n'ai encore aucune démonstration positive excepté par l'intelligence. Quant à Sophia et au Roi du monde, il ne nous a rien dévoilé sur cela et nous a laissé dans les notions ordinaires, etc., etc. » Et plus loin : « Il résulte de tout ceci que c'est un excellent mariage à faire que celui de notre première école et de notre ami Boehme. C'est à quoi je travaille ; et je vous avoue franchement que je trouve les deux époux si bien partagés l'un et l'autre, que je ne sais rien de plus accompli ; ainsi prenons en ce que nous pourrons : je vous aiderai de tout mon pouvoir » [Note de l'auteur : Lettre à Kirchberger, 11 juillet 1796.].
      II est difficile de voir dans ce passage autre chose que ce qui s'y trouve, une sorte de collation tentée par Saint-Martin des théories de Boehme et de celles de sa première école : « Prenons-en ce que nous pourrons, » dit-il. Si l'on remarque que ce passage est du 11 juillet 1796, on pourra s'étonner que l'un de nos critiques n'ait pas hésité à s'appuyer sur lui pour attaquer ce que nous avions écrit du mouvement séparatiste commencé par Saint-Martin dès 1777. Ce critique aurait pu se donner la peine de prendre connaissance de la lettre postérieure, du 19 juin 1797, dans laquelle Saint-Martin dit au baron de Liebisdorf « qu'il a laissé depuis longtemps les initiations de sa première école pour se livrer à la seule initiation qui soit vraiment selon son cœur ».
      Le fait est que Saint-Martin s'intéressa de moins en moins à ces initiations et à ces opérations auxquelles on l'avait « livré » si longtemps. Bien plus, il ne cessa jamais de les proscrire, et fut en somme un irréductible adversaire de ce que l'on appelle : sciences occultes.
      De leur côté, les Elus-Coëns, restés fidèles aux sciences maçonniques, furent naturellement aussi peu satisfaits d'une propagande qui ébranlait la confiance des émules dans les travaux traditionnels que de l'attitude prise par Willermoz dans les affaires de la Stricte-Observance. Ils en écrivirent le 16 août 1780 au Grand-Souverain De Las Casas, successeur de Caignet de Lestère. Ils lui rappelaient la lettre du Tribunal-Souverain, restée sans réponse par suite de la mort du frère Caignet, et lui demandaient de prendre quelques mesures en vue de sauvegarder les intérêts des divers orients, puisque certains frères, abusant des égards qu'on leur avait toujours témoignés, cherchaient à faire prévaloir leurs vues particulières dans les travaux des temples et ne craignaient pas d'immiscer d'autres puissances dans les affaires de l'Ordre. Ils insistaient surtout sur la nécessité où on les mettait de prendre position dans la politique maçonnique à cause de la situation fausse où les plaçaient les intrigues du frère Willermoz. A cette lettre étaient joints trois procès-verbaux détaillés des faits que nous avons exposés, et des documents antérieurs à 1760 dont nous n'avons pas à parler ici, mais qui appuyaient une requête présentée par huit orients du Royaume [Note de l'auteur : Nos lecteurs nous excuseront de ne pas publier ici toutes ces pièces. Ces documents et quelques autres qui ne pouvaient trouver place dans cette notice déjà si longue, ainsi que ceux dont nous avons donné des extraits, seront publiés ultérieurement dans une histoire générale de l'Ordre des Elus-Coëns.].
      De Las Casas, qui était à cette époque à Bologne, en Italie, où il avait été obligé de se rendre pour diverses affaires, répondit quelques mois après par une longue lettre dans laquelle il examinait successivement les plaintes et les demandes qui lui avaient été adressées. Au sujet des premières : « Je ne veux, disait-il, que me conformer aux principes de mes devanciers. C'est la conduite la plus sage ; c'est celle que me dictent mes propres engagements. Tous nos sujets sont libres, et, s'ils viennent à manquer aux choses de l'Ordre, ils se rendent à eux-mêmes une justice pleine et entière puisqu'ils se privent de tous les avantages qui accompagnent ces choses, et qu'ils ne peuvent plus travailler que sur leur propre fond et à leurs risques et périls, sans grande chance d'obtenir quelque vérité qui ne cache pas un piège atroce. Mais si chacun est libre de sortir, s'il se croit libéré de toute obligation envers la chose, je vous déclare qu'il n'est pas en mon pouvoir d'agir en faveur de ceux qui se sont laissé suborner de l'Ordre : C'est la coutume ; c'est ainsi qu'en ont usé tous mes prédécesseurs et cela pour des raisons majeures devant lesquelles je m'incline et m'inclinerai toujours dans l'intérêt de l'Ordre, quelque affliction que je puisse éprouver du pâtiment d'un sujet. » Le Grand-Souverain examinait ensuite la requête des huit orients, et ajoutait : « Vous pouvez donc, si vous le jugez utile à votre tranquillité, vous ranger dans la correspondance des Philalèthes, pourvu que ces arrangements n'entraînent rien de composite. Et puisque les déplacements du T. P. M de T... ne lui permettent pas de prendre en charge vos archives, faites en le dépôt chez M. de Savalette. Vous le ferez sous les sceaux ordinaires. La correspondance et les plans mensuels, ainsi que les catéchismes et cérémonies des divers grades, doivent être scellés de leur orient particulier. Les plans annuels, les tableaux et leurs invocations, ainsi que les différentes explications générales et secrètes, doivent porter ma griffe ou, à son défaut, celle du P. M. Substitut Universel que je préviens par le même courrier » [Note de l'auteur : Anciennes archives Vittareal. B. (Las Casas) III.].
      C'est ainsi que, dans le courant de 1781, les archives des Elus-Coëns furent mises en dépôt chez le frère Savalette de Langes, garde du trésor royal et président des Philalèthes, qui était également conservateur des archives de son régime. Nous verrons plus loin ce que devinrent ces diverses archives lors de la tourmente révolutionnaire.




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