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Henri Cornélis Agrippa

Sa vie et son oeuvre d'après sa correspondance
Joseph Orsier
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PREMIÈRE PARTIE – LA VIE ET L'ŒUVRE D'AGRIPPA
Chapitre XV


Le nouvel historiographe impérial, depuis la mort de l'épouse qu'il adorait, n'avait plus le goût de résider à Anvers et, d'autre part, son changement de situation entraînait la nécessité de transférer sa demeure à Malines (89) : il vint s'y établir et y épousa une troisième femme, dont on ignore le nom et avec laquelle il ne fut pas heureux (90). D'une incroyable activité, il travaille, se multiplie pour arriver à quelque fortune et s'occupe même de la vente de ses livres (91). La publication de ses opuscules précède l'apparition de ses grands traités. C'est pendant le cours de l'impression de ceux-ci qu'il fait éditer successivement l'histoire du couronnement en 1538, l'oraison funèbre de Marguerite d'Autriche en 1531, et la même année les commentaires sur l'Ars brevis de Raimond Lulle. Tout cela apportait une utile diversion à son chagrin de la disparition tragique de Jeanne-Loyse. Mais la publication de l'Incertitude et Vanité des sciences et des arts vint lui susciter d'autres déboires auxquels il était loin de s'attendre. Ses ennemis, qui veillaient toujours, et dont l'envie s'exaltait au fur et à mesure que l'astre d'Agrippa semblait grandir, avaient perfidement détaché de son ouvrage quelques propositions qu'ils avaient soumises au Conseil de Malines, qui les avait acceptées telles quelles, sans ordonner, conformément au droit, que le texte leur fùt présenté dans son intégralité.

      L'attaque venait encore des moines, ses ennemis irréductibles, auxquels s'étaient joints quelques professeurs Lovanistes que le septicisme d'Henri Cornélis avait froissés dans leur dignité de savants et d'auteurs d'ouvrages scientifiques et littéraires. Selon son habitude, il se défendit avec énergie; mais le Conseil, tout en appréciant les arguments de l'incriminé, subissait une pression qui venait d'en haut. Agrippa le sentait bien, mais que pouvait-il contre tant d'hostilités déchaînées ? Marguerite d'Autriche circonvenue, il prévoyait une nouvelle série de persécutions. Heureusement pour lui la Régente vint à mourir sur la fin de 1538. Il composa sur elle un pompeux panégyrique avec d'autant plus d'enthousiasme qu'il ignorait alors que, si la mort n'avait surpris à temps cette princesse, il n'était rien moins qu'exposé au dernier supplice. S'il eût un moment l'idée de porter ses plaintes jusqu'au trône, il en fut détourné, informé qu'il fut par des amis que Ferdinand d'Autriche et Charles-Quint partageaient pour son œuvre les préventions de Marguerite (92).

      Au lieu de se faire oublier et de courber la tête sous l'orage, il jeta dans le public comme un nouveau défi à ses adversaires sa Philosophie occulte. Toutefois, en homme avisé, en dépit de ses imprudences qu'on serait presque tenté de considérer comme des bravades, il eut soin de placer son livre sous la protection de l'Electeur de Cologne qui, flatté d'une dédicace des plus obséquieuses, lui répondit par une lettre où s'étalent une grande admiration pour le philosophe et des remerciements d'une généreuse naïveté. D'après Agrippa, la magie est la véritable science, la philosophie la plus élevée et la plus mystérieuse, en un mot la perfection et l'accomplissement de toutes les sciences naturelles ? Mais cette publication ne fit qu'empirer le mal. D'autre part, sa situation matérielle était des plus précaires, ses appointements d'historiographe impérial ne lui avaient pas été payés depuis la mise en vente, en 1531, du livre I de sa Philosophie occulte (93) ; la pratique médicale lui était devenue impossible au sein d'une population hostile ; ses créanciers le traquaient, nul recours ; ses amis impuissants ; ses livres condamnés ; il était à prévoir que cette vie romanesque finirait par la prison. C'est ce qui arriva en effet. Au matin du 21 août, des appariteurs belges envahissent son domicile, le saisissent et le promènent à travers la ville au milieu de gens ameutés, surexcités, qui ne lui marchandent pas l'outrage. On le conduit dans un cachot de la ville de Bruxelles. Accablé tout d'abord par tant d'infortune, le prisonnier s'adresse en suppliant au cardinal Laurent Campegi, alors Légat de Clément VII auprès de la diète germanique ; puis, se redressant sous l'insulte avec cette énergie et cette fierté de caractère qui ne l'ont jamais abandonné dans les circonstances les plus difficiles, il se met à fulminer contre ses juges un réquisitoire indigné où il s'élève contre l'illégalité de son arrestation, où il proteste de la sincérité de ses intentions, où il flagelle avec âcreté ses ennemis et apprend orgueilleusement à ses juges ce que c'est que la justice qu'ils ne connaissent pas. Une telle diatribe n'était pas faite pour améliorer son sort, et l'on ne sait trop ce qu'il en serait advenu si le Cardinal-légat, à qui avait été dédié le livre de la Philosophie occulte, n'était intervenu avec le cardinal Berhard de la Mark, qui le tirèrent encore ensemble de ce mauvais pas.


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(89)  C'est à Malines que résidait Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, et où siégeaient le Parlement et les Conseils du gouvernement.

(90)  On ne sait sur ce point que le peu de renseignements fournis par Jean Wier, c'est-à-dire le mariage d'Agrippa en 1530 avec cette flamande et la répudiation qu'il en fit à Bonn en 1535, l'année même de sa mort à Grenoble, comme on va le voir plus loin.

(91)  Epist., VI, 11.

(92)  L'auteur, en publiant l'Incertitude et Vanité des sciences et des arts, s'attendait à une violente tempête. Quand elle éclata, suscitée par les moines, il déclara l'avoir prévue et rappelle alors à un ami qu'il avait osé la prédire dans In préface de son volume (Epist., VI, 15). Malgré ses lettres de privilège, Agrippa se voit vivement attaqué, mais il trouve deux vaillants défenseurs dans le cardinal Campegio et le cardinal de La Marck, évêque de Liège. Ces deux cardinaux purent adoucir les rigueurs de son désastre, mais ils furent impuissants à lui faire rendre les faveurs de la cour. Quant à son emploi d'historiographe impérial, il ne lui fut point retiré, mais on ne lui payait pas sa pension. Aussi Agrippa disait : « je suis créancier de César ».

(93)  L'impression du traité de l'Incertitude et Vanité des sciences et des arts fut datée ainsi au dernier feuillet : Ioan. Grapheus excudebat anno a Christo nato MDXXX mense septembri Antwerpiae. Or, Agrippa avait remis immédiatement après à l'imprimeur sa Philosophie occulte, puisque cinq cahiers étaient déjà terminés au 10 janvier 1531 (Epist., VI, 14). Cette belle édition contient au folio du titre un magnifique portrait d'Agrippa qui, à mon avis, est le plus ressemblant de tous les portraits nombreux qu'on a de lui.




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