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Aleister Crowley et sa magie

article de Pierre Victor (1957)
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Cet article a paru originellement dans le numéro spécial 11-12, consacré à la Magie, de la revue La Tour Saint-Jacques (Juillet-décembre 1957). Il a été ressaisi et corrigé par France-Spiritualités.

      Si Aleister Crowley est quelque peu connu comme poète en Grande-Bretagne, il l'est beaucoup plus comme magicien. Pour l'opinion courante, il fut un magicien noir, un dangereux aventurier de l'occulte, voire un adorateur du démon. Et Crowley lui-même a toujours insisté sur un point : la discipline qu'il enseignait, qu'il pratiquait, c'était la Magie ; il employait alors souvent une graphie archaïque : magick au lieu de magic.

      Cependant, il ne semble guère s'être occupé de ce qu'on appelle vulgairement magie. Selon lui, la magie n'était pas un ensemble de recettes et de pratiques, plus ou moins étranges, ridicules ou sinistres, c'était essentiellement une, ou plutôt, LA méthode de « réalisation spirituelle » (attainment).

      C'est ainsi qu'il déclare : « Je me suis consciemment voué au Grand Œuvre, entendant par là l'œuvre de devenir un être spirituel, libre des contraintes, des hasards et des déceptions de l'existence matérielle.

      Je me suis trouvé en difficulté pour dénommer ma méthode... Théosophie, spiritualisme, occultisme, tous ces termes impliquent des connotations indésirables.

      J'ai donc choisi le mot de magie comme étant, par essence, le plus sublime et, à l'heure actuelle, le plus discrédité de tous les termes possibles.

      J'ai juré de réhabiliter la magie, de l'identifier à ma carrière propre et d'amener l'humanité à respecter, aimer et croire ce qu'elle a méprisé, haï et craint » (Magick, p. XVI).

      Bien plus, la magie utilitaire, visant les « pouvoirs », il la condamnait formellement. Son petit poème Le Sorcier précise sa position.

      – « Un sorcier, par la puissance de sa magie, a soumis

      Toute chose a son propre joug...

      Dans un système complet de dix millions de fois, dix millions de sphères sur les vingt-deux (1) millions de plans, il satisfait ses désirs.

      Mais avec tout cela, il n'est toujours que lui-même.

      Hélas ! » (Book of Lies, p. 37)

      Adolescent, Crowley s'était révolté contre l'enseignement puritain de la secte protestante à laquelle appartenait ses parets : les Darbystes ou Plymouth Brethren. Il s'était passionné pour les sciences occultes, avait correspondu avec l'occultiste Waite. Et, en 1898, il entra au sein d'une société secrète rosicrucienne, fondée quelques années auparavant : L'Ordre Hermétique de la Golden Dawn (2), dont l'enseignement devait le marquer de façon ineffaçable.

      Quelle que soit l'originalité de son enseignement et de sa doctrine, il est tout à fait impossible de les comprendre correctement, si on ne connaît pas les bases, assez complexes, du système de cette société et de son chef autocratique S. L. Mathers, traducteur en anglais des Clavicules de Salomon et de La Sacrée Magie d'Abramelin le Mage.


Dieux égyptiens et Rosicrucianisme

I

      L'ordre était divisé en grades successifs, faisant l'objet de cérémonies d'initiation assez compliquées. De telles méthodes ressemblent à toutes les initiations dans les sociétés secrètes, que ce soit celles des « hommes-serpents », du Tanganyika ou de la Franc-Maçonnerie. A celle-ci, d'ailleurs, les rituels de la G. D. semblent avoir emprunté quelques éléments : usage de circumambulations, symbolisme des deux colonnes, emploi des trois points, etc.. Mais la G. D. n'est pas une association maçonnique et n'a jamais prétendu l'être. On n'y trouve ni les grades bleus (3), ni référence à la construction du Temple ou à la Légende d'Hiram. Le système des grades, désigné par des noms latins et des chiffres était rattaché à la hiérarchie des séphiroth qabalistiques et s'établissait ainsi :

      Néophyte           0° = 0   (grade introductoire)

      Zélator               1° = 10   Séphirah Malkouth

      Théoricus          2° = 9   Séphirah Yésod

      Practicus           3° = 8   Séphirah Hod

      Philosophus     4° = 7   Séphirah Netzah.

      Ces cinq grades formaient l'ordre extérieur ou Golden Dawn proprement dite.

      – Le Portail (grade de transition. Voile de Paroketh).

      – Adeptus Minor               5° = 6   Séphirah Tiphéreth

      – Adeptus Major               6° = 5   Séphirah H'Esed

      – Adeptus Exemptus       7° = 4   Séphirah Guéburah.

      Ces quatre grades formaient le second ordre ou ordre de la Rose Rouge et de la Croix d'Or. Au-dessus, il y avait encore trois grades, correspondant respectivement aux Séphiroth Binah, H'okmah et Kéther, soit Magister Templi 8° = 3, Magus 9° = 2 et Ipsissimus 1° = 10. Mais l'ordre ne les conférait pas : les titulaires de ces grades étaient selon Mathers les « chefs secrets », c'est-à-dire des entités supérieures, des instructeurs en astral, mais en principe pas des hommes en chair ou en os, ou, s'ils l'étaient, ils ne se manifestaient pas comme tels.

      La théorie des chefs secrets, des supérieurs inconnus, est d'ailleurs très courante dans tout l'occultisme occidental. On la retrouve sous des formes diverses dans les systèmes mythologiques et magiques de populations très diverses.

      A chaque cérémonie d'initiation, on révélait à l'intéressé un certain nombre d'enseignements théoriques et pratiques qu'il devait étudier et pratiquer sérieusement. Quand il en avait acquis une maîtrise suffisante, il était promu au grade supérieur, mais l'intérêt et l'importance théorique des divers grades étaient inégaux. Seuls ceux de Néophyte 0° = 0 et d'Adeptus Minor 5° = 6 étaient vraiment essentiels. On peut entrevoir un certain parallélisme, d'ailleurs très vague, avec l'initiation maçonnique : les circumambulations caractéristiques du grade de Néophyte 0° = 0 rappellent les voyages de l'Apprenti, et par son caractère dramatique et émotionnel, le grade d'Adeptus Minor 5° = 6 s'apparente à la Maîtrise, en même temps que son symbolisme spécifiquement rosicrucien reste proche du 18ème degré du Rite Ecossais.

Quant aux grades intermédiaires : Zélator 1° = 10, etc... ce ne sont guère que des ampliations du grade de Néophyte et ils n'ont pas plus d'originalité que le compagnonnage ou le quatrième degré de la Franc-Maçonnerie écossaise.


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 (1)  Dix et vingt-deux sont des allusions aux dix séphiroth et aux vingt-deux « canaux » de la Qabale, c'est-à-dire aux lettres hébraïques.

 (2)  Cf. notre étude in La Tour Saint-Jacques, N°2 & 3.

 (3)  Note F.-S. : Les grades d'Apprenti, Compagnon et Maître.




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