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Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually

Franz Baader
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      Mais si l'on ne trouve aucune trace de Martinisme, on peut se demander par contre si certains individus ne prirent pas le titre de « Martinistes » voulant désigner par là qu'ils adhéraient aux idées que Saint-Martin avait exposé dans certains de ses livres. Nous disons « certains de ses livres », parce qu'il est particulièrement piquant que ce ne soient pas ceux d'entre les ouvrages de Saint-Martin qui nous dépeignent le mieux la pensée du théosophe qui furent le plus goûtés du public. Saint-Martin se rendait très bien compte de cette anomalie ; et s'il ne fît jamais la moindre allusion à un Martinisme, même dans ses notes les plus intimes, deux fois l'épithète de « Martiniste » revient sous sa plume.
      Une première fois, c'est en 1787, alors que parlant de quelques diplomates russes rencontrés en Angleterre, il écrit dans une des notes de son Portrait :
      « Leur impératrice Catherine II a jugé à propos de composer deux comédies contre les Martinistes, dont elle avait pris ombrage. Ces comédies ne firent qu'accroître la secte. Alors l'impératrice chargea M. Platon, évêque de Moscou, de lui rendre compte du livre Des Erreurs et de la Vérité, qui était pour elle une pierre d'achoppement. Il lui en rendit le compte le plus avantageux et le plus tranquillisant. Malgré cela, quelque instance que m'aient faite mes connaissances pour aller dans leurs pays, je n'irai pas pendant la vie de la présente impératrice. Et puis j'arrive à un âge ou de pareils voyages ne se font plus sans de sérieuses réflexions. »
      M. Matter, le si consciencieux historien auquel nous devons le meilleur ouvrage qui ait été écrit sur Saint-Martin et sa doctrine, s'était déjà arrêté à ce passage en cherchant quel sens on devait attribuer au mot Martinistes. Convaincu à la suite d'un examen scrupuleux de la vie et des ouvrages du théosophe que ce dernier n'avait fondé aucun Martinisme, et intrigué par le ton général de la note ci-dessus, il avait supposé que l'épithète martiniste désignait des martinésistes. M. Matter qui, comme descendant de Rodolphe de Salzmann, s'était trouvé en possession des principaux documents relatifs à Saint-Martin ; qui avait reçu communication d'un sien ami, M. Chauvin, exécuteur testamentaire de Gilbert, ami et unique héritier de Saint-Martin, de tous les papiers manuscrits du théosophe ; et qui avait pu lire la presque totalité de la correspondance de Saint-Martin avec Divonne, Maubach, Mme de Boecklin, Salzmann, etc., ainsi que celle de Salzmann, de Lavater et de sa fille, de Herbort, de Mlle Sarazin, d'Eckartshausen et de Young Stilling [Note de l'auteur : La correspondance de ces différents personnages qui n'a pas encore été publiée nous a été conservée par MM. D'Effinger, Tournyer, Munier et Matter.] ; M. Matter, donc, n'ayant rien trouvé qui fit allusion à une association aussi rudimentaire que possible, avait conclu que la « secte des Martinistes » dont parlait Saint-Martin ne pouvait désigner que des Elus-Coëns. M. Matter ignorait vraisemblablement qu'il n'y eu jamais d'Elus-Coëns en Russie, mais des Directoires de la Stricte-Observance ; cependant, la croyance où il était que l'Ordre des Elus-Coëns avait des attaches avec l'Ecole du Nord, autorisait sa supposition.
      L'explication la plus vraisemblable ne vint jamais à la pensée de M. Matter, parce que l'auteur de l'Histoire du Gnosticisme et de l'Histoire du Mysticisme en France au temps de Fénelon ne pouvait penser que les idées de Saint-Martin constituassent un système suffisamment original pour qu'on put le désigner du mot Martinisme, comme on a désigné les systèmes d'un Descartes et d'un Spinosa des mots Spinosisme et Cartésianisme ; et, n'ayant pu attribuer ce mot à une société issue de Saint-Martin, il ne songeait pas que l'on put davantage en étiqueter les idées du théosophe, alors qu'il n'existait ni Lawisme, ni Guyonisme, ni Salzmannisme. Mais comme ce qui ne présente que peu d'originalité à des érudits peut en présenter beaucoup à un milieu moins bien informé, M. Matter eût sans doute jugé autrement s'il avait eu connaissance de ce dont témoigne M. de Haugwitz et que laisse entendre la précédente note de Saint-Martin.
      En 1776, alors que Saint-Martin, qui venait d'écrire son premier ouvrage Des Erreurs et de la Vérité, ne s'était pas encore séparé des travaux que la loge La Bienfaisance tenait à Lyon sous les auspices de la Stricte-Observance, Willermoz jugea utile de faire connaître le livre de Saint-Martin dans les diverses provinces de l'Ordre. A cet effet, il en fit un service très étendu à tous les directoires de ces provinces. L'ouvrage dont le service fut fait avec le plus grand mystère excita la curiosité à un si haut point que l'on peut dire que Saint-Martin, dont cet ouvrage est le plus mauvais, dut à Willermoz, la renommée qui s'attacha brusquement à son nom, alors que tant d'ouvrages remarquables restaient ignorés ou méprisés. C'est ainsi que la haute société russe, dont presque tous les membres fréquentaient alors assidûment les loges de la Stricte-Observance templière, connut Saint-Martin et se fit une sorte de bréviaire de son premier écrit, dans lequel, à travers le style le plus énigmatique, on retrouve la doctrine si ancienne et si universellement répandue d'un bon et d'un mauvais principe, d'un ancien état de perfection de l'espèce humaine, de sa chute, et de la possibilité d'un retour à cette perfection. Malheureusement, les ténèbres dont l'auteur voilait des choses d'une si grande simplicité et le mystère qui entourait l'envoi de son livre produisirent dans le milieu templier un effet très inattendu. Dans cet ouvrage dont Kreil disait que « jamais auteur n'avait exploité au même degré la puissance de l'imagination, depuis longtemps découverte par Malebranche, sur les esprits faibles, les circonstances exceptionnelles, les accidents et les hypothèses » ; où Gedike et Biester démêlaient une suite de symboles et de récits allégoriques destinés à retracer l'origine, les tribulations et le but de l'Ordre des Jésuites ; mais où Voltaire ne voyait qu'un « archigalimatias » ; la plupart des frivoles esprits de la cour de Catherine ÏI, jeunes et turbulents seigneurs qu'exaltaient les fables de la Stricte-Observance, virent tout autre chose que ce qui ne méritait pas tant de mystères et de circonlocutions. Les deux principes, l'homme et ses armures, sa lance, son poste, les nombres de sa chute et de son rétablissement, le Grand-Œuvre, etc., dont il est parlé dans l'ouvrage de Saint-Martin reçurent une interprétation toute naturelle et s'appliquèrent désormais, non pas à l'Ordre des Jésuites, mais à celui du Temple, à ses principes, à ses ennemis, à sa chute et à son rétablissement. On a peine à croire quand on lit dans Puschkin, dans Bode ou dans Gagarin, la portée qui fut attribuée aux mots les plus simples, à quel degré d'aberration peuvent atteindre certains esprits. Folie de sectaires que celle de ces « chevaliers bienfaisants » trop zélés scrutateurs du livre Des Erreurs et de la Vérité. Dans leur cerveau, les idées de l'innocent Saint-Martin revêtent les formes les plus curieuses. Certains passages sont donnés comme faisant allusion au rôle joué par Rosa ou par De Hund, en Allemagne, dans le rétablissement de l'Ordre des Templiers, à la lutte des autorités ecclésiastiques contre les nouveaux chevaliers, à de prétendues tentatives de Stark pour faire tomber l'Ordre entre les mains du clergé, à Zinnendorf, à Schröder, à la politique suivie par les chevaliers dans les provinces non encore rétablies dans leurs droits, etc., etc. Chose étrange, le mystique Haugwitz, lui-même [Note de l'auteur : Il était, en 1778, chargé d'affaires de la Stricte-Observance dans les loges de Pologne et de Russie.], déclarait qu'après avoir cru trouver dans le livre Des Erreurs et de Vérité, ce qui, d'après sa première opinion était caché sous les emblèmes de l'Ordre de la Stricte-Observance templière, sa conviction à mesure qu'il pénétrait plus avant dans la signification de ce tissu ténébreux, était devenue plus profonde, que quelque chose de tout autre nature devait se trouver dans l'arrière-fond, et que le manteau des mystères religieux ne servait qu'à couvrir les plans les plus criminels (sic).
      On conçoit sans peine l'inquiétude que purent éveiller chez Catherine II les élucubrations de ses sujets « martinistes » après avoir essayé de les tourner en ridicule dans des comédies où ils récitaient les tirades les plus tragiques pour arriver à festoyer gaiement à la manière pétersbourgeoise, elle chargea l'évêque de Moscou d'examiner le livre Des Erreurs et de la Vérité et, l'évêque n'ayant rien vu « sous le manteau des mystères religieux » l'amie des Philosophes ne jugea pas à propos de s'inquiéter plus longtemps.
      Il est probable que le prince Galitzin ou M. De Kachelof instruisirent Saint-Martin de ces détails. S'il en éprouva un mécontentement suffisant pour lui faire manifester dans sa note une certaine mauvaise humeur, il se contenta de laisser à ses connaissances le soin d'éclaircir le malentendu de leurs compatriotes. Plus tard, il en vint à regretter d'avoir écrit « dans le feu de la première jeunesse » et d'avoir « occasionné par là, dans les autres, des mouvements faux qu'ils n'auraient pas eus sans cela » [Note de l'auteur : Il est certain que les sujets dans lesquels se cantonnait Saint-Martin ne demandaient pas à être traités dans un style trop obscur. En 1797, le baron de Liebisdorf conjurait encore son ami d'écrire avec plus de clarté : « Les profanes, disait-il, ne vous liront point que vous soyez clair ou obscur, étendu ou serré. Il n'y a que les hommes de désir qui vous liront et profiteront de votre lumière : donnez-la leur aussi pure que possible et aussi dévoilée que possible ». Chose curieuse, M. Papus qui a cru devoir faire de ces lignes l'épigraphe d'un récent libelle contre la Franc-Maçonnerie, les a attribuées à Saint-Martin.] ; et, après ses plaintes à Willermoz, après sa séparation des chevaliers de La Bienfaisance de Lyon et sa démission de l'Ordre intérieur de la Stricte-Observance rectifiée, il lui arriva sans doute plusieurs fois de protester comme il le fait dans la lettre ci-dessous à la date du 05 août 1798 [Note de l'auteur : Cette lettre devait trouver place dans le cours de ce travail et nous aurait sans doute abrégé notre tâche ; mais, l'autorisation de la reproduire nous étant parvenue un peu tardivement, nous avons dû écrire la présente Notice sans tenir compte d'un document qui ne fait d'ailleurs que ratifier ce que nous croyons avoir clairement établi.].




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