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Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually

Franz Baader
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      C'est ainsi qu'une scission ne tarda pas à se produire dans l'Ordre que Martinès avait si péniblement organisé ; certains disciples restant très attachés à tout ce que leur avait enseigné le Maître, tandis que d'autres, entraînés par l'exemple de Saint-Martin, abandonnaient la pratique active pour suivre la voie incomplète et passive du mysticisme.
      La plupart des Elus-Coëns, placés entre la réforme négative préconisée par Saint-Martin, et les compromissions de Willermoz avec la Stricte-Observance templière, se découragèrent et se replacèrent sous leurs anciennes obédiences. Ainsi firent ceux de l'Orient de La Rochelle dont la patente constitutive n'est pas ratifiée au delà de 1776 ; ainsi firent ceux des orients de Libourne, de , etc.
      Le duc de Chartres, lors du voyage triomphal qu'il entreprit dans le midi de la France, fut reçu avec de grands honneurs par les Directoires. Il visita loges et chapitres, et posa à Bordeaux la première pierre du nouveau temple de La Française. Ces manifestations étaient une suite de la diplomatie des quatre Directoires français, que menaient activement Bacon de la Chevalerie, Willermoz, l'abbé Rozier, Prothière et quelques autres. Les opérations de ces frères, bien que rendues difficiles par le régime étranger des directoires, régime en opposition avec les lois nationales de la Maçonnerie, qui prononcent l'irrégularité contre toutes les loges constituées sous des obédiences étrangères, avaient eu l'année précédente un commencement de succès.
      Le Grand Président de la Chambre des Provinces du Grand Orient, l'abbé Rozier, avait réussi à faire accepter l'examen des propositions d'union présentées par les directoires templiers. Une commission composée des frères De Méry d'Arcy, d'Arcambal et Guillotin avait été nommée le 4 février 1775 pour examiner ces propositions d'union qui furent rédigées le 24 avril. On y disait « qu'il était de la justice du Grand Orient d'adopter ce traité parce que les droits de suprématie du Grand Orient lui étaient conservés, l'alliance étant proposée par les Directoires, lesquels se rendaient tributaires du Grand Orient. » Mais on insérait au traité que « les Directoires conserveraient l'administration de leur rite et dé leur régime tout en ayant le droit de se faire représenter par des députés qui jouiraient de tous les droits et prérogatives des autres loges. » Ce traité fut scellé en 1776 par le voyage du Grand-Maître du Grand Orient, le duc de Chartres.
      Cependant, les protestations ne se firent pas attendre. Comme les loges de la correspondance du Grand Orient n'avaient pas été consultées, un grand nombre d'entre elles déclarèrent que le Grand Orient n'était pas autorisé à conclure ce traité. Elles alléguaient des faits graves contre !a plupart des membres des Directoires, montrant que ces membres n'étaient que des ambitieux, des transfuges et des déserteurs du rite français, qui avaient essuyé les refus constants des loges régulières. Elles prétextaient surtout qu'il ressortait du traité que les Directoires deviendraient juges du Grand Orient dont les loges ne pourraient jamais juger la Stricte-Observance. La Grande Loge de Lyon, notamment, excita un violent orage au sein du Grand Orient. Son député, l'abbé Jardin, y donna lecture d'un mémoire extrêmement violent contre les Directoires templiers et dirigé contre le Grand Orateur, Bacon de la Chevalerie, qu'il dénoncait comme favorisant la politique de la Stricte-Observance au détriment du Grand Orient.
      Mais il avait affaire à plus fort que lui. Bacon de la Chevalerie para le coup en faisant déférer le jugement au Grand-Maître lui-même, le duc de Chartres, qui signa, le 1er avril 1778, un décret par lequel il déclarait la Grande Loge de Lyon rayée de la correspondance du Grand Orient, si elle ne se rétractait dans un délai de quatre-vingt-un jours, suspendait l'abbé Jardin de toute fonction maçonnique pendant quatre-vingt-un mois, et ordonnait la destruction par le feu de tous les mémoires et pièces concernant cette affaire [Note de l'auteur : Ces documents échappèrent à la destruction grâce aux Philalèthes dans les archives desquels ils figurent encore. Nous les publierons si cela est nécessaire.].
      A ces mesures arbitraires, la Grand Loge de Lyon répondit qu'elle s'était décidée à agir par elle-même, parce que huit lettres où elle consignait les renseignements pris a Londres et à Berlin sur les Directoires de la Stricte-Observance avaient été laissées sans réponse par le grand Président de la Chambre des Provinces, l'abbé Rozier.
      Bien que les intrigues des partisans de la Stricte-Observance fussent évidentes, la Grande Loge de Lyon se soumit. Mais cette affaire fut le signal d'une nouvelle campagne contre les Directoires templiers, qui fut menée très secrètement par un parti de maçons fort au courant de la politique de ces Directoires : les Philatèthes.
      Ces maçons, dont la plupart avaient été membres fondateurs du Grand Orient de France, inquiets des menées de la Stricte-Observance dans le Grand Orient, établirent en 1773 un régime qu'ils opposèrent au régime templier. Ce fut le régime des Philalèthes ou des Amis de la Vérité. Ce régime adopta la politique de la Stricte-Observance : restant en excellents termes avec le Grand Orient, dont tous ses membres faisaient partie, il n'admettait dans ses chapitres secrets aucun officier du Grand Orient qui ne fût lié au régime des Philatèthes. Une vingtaine de loges acceptèrent ce régime dont le directeur était le marquis Savalette de Langes, conseiller du roi, garde du Trésor Royal,Grand-Maître des cérémonies du Grand Orient de France, et Vénérable de la loge des Amis réunis, centre du régime.
      Le régime des Philalèthes, très soigneusement recruté, comprenait presque tous les frères du Grand Orient instruits dans les sciences maçonniques. Ce fut « la brillante pléiade des Philalèthes », dans laquelle comptaient le savant Court de Gébelin, célèbre par son gigantesque ouvrage Le Monde primitif comparé avec le Monde moderne, et secrétaire et député de la loge des Neuf-Sœurs ; Duchanteau, hébraïsant et kabbaliste, auteur d'un immense calendrier magique, et qui devait mourir des suites d'une expérience alchimique faite dans la loge des Amis réunis ; l'alchimiste Clavières, plus tard ministre des finances ; le baron de Gleichen, auteur du Traité des hérésies métaphysiques, ministre plénipotentiaire de Danemark, et secrétaire du régime des Philalèthes pourla langue allemande ; le président De Héricourt ; le marquis de Chefdebien, secrétaire du régime, pour la langue française ; le vicomte de Tavannes, astrologue habile ; Quesnay de Saint-Germain, conseiller à la cour des aides et savant dans l'art magnétique ; l'archéologue Lenoir, un des fondateurs du régime ; De Chompré ; Roëttiers de Montaleau, maître des comptes et plus tard grand Vénérable du Grand-Orient ; les princes Louis et Frédéric de Hesse ; et aussi, plus tard, Randon de Lucenay et Gillet de Lacroix, physionomistes et graphologues ; le comte Alexandre de Stroganoff, chambellan de l'impératrice de Russie, premier Expert du Grand-Orient et ex-membre du Directoire de Strasbourg ; De Beyerlé, conseiller au parlement de Nancy, ancien membre du prieuré de Metz, commandeur de la Stricte-Observance et un de ceux qui démasquèrent cet Ordre au convent de Wilhelmsbad, etc., etc. [Note de l'auteur : C'est au régime des Philalèthes que Saint-Martin a emprunté le titre de Philosophe Inconnu dont il a signé ses deux premiers ouvrages ; mais il ne fit jamais partie de ce régime.].
      Ainsi que nous l'avons déjà dit, les frères Philalèthes avaient pris une part importante à la constitution du Grand-Orient. Leur propre président, Savalette de Langes, avait remis au duc de Luxembourg, en séance du 24 mai 1773, la lettre par laquelle Chaillon de Jonville, ancien Substitut général du feu comte de Clermont, reconnaissait le Grand-Maître et l'administrateur général dans leurs nouvelles fonctions, et demandait des lettres patentes de Substitut honoraire. Tous les Philalèthes dépendaient du Grand-Orient pour les trois premiers degrés et pratiquaient en sus un système de neuf autres degrés : Elu, Ecossais, Chevalier d'Orient, Rose-Croix, Chevalier du temple, Philosophe Inconnu, Sublime Philosophe, Initié et Philalèthe. Leur régime était tout l'opposé de celui de la Stricte Observance templière et très analogue à celui des Elus Coëns. Il laissait à ses membres la plus grande liberté d'examen, reconnaissait l'égalité de tous les degrés dans l'administration des loges symboliques, ne tenait aucun compte des distinctions purement nobiliaires, et soutenait l'unité administrative des rites et l'hégémonie des maçons français.
      C'est pourquoi les Philalèthes entreprirent de neutraliser l'influence des membres et des officiers du Grand-Orient, affiliés à la Stricte-Observance [Note de l'auteur : Rebold s'est mépris sur l'attitude des Philalèthes à l'égard du Grand-Orient : il a cru que les Philalèthes étaient ennemis du Grand-Orient. Jouaust a combattu cette opinion et a mieux compris la question en montrant que les Philalèthes, comme les Elus-Coëns, étaient opposés au système templier et qu'ils le firent réformer au couvent de Lyon en 1778.], et, puisque les Directoires étaient parvenus à pénétrer au Grand-Orient, d'absorber ou de détruire ces Directoires.




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