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Saint-Martin le Philosophe Inconnu

Sa vie et ses écrits - Son maître Martinez et leurs groupes - D'après des documents inédits
Jacques Matter
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CHAPITRE XXVI

Les faveurs permanentes et les faveurs exceptionnelles. – Les états extraordinaires : les extases et les ravissements.
Les dons extraordinaires : la clairvoyance, la seconde vue, les oracles et les prophéties. – Le somnambulisme. – L'illumination et les clartés.

Ce qui fait l'objet de toutes les convictions et de toutes les ambitions religieuses, c'est l'amour de Dieu en échange de leur amour. Les mystiques ne se distinguent de tout le monde qu'en ce qu'ils prétendent à cet amour dans une mesure supérieure, exceptionnelle. En effet, ils s'attribuent ou ils recherchent de la part de Dieu une bienveillance à ce point intime, particulière et permanente, qu'ils en font une véritable amitié, mais d'une nuance tout individuelle, toute personnelle. Ils sont tous la mère des fils de Zébédée, avec cette différence seulement, qu'ils prennent pour eux ce qu'elle demandait pour ses enfants : les premières places, et à la droite plutôt qu'à la gauche du Seigneur des cieux et de la terre. Sans doute la plupart parlent d'interruptions dans le sentiment ou dans l'ineffable jouissance qu'ils ont de cette bienveillance ; mais ils en gémissent comme d'une privation, et c'est uniquement dans leur jouissance, ce n'est pas dans les affections divines qu'ils admettent ces intermittences. Ces dernières ne sont que des épreuves destinées à les élever davantage. Ils changent, mais Dieu ne change pas. Ils ont besoin de ces privations qui sont des moyens d'avancement, et c'est bien l'amour de Dieu qui les envoie. Ces envois mêmes sont les témoins de sa tendresse : les épreuves sont les preuves de sa jalousie. Saint-Martin est un des types de cet état, et c'est ici une de ses locutions familières : Dieu est jaloux de moi, ou bien, Dieu veut que je ne sois qu'à lui.

      Ce n'est pas là assez encore pour les saintes ambitions des grands mystiques, et ils ajoutent aux faveurs d'une bienveillance permanente des faveurs extraordinaires, des jours et des heures où ils se sentent plus qu'à d'autres les privilégiés de Dieu, avec plus de confiance et plus de joie ses enfants de prédilection. Recevant de son amour des lumières, des oracles, des vues prophétiques, de rares solutions, des témoignages plus sensibles, plus incontestables, des émotions plus vives, des espérances plus nettes, ils obtiennent aussi dans l'ordre de la résignation et de l'humilité des consolations et des perspectives qui sont pour eux des certitudes.

      C'est là un ensemble de phénomènes d'une apparence plus modeste que les précédents. Mais, au fond, ces tendresses divines et tout intimes sont bien supérieures aux révélations, aux inspirations, à toutes les manifestations externes et aux visions elles-mêmes. Ce sont peut-être des dons moins extraordinaires, mais plus décisifs et plus constants.

      Il en est d'autres encore qui ne sont qualifiés que de faveurs, mais qui semblent aller encore au delà de ceux que nous venons de nommer, ou du moins y ajouter un nouveau degré de vivacité et de splendeur.

      En effet, de la simple méditation qui les élève vers Dieu dans les heures ordinaires, les grands mystiques passent quelquefois à la contemplation de sa majesté avec un réel entraînement, et de la contemplation elle-même ils se sentent amenés, s'ils s'expriment bien, jusqu'à l'intuition de sa personne à ce point que la leur s'y absorbe et s'y perd tout entière. Et là seulement, à cet état d'extase, ils se sentent désormais dans leur état normal, leur véritable patrie, leur vie naturelle. Loin de là ils sont dans l'exil ; et plus ils s'abreuvent en ce bannissement des amertumes de la terre, plus en leurs ineffables aspirations ils s'attachent aux ineffables ravissements qu'ils ont entrevus.

      Si doux que soit donc à leur cœur le sentiment de la bienveillance particulière et permanente, mais ordinaire, de Dieu, et si flatteuses que puissent leur paraître les manifestations sensibles, ce sont les états extraordinaires, on le comprend, qui font l'objet de leurs vœux les plus chers. De ces états ils font la condition légitime de l'âme. Elle est dans sa situation anormale lorsqu'elle en est privée ; dès qu'elle y est parvenue, elle est dans sa situation primitive, la seule normale.

      Saint-Martin a-t-il connu les divers états d'extase ?

      Pour la critique, l'extase est de la poésie. Pour les mystiques, tout le dit dans leur langage, l'extase est une situation exceptionnelle que ne crée ni leur raison ni leur imagination, qu'ils ne conçoivent eux-mêmes ni ne doivent essayer de faire comprendre à d'autres ; que ceux-ci essayeraient aussi vainement de leur contester qu'ils essayeraient eux-mêmes de la démontrer à leurs adversaires. La plupart d'entre eux étant médiocrement psychologues, c'est une bonne fortune pour la science que de rencontrer à leur tête des penseurs aussi fins et aussi profonds que Saint-Martin, des penseurs à la fois aussi avancés dans cette voie, et aussi sincères sur ses phénomènes. Car, s'il y a quelqu'un qui puisse mériter notre confiance à ce sujet, ce doit être un juge aussi droit et aussi expérimenté.

      Et rien de plus piquant que la vie et la doctrine de Saint-Martin, prises à ce point de vue.

      Saint-Martin ne s'attribue pas plus une extase ou un ravissement qui l'ait transporté hors du monde sensible et l'ait mis en face de Dieu, qu'il ne se vante d'une apparition, d'une vision ou d'une manifestation qui lui soit arrivée de la part d'un esprit quelconque habitant le monde supérieur. Mais entre sa discrétion et la négation de ces faits, il y a pour lui un espace infini.

      Jusqu'où sa pensée s'est-elle portée ? où s'est-elle arrêtée ?

      C'est ce qu'il ne dit pas. Forcé dans ses retranchements par son impétueux adepte, il se borne à dire : « J'ai eu du physique aussi, » c'est-à-dire des manifestations ou des visions. Dans une autre occasion, quand le même lui fait l'étalage des ineffables jouissances d'un mystique d'Allemagne, il se borne à dire que lui aussi a connu celles d'une union céleste. Comme théorie, il n'expose rien, il prêche la modération et la critique ; mais il se garde de la négation. Loin de là, le fond de sa doctrine est précisément cette théorie de la réintégration de l'univers et de tous les êtres qu'il a reçue de dom Martinez, dont il transmet à ses disciples les riches développements avec une éloquence si chaleureuse, et qui nous doit replacer dans l'union intime, dans la communication sensible avec le monde spirituel. Cette réintégration, c'est le mandat de sa mission, l'œuvre de sa vie. C'est le ministère de tout homme-esprit ; et pour l'accomplir tout homme-esprit doit se faire instruire c'est-à-dire initier à la doctrine de l'école. Or, ce n'est pas pour ne pas jouir de ses fruits qu'on doit passer par l'œuvre de la réintégration. Au contraire, ces fruits nous sont assurés dans l'union avec Dieu par le Verbe et par son corps céleste, la divine vierge Sophia. Car cette union, aux yeux de Saint-Martin aussi, est une source de saints ravissements et d'ineffables extases. Seulement, pour lui ces états n'ont rien de physique, rien de matériel, et cette source de joies spirituelles est essentiellement permanente. Il n'y a là rien de miraculeux, rien d'extraordinaire ; tout y est normal, au contraire ; tout y est de l'ordre éternel des choses intérieures. La modification que veut Saint-Martin dans le mysticisme vulgaire est profonde. Rien de plus explicite à ce sujet que la manière dont il redresse la crédule impétuosité de son ami Liebisdorf. On avait dit à ce dernier que le comte d'Hauterive quittait son enveloppe terrestre pour s'élever dans les régions célestes et y jouir de la présence du Verbe. Il veut savoir ce qui en est, et il écrit à Saint-Martin :

      « En supposant que la personne qui m'a parlé du procédé de M. de Hauterive, m'aye dit vrai, ce procédé par lequel il se dépouille de son enveloppe corporelle pour jouir de la présence physique de la Cause active et intelligente, ne seroit-il pas une œuvre figurative qui indiqueroit la nécessité d'un dépouillement intérieur pour parvenir à jouir de la présence de l'Incréé dans notre centre ? »

      Voici la réponse du sage d'Amboise :

      «Votre question sur M. de Hauterive me force à vous dire qu'il y a quelque chose d'exagéré dans les récits qu'on vous a faits. Il ne se dépouille point de son enveloppe corporelle ; tous ceux qui, comme lui, ont joui plus ou moins des faveurs qu'on vous a rapportées de lui, n'en sont pas sortis non plus. »

      Cela est clair ; car les mots tous ceux disent nettement que l'auteur de la lettre est aussi un de ces privilégiés.

      « L'âme ne sort du corps qu'à la mort, mais pendant la vie ses facultés peuvent s'étendre hors de lui et communiquer à leurs correspondances extérieures, sans cesser d'être unies à leur centre, comme nos yeux corporels et tous nos organes correspondent à tous les objets qui nous environnent sans cesser d'être liés à leur principe animal, foyer de toutes nos opérations physiques.
      Il n'en est pas moins vrai que si les faits de M. de Hauterive sont de l'ordre secondaire, ils ne sont que figuratifs relativement au grand œuvre intérieur dont nous parlons ; et s'ils sont de la classe supérieure, ils sont le grand œuvre lui-même.
      Or, c'est une question que je ne résoudrai point, d'autant qu'elle ne vous avanceroit à rien. »

      C'est faire entendre aussi clairement que le peut un homme naturellement humble et discret, qu'il donnerait bien la solution s'il la jugeait utile.

      « Je crois vous rendre plus de service en portant vos yeux sur les principes qu'en voulant vous arrêter dans les détails des faits des autres. »

      En général, de tout ce qui surprend le plus dans la vie de certains mystiques et fait autant le scandale des adversaires que l'admiration des partisans, Saint-Martin forme des phénomènes de la grande œuvre intérieure, de cette sanctification et de cette transformation morale qu'elle amène avec toutes ses conséquences naturelles.

      Ces conséquences sont d'ailleurs les choses les plus légitimes du monde, si la première de toutes est cet état de rectitude intellectuelle, d'élévation de pensée et de pureté d'affection que demandent tous les mystiques sincères. Car ce sont là précisément celles de toutes nos habitudes que demandent aussi tous les moralistes sérieux ; puisque ce sont celles de toutes qui donnent à la vie de l'âme son plus vif élan, et qui impriment même à celle du corps sa plus puissante régularité.

      C'est, en effet, un des traits les plus essentiels de la vie de Saint-Martin, d'être aussi pudiquement mystique que le veulent le goût châtié de son siècle et la délicatesse ombrageuse de son éducation. Comme tous les mystiques, sans doute, il aime le mystère, le secret, les associations intimes, les hommes qui s'y meuvent, les livres qui en traitent. Comme tous les mystiques encore, il affectionne le style figuré, l'expression symbolique, le langage qui voile la pensée plutôt qu'il ne la dévoile. Et sans doute encore sa parole comme sa vie est toujours empreinte de ces penchants à un degré qui souvent impatiente un peu le lecteur et qui d'autres fois le décourage. Toutefois, s'il se laisse souvent aller à ces défauts, il les cache souvent. Il fuit les associations secrètes pour les avoir trop aimées ; il gronde ses amis qui lui demandent son opinion sur une école ou sur une loge fameuse à leurs yeux : c'est de la chapelle, selon lui. Il se lie plus volontiers avec le grand monde qu'avec les grands adeptes ; il renie ses amours mystiques à la Bibliothèque nationale, en se moquant tout le premier d'un livre qu'il y fait rechercher, et il ajoute au mérite de cette pudeur celui de se la reprocher comme une trahison. S'il se permet quelquefois le style un peu lyrique et épithalamique que le mysticisme de l'Orient a légué au mysticisme d'Occident, style qu'ont adopté d'ailleurs les plus grands saints et les plus chastes vierges de l'Eglise, son goût, généralement plus pur, rejette les excentricités du langage comme celles de la pensée. Mais jamais il ne sacrifie le fond à la forme, et quelquefois celle-ci s'échappe de sa plume plus conforme à l'usage général qu'à sa réserve particulière.

      Cette réserve n'est pas de calcul ; c'est sa vie, sa pensée, son éducation, son tempérament. Tout chez lui est délicat, corps et âme ; et s'il est toujours théosophe, toujours mystique, il ne cesse jamais d'être lui : né gentilhomme, il vit et meurt gentilhomme, si peu de cas qu'il fasse des privilèges de la naissance.

      Ce fut surtout sur la question la plus nouvelle et la plus agitée de son temps qu'il se prononça avec le plus de délicatesse, j'entends les dons extraordinaires de divers genres qui apparaissaient alors sur les horizons mystiques, les dons de guérison par le magnétisme animal, les pratiques si diverses et si variées des partisans de Mesmer et celles plus merveilleuses encore de Cagliostro ou de ses adeptes. A l'appréciation de ces phénomènes essentiellement thérapeutiques, il apporta la même mesure qu'au jugement des opérations théurgiques ou magiques de don Martinez. Quoiqu'il fût loin de professer pour les deux thaumaturges venus de l'Autriche et de la Sicile les mêmes sentiments de respect et de déférence qu'il portait au mystagogue venu de Portugal, il voulait cependant, en vrai philosophe, qu'on fît des expériences. Sans jamais estimer les clairvoyances du somnambulisme, il plaida près de Bailly la cause du magnétisme animal. Impartial observateur, il accepta tous les faits incontestables ; mais si avide de merveilles et de mystères que fût sa pensée, jamais elle n'alla en un sens contraire à celui que les faits semblaient donner. Il fit des expériences lui-même, mais jamais il ne tenta un miracle, ne se vanta d'une guérison, n'eut une clairvoyance surnaturelle, une vue prophétique, une seconde vue.

      La clairvoyance somnambulique n'était pas alors ce qu'elle s'est faite depuis. Elle se bornait à constater l'état plus ou moins normal du corps ou de l'âme humaine. Elle ne s'étendait pas encore fort loin dans ce domaine. Elle visitait encore moins les contrées éloignées de la terre et ne songeait guère à se promener dans les sphères élevées du ciel. Mais déjà elle formait des prétentions qu'elle n'est pas encore parvenue à justifier, et voici à ce sujet par voie de comparaison entre les lumières de la théosophie et celles du somnambulisme les jugements bien nets et bien définitifs que Saint-Martin prononce. Parlant, d'abord, du théosophe par excellence, de son maître Bœhme, il dit :

      « C'est une des plus magnifiques lois que l'esprit humain puisse contempler que celle qu'il expose sur la végétation... Voilà le signe évident de sa divine intelligence et de sa glorieuse élection. De tels passages suffisent pour mener un homme non-seulement au bout du monde, mais encore au bout de tous les mondes. Amen ! »

      Voici maintenant ce qu'il ajoute, ensuite, sur la portée du somnambulisme et des clairvoyants :

      « Je n'ai point les œuvres de l'abbé Rozier pour me mettre au fait de tout ce que vous pensiez autrefois sur la végétation ; mais je vous apprendrai à ce sujet que cet abbé Rozier a péri dans le dernier siège de Lyon. Un soir il s'offre à Dieu en sacrifice, se résignant à rester sur la terre, s'il le faut, mais demandant qu'on l'en retire s'il n'y peut être utile à rien. Puis il se couche. La nuit, pendant son sommeil, une bombe descend jusque sur son lit et le coupe par la moitié du corps. Quant à tous les détails magnétiques et somnambuliques que vous m'envoyez, je vous en parle peu, parce que ces objets ont été si communs et si multipliés chez nous, que je doute qu'en aucun lieu du monde ils aient eu plus de singularité et de variété ; et comme l'astral joue un très grand rôle là dedans, je ne serais pas étonné qu'il en eût jailli quelques étincelles dans notre révolution, ce qui a pu influer sur la complication et la rapidité des mouvements. »

      Rattacher ces phénomènes à l'astral, c'est dire que tous tiennent à un ordre, de choses très inférieur et très suspect au théosophe.

      Les dons de prophétie ne prouvent rien non plus à ses yeux qu'on en est à l'état normal, à l'état de réintégration. Des oracles peuvent être rendus par des organes impurs, témoin le magicien Balaam, qui figure dans les textes sacrés. A ses yeux, les démons et la région astrale ne méritent aucune confiance. Il s'en éloignait au nom de ces belles paroles apostoliques : « Examinez les esprits. » Sans doute, saint Paul avait dit ces paroles en un tout autre sens, mais elles se prêtaient bien à celui de Saint-Martin, et avec cette liberté que tous les mystiques prennent au besoin à l'égard des textes sacrés, il adaptait celui-là aux exigences de sa théorie.

      Voir si clair sur une clairvoyance si douteuse, c'était un grand mérite de la part d'un mystique si croyant.

      Quelques mystiques de l'ordre le plus élevé, le plus puritain, se vantent d'une clairvoyance plus directe, indépendante du magnétisme et du somnambulisme ; et ceux de , les deux initiateurs de Saint-Martin à la science de Bœhme surtout, lui citaient des faits si positifs que, sur leurs conseils, il vit lui-même une des plus célèbres de ces voyantes. Il en sourit bien un peu, mais au fond il fut satisfait de ce qu'elle lui dit. Et cependant, sur cette question comme sur toutes les autres de même nature, jamais il ne sortit de sa réserve naturelle. J'ignore comment sa pensée se serait modifiée s'il avait pu être le témoin personnel de quelques phénomènes postérieurs à son séjour dans la même ville, et que des traditions respectables présentent comme élevés au-dessus de toute suspicion, mais j'ai lieu de croire que sa parole ne se serait pas modifiée.

      Le mérite d'une appréciation aussi calme est d'autant plus frappant, que Saint-Martin admettait, pour son propre compte et pour son avancement personnel, des dons d'intelligence et des clartés de conception extraordinaires.

      En effet, en parlant d'une de ces découvertes qu'il fait jaillir si aisément du sein des nombres, il dit à Liebisdorf, qui le presse un peu à ce sujet, comme à son ordinaire, une chose à remarquer :

      « Je n'en ai trouvé aucune trace dans Bœhme, et j'avoue que c'est une clarté qui m'a été donnée personnellement lors des instructions que je faisois à Lyon, il y a vingt ans. »

      C'était donc depuis 1782 qu'il recevait des clartés, et depuis 1767 qu'il avait du physique. On a souvent qualifié Saint-Martin d'illuminé, et, certes, dans ce texte, comme en une infinité d'autres, il admet une illumination d'en haut ; mais d'abord, en l'état où il est parvenu, c'est là un fait tout naturel ; ensuite, ici encore, Saint-Martin reste bien au-dessous de Philon et de beaucoup d'autres, qui attribuent à des illuminations extraordinaires des vues ou des solutions qu'ils ont obtenues, et font cet honneur même à des inductions dont l'origine est assurément beaucoup plus simple que ne le feraient croire leurs paroles.

      J'aime à le dire, il y eut toujours dans la vie de Saint-Martin deux côtés très distincts : le côté exotérique ou la parole qu'il communiquait, et le côté ésotérique ou la pensée qu'il réservait. Celle-ci était à la fois très croyante et très hardie, mais essentiellement portée vers le surnaturel, ultra-cosmique, et ennemie de la matière comme il convenait au Robinson de la Spiritualité.

      C'est toujours ainsi qu'elle se révèle et qu'elle se dessine surtout dans quelques-unes de ses lettres, dans son traité des Nombres et dans les écrits encore inédits qui demandent à être traités avec une délicate intelligence. Sa parole, au contraire, très rationnelle dans ses allures, et aussi logique qu'il convient à un disciple de Descartes et de Bacon, se tient aussi constamment qu'il lui est possible dans les limites de la simple philosophie, très croyante, à la vérité, mais essentiellement respectueuse pour les droits d'une saine critique.

      Il en résulte une antithèse qu'il ne faut pas vouloir nier ; et il est certain que ce n'est pas dans la parole destinée à tout le monde, que c'est, au contraire, dans la pensée réservée qu'il faut savoir prendre le secret du théosophe ; car si la forme de sa doctrine est à la philosophie, le fond en est au mysticisme et à la théosophie. Saint-Martin dit plus d'une fois à son ami le plus intime, que, dans la question la plus haute, dans celle de nos rapports avec Dieu et de notre communion avec Lui, tout est personnel ; nul ne peut rien donner ni enseigner à aucun autre.

      Or, c'est là non plus seulement le vrai mysticisme, c'est la vraie théosophie, c'en est le fond.




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