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Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually

Franz Baader
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      Ce manifeste fut suivi d'une lettre de la loge de Cagliostro, la Sagesse triomphante, insistant pour que le convent se pliât aux exigences de Cagliostro. Mais si Cagliostro était désireux de voir détruire certaines archives, les Philalèthes n'avaient nullement l'intention de brûler les leurs, et, s'y fussent-ils résignés que les Elus-Coëns n'auraient pas voulu les suivre dans cette voie. Cependant, comme il était intéressant de savoir ce que voulait exactement Cagliostro, le convent répondit que le présent manifeste ne pouvant s'adresser qu'aux Philatèthes et non aux maçons qui représentaient au convent d'autres régimes, et dont la réunion devait cesser à l'instant où l'objet spécial serait rempli, l'assemblée avait jugé à propos d'envoyer le manifeste et la lettre à la loge des Amis réunis centre du régime des Philalèthes, qui, seule, pouvait en prendre connaissance et y faire droit, s'il y avait lieu que, néanmoins, la Sagesse triomphante était invitée à nommer des délégués pour l'assemblée et donner tous les éclaircissements compatibles avec ses devoirs.
      A cette lettre Cagliostro répondit que, puisque l'assemblée cherchait à établir une distinction entre le convent et le régime des Philalèthes pour arriver par une voie détournée à sauver des archives dont la destruction lui était demandée, toute relation devait cesser entre elle et lui.
      Le convent lui députa alors quelques frères pour qu'il les initiât dans ses mystères ; mais Cagliostro déclara qu'il ne donnerait l'initiation à l'assemblée ou à une partie de ses membres qu'autant que les archives auxquelles on attachait tant de prix auraient été préalablement détruites. Le convent, se jugeant suffisamment éclairé sur les véritables intentions de Cagliostro, rompit alors toute négociation.
      Tel fut le principal incident du convent de 1785. Les comités déposèrent les conclusions de leurs travaux de trois mois et le convent clôtura ses séances le 26 mai 1785.
      Si le convent de 1785 présenta le plus grand intérêt pour les maçons qui y prirent part, celui que les Philalèthes tinrent en 1787 fut par contre assez vide. Peu de maçons y assistèrent. Le président du convent, le frère SavaIette de Langes, fut forcé d'interrompre les séances, en déclarant que le manque de zèle des membres convoqués lui prouvait qu'il était non seulement prudent, mais même nécessaire d'y renoncer.
      Déjà on remarque à cette époque un certain ralentissement dans les travaux maçonniques. L'approche de la Révolution pèse sur les esprits. Cependant l'année du convent, les Philalèthes firent nommer aux fonctions de Président de la chambre des provinces du Grand-Orient le philalèthe Roëttiers de Montaleau, ancien membre de la chambre des grades, maçon dévoué qui devait être de 1793 à 1808 le soutien habile autant que vertueux de la Maçonnerie française. Son prédécesseur, le frère abbé Rozier, effrayé par les bruits révolutionnaires s'était retiré à Lyon, où il devait être tué lors du bombardement de cette ville par les républicains en 1793.
      Quant à Saint-Martin, il alla à . Sa grande préoccupation était d'entrer en rapport avec les mystiques d'Allemagne, d'Angleterre et de Russie, et les liaisons qu'il contracta à Strasbourg ne firent que l'engager de plus en plus dans la voie qu'il avait choisie. Le chevalier de Silferhielm lui fit connaître les écrits de son oncle, le célèbre Swedenborg, et c'est sous cette nouvelle inspiration que Saint-Martin écrivit Le Nouvel Homme dont il se montra plus tard peu satisfait, disant qu'il ne l'aurait pas écrit, ou qu'il l'aurait écrit autrement, s'il avait eu connaissance des ouvrages de Jacob Boehme. Madame de Boeklin, qu'il connut peu après, lui parla pour la première fois de Boehme et le mit en relation avec son directeur spirituel Rodolphe de Salzmann sous l'inspiration duquel il composa L'Homme de Désir, ouvrage qui nous dépeint le mieux l'esprit de Saint-Martin.
      On peut donc dire, avec M. Matter, que c'est à que s'accomplit la transformation de Saint-Martin. Cette transformation fut telle que notre théosophe, tout entier à ses études de mystique, résolut de se détacher définitivement de la Stricte-Observance rectifiée, dont son ami Willermoz dirigeait toujours la loge de Lyon. Il avait d'ailleurs d'autres raisons pour se séparer d'un Ordre dans lequel il ne figurait plus que par amitié pour Willermoz. Les événements postérieurs au convent de Wilhemsbad, tant en Bavière, qu'en Prusse, en Hollande et en Italie ; l'agitation politique en France, en 1789, et le bruit qui comnençait à circuler partout de l'action des Illuminés et des Francs-maçons dans la Révolution, au point de faire fermer les loges d'Autriche et de Russie, ne, furent évidemment pas étrangers à la décision de Saint-Martin [Note de l'auteur : Ces bruits suscitèrent les violents écrits des Lefranc, des Barrnet et des Proyart. L'abbé Barruel s'efforça de démontrer que le livre de Saint-Martin, Des erreurs et de la Vérité avait pour but de reverser tous les gouvernements.]. Saint-Martin, qui ne s'occupa jamais de politique ne voulait pas être compromis. Il jugeait qu'il l'était déjà assez par les fausses interprétations qui lui avaient valu les enfantines obscurités de son premier livre Des Erreurs et de la Vérité, sans vouloir l'être davantage par une figuration même fictive dans les cadres de la Stricte-Observance rectifiée.
      Nous savons en effet que les Illuminés de Weishaupt avaient fait, après le convent de Wilhemsbad, de nombreuses affiliations parmi les membres de la Stricte-Observance, et que si les résultats mêmes du convent de Wilhemsbad avaient excité quelques soupçons, ces affiliations à l'Illuminisme n'avaient pas peu contribué à compromettre toute la Maçonnerie et en particulier la Stricte-Observance rectifiée. A la suite de quelles manœuvres, Saint-Martin s'était-il trouvé inscrit, dès 1781, au Grand-Chapître d'Iéna ? Nous voulons croire qu'il l'avait été d'office par les bons soins de son ami Willermoz ; mais, quoi qu'il en soit, il est bien certain que Saint-Martin n'eût guère à se féliciter de cette sorte de figuration dont le comte de Haugwitz, ministre d'état prussien, prit acte pour accuser notre innocent théosophe, en plein congrès de Vérone, d'avoir pactisé avec les ennemis de l'état et d'avoir voulu exercer une action néfaste sur les trônes et les souverains. En France, il ne fut nullement question de tout cela ; mais à Strasbourg, ville où affluait l'aristocratie d'Allemagne, de Russie et d'Autriche, et où l'on s'entretenait beaucoup des affaires de l'étranger, le bruit du rôle que l'on faisait jouer aux Templiers et aux Illuminés ne pouvait manquer de parvenir à la connaissance de Saint-Martin. C'est ce qui expliqué la lettre que Saint-Martin aurait écrite à Willermoz le 04 juillet 1790, lettre dans laquelle il semble hanté par la date 1785, année qui vit le procès des Illminés de Weishaupt et les enquêtes qui s'ensuivirent dans les divers états européens.
      « ...Je prie (notre frère, de présenter et de faire admettre ma démission de ma place dans l'ordre intérieur [Note de l'auteur : Cet Ordre intérieur est celui de la Stricte-Observance rectifiée au convent de Wilhemsbad. Nous en avons parlé plus haut.] et de vouloir bien me faire rayer de tous les registres et listes maçonniques où j'ai pu être inscrit depuis 1785 ; mes occupations ne me permettant pas de suivre désormais cette carrière, je ne le fatiguerai pas par un plus ample détail des raisons qui me déterminent. Il sait bien qu'en ôtant mon nom de dessus les registres, il ne se fera aucun tort, puisque je ne lui suis bon à rien ; il sait d'ailleurs que mon esprit n'y a jamais été inscrit ; or, ce n'est pas être lié que de ne l'être qu'en figure. Nous le serons toujours je l'espère comme cohens, nous le serons même par l'initiation... » [Note de l'auteur : Nous reproduisons cet extrait tel qu'il a été publié par M. Papus, qui s'en est fait une arme pour soutenir que « Saint-Martin n'avait été inscrit sur un registre maçonnique qu'à dater de 1785 et que ce n'était qu'en 1790 qu'il s'était séparé de ce milieu ». Or, si le Mémoire du comte Haugwitz et les Eclaircissements de M. de Glœden nous rappellent que Saint-Martin fut inscrit le 03 avril 1781, pour le moins, sur les registres du Chapitre de Zion, le ton même de la présente lettre prouve que le théosophe ne s'occupait plus depuis longtemps des travaux maçonniques et en particulier de la loge La Bienfaisance de Lyon, sur les registres de laquelle, comme d'ailleurs sur ceux du chapitre d'Iéna, on le faisait figurer d'une façon tout arbitraire.]
      Ce que nous avons dit précédemment permet de comprendre le véritable sens du mot cohen (coën) que nous retrouvons ici. Saint-Martin attache évidemment à ce mot une idée toute personnelle, celle qu'il s'était faite, depuis sa tentative de réforme de l'Ordre des Elus-Coëns, de sa propre mission de par le monde. Peut-être pourrait-on voir, dans la dernière phrase de la lettre ci-dessus, comme un rappel de l'initiation commune ; mais on ne saurait, à coup
sûr, y voir une allusion à un Ordre dont ni Saint-Martin ni Willermoz ne faisaient plus officiellement partie depuis près de dix ans. En cette année de 1790, Saint-Martin est bien éloigné de Martinès de Pasqually et des successeurs de ce dernier. Si l'on en doutait, le témoignage du directeur de Madame de Boeklin, Rodolphe de Salzmann, ne laisserait subsister aucune incertitude. Voici en effet ce qu'il écrivait à M. Herbort de Berne, qui avait admis la tradition commune, celle que Saint-Martin non seulement voyait familièrement les esprits, mais qu'il ouvrait la vue ou donnait la faculté de les voir à ses amis :
      « J'ai connu Saint-Martin dès 1787. Il fut à pendant deux ans, et ne quitta cette ville qu'au commencement de la Révolution. C'est ici qu'a été imprimée sous ma direction, la première édition de L'Homme de Désir. Je connais très exactement ses travaux. Il n'opérait pas sur le monde des esprits dans le sens ordinaire, et n'ouvrait pas les yeux aux autres pour y regarder. Cela est à coup sûr un malentendu » [Note de l'auteur : Correspondance mystique de Salzmann, tome 1 contenant la correspondance de Lavater et autres mystiques de Suisse et d'Allemagne. Cabinet de M. Matter.].
      Obligé de quitter pour se rendre auprès de son père, à Amboise, il y retourna après le 22 juin 1791, au nom de « la bagarre de Varennes » ; mais les plaintes de son père le contraignirent bientôt à abandonner de nouveau un séjour qui était son « paradis ». De retour à Amboise dans les premiers jours de juillet 1791, il vécut tantôt à Amboise, tantôt à Petit-Bourg, et ne fut pas inquiété par la Révolution dont il respectait les principes : « La marche imposante de notre majestueuse révolution et les faits éclatants qui la signalent à chaque instant, écrivait-il à un de ses correspondants de Suisse, ne permettent qu'aux insensés ou aux hommes de mauvaise foi, de n'y pas voir écrite en lettres de feu l'exécution d'un décret formel de la Providence. »




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