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La clairvoyance

Charles Webster Leadbeater
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CHAPITRE VI
Clairvoyance dans l'espace : involontaire

      Sous ce titre nous pouvons grouper tous les cas où l'on a, tout à fait à l'improviste et sans avoir rien fait pour les préparer, des visions de quelque événement se passant à distance. Certaines personnes sont sujettes à des visions de ce genre, tandis que beaucoup d'autres n'en auront jamais qu'une seule au cours de leur existence. Ces visions sont de toutes espèces et de tous les degrés de perfection, et peuvent, apparemment, être produites par plusieurs causes différentes. Parfois la cause de la vision est évidente et le sujet en est de la plus grave importance ; parfois aussi on n'y peut découvrir aucune raison et les événements perçus sont de la nature la plus triviale.

      Il est des cas où ces lueurs de la faculté supra-physique se manifestent quand on est éveillé et d'autres fois pendant le sommeil, sous forme de rêves vivants et souvent répétés. Dans ce dernier cas, le genre de vue employée doit généralement être de l'espèce qui constitue notre quatrième catégorie, de la clairvoyance dans l'espace, car l'homme endormi se transporte souvent par le moyen de son corps astral dans tel endroit où ses affections ou ses intérêts sont vivaces, et regarde simplement ce qui s'y passe; dans le premier cas, en revanche, il paraît probable que c'est le second type de clairvoyance – par le courant astral – qui est appelé à se manifester. Mais dans ce cas, le courant ou tube est formé tout à fait inconsciemment et est souvent le résultat automatique d'une forte pensée ou d'une forte émotion projetée de l'un ou de l'autre bout, soit par le voyant, soit par la personne qui est vue.

      La meilleure manière de traiter ce sujet sera de donner quelques exemples de diverses natures, et d'intercaler entre ces exemples les explications qui sembleront nécessaires. Dans son livre Real ghost Stories [Note : Histoires vraies de fantômes.], M. Stead a réuni un très grand nombre de cas variés récents et bien authentiques ; j'y puiserai quelques-uns de mes exemples, en les résumant parfois pour gagner de la place.

      Il y a des cas où n'importe quel étudiant en théosophie voit instantanément d'une façon très nette que le phénomène exceptionnel de clairvoyance a été spécialement amené par un de ceux qui composent la troupe des « aides invisibles », dans le but de porter secours à quelqu'un qui en avait grandement besoin. C'est à cette classe qu'appartient, sans aucun doute, l'histoire que raconta le capitaine Yonnt, de la vallée de Napa, en Californie, au docteur Bushnell, qui la répète dans son livre Nature and the Supernatural [Note : La Nature et le Surnaturel.] (p. 14).

      « Environ six ou sept années auparavant, une nuit de plein hiver, il fit un rêve où il vit ce qui lui sembla être une troupe d'émigrants arrêtés par les neiges de la montagne, et qui mouraient rapidement de faim. Il nota exactement l'endroit précis où la chose se passait ; il y avait là une énorme falaise perpendiculaire de roches blanches ; il vit les hommes couper ce qui lui sembla être, des cimes d'arbres qui émergeaient de profondes crevasses de neige ; il distingua même les traits des personnes qui étaient là et leur aspect de détresse particulière.

      Il s'éveilla, profondément impressionné par la netteté de son rêve et par son apparence de réalité. Il se rendormit à la longue et refit exactement le même rêve. Au matin, il ne put le bannir de son esprit. Il rencontra un moment après un de ses vieux camarades de chasse, lui raconta son histoire, et ne fut que plus profondément ému encore par ce fait que le camarade en question reconnut sans hésiter le lieu de la scène. Ce camarade était venu de la Sierra par le passage de la vallée de Carson et il déclara qu'un coin de ce passage répondait exactement à la description qui lui était faite.

      Cela décida le capitaine. Il réunit aussitôt un groupe d'individus, avec des mules, des couvertures de laine et toutes les provisions nécessaires. Cependant, les voisins se moquaient de sa crédulité. « Peu importe, dit-il ; je puis faire cela et je le ferai, car je crois en vérité que la réalité est conforme à mon rêve. » Il envoya les hommes dans la montagne à cent cinquante milles de distance, droit au passage de la vallée de Carson. Et là ils trouvèrent la bande d'émigrants tout à fait comme l'avait montré le rêve, et ils ramenèrent les survivants. »

      Puisque l'on ne dit pas que le capitaine Yonnt avait habituellement des visions, il apparaît clairement que quelque aide, remarquant l'état de détresse des émigrants, conduisit la première personne venue, qui fût impressionnable et en mesure de faire ce qu'il y avait à faire (cette personne se trouva être le capitaine), la conduisit, dis-je, dans son corps astral, à l'endroit voulu, et la frappa suffisamment pour fixer nettement ce spectacle dans sa mémoire. Il est possible qu'au lieu de faire cela, l'aide ait établi un courant astral à l'usage du capitaine, mais la première hypothèse est plus vraisemblable. Quoi qu'il en soit, dans ce cas-ci, la cause et la méthode générale de cette clairvoyance sont suffisamment apparentes.

      Parfois le « courant astral » peut être amené à fonctionner par suite d'une pensée très émouvante, s'exprimant à l'autre extrémité de la ligne, et ceci peut même se produire sans que celui qui pense ait aucune intention de cette nature. Dans l'histoire assez frappante que je vais raconter il est évident que le lien fut formé par le fait que la pensée du docteur allait fréquemment vers Mme Broughton, et pourtant, il est bien certain qu'il n'avait aucun désir spécial qu'elle vît ce qu'il faisait à ce moment-là. Que la clairvoyance ait bien été de cette nature, voilà qui est démontré par la fixité de son point de vue, lequel n'est pas, observez-le, le point de vue du docteur transmis sympathiquement (comme cela aurait pu se produire), attendu qu'elle voit son dos sans le connaître. Cette histoire se trouve racontée dans les Proceedings of the Psychical Research Society [Note : Comptes-rendus de la Société de Recherches Psychiques.] (vol. I, p. 160).

      « Mme Broughton s'éveilla une nuit, en 1844, et réveilla son mari, lui disant que quelque chose d'épouvantable s'était passé en France. Celui-ci la pria de se rendormir et de ne pas le déranger. Elle lui affirma qu'elle ne dormait pas lorsqu'elle avait vu ce qu'elle s'entêtait à lui raconter, ce qu'elle avait vu en réalité.

      D'abord, un accident de voiture, dont elle n'avait pas été témoin, mais dont elle vit les conséquences : une voiture brisée, un rassemblement, un corps doucement soulevé et transporté dans la maison la plus proche ; pPuis une personne étendue dans un lit, personne qu'elle reconnut être le duc d'Orléans. Petit à petit, les amis se groupaient autour du lit ; il y avait parmi eux plusieurs membres de la famille royale de France, – la reine, et puis le roi, tous silencieux, en larmes, veillant le duc évidemment mourant. Il y avait là un homme qui était le médecin. (Elle voyait son dos mais ne savait pas qui il était.) Il se tenait penché sur le duc, d'une main tâtant son pouls, sa montre dans l'autre main. Après, la vision s'évanouit et elle ne vit plus rien.

      « Dès qu'il fit jour, elle écrivit dans son journal tout ce qu'elle avait vu. Ceci se passait avant l'invention du télégraphe et deux jours ou plus s'écoulèrent avant que le Times annonçât la mort du duc d'Orléans. Se trouvant à Paris peu de temps après, cette dame vit et reconnut le lieu de l'accident et elle eut l'explication de l'impression qu'elle avait ressentie. Le médecin qui assistait le duc mourant était un de ses vieux amis et pendant qu'il veillait auprès du lit, sa pensée avait été constamment occupée d'elle et de sa famille. »

      Un cas plus fréquent est celui où une affection solide fait naître le courant nécessaire ; il est alors probable qu'un courant assez continu de pensée mutuelle coule constamment entre les deux personnes en question, et qu'un impérieux besoin de secours ou qu'une cruelle extrémité chez l'une d'elles, donne momentanément à ce courant la force polarisatrice nécessaire à la création du télescope astral. Un exemple explicatif nous est fourni dans ces mêmes Proceedings (vol. I, p. 30).

      « Le 9 septembre 1848, au siège de Mooltan, le major général R. C. B., alors colonel de son régiment, fut très gravement et dangereusement blessé, et, se croyant sur le point de mourir, demanda à un de ses officiers de prendre l'anneau qui était à son doigt et de l'envoyer à sa femme, qui se trouvait alors à plus de cent cinquante milles de là, à Ferozepore.

      Pendant la nuit du 9 septembre 1848, écrit sa femme, j'étais couchée sur mon lit, endormie à moitié, lorsque je vis nettement que l'on emporfait du champ de bataille mon mari, gravement blessé, et j'entendis sa voix dire : « Ôtez cet anneau de mon doigt et faites-le parvenir à ma femme. » Le jour qui suivit je ne pus débarrasser mes yeux de cette vision, ni mes oreilles de cette voix.

      En temps voulu, je sus que le général R... avait été sérieusement blessé à l'assaut de Mooltan. Il survécut pourtant, et il vit encore. Ce ne fut que quelque temps après le siège que j'appris par le général L..., l'officier qui aida à transporter mon mari hors du champ de bataille, que sa prière au sujet de l'anneau avait vraiment été faite, exactement comme je l'entendis à Ferozepore à ce même moment. »

      Il y a encore une catégorie importante de visions clairvoyantes occasionnelles, qui n'ont pas de cause visible, qui sont, en apparence, tout à fait sans signification et n'ont aucun rapport apparent avec quelque événement que ce soit, connu du voyant. Les visions de paysages qu'ont certaines personnes, juste avant de s'endormir, entrent dans cette catégorie. Je cite un cas remarquable et très réaliste de ce genre, que je trouve dans Real ghost stories (p. 65) de M. W. Stead.

      « Je me mis au lit mais ne pus m'endormir. Je fermai les yeux et attendis que le sommeil voulût bien venir ; mais au lieu de sommeil, il me vint une série de tableaux clairvoyants, étrangement vivants. Il n'y avait pas de lumière dans la pièce, et il y faisait même parfaitement noir ; de plus, mes yeux étaient fermés. Mais en dépit de l'obscurité j'eus soudain conscience que je voyais une scène d'une singulière beauté. C'était comme si j'avais vu une miniature vivante à peu près de la dimension d'un verre de lanterne magique. Je me rappelle en cet instant la scène, tout comme si je la voyais. C'était un paysage marin. La lune brillait dans l'eau, qui se brisait doucement sur la grève. Juste en face de moi une longue jetée avançait dans la mer.

      De chaque coté de cette jetée, des rochers tourmentés émergeaient de l'eau. Il y avait sur la côte plusieurs maisons carrées et d'apparence grossière, qui ne ressemblaient à rien de ce que j'avais vu en fait d'architecture de maisons. Rien ne bougeait, mais je voyais la lune et la mer et l'éclat de la lune sur les eaux qui se brisaient doucement, tout à fait comme si j'avais regardé véritablement ce spectacle.

      Il était tellement beau que je me souviens avoir pensé que, la vision continuerait-elle, je serais si occupé à la regarder que je ne m'endormirais jamais. J'étais parfaitement éveillé et, tandis que je contemplais ce spectacle, j'entendis distinctement la pluie tomber au dehors. Alors brusquement, sans aucun motif apparent, la vision changea.

      La mer éclairée par la lune s'évanouit, et je me trouvai regarder, non plus elle, mais l'intérieur d'une salle de lecture. Il semblait qu'on se fût servi de cette pièce comme de salle de classe dans la journée et qu'on la transformât le soir en salle de lecture. Je me souviens avoir vu un lecteur qui ressemblait d'une façon curieuse à Time Harrington, bien que ce ne fût pas lui, prendre dans sa main une revue ou un livre et rire. Ce n'était pas un tableau ; cela existait en vérité.

      On eût dit qu'on observait la scène avec une lorgnette de théâtre ; on voyait le jeu des muscles, l'éclat des yeux, et chaque mouvement des gens inconnus qui occupaient la pièce inconnue où l'on regardait. Je vis tout cela sans ouvrir les yeux, et mes yeux étaient tout à fait étrangers à ma vision. C'est avec un autre sens, dont le siège est plutôt dans la tête que dans les yeux, que l'on voit des scènes de ce genre.

      Ce ne fut là qu'un incident sans grande valeur et sans beaucoup d'intérêt, mais cela me permit, plus que toutes les explications du monde, de comprendre mieux comment voient les clairvoyants.

      Cette vision qui se présentait à moi, m'était apparue à propos de rien ; elle n'avait été suggérée par rien que j'eusse lu ou dont j'eusse parlé, elle me vint comme si j'avais regardé avec une lorgnette ce qui se passait ailleurs dans le monde. Je l'entrevis de nouveau et puis elle disparut et depuis il ne m'est pas de nouveau arrivé semblable aventure. »

      M. Stead considère que c'est là « une histoire de peu d'intérêt et de peu d'importance », et il est peut-être permis de la juger telle si on la compare aux possibilités de visions plus curieuses ; et pourtant je connais beaucoup d'étudiants qui seraient enchantés de pouvoir raconter qu'une telle expérience leur soit personnellement et directement arrivée.

      Bien que de peu d'importance en soi, une aventure de cette espèce donne au voyant la clé du phénomène tout entier, et la clairvoyance serait pour quiconque en aurait seulement vu autant, une actualité vivante, ce qu'elle n'aurait jamais pu être sans ce bref contact avec le monde inconnu.

      Les scènes dont il s'agit étaient beaucoup trop nettes pour avoir été de simples réflexions de la pensée d'autrui, et d'ailleurs le récit montre à ne pas s'y tromper, que des visions ont été vues par le moyen du télescope astral ; ce qui fait que M. Stead aura, à son insu, mis lui-même un courant en activité, ou bien (et cela est beaucoup plus probable) quelque bienveillante entité astrale aura mis pPour lui ce courant en action, et lui aura offert, pour lui éviter toute attente ennuyeuse, la vision de toutes les scènes qui se seront trouvées à la portée de l'extrémité du tube.




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