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Traité de la réintégration des êtres

créés dans leurs primitives propriétés, vertus et puissances spirituelles divines
Martines Pasqually
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TRAITÉ DE LA RÉINTÉGRATION DES ÊTRES – 6

      Je reviendrai à la prévarication d'Adam et je dirai qu'ayant été créé par le Créateur pour être destiné à produire une postérité de Dieu et non une postérité de matière, comme il l'a opérée de sa propre volonté, il n'est pas surprenant qu'un pareil forfait de sa part soit punissable de génération en génération pour un temps immémorial. Si vous connaissiez le genre de prévarication d'Adam et le fruit qu'il reçut de cette même prévarication, vous ne seriez point étonné de la peine que le Créateur nous a infligée en naissant, et rendue réversible sur notre postérité jusque la fin des siècles. Voici le principe de l'opération mauvaise du premier homme. Adam fut créé le dernier de toutes les créatures quelconques et au centre de la création universelle générale et particulière. Il le créa libre, en créant avec lui la loi qui devait le contenir dans ses bornes de puissance spirituelle, ainsi qu'il avait fait aux premiers esprits pervers. Adam, dans ce premier état de gloire, conçut très bien qu'il était quelque chose de plus que tout être créé. Il sentait encore qu'il avait en lui une puissance au-dessus de tous les êtres angéliques, relativement à l'emploi auquel le Créateur l'avait destiné. Il devait agir avec supériorité à tous êtres. Adam ayant réfléchi sur son premier état et ne pouvant rien définir ni agir par lui-même sur les choses qui n'étaient point de sa puissance, ainsi que je l'ai dit ailleurs, effectua sa volonté, suivant la pensée que lui avaient fait naître les principaux chefs démoniaques, et opéra sur cette même pensée, au centre de sa première couche glorieuse que l'on nomme vulgairement, « paradis terrestre », et que nous appellerons mystérieusement « terre élevée au-dessus de tout sens ». Cet emplacement est ainsi nommé par les amis de la sagesse, et ce fut à ce Moria où le temple de Salomon a été construit et qui figure réellement la création du premier homme. Pour se convaincre de cette vérité, l'on doit observer que le temple de Salomon fut positivement construit sans le secours d'outils composés de métaux, pour faire voir à tous les hommes que le Créateur n'emploie point dans ses opérations le physique matériel.

      Cette couche glorieuse dans laquelle le Créateur plaça son premier mineur maçon, fut figurée par six ou sept circonférences par lesquelles le Créateur représentait au premier homme les six immenses pensées qu'il avait employées pour la création de sa loge universelle, celle de son maçon. Le dernier cercle, joint aux six premiers, annonçait au maçon la jonction que l'esprit du Créateur faisait avec lui pour être sa force et son appui. Mais, malgré la précaution que le Créateur employa pour prévenir son premier maçon contre ses ennemis et les siens, l'homme ne laissa pas d'agir selon sa volonté et poursuivit son opération contre le Créateur, suivant qu'il le connut et détermina par son œuvre impure.

      Adam avait en lui un acte de création de postérité de forme spirituelle, c'est-à-dire de forme corporelle glorieuse semblable à celle qu'il avait avant sa prévarication. Cette forme glorieuse aurait été impassible, et toute la gloire de cette création aurait été donnée à lui directement par le Créateur. Le Créateur, ayant joint son opération divine à celle de son mineur spirituel, ils n'auraient fait à tous les deux qu'une seule opération. La volonté du premier homme ayant été celle du Créateur, à peine la pensée du Créateur des formes glorieuses aurait opéré, que la pensée spirituelle divine aurait agi en remplissant immédiatement l'opération du mineur, d'un être aussi parfait que lui. C'était dans ce grand œuvre qu'Adam se serait vu renaître avec satisfaction, puisqu'il aurait été le vrai créateur d'une postérité de Dieu, mais Adam n'agit point comme je viens de le dire, il agit à l'opposé et je vais vous l'expliquer.

      Adam, étant induit en erreur par ceux en qui il avait mis toute sa confiance, par les vives sollicitations qu'ils lui faisaient à chaque instant et par le faux plan d'opération apparente divine qu'ils lui avaient tracé, par les conseils que ces mêmes esprits démoniaques lui donneraient en disant : « Tu as inné en toi le verbe de création en tout genre, tu es professeur de toute valeur, poids et mesure, nombre et puissance de création divine. Pourquoi n'opères-tu pas ce qui est inné en toi devant ceux qui sont hors de toi, qui te rendront toute la justice qui t'est due ? Nous n'ignorons pas que tout être créé t'est soumis de par le Créateur : opère donc en créateur des créatures » ;

      Adam, rempli de l'orgueil de son conseil, traça six circonférences en similitude de celles du Créateur, c'est-à-dire qu'il opéra six actes des pensées spirituelles qu'il avait en son pouvoir pour coopérer à sa volonté de création, qu'il exécuta physiquement selon son conseil, au préjudice du Créateur et du sien. Il manifesta sa puissance orgueilleuse, sa puissance spirituelle, en présence de son mauvais conseil, qui fut, ainsi que lui, surpris du peu de succès qu'il retira de son opération qu'il croyait être égale à celle de son Créateur. Mais il s'en fallut de beaucoup, car, au lieu d'avoir opéré une création de forme glorieuse, il créa une forme ténébreuse tout opposée à la sienne. Il créa donc une femme de matière, au lieu d'en créer une pure et naturelle, telle qu'il était en son pouvoir s'il avait opéré à la volonté du Créateur. Mais que devint Adam après son opération ? Que fit-il après avoir réfléchi sur sa créature impure et privée d'être pensif et spirituel ? Que comprit-il du fruit inique de ces opérations, qu'il vit si imparfait ? Il vit son crime orgueilleux, il vit donc que son forfait de prévarication qui avait fait opérer la création de sa propre prison, qui le contiendrait plus étroitement dans les bornes ténébreuses, en privation spirituelle divine jusqu'à la fin des siècles de cet univers. En qui faisons-nous consister cette prison ? Au changement de forme glorieuse en celui de forme matérielle apparente et passive. Me demandera-t-on si la forme corporelle de gloire dans laquelle Adam fut créé par le Créateur était la même que nous avons à présent ? Je répondrai qu'elle ne différait en rien de celle que les hommes ont aujourd'hui. Me demandera-t-on encore quelle était cette forme de matière qu'Adam a créée et de quel usage elle a été à Adam pour que le Créateur ait été si fortement courroucé contre lui ? Je répondrai que la grande colère que Dieu eut contre l'homme fut de voir Adam, ou son mineur spirituel, se souiller par sa prévarication dans une forme de matière impure et passive. Me demandera-t-on : « Mais de quel usage a donc servi à Adam cette forme corporelle de matière qu'il a créée ? » Je réponds qu'elle lui a servi à faire naître une postérité d'homme, et non de Dieu. Elle est appelée une postérité d'homme, en ce que l'homme ayant créé la forme passive, il a dégradé la forme impassive que le Créateur lui avait donnée pour qu'il fît émaner d'elle toutes celles dans lesquelles le Créateur avait inséré des mineurs spirituels, pour être une vrai postérité de Dieu, qui aurait subsisté sans bornes et sans fin. Cette société aurait été immortelle et impassive, parce que l'opération du mineur premier [créé ?] aurait été celle du Créateur ; de cette façon la volonté des deux opérations n'aurait été qu'une en deux substances : celle du corps glorieux donnée à Adam, et celle du mineur spirituel donnée au Créateur divin. On peut me demander encore pourquoi le Créateur a laissé subsister le fruit provenant de la prévarication d'Adam et pourquoi ne l'a-t-il point anéanti, puisqu'il maudit non seulement toute la terre, mais encore le premier homme. Je dirai que le Créateur, voulant molester le premier homme de génération en génération pour un temps immémorial, laissa subsister l'ouvrage inique de son premier mineur créé, afin qu'il eût toujours devant lui, pendant son temps de privation, l'horreur de son crime, et pour que le crime du premier homme ne s'effaçât point de dessous ses cieux. Le Créateur le laissa perpétuer jusqu'à la dernière postérité d'Adam, pour qu'elle ne puisse alléguer de cause d'ignorance de la prévarication du premier père temporel des hommes, et pour qu'ils apprennent par là que ces peines, souffrances et misères présentes, que cette même postérité endure et endurera jusqu'à la fin des siècles, ne vient point du Créateur divin, mais de leur premier père, créateur de matière impure et passive. Je ferai observer que le mot de matière impure, dont je me sers ici, ne doit être entendu que parce qu'Adam opéré cette forme contre la volonté de son Créateur.

      L'on me demandera : « Mais nous ne savons point comment s'est fait le changement de forme glorieuse qu'Adam avait dans son premier état de justice de sa perfection, et nous ignorons si le Créateur a donné à Adam le corps de matière qu'il eut après sa prévarication. » Je répondrai : Dès qu'Adam eut achevé l'accomplissement de sa volonté prévaricante, le Créateur par sa toute-puissance changea aussitôt la forme glorieuse d'Adam en forme de matière passive semblable à celle que son opération horrible lui avait produite, en le précipitant dans les abîmes de la matière d'où il avait tiré le fruit de sa prévarication et vint ensuite habiter sur la terre comme le reste des animaux, tandis qu'il régnait auparavant sur elle comme homme-Dieu, et l'habitait sans être confondu avec elle.

      Ce fut après cet exemple frappant qu'Adam reconnut plus vivement la force de son crime. Il ne tarda pas un instant à gémir sur sa faute et à demander pardon à Dieu de son offense criminelle. Ce fut dans l'instant de sa retraite, de sa contrition et de ses lamentations, qu'il invoqua le Créateur divin en ces termes :

      « Père de charité et de miséricorde, père vivifiant et de vie éternelle, père, Dieu des cieux, des dieux et de la terre ; Dieu fort et très fort, Dieu de justice, de peine et de récompense, Eternel tout-puissant, Dieu vengeur et rémunérateur, Dieu de paix, de clémence et de compassion charitable, Dieu des esprits bons et mauvais, Dieu fort du sabbat, Dieu de réconciliation de tout être créé, Dieu éternel et tout-puissant des régions célestes et terrestres, Dieu invincible existant nécessairement sans principe et sans fin, Dieu de paix et de satisfaction, Dieu de domination et de puissance sur tout être créé, Dieu qui navre et récompense quand il lui plaît, Dieu quadruplement fort des révolutions des armées célestes et terrestres de cet univers, Dieu, principal chef des privations spirituelles éternelles, Dieu magnifique de toute contemplation des êtres créés et des récompenses inaltérables, Dieu, père sans borne de miséricorde en faveur de sa faible créature et envers celui qui gémit devant toi de l'abomination de son crime, n'étant pas cause seconde de sa prévarication, homme en toi, et l'assujettis à jamais sous ton immuable loi ; bénis-le pour une bonne fois, pour qu'à l'avenir il devienne inébranlable de ta loi ; bénis aussi l'ouvrage fait de la main de ton premier homme, pour qu'il ne succombe ainsi que moi à la plus vive sollicitation de ceux qui sont les auteurs de ma juste punition et de celle de l'ouvrage de ma propre volonté. »

      Je ferai observer à mon disciple par cette invocation qu'Adam fit au Créateur pour obtenir sa réconciliation, que c'est positivement Adam qui, le premier, a donné cette connaissance exacte à sa postérité des différentes vertus, puissances et propriétés qui étaient innées dans le Créateur que cette postérité apprit par là qu'elle n'était créée que pour combattre pour la plus grande gloire du Créateur, et qu'elle lui rendit le culte pour lequel elle a été perpétuée dans la création. Je ferai encore observer que le culte que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle n'est pas le même de son premier mineur créé, lorsqu'il était dans son premier état de gloire ; ce premier culte n'étant qu'à une fin, parce qu'il devait être tout spirituel, et celui que le Créateur exige de sa créature temporelle, postérité d'Adam, est à deux fins, l'une temporelle et l'autre spirituelle. Voilà ce qui causa la prévarication d'Adam notre premier père temporel, dans cette vie de larmes et de misères.

      Je ne suis point encore certain, me direz-vous, du genre de prévarication de notre premier père. Elle ne saurait échapper à notre vue physique animale, spirituelle passive, et éternelle sans heurter de front les sentiments et toutes les vertus immenses et infinies qui sont adhérentes et innées entre elles-mêmes. Je dirai donc à ce sujet, pour vous bien faire concevoir le genre de prévarication, qu'il faut remonter au premier principe du conseil et de la sollicitation des premiers esprits maudits au premier homme-Dieu créé, que nous nommons Adam ou homme-Roux, qui signifie « homme-Dieu créé très fort en sagesse, vertu et puissance ». Ces trois choses innées dans le premier maçon spirituel créé sont la pensée, l'image et la ressemblance du Créateur. Ces trois choses très saintes sont avec sécurité innées avec le premier maçon créé, c'est ce que je puis vous assurer. Je vous dirai encore, pour que vous soyez bien convaincu du genre de prévarication d'Adam, qu'il faut que vous sachiez d'où est dérivée son opération impure, le fruit de son opération et sa réconciliation. Il faut premièrement que vous observiez que le premier acte de pensée qu'Adam eut, n'est point venu de lui, comme je l'ai déjà dit, mais sa volonté est directe de lui dans sa qualité d'être libre.

      Adam, ayant tout adopté relativement à son mauvais conseil, mit en usage sa volonté pure, simple, spirituelle divine, au gré de ses iniques conseillers démoniaques, et il agit ainsi qu'il lui avait été dit. Je vous ferai encore observer avant d'entrer dans le détail que vous me demandez, touchant le genre de prévarication d'Adam, qu'il faut connaître ce qui peut engendrer la pensée bonne et mauvaise. La pensée parvient à l'homme d'un être supérieur à lui. Si la pensée est sainte, elle provient d'un esprit divin ; si elle est mauvaise, elle provient d'un des démons. Or donc, toutes nos volontés et opérations dans ce monde ne sont mises en action par l'homme, que conformément à la conception de sa pensée.

      Je ne me borne point à ce monde seul et aux hommes en général, mais encore à tous les autres mondes et à tous les êtres spirituels qui les habitent, soit de ceux dont l'Eternel se sert pour communiquer à sa créature mineure, ainsi que pour la manifestation de sa gloire dans toute la création de cet univers. Me demanderez-vous, à ce sujet, d'où les princes des démons, ainsi que leurs légions démoniaques reçoivent leurs pensées, et qu'ils ne la reçoivent pas du Créateur, puisque tout être est créé et tous émanent de lui. Je répondrai à cela que toute cette cour démoniaque a reçu immédiatement sa condamnation du Créateur, de l'instant de leur prévarication. Il leur dit encore qu'il n'y aurait aucun changement en eux, et qu'il ne mettrait aucune borne à leurs actions, pour qu'ils jouissent pleinement et entièrement suivant leur volonté pensante, ne devant et ne pouvant espérer aucune communication de pensée divine, que celle que leur propre volonté leur ferait opérer. Il en est donc dans cette cour démoniaque en fait de lois, d'ordre, d'horreur et d'abominations, ce qu'il peut être sans comparaison en celle de la cour spirituelle divine. Le prince principal des démons communique à ses anges démoniaques sa volonté pour la tentation et persécution des mineurs créés, qu'il cherche à séduire et à faire succomber sous les lois obscures ; lois qu'il tâche de faire paraître à celui qu'il veut séduire aussi claires que celles que le Créateur a mises dans sa créature.

      Je ferai observer à mon disciple que toute volonté divine, qui vient jusqu'à nous par la communication invisible des esprits bons, ou d'un bon intellect, ne doit pas être considérée comme volonté opérante divine, parce que toute volonté divine qui vient jusqu'à nous par la communication invisible ne peut être considérée par celui à qui elle se communique que comme pensée et non volonté. C'est donc en conséquence de cette communication de pensée, que nous nommons intellect, et non comme volonté, que l'homme opère sa volonté.

      C'est de cette communication que le mineur créé a dégénéré de sa faculté d'être pensant, en joignant à lui l'intellect bon ou mauvais, ainsi que je vais l'expliquer.

      Lorsqu'Adam était dans son premier état de gloire, il n'avait pas besoin d'intellect bon et mauvais, puisqu'il lisait dans son Créateur, étant face à face de lui. Il lisait également dans la volonté du prince des démons. Adam ne pouvait pas, pour lors, être susceptible de recevoir aucune volonté des esprits bons et mauvais, étant entièrement pensant à la Divinité. Mais, lorsqu'Adam fut laissé seul à sa propre vertu, puissance et volonté libre, il se rendit susceptible de communication bonne ou mauvaise, ainsi que le Christ nous le prouve lui-même par la propre volonté démoniaque qui fut opérée visiblement contre lui sur la montagne du Tabor, où l'esprit démoniaque tenta le Messias en nature sous une forme humaine apparente. Je dirai donc que c'est intellect mauvais qui fait opérer la volonté mauvaise du mineur contre celle du Créateur, ainsi qu'Adam fit, lorsqu'il prévariqua par une opération tout opposée à celle qui étant innée en lui sous sa vertu et puissance spirituelle divine.




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