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Entrevue avec Robert Vanloo

Robert Vanloo
Rose-Croix et Utopie
© France-Spiritualités™



La Rose-Croix, Fraternité mystérieuse et insaisissable à bien des égards, fait l'objet, depuis le XVIIème siècle, d'une attention curieuse, attirant souvent sur elle les fantasmes et les projections de personnes en mal de sensationnel, et fournissant à certains illuminés – dans le mauvais sens du terme – une couverture séduisante.
C'est en chercheur érudit et en historien que Robert Vanloo, l'un des tout meilleurs spécialistes actuels de l'histoire de la Rose-Croix, propose dans son ouvrage L'Utopie Rose-Croix du XVIIème siècle à nos jours (Dervy) une remarquable étude de "l'Auguste Fraternité" sous tous ses aspects, dissipant au passage bien des idées préconçues. C'est avec beaucoup de gentillesse qu'il a bien voulu nous accorder une entrevue sur ce sujet passionnant.

Robert Vanloo à sa table de travailFrance-Spiritualités : Robert Vanloo, bonjour et merci de nous accorder cette entrevue. Pourriez-vous, dans un premier temps, nous expliquer comment vous avez été amené à vous intéresser à l'histoire de la Rose-Croix ?

Robert Vanloo :
Tout d'abord, je vous remercie vivement pour m'avoir accordé cette entrevue. Je tiens également à profiter de cette occasion pour féliciter toute l'équipe de France-Spiritualités concernant la qualité de son site et de son magazine, qui témoignent d'une objectivité et d'un sérieux de bon aloi dans un domaine où l'on rencontre parfois beaucoup de futilité. Je ne doute pas que les chercheurs en quête de véritable spiritualité y trouveront en ce début de nouveau millénaire des pistes sûres de réflexion sur les différents courants d'une tradition dont notre Europe est si riche.

      Pour répondre à votre question, je dois avouer que la Rose-Croix est un sujet qui me passionne depuis mon adolescence. Nous étions alors au Collège un petit groupe de camarades fort intéressés par les recherches sur la tradition et l'hermétisme. C'était l'époque où venait de paraître Le Matin des Magiciens de Pauwels et Bergier et où l'on trouvait la revue "Planète" dans tous les kiosques, autant de publications qui suscitaient bien des questionnements au milieu de cette euphorie insouciante des "golden sixties". Depuis, ma route a croisé celle de bien d'autres chercheurs, membres ou non d'organisations fraternelles, qui m'ont permis d'approfondir ces questions et incité à poursuivre mes propres recherches, notamment en ce qui concerne l'histoire de la Rose-Croix. C'est finalement grâce à Serge Caillet que je me suis décidé à livrer aux lecteurs les résultats de mes premiers travaux, qui ont fait l'objet de l'ouvrage Les Rose-Croix du Nouveau Monde. Aux sources du rosicrucianisme moderne, paru aux Editions Claire Vigne en 1996 et maintenant épuisé.


Une des premières Rose-Croix - Document grâcieusement fourni par Robert Vanloo France-Spiritualités : Vos recherches vous amènent-elles à l'histoire de la Rose-Croix ou aux courants rosicruciens ?

Robert Vanloo :
Il existe une Rose-Croix essentielle qui n'appartient à aucune organisation. Celle-ci a vu le jour au début du XVIIe siècle grâce à la foi de quelques chrétiens passionnés qui, tel un Paracelse, un Studion, un Andreæ, un Maier, un Comenius (portrait) ou un Fludd, rêvaient d'un monde meilleur où chacun pourrait pratiquer librement la forme de spiritualité qui lui convenait, y compris dans le cadre d'une doctrine hermétique ou kabbalistique. Elle implique un nécessaire travail sur soi de régénération afin de devenir ce "re-natus" dont parle la Tradition ou bien un chrétien "cosmoxène" pour reprendre le terme d'Andreae, ainsi que des vertus d'amour et de compréhension de son prochain. Mais nous ne pouvons provoquer seuls cette égénération ou réintégration en notre état divin d'avant la chute adamique : elle est en fin de compte un don de l'Esprit-Saint.

      Cet idéal de la Rose-Croix a inspiré depuis bien des chercheurs et a été à l'origine de très nombreux courants rosicruciens, sans oublier bien sûr la franc-maçonnerie qui fut fortement influencée (voyez à cet égard les très belles pages consacrées au degré Rose-Croix par Alain Pozarnik dans Le Secret de la Rose. De la perfection à l'amour, paru chez Dervy). On ne peut donc effectivement étudier la Rose-Croix sans faire référence aux courants rosicruciens auxquels elle donna lieu par la suite. Comme je l'indiquais dans la réponse précédente, mon étude des courants rosicruciens commença d'abord par ce qu'on appelle les "résurgences" modernes de la Rose-Croix, dont la plupart nous sont venues des Etats-Unis au début du siècle dernier. J'ai pu mettre à jour de nouveaux documents inédits sur l'origine de ces mouvements, grâce à de patientes recherches ; évidemment, cela a donné lieu à quelques controverses, heureusement en cours d'apaisement, car certaines de ces résurgences n'étaient pas prêtes à admettre que l'on mette en cause leur histoire "officielle", patiemment construite et polie au fil des décennies. J'estime que, dans ce domaine, il vaut mieux reconnaître les erreurs du passé et reconstruire sur des bases saines, plutôt que vouloir à tout prix revendiquer des filiations mirifiques depuis « la plus haute antiquité » ou bien d'exceptionnelles mais hypothétiques rencontres qu'aucun chercheur sérieux ne voudra jamais prendre en considération.


France-Spiritualités : Que pensez-vous des réflexions de René Guénon sur ce sujet ?

Robert Vanloo :
Guénon a eu le grand mérite de la rigueur et d'imposer des critères stricts dans l'approche du phénomène traditionnel. Il est clair, en ce sens, et compte tenu de ce que je disais précédemment, qu'aucune organisation ne peut s'approprier la Rose-Croix. On peut dire qu'il existe des mouvements rosicruciens qui parlent de la Rose-Croix. Ils peuvent être utiles à certaines personnes au cours de leur quête intérieure et offrent l'avantage de nombreux contacts fraternels, ce qui peut être une aide dans une société fort individualiste. Mais ces mouvements ne constituent pas en eux-mêmes la voie vers la réintégration, et il convient donc de ne pas confondre une méthode avec le but à atteindre. La voie dont il est ici question est un cheminement solitaire. Krishnamurti, longtemps membre de la Société Théosophique et qui refusa de devenir le nouveau "messie" qu'on voulait faire de lui, l'a suffisamment répété tout au long de ses conférences : « ll n'y a pas de chemin qui conduise à la vérité. La vérité doit être découverte, mais il n'y a pas de formule pour cette découverte. Ce qui est mis en formules n'est pas vrai. Vous devez vous lancer sur la mer inconnue, et cette mer inconnue n'est autre que vous-même. Vous devez partir à la découverte de vous-même, mais non pas selon un plan déterminé, ou en suivant l'exemple de quelqu'un, car alors il n'y a pas de découverte... La connaissance de soi est le commencement de la sagesse dans la tranquillité et le silence de l'incommensurable » (extrait de Commentaires sur la Vie). A cet égard, je pense que les critiques que l'on adresse à Krishnamurti d'être contre la "Tradition" ne sont pas totalement justifiées. Ce que rejette avant tout Krishnamurti, c'est la structure trop souvent surannée et dépassée de mouvements traditionalistes, qu'ils soient d'Orient ou d'Occident, qui privilégient la "forme" au détriment du "cheminement intérieur" proprement dit, cette structure servant parfois de prétexte aux responsables de ces mouvements pour exercer un pouvoir sans partage auprès de leurs disciples (notion de "maître", de "guru" ou de "mouvement" en dehors duquel l'individu n'est plus en mesure de trouver seul ses propres repères et de vivre sans limitations, par lui-même, sa propre expérience intérieure).


France-Spiritualités : Quel regard portez-vous sur l'œuvre de Frances A. Yates ?

Robert Vanloo :
L'œuvre de Frances A. Yates a constitué un tournant dans l'approche d'une meilleure connaissance des origines de la Rose-Croix. Cette universitaire britannique a en effet consacré toute son existence à mieux faire connaître, non seulement à ses étudiants, mais aussi à un large public, la période si complexe et si riche du règne de la Reine Elisabeth Ière d'Angleterre. Son ouvrage sur La Lumière des Rose-Croix constitue à cet égard un document exceptionnel, car elle fut la première à oser parler d'une signification politique quant à l'émergence du phénomène rosicrucien. Certes, elle a un peu "surévalué" le rôle qu'aurait pu jouer l'hermétiste et cosmopoliticien John Dee dans la genèse du mythe Rose-Croix, comme je le montre dans mon dernier livre paru chez Dervy sur L'utopie Rose-Croix, mais la recherche a pu grandement progresser grâce à ses travaux, qui ont permis de montrer que l'aspect "initiatique" de la Rose-Croix, au sens où on l'entend aujourd'hui, était finalement fort secondaire et accessoire lorsqu'on entendit parler pour la première fois de l'Auguste Fraternité.


France-Spiritualités : Que pensez-vous de la thèse de Roland Edighoffer, Rose-Croix et Société idéale. Johann Valentin Andreæ, publiée aux Editions Arma Artis en 1982 ?

Robert Vanloo :
Tout comme les travaux de Yates, ceux de Roland Edighoffer ont permis de mieux apprendre à connaître la Rose-Croix des origines et à comprendre le rôle éminent joué par le pasteur luthérien Johann Valentin Andreæ dans la création du personnage éponyme de Christian Rose-Croix et, par conséquent, du mythe rosicrucien. L'ouvrage en question est un monument, que toute personne intéressée par l'histoire de la Rose-Croix devrait lire, car il explique parfaitement ce climat si particulier qui régnait en Allemagne au début du XVIIe siècle, fait non seulement de rivalités doctrinales entre calvinistes et luthériens, mais aussi et surtout de mise en cause de l'hégémonie du pape à Rome. Je fais d'ailleurs très souvent référence, dans mon propre ouvrage, aux travaux d'Edighoffer, les documents que j'ai pu mettre à jour venant appuyer la thèse défendue par lui dès le début des années 80 concernant la volonté manifeste d'un renouveau politique, social et culturel en Europe, ainsi que voulu par les élites de la nouvelle foi évangélique, en opposition au conservatisme catholique romain.


France-Spiritualités : Selon vous, la Fama Fraternitatis peut-elle être réellement attribuée à Johann Valentin Andreæ ?

Robert Vanloo :
L'opinion communément admise de nos jours est qu'Andreæ a bien créé lui-même le personnage de Christian Rose-Croix, tel que celui-ci est présenté dans les Noces Chymiques de Christian Rosenkreuz, ce texte constituant à mon sens une allégorie dont le sens politique paraît évident ainsi que je le montre, preuves à l'appui, dans L'Utopie Rose-Croix. La rédaction des Noces serait antérieure à celle de la Fama et de la Confessio rosicruciennes, le jeune Andreae s'étant ouvert de ses préoccupations politiques, quelques années après avoir créé ce "Chrétien Rose-Croix ", à ses amis Hesz et Hölzel, tous deux fortement influencés par l'œuvre prophétique de Simon Studion, d'où le projet dans la Fama de constituer sous l'égide du personnage charismatique de C.R.-C. déjà dessiné dans les Noces chymiques une confrérie chrétienne qui aurait pu préparer la voie à la nouvelle foi évangélique.

      Le texte de la Fama serait donc bien dans ce cas une œuvre collégiale, et les copies manuscrites du premier manifeste Rose-Croix auraient commencé à être diffusées en 1610 afin de sonder les réactions qu'une telle initiative pouvait entraîner en Europe. Informé par ses divers agents de l'existence du manuscrit de la Fama, le landgrave Maurice de Hesse-Cassel, féru d'hermétisme, aurait alors perçu rapidement l'intérêt de ce texte dans le cadre du projet d'Union évangélique, au sein de laquelle il entendait jouer un rôle décisif, d'où l'édition imprimée de la Fama en 1614 à Cassel auprès de son éditeur attitré, Wessel, accompagnée de la Reformatio de Boccalini et d'une introduction significative, afin de servir les desseins politiques de l'Union protestante. Je renvoie vos lecteurs intéressés par cette question à mon livre, où tous ces aspects sont clairement expliqués, car il n'est pas possible d'entrer ici dans trop de détails.


France-Spiritualités : Quelle place accordez-vous à Tommaso Campanella dans l'histoire de la Rose-Croix ?

Robert Vanloo :
Certes, l'utopie rosicrucienne n'est pas nouvelle en soi et puise à des modèles plus anciens, tel notamment celui de Thomas More, qui imagina une île gouvernée par des sages, où chacun partagerait son temps entre travail et culture, modèle qui s'inscrit cependant dans une perspective résolument conservatrice, puisque par exemple l'économie sociale se fonde sur l'esclavagisme, qui trouve ici une justification métaphysique. La Cité du Soleil de Campanella n'échappe pas à ce même modèle et maintient, autre exemple, la femme à l'écart de la vie de la cité. D'ailleurs, le simple fait pour elle de se farder implique une condamnation à mort ! Campanella a donc une vision très élitiste et totalitaire de cette nouvelle société. Autre exemple : afin d'améliorer la race des Solariens, strictement triés sur base de leur profil astrologique, Campanella n'exclut pas l'eugénisme et l'euthanasie... La caste dirigeante, que l'auteur compare à celle des brahmanes de l'Inde, est constituée de prêtres, véritables intermédiaires entre le monde céleste et le monde des hommes, qui décident des règles de la cité. L'autorité spirituelle et le pouvoir temporel ne font qu'un, et le citoyen est complètement soumis à cette autorité et à ce pouvoir, sans aucun recours possible. La "Christianopolis" ou cité utopique chrétienne de Johann Valentin Andreæ se démarque assez peu dans sa forme des utopies précédentes, et elle se présente également sous l'aspect d'une île où les habitants vivent en autarcie. Tous les citoyens dépendent d'une classe aristocratique dirigeante et travaillent pour la communauté. Mais il n'y a plus d'absolutisme à proprement parler comme dans la Cité du Soleil de Campanella, œuvre à l'égard de laquelle Andreæ était assez critique, même s'il s'en inspire sur certains points.
      Concernant l'utopie rosicrucienne proprement dite, telle qu'elle transparaît de la Fama et de la Confessio, il convient de relever que, tout comme l'honnête homme de la Renaissance, les Rose-Croix ne semblent pas connaître de frontières physiques ou étatiques. Ainsi, de retour d'Orient, Christian Rose-Croix propose d'abord son programme de réforme aux Espagnols – qui ne peuvent évidemment que le refuser puisqu'étant gouvernés par un pouvoir catholique peu ouvert aux changements – avant d'essayer de le mettre en œuvre en Allemagne, patrie du fondateur de la Confrérie. On constate à cet égard que tous les protagonistes ayant eu à voir de près ou de loin avec l'affaire Rose-Croix sont des Européens convaincus : ils en ont fréquenté les routes et les universités, du Septentrion jusqu'au Midi, comme cela était pratique courante pour tous les lettrés en Europe depuis le Moyen-Age.

      Quant à la confusion entre autorité spirituelle et pouvoir temporel, il convient de se référer à Paracelse, auquel les fondateurs de la Rose-Croix vouaient un respect tout particulier et dont les propos se démarquent très clairement de ceux de Campanella : « Louez tous Dieu, vous qui vivez dans une bergerie, pour ce que l'un ne doit pas être plus que l'autre. Et comme le bélier qui est un mouton à la tête du troupeau et conduit les autres, ainsi est l'empereur... Et de même que le bélier doit se salir comme les autres moutons, se nourrir de la même pâture qu'eux, de même qu'il n'a pas une meilleure situation qu'eux, de même l'empereur. Donc chacun reste l'égal de l'autre et on ne trouvera pas parmi nous de pouvoirs temporel et spirituel ou d'autres charges semblables. C'est pourquoi nous louons le nom de Dieu. Car il est si bon qu'il l'a voulu ainsi et qu'il a fait en sorte qu'aucun homme ne soit méprisé. »


France-Spiritualités : Dans votre dernier ouvrage, intitulé L'utopie Rose-Croix, du XVIIe siècle à nos jours, vous citez à plusieurs reprises l'Ordre de la Jarretière. Pensez-vous que celui-ci puisse avoir un lien avec l'Ordre de la Rose-Croix ?

Robert Vanloo :
L'Ordre de la Jarretière utilise dans sa tradition et dans son décorum de nombreux symboles en relation avec l'alchimie, en particulier la rose, l'emblème de l'Ordre étant une rose rouge surmontée de la devise « Honni soit qui mal y pense ». Yates a la première abordé cette question de la relation éventuelle entre l'Ordre de la Jarretière et la naissance du mythe rosicrucien. Elle remarque qu'il est possible que Johann Valentin Andreæ ait pu être influencé par les imposantes cérémonies qui se déroulèrent en 1605 à Stuttgart et dans le Würtemberg à l'occasion de la réception du duc Frédéric dans l'Ordre. Ce point n'est certes pas à négliger, le jeune Johann Valentin étant certainement encore plus attentif à cette question qu'il portait lui-même des roses dans ses armoiries. En fait, tous les principaux princes soutenant l'Union évangélique contre Rome avaient été faits chevaliers dans l'Ordre de la Jarretière par la reine Elizabeth d'Angleterre, en particulier le jeune électeur palatin Frédéric V. Mais ce jeune "lion du Palatinat" marqué du signe de la rose, dont Studion et Hesz prévoyaient dans leurs calculs la victoire en 1620, ne fut que le "lion d'un hiver" – celui de son court règne sur la Bohême – qui entraîna la fin de tous les espoirs évangéliques quant à un changement politique prochain dans l'Empire.

      Pourtant, dans l'imagerie populaire, le nom de Frédéric V et de son épouse Elisabeth resteront définitivement associés à celui des calvinistes et des Rose-Croix. En effet, pour le public, l'amalgame était assez facile à faire entre le calvinisme et la rose puisque le jeune Frédéric arborait partout son insigne de l'Ordre de la Jarretière, y compris sur les actes officiels de son nouveau royaume, et que tous ceux qui se réclamaient de la Rose-Croix soutenaient à l'évidence le projet de réforme évangélique, même s'ils désapprouvaient certainement les excès calvinistes. D'ailleurs, j'ai récemment découvert que, sur les champs de bataille d'Europe, en 1620 et plus tard, le comte Ernest de Mansfeld, un des trois généraux de l'Union évangélique avec Christian d'Anhalt et le comte de Thurn, qui se présentait comme « l'Attila des prêtres et traqueur des Jésuites », faisait chanter en allemand par ses soldats : « Nous sommes les enfants de la Croix et de la Rose, les défenseurs d'une juste cause » !


France-Spiritualités : Pourquoi avoir utilisé le mot "utopie" dans le titre de votre dernier ouvrage, précédemment cité ?

Robert Vanloo :
A vrai dire, quand j'ai mis en chantier le livre en 1996, j'envisageais comme titre : L'hermétisme politique des Rose-Croix. Lorsque nous avons approché du nouveau millénaire, la question d'un renouveau de l'utopie s'est posée dans tous les media – quel projet de société pour le XXIe siècle ? – et la Bibliothèque Nationale de France a consacré une importante exposition à ce sujet, qui s'est tenue sur le site François-Mitterrand du 4 au 9 juillet 2000 (voir le magnifique catalogue en couleurs de 368 pages publié à cette occasion par la BNF en collaboration avec la maison d'édition Fayard, intitulé Utopie, la quête de la société idéale en Occident). Comme il était beaucoup question dans mon travail de l'utopie politique et sociale des Rose-Croix, j'ai estimé que ce titre serait plus parlant que celui précédemment retenu, étant entendu que j'accorde à l'utopie une dimension largement positive, ainsi que signalé par l'épigraphe de Lamartine au début de mon livre : « Les utopies ne sont souvent que des idéologies prématurées ».


France-Spiritualités : Trouve-t-on, selon vous, des traces de cette utopie Rose-Croix dans la grande aventure de la construction européenne ?

Robert Vanloo :
Oui, bien sûr ! Dans une réponse précédente, j'ai montré de quelle façon l'utopie rosicrucienne était beaucoup plus proche des idées sociales et politiques de Paracelse que de celles fort conservatrices d'un Campanella. Plusieurs hermétistes au début du siècle dernier, qui se réclamaient de la tradition rosicrucienne, voire martiniste, furent eux aussi des Européens convaincus. Je pense en particulier à Saint-Yves d'Alveydre (portrait), un proche de Papus, dont le projet synarchique correspond très précisément à la façon dont s'est construite l'Europe depuis la Communauté du Charbon et de l'Acier, puis le Marché Commun, au début des années cinquante, après les douloureuses épreuves de la Seconde Guerre Mondiale. Sans oublier François Jollivet-Castelot, qui fut un des premiers militants en faveur de la création des Etats-Unis d'Europe. Tout ceci est expliqué de façon détaillée dans le livre. Qui aurait pu penser, il y a seulement cinquante ans, que nous disposerions au début du XXIe siècle d'un traité d'Union européenne et d'une monnaie unique, l'euro ? Quel changement dans les mentalités en un laps de temps finalement assez court au regard de l'histoire...


France-Spiritualités : Quels rapports a-t-il existé entre les Rose-Croix et les premiers Francs-Maçons ?

Robert Vanloo :
La Rose-Croix du début du XVIIe siècle a eu une influence considérable sur les origines de la franc-maçonnerie anglo-saxonne, grâce notamment à Comenius qui connaissait parfaitement les manifestes rosicruciens et fut en relation avec Johann Valentin Andreæ. Certains historiens allemands de la Rose-Croix, tel Hans Schick, ont de ce fait cru pouvoir déceler dans l'œuvre de Comenius l'origine des idéaux de fraternité et de démocratie au sein de la franc-maçonnerie anglaise naissante, ce dernier étant présenté comme une sorte d'intermédiaire privilégié entre la pensée rosicrucienne d'Andreae et de son cercle d'amis, et ceux qui parrainèrent la naissance de la franc-maçonnerie symbolique en Angleterre, comme Hartlib et Dury : « En résumé, nous devons constater que, non seulement par ses écrits, mais aussi grâce à ses plans organisationnels et à son influence personnelle, Comenius a permis à l'héritage spirituel d'Andreæ – c'est-à-dire l'idéal d'une amélioration du monde sur une base pansophique – de se répandre en Angleterre et d'y trouver une terre propice. Il constitue le lien le plus important et le plus direct aussi bien entre le père de la pensée Rose-Croix, J. V. Andreæ, et les instigateurs et amis des premières loges en Angleterre, qu'entre l'idéologie rosicrucienne authentique et la franc-maçonnerie anglaise. »


France-Spiritualités : Dernière question : avez-vous d'autres ouvrages en préparation ?

Robert Vanloo :
Je travaille actuellement à un projet de roman historique retraçant la vie du célèbre médecin hermétique brabançon Jean-Baptiste van Helmont (1579-1644), qui se retira pendant sept années à Vilvorde afin de pouvoir se consacrer entièrement à la recherche de la Pierre philosophale sous sa forme liquide, l'Alkahest, ainsi qu'à la mise au point de nouveaux traitements ou procédés destinés à mieux soigner les maux de ses contemporains. Il est considéré comme l'un des précurseurs de la chimie moderne : on lui doit notamment la découverte du gaz. Ce roman, qui se trouve à un stade déjà bien avancé, permettra au lecteur de découvrir au fil des pages la vie quotidienne à Bruxelles et aux Pays-Bas espagnols dans la première moitié du XVIIe siècle, sous le règne des archiducs Albert et Isabelle, où l'Inquisition restait plus vigilante que jamais. Ses conceptions sur le magnétisme animal valurent d'ailleurs au médecin d'être arrêté et d'échapper de peu à un emprisonnement à vie pour cause d'hérésie. Cette œuvre sera également porteuse d'un enseignement philosophique sur la nécessité du « connais-toi toi-même » et la valeur intrinsèque de l'intuition, Van Helmont expliquant comment lui-même est parvenu à atteindre cet état de compréhension intérieure et dissertant longuement sur les origines et la destinée de l'âme... J'envisage également à plus long terme un ouvrage sur le symbolisme hermétique de la Rose-Croix, sous le double aspect historique et herméneutique.


France-Spiritualités : Robert Vanloo, merci beaucoup d'avoir pris le temps de nous accorder cette entrevue.




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