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La clairvoyance

Charles Webster Leadbeater
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CHAPITRE VII
Clairvoyance dans le temps : le passé

      La clairvoyance dans le temps – autrement dit, le pouvoir de lire le passé et l'avenir – est, comme toutes les autres variétés de clairvoyance, possédée par divers individus à des degrés très variables, depuis l'homme qui a la parfaite maîtrise de ces deux facultés, jusqu'à celui qui ne perçoit que rarement des lueurs imparfaites ou des réflexions de ces scènes d'un autre temps. Une personne de ce dernier type pourrait avoir, par exemple, une vision de quelque événement passé ; mais cette vision serait sujette aux plus graves déformations et même si elle venait à être assez exacte, elle ne serait presque certainement qu'un tableau isolé ; le voyant serait sans doute tout à fait incapable de le relier à ce qui se serait passé avant ou après, ou bien d'expliquer quoi que ce soit d'étrange que sa vision aurait pu lui révéler. L'homme exercé, en revanche, pourrait suivre la trace – soit avant, soit après, et jusqu'à telle limite qui lui paraîtrait désirable – de l'événement se rattachant à la scène qu'il aurait vue ; il pourrait avec une égale facilité reconnaître les causes qui auraient amené cette vision ou les résultats qu'elle serait susceptible de produire.

      Il nous sera sans doute plus aisé de comprendre cette partie un peu difficile de notre sujet, si nous l'examinons dans les subdivisions qui s'imposent d'elles-mêmes et si nous nous occupons, d'abord de la vision dans le passé, réservant pour plus tard celle qui perce le voile de l'avenir. Dans l'un et l'autre cas nous ferons bien de chercher à coinprendre ce que nous pourrons du modus operandi, quoique notre succès dans cette entreprise ne puisse guère être que partiel, d'abord à cause des renseignements imparfaits sur certaines parties de cette question que possèdent actuellement ceux qui l'étudient, et ensuite à cause de l'impuissance toujours renouvelée des mots physiques à exprimer, fût-ce seulement la centième partie du peu que nous sachions vraiment des plans et des facultés supérieurs.

      Comment donc une vision détaillée d'un passé lointain est-elle obtenue, et à quel plan de la nature appartient-elle réellement ? La réponse à ces deux questions est la suivante cette vision est lue dans les souvenirs âkâshiques [Note : Les mots souvenirs, archives ou clichés âkâshiques sont synonymes et employés indifféremment par nous au cours de cet ouvrage, pour traduire le terme anglais âkâshic records.], mais cette affirmation nécessite un certain nombre d'explications pour beaucoup de lecteurs. Ce mot de souvenir est, en vérité, donné quelque peu à tort, car bien que ces souvenirs soient sans nul doute lus dans l'Akâsha, ou matière du plan mental, ce n'est cependant pas à cet âkâsha que ces souvenirs appartiennent. L'autre appellation, « souvenirs de la lumière astrale », que l'on a parfois donnée à cette vision, est pire encore, car ces souvenirs siègent très au delà du plan astral et tout ce que l'on peut obtenir sur ce plan n'est que lueurs momentanées et partielles d'une espèce de double réflexion de ces souvenirs, ainsi que je vais l'expliquer.

      Comme tant d'autres de nos termes théosophiques, le mot âkâsha a été très librement employé. Dans certains de nos livres plus anciens on le considérait comme synonyme de lumière astrale, et dans d'autres, on s'en servait pour désigner toute espèce de matière invisible, depuis le mûlaprakriti, jusqu'à l'éther physique. Dans des livres plus récents son emploi a été limité à la matière du plan mental et c'est dans ce sens que l'on peut parler des souvenirs âkâshiques ; car, bien qu'ils n'aient pas davantage leur origine dans ce plan que dans le plan astral, c'est cependant là que nous les renontrons pour la première fois d'une façon déterminée et qu'il nous est possible de faire de la bonne besogne grâce à eux.

      Cette question des souvenirs n'est assurément pas facile à traiter, car elle fait partie d'une de ces nombreuses catégories de sujets qui demandent, pour êtrer parfaitement saisis, des facultés de compréhension d'un ordre beaucoup plus élevé qu'aucune de celles qui ont été développées jusqu'à présent dans l'humanité. La vraie solution de ces problèmes se trouve sur des plans bien supérieurs à aucun de ceux qu'il nous soit possible de connaître à l'heure actuelle ; et, quelle que soit celle que nous puisssions envisager, elle doit nécessairement être du caractère le plus imparfait, puisque nous ne pouvons examiner le problème que d'en bas, et non d'en haut. L'idée que nous nous en faisons ne peut donc être que partielle ; cependant elle ne nous trompe pas forcément, à moins que nous ne nous permettions de considérer cette petite parcelle, qui est tout ce que nous pouvons voir, comme constituant le tout parfait. Si nous nous appliquons à ce que de telles conceptions que nous pouvons nous faire soient exactes, nous n'aurons rien à désapprendre, mais beaucoup à ajouter à nos connaissances, quand, au cours de nos progrès futurs, nous acquerrons petit à petit la sagesse supérieure. Comprenons donc, dès le début, que nous pénétrer d'une façon parfaite du sujet que nous traitons est, au degré actuel de notre évolution, une impossibilité, et que beaucoup de questions seront soulevées auxquelles nous ne pourrons encore fournir aucune explication précise, bien qu'il nous puisse être souvent possible de suggérer des analogies et d'indiquer le sens dans lequel l'explication doive être recherchée.

      Essayons donc de reporter nos pensées à l'origine de ce système solaire auquel nous appartenons. Nous connaissons bien tous la théorie astronomique courante de cette origine, théorie dénommée habituellement « l'hypothèse des nébuleuses » et suivant laquelle le soleil apparut d'abord sous la forme d'une gigantesque nébuleuse embrasée, d'un diamètre de beaucoup supérieur à celui de l'orbite ou même des limites les plus extrêmes des planètes ; après quoi, au cours innombrable des temps, cette sphère énorme se refroidit petit à petit et se contracta, formant ainsi le système solaire.

      La science occulte accepte cette théorie dans ses grandes lignes, comme représentant fidèlement le côté purement physique de l'évolution de notre système ; mais elle ajoute que si nous bornons notre attention à ce seul aspect physique de la question, nous n'aurons qu'une idée très incomplète et incohérente de ce qui se passa réellement. Cette science occulte prétend, pour commencer, que l'Etre élevé qui entreprend la formation d'un système (être que nous appelons parfois le Logos du système) forme tout d'abord dans Son esprit une conception complète de l'ensemble de ce système, avec ses enchaînements successifs de mondes. Par l'action même qui consiste à former cette conception, il fait naître simultanément et objectivement l'ensemble sur le plan de Sa pensée, plan naturellement très supérieur à tous ceux dont nous savons quelque chose et d'où descendent, quand il convient, les divers globes, dans n'importe quel état d'objectivité plus ample qui soit respectivement destinée à chacun d'eux. A moins que nous ne nous rappelions constamment ce fait de l'existence réelle, dès l'origine, du système tout entier sur un plan supérieur, nous nous méprendrons perpétuellement sur le sens de l'évolution physique que nous voyons se produire sur terre.

      Mais ce n'est pas là tout ce que l'occultisme a à nous apprendre à ce sujet. Il ne nous dit pas seulement que tout ce merveilleux système auquel nous appartenons est créé par le Logos, à la fois sur des plans inférieurs et supérieurs, mais que ses rapports avec lui sont plus proches encore, car le système en question est absolument partie de Lui-même, une expression partielle de Lui, sur le plan physique; que le mouvement et l'énergie du système entier sont Son énergie propre et que tout le phénomène se passe dans les limites de Son aura. Aussi surprenante que soit cette conception elle ne sera pas tout à fait incompréhensible pour ceux d'entre nous qui ont quelque peu étudié la question de l'aura.

      Nous sommes familiers avec ce principe qu'à mesure qu'une personne progresse sur le Sentier, son corps causal, qui est la limite déterminante de l'aura, augmente nettement de volume aussi bien que d'éclat et de pureté de couleur. Beaucoup d'entre nous savent par expérience que l'aura d'un élève qui a déjà beaucoup avancé sur le Sentier est beaucoup plus grande que celle de celui qui n'y a fait que ses premiers pas, tandis que chez un Adepte, l'accroissement proportionnel est encore bien plus considérable. Les écritures orientales tout à fait exotériques parlent de l'immense extension de l'aura du Bouddha ; je crois me rappeler que la limite mentionnée en une circonstance est de trois milles, mais, quelle que puisse être sa dimension exacte, il est clair que nous trouvons là un autre exemple de cet accroissement extrêmement rapide du corps causal, à mesure que l'homme avance sur le Sentier. Il est peu douteux que le taux de cet accroissement augmenterait lui-même selon une progression géométrique, de sorte que nous pouvons entendre parler sans étonnement d'un Adepte qui se trouve sur un niveau encore supérieur et dont l'aura est capable de comprendre le monde entier à la fois ; et de là nous pouvons graduellement amener nos esprits à la conception qu'il existe un Etre Supérieur au point de comprendre en lui-même l'ensemble de notre système solaire. Et nous devons nous rappeler que, aussi énorme qu'il nous paraisse, il n'est que comme la plus petite des gouttes dans le vaste océan de l'espace.

      De même, il est vrai à la lettre de dire du Logos (qui possède en Lui toutes les capacités et toutes les qualités qu'il nous soit possible de prêter au Dieu le plus grand imaginable) de dire, comme on le disait autrefois, que toutes choses viennent de Lui, par Lui, et vont à Lui et que nous vivons, nous nous mouvons et nous avons notre existence en Lui.

      Donc, s'il en est ainsi, il est clair que le Logos de notre système solaire a conscience de tout ce qui s'y passe, et nous voyons aussitôt que le vrai souvenir, c'est sa mémoire; de plus, il saute aux yeux que sur quelque plan qu'existe cette étonnante mémoire, ce ne peut être que très au-dessus de ce que nous savons, et par conséquent, quels que soient les souvenirs que nous nous trouvions capables de lire, ceux-ci ne peuvent être qu'une réflexion de ce grand fait dominant, réfléchi dans les milieux plus denses des plans inférieurs.

      Sur le plan astral, il est tout de suite évident qu'il en est ainsi, que ce que nous constatons n'est qu'une réflexion d'une réflexion, réflexion extrêmement imparfaite, puisque les souvenirs que l'on peut y trouver sont partiels à l'excès et sont souvent gravement déformés ! Nous connaissons l'emploi universel de l'eau comme symbole de la lumière astrale et, dans ce cas particulier, c'est là un symbole qui convient remarquablement. La surface d'une eau tranquille réfléchit nettement les choses, comme le ferait un miroir ; mais, à tout prendre, ce n'est qu'une réflexion, une représentation en deux dimensions d'objets qui en ont trois, et qui diffère par conséquent de l'original dans toutes ses qualités, à l'exception de la couleur ; de plus, c'est toujours renversée que nous la voyons.

      Mais que le vent ride la surface de l'eau, que trouverez-vous alors ? Une réflexion encore, assurément, mais si brisée et déformée qu'elle ne répond plus à rien et ne peut que tromper sur la forme et la véritable apparence des objets ainsi réfléchis. De-ci, de-là, pendant un instant, parviendrons-nous peutêtre à voir une réflexion nette d'une petite partie de la scène réfléchie, d'une seule feuille d'arbre, par exemple; mais il faudrait se donner beaucoup de peine et posséder une grande connaissance des lois naturelles, pour construire quoi que ce fût qui ressemblât à la conception véritable de l'objet reflété, en juxtaposant même un grand nombre de pareils fragments isolés de son image.

      Dans le plan astral, nous ne pouvons rien trouver qui se rapproche d'une surface tranquille, mais nous avons toujours affaire, au contraire, à une surface qui est en mouvement rapide et désordonné ; jugez par conséquent, combien peu nous pouvons espérer avoir une image claire et précise ! C'est ainsi qu'un clairvoyant qui ne possède que la faculté. de la vision astrale, ne peut jamais considérer comme exacte et parfaite, aucune image du passé qui se présente à lui ; çà et là, telle partie de cette image peut avoir ces qualités d'exactitude ; mais il n'a pas les moyens de savoir quelle est cette partie. S'il est entre les mains d'un maître compétent, il pourra apprendre, par un long et soigneux enseignement, à distinguer les impressions sur lesquelles on peut compter, et à construire avec ces reflets brisés, une espèce d'image de l'objet réfléchi ; mais en général, bien avant qu'il ait vaincu ces difficultés, il aura développé sa vision mentale, ce qui rend ce travail inutile.

      Sur le plan suivant, que nous appelons mental, les conditions sont très différentes. Les souvenirs âkâshiques y sont complets et précis et il serait impossible de faire la moindre erreur en les lisant. Si par exemple trois clairvoyants possédant les pouvoirs du plan mental s'entendaient pour en observer un même souvenir déterminé ce serait, dans chaque cas, absolument la même réflexion qui serait présentée à leur vision, et chacun de ces trois individus en éprouverait en la lisant, une impression exacte. Il ne s'ensuit pas, toutefois, que s'ils venaient plus tard à comparer sur le plan physique les impressions qu'ils auraient reçues, celles-ci seraient exactement d'accord. Il est bien connu que si trois personnes assistent à un événement ici-bas dans le monde physique, et en font ensuite le récit, leurs versions différeront considérablement, car chacune d'entre elles aura particulièrement remarqué tels détails qui l'intéressent davantage, et en aura insensiblement fait le trait principal de l'événement, tandis qu'elle négligera parfois d'autres circonstances beaucoup plus importantes en réalité.

      Dans le cas d'une observation faite sur le plan mental, ce facteur, personnel aux témoins, n'affecterait pas d'une manière appréciable l'impression reçue, car puisque chacun d'eux percevrait parfaitement le sujet tout entier, il lui serait impossible d'en voir certaines parties autrement que dans leur proportion véritable ; mais, excepté dans le cas où il s'agit de personnes bien instruites et exercées, ce facteur entre vraiment en jeu et transmet les impressions aux plans inférieurs. Il est impossible dans la nature des choses, que tout récit fait ici-bas d'une vision ou d'un phénomène qui s'est produit sur le plan mental, puisse être complet, puisqu'on ne peut absolument pas exprimer par des mots physiques les neuf dixièmes de ce qu'on voit et de ce qu'on sent dans ce plan ; et, puisque toute expression doit, en conséquence, être partielle, il est nettement possible de faire un choix sur la partie qui sera exprimée. C'est pour cette raison que dans toutes nos recherches théosophiques des dernières années, nous nous sommes tant efforcé de contrôler et de vérifier constamment les témoignages des clairvoyants, ne laissant paraître dans nos livres plus récents, rien qui fût basé sur la vision d'un individu seulement.

      Mais, même alors que la possibilité d'une erreur provenant de ce facteur du jugement personnel a été réduite au minimum grâce à un procédé de rigoureux contrôle, il reste encore la très sérieuse difficulté inhérente à l'opération qui consiste à amener des impressions d'un plan supérieur à un plan inférieur. C'est là quelque chose d'analogue à la difficulté que rencontre un peintre quand il cherche à reproduire sur une surface plane un paysage à trois dimensions – à le reproduire en deux dimensions, par conséquent. De même que l'artiste a besoin de longtemps et soigneusement éduquer son œil et sa main avant de pouvoir donner une représentation satisfaisante de la nature, de même le clairvoyant ne peut se passer d'une éducation longue et minutieuse avant qu'il puisse décrire exactement sur un plan inférieur, ce qu'il voit sur un plan plus élevé ; et les chances que l'on a d'obtenir d'une personne inexercée une description précise sont à peu près égales à celles que l'on a de voir exécuter un paysage d'un fini parfait par quelqu'un qui n'aurait pas appris à dessiner.

      On doit se rappeler, en outre, que le tableau le meilleur est, en réalité, extrêmement loin d'être une reproduction de la scène qu'il représente, car il n'est guère un seul trait ou un seul angle qui puisse être semblable à ceux de l'objet copié. Ce n'est là simplement qu'une tentative très ingénieuse de produire, en n'utilisant qu'un seul de nos cinq sens, et par le moyen de lignes et de couleurs sur une surface plane, une impression semblable à celle que nous aurions éprouvée si nous avions vraiment eu devant nous la scène représentée. Celle-ci ne peut, en effet, rien nous reproduire des grondements de la mer, du parfum des fleurs, du goût des fruits, de la douceur ou de la rudesse d'une surface dessinée, si ce n'est par une suggestion qui dépend entièrement de nos connaissances antérieures.

      Exactement de même nature, quoique infiniment plus grandes, sont les difficultés qu'éprouve un clairvoyant quand il essaie de décrire sur le plan physique ce qu'il a vu sur le plan astral ; et ces difficultés sont, en outre, grandement accrues par ce fait, qu'au lieu d'avoir simplement à rappeler à l'esprit de ses auditeurs des conceptions avec lesquelles ceux-ci sont familiers – comme le fait l'artiste lorsqu'il peint des hommes ou des animaux, des prés ou des arbres – il lui faut chercher, par les moyens très imparfaits dont il dispose, à leur suggérer des conceptions qui, dans la plupart des cas, leur sont absolument nouvelles.

      Il n'est donc guère surprenant que, quelque vivantes et frappantes que ces descriptions puissent paraître à ceux qui l'écoutent, le clairvoyant soit lui-même constamment impressionné par leur totale insuffisance, et qu'il sente que ses efforts ne sont pas parvenus à donner la moindre idée de ce qu'il voit véritablement. Nous devons nous rappeler aussi que dans le cas d'un récit fait ici-bas d'un cliché lu sur le plan mental, cette difficile opération de transmission du plan plus élevé à celui qui l'est moins, n'a pas eu lieu qu'une seule fois, mais bien deux, puisque la mémoire a été transmise par le plan astral intermédiaire. Et même dans le cas où le clairvoyant a l'avantage d'avoir développé ses facultés mentales de manière à pouvoir s'en servir alors qu'il est éveillé dans son corps physique, il est encore entravé par l'incapacité absolue du langage physique à exprimer ce qu'il voit.

      Essayez un moment de concevoir pleinement ce que l'on appelle la quatrième dimension, dont nous avons dit quelques mots dans un précédent chapitre. Il est assez facile de penser à nos trois dimensions, d'imaginer dans notre esprit, la longueur, la largeur et la hauteur d'un objet quelconque ; et nous voyons que chacune de ces trois dimensions est exprimée par une ligne qui forme un angle droit avec les deux autres. L'idée d'une quatrième dimension est qu'il pourrait être possible de tracer une quatrième ligne qui formerait un angle droit avec les trois autres existant déjà.

      Or, l'esprit ordinaire ne peut pas le moins du monde concevoir cette idée-là, bien que quelques rares personnes qui se sont particulièrement adonnées à l'étude de cette question soient petit à petit devenues capables d'imaginer une ou deux figures fort simples de quatre dimensions.

      Pourtant il n'est pas de mots dont elles puissent se servir sur ce plan-ci qui soient capables de présenter à l'esprit des autres aucune image de ces figures, et si quelque lecteur qui ne s'est pas spécialement entraîné à cet exercice veut tenter de rendre visible une forme semblable, il trouvera la chose tout à fait impossible. Exprimer nettement une figure pareille en employant des mots physiques, serait, en réalité, décrire exactement un seul objet sur le plan astra l; mais en examinant les archives âkâshiques sur le plan mental, nous aurions à faire face aux difficultés nouvelles d'une cinquième dimension ! Ce qui fait que l'impossibilité où l'on se trouve d'expliquer complètement ces souvenirs sautera aux yeux de l'observateur même le plus superficiel.

      Nous avons dit des clichés âkâshiques qu'ils étaient la mémoire du Logos ; ils sont pourtant bien davantage qu'une mémoire au sens ordinaire du mot. Aussi vain qu'il soit d'imaginer comment ces images apparaissent à son point de vue, nous savons cependant qu'à mesure que nous nous élevons de plus en plus haut, nous nous rapprochons de la mémoire véritable, et que nous voyons d'une manière qui se rapproche davantage de Sa manière de voir; ce qui fait qu'un grand intérêt s'attache aux expériences du clairvoyant en ce qui touche à ces clichés, lorsque ce dernier se trouve sur le plan bouddhique, le plus élevé dont il puisse avoir conscience, même quand il est absent du corps physique, avant qu'il n'atteigne le niveau des Arhats.

      A ce point-là le temps et l'espace ne le limitent plus ; il n'a plus besoin, comme sur le plan mental, de passer en revue une série d'événements, car le passé, le présent et l'avenir lui sont également et simultanément connus, quelque vide de sens que cette proposition puisse sembler être ici-bas. Oui, aussi infiniment au-dessous de l'état de conscience du Logos que soit même ce plan élevé, il apparaît en toute clarté, d'après ce que nous voyons là, que le souvenir doit Lui être bien davantage que ce que nous appelons une mémoire, car tout ce qui est arrivé dans le passé et tout ce qui arrivera dans l'avenir se passe actuellement devant Ses yeux, comme les événements de ce que nous appelons le temps présent. Cela est, bien entendu, totalement incroyable, terriblement incompréhensible pour notre entendement limité : ça n'en est pas moine rigoureusement vrai.

      Nous ne pourrions naturellement pas espérer comprendre, à notre degré actuel de savoir, comment est produit un aussi merveilleux résultat, et tenter d'en donner une explication ne serait que nous perdre dans un brouillard de mots qui ne nous vaudrait aucune indication réelle. Pourtant il me vient à l'esprit un ordre de pensée qui suggère peutêtre la direction dans laquelle il se pourrait que l'on rencontrât cette explication : et tout ce qui nous aidera à croire que des déclarations aussi surprenantes que celles-ci puissent, après tout, ne pas être tout à fait impossibles, nous sera utile en élargissant nos esprits.

      Je me souviens avoir lu, voici quelque trente ans, un très curieux petit livre appelé, je crois, The Stars and the Earth [Note : Les Etoiles et la Terre.], et qui cherchait à démontrer comment il était scientifiquement possible que le passé et le présent fussent absolument simultanés dans l'esprit de Dieu. Les arguments fournis en faveur de cette thèse nie frappèrent à cette époque comme particulièrement ingénieux ; et je vais essayer de les résumer, car je pense qu'on les trouvera quelque peu suggestifs, en rapport avec le sujet que nous venons d'étudier.

      Lorsque nous voyons quelque chose, que ce soit le livre que nous tenons dans nos mains ou que ce soit une étoile dont des millions de milles nous séparent, notre perception s'exerce par le moyen d'une vibration dans l'éther (que l'on a coutume d'appeler un rayon de lumière), vibration qui passe de l'objet vu à nos yeux. Or, la rapidité avec laquelle cette vibration se transmet est si grande – environ 186.000 milles à la seconde – que lorsque nous regardons un objet quelconque dans notre monde, nous pouvons considérer notre perception comme pour ainsi dire instantanée. Mais quand nous avons affaire aux distances interplanétaires, nous devons tenir compte de la rapidité de la transmission de la lumière, car le temps qu'elle met à traverser ces vastes espaces est appréciable. C'est ainsi que la lumière met huit minutes et quart pour se transmettre du soleil à nous, de sorte que lorsque nous regardons le disque solaire nous le voyons par le rayon de lumière qui l'a quitté depuis plus de huit minutes.

      De ce fait découle un résultat très curieux. Il est clair que le rayon de lumière, grâce auquel nous voyons le soleil, ne peut nous communiquer que l'état de choses qui existait dans cet astre au moment où il le quitta, et qu'il ne pourrait être affecté le moins du monde par quoi que ce soit qui se fût passé dans le soleil après son départ ; de sorte qu'à vrai dire, nous ne voyons pas le soleil tel qu'il est, mais tel qu'il était huit minutes auparavant. Autrement dit, si quelque événement important venait à se produire dans le soleil, comme, par exemple, la formation d'une nouvelle tache solaire, l'astronome qui, au même instant, examinerait cet astre au télescope, ignorerait totalement cet événement au moment précis où il se produirait, puisque le rayon de lumière qui le porterait à sa connaissance ne lui parviendrait que plus de huit minutes après.

      Cet écart est plus frappant encore lorsque nous considérons les étoiles fixes, parce que, dans leur cas, les distances qui nous en séparent sont colossalement plus grandes. L'étoile polaire, par exemple, est si éloignée, que la lumière, voyageant avec la rapidité inconcevable dont nous avons parlé plus haut, met plus de cinquante ans à nous atteindre ; d'où la conclusion étrange, mais inéluctable, que nous voyons l'étoile polaire non pas comme elle est et là où elle se trouve au moment où nous la regardons, mais comme et où elle était il y a cinquante ans. Bien plus : si demain quelque catastrophe cosmique venait à la faire voler en éclats, nous continuerions à la voir paisiblement briller dans le ciel pendant toute notre vie; nos fils atteindraient l'âge adulte et verraient à leur tour leurs propres enfants grandir autour d'eux avant que la nouvelle de ce formidable cataclysme ne fût connue d'aucun œil terrestre. De même, il y a d'autres étoiles si lointaines que leur lumière met des milliers d'années pour voyager d'elles jusqu'à nous, de sorte que ce que nous savons de leur état est déjà vieux de plusieurs milliers d'années.

      Poussons ce raisonnement encore un peu plus loin. Supposez que nous puissions placer un homme à une distance de 186.000 milles de la terre, et le doter en même temps de la merveilleuse faculté de voir là-bas ce qui se passe ici, aussi distinctement que s'il était encore auprès de nous. Il est évident qu'un homme dans cette situation verrait toutes choses une seconde après qu'elles auraient réellement eu lieu, en sorte qu'en cet instant précis il verrait ce qui s'est passé il y a une seconde. Doublez la distance, il serait en retard de deux secondes, et ainsi de suite ; éloignez-le d'une distance égale à celle qui nous sépare du soleil (tout en lui conservant ce même mystérieux pouvoir de la vue) et il vous regarderait faire non pas ce que vous faites, mais ce que vous faisiez il y a huit minutes un quart ; transportez ce même individu jusqu'à l'étoile polaire, et il verrait se dérouler à ses yeux des événements vieux de cinquante ans ; il assisterait aux gambades enfantines de gens qui, à ce moment-là, seraient d'un certain âge. Aussi surprenant que ce fait puisse paraître, il n'en est pas moins littéralement et scientifiquement vrai et ne peut être contesté.

      Le petit livre en question poursuivait son raisonnement d'une manière assez logique, disant que Dieu étant tout-puissant, devait posséder cette extraordinaire puissance de vision que nous venons de prêter à notre observateur ; et, de plus, qu'étant omniprésent, il devait se trouver à la fois en chacun des points extrêmes dont nous venons de parler, ainsi qu'en chacun des points intermédiaires, et cela, non pas successivement mais simultanément. Ceci étant admis, il s'ensuit inévitablement que tout ce qui s'est produit depuis le commencement du monde, doit, en cet instant précis, prendre place sous les yeux du Seigneur, et ce qu'il observe ainsi n'est pas une simple mémoire des événements passés, mais bien ces événements eux-mêmes.

      Tout cela est suffisamment matérialiste et se trouve sur le plan de la science purement physique ; nous pouvons donc être assurés que ce n'est pas ainsi que s'exerce la mémoire du Logos ; pourtant son action est bien déterminée et tout à fait incontestable, et, ainsi que je l'ai dit déjà, cela n'est pas inutile, puisque cela nous permet d'entrevoir des possibilités qui, autrement, ne s'offriraient pas à nous.

      Mais, peut-on demander, comment est-il possible, parmi l'effarante confusion de ces souvenirs du passé, de découvrir une image déterminée, lorsqu'on en a besoin ? En fait, le clairvoyant inexpérimenté ne peut en général pas y parvenir, sans quelque lien spécial qui le mette en rapport avec le sujet qu'il veut voir. La psychométrie est précisément un de ces liens, et il est très probable que notre mémoire ordinaire n'est réellement qu'une autre représentation de la même idée. Il semble qu'il y ait une espèce d'enchaînement ou d'affinité magnétique entre toute particule de matière et le cliché qui embrasse son histoire, – affinité qui lui permet d'agir comme une sorte de conducteur entre ce cliché et les facultés de quiconque peut le lire.

      Voici un exemple : je rapportai, un jour, de Stonehenge, un tout petit fragment de pierre, pas plus gros que la tête d'une épingle et, lorsque je le confiai, renfermé dans une enveloppe, aux mains d'une psychomètre qui n'avait aucune idée de ce que ce pouvait bien être, elle se mit aussitôt à décrire cette ruine étonnante et le pays désolé qui l'environne ; puis elle se mit à dépeindre d'une manière vivante, ce qui était évidemment des scènes de sa prime histoire, montrant ainsi que cet infime grain de pierre avait suffi à la mettre en communication avec les souvenirs qui se rattachaient aux lieux d'où il venait. Les événements auxquels nous sommes mêlés au cours de notre vie semblent agir sur les cellules de notre cerveau, comme le fit l'histoire de Stonehenge sur ce tout petit morceau de pierre ; ils créent un lien avec ces cellules grâce auxquelles notre esprit est mis en rapport avec cette partie déterminée des clichés âkâshiques et c'est ainsi que nous nous « souvenons » de ce que nous avons vu.

      Un clairvoyant exercé a lui-même besoin d'un lien pour qu'il puisse trouver le cliché d'un événement dont il n'a pas déjà connaissance. Si, par exemple, il lui plaît d'assister au débarquement de Jules César sur les côtes d'Angleterre, il a plusieurs moyens de s'approcher de ce sujet. S'il se trouve avoir visité l'endroit où le débarquement eut lieu, ce qu'il aurait de plus simple à faire serait probablement de se rappeler l'image de cet endroit, pour remonter ensuite, à travers les clichés de ce dernier, jusqu'à l'époque qu'il désire connaître. S'il ne connaît pas le rivage en question, il pourrait remonter dans le temps jusqu'à la date de cet événement et se mettre ensuite à rechercher dans la Manche une flottille de galères romaines ; il pourrait encore examiner les archives âkâshiques de la vie romaine de cette période, et il n'éprouverait aucune difficulté à identifier un personnage aussi en vue que César, ou, l'ayant rencontré, à le suivre à travers toutes ses guerres des Gaules jusqu'au moment où il posa le pied sur le sol britannique.

      Les gens s'informent souvent au sujet de l'aspect de ces clichés, demandent s'ils apparaissent près ou loin de l'œil, si les objets que l'on y voit sont grands ou petits, si les scènes se suivent comme dans un panorama, ou se fondent l'une dans l'autre comme des vues qui s'effacent, et ainsi de suite. On ne petit que répondre que leur apparence varie jusqu'à un certain point avec les conditions dans lesquelles on les voit. Sur le plan astral, la réflexion est, le plus souvent, un simple tableau, quoique de temps à autre les personnages soient pourvus de mouvement ; dans ce dernier cas, c'est, au lieu d'un simple instantané, une réflexion plus longue et plus parfaite qui a lieu.

      Sur le plan mental, les clichés ont deux aspects très différents. Lorsque la personne qui se trouve dans ce plan ne pense à eux d'aucune façon spéciale, ils forment comme une toile de fond à tout ce qui se passe, tout comme les réflexions d'un miroir à l'extrémité d'une pièce, pourraient constituer un arrièreplan à la vie des gens qui s'y tiendraient.

      Il faut toujours se souvenir que, dans ces conditions, ce ne sont en réalité que de simples réflexions de l'incessante activité d'un grand état de conscience et sur un plan très supérieur, et qu'ils ont beaucoup d'analogie avec une interminable suite d'images de cinématographie. Ils ne se fondent pas l'un dans l'autre comme des vues qui s'effacent, et ce ne sont pas non plus des séries de tableaux se suivant les uns les autres ; mais l'action des personnages ou des objets réfléchis s'exerce constamment, comme si l'on regardait des acteurs sur une scène éloignée.

      Mais si le chercheur expérimenté dirige spécialement son attention sur telle scène donnée, ou désire la faire revivre devant lui, il se produit alors aussitôt un changement extraordinaire, car il s'agit maintenant du plan de la pensée et, penser à une chose, c'est l'amener instantanément devant soi. Si, par exemple, quelqu'un veut voir la représentation de cet événement dont nous avons parlé plus haut – le débarquement de Jules César – il ne se trouve pas, tout aussitôt, regarder un tableau, mais bien être en réalité sur la plage parmi les légionnaires, l'action tout entière se passant autour de lui, exactement semblable sous tous les rapports, à ce qu'il aurait vu s'il avait été là en chair et en os ce matin d'automne de l'an 55 avant J.-C. Puisque ce qu'il voit n'est qu'une réflexion, les acteurs de cet événement n'ont absolument pas conscience de sa présence parmi eux, pas plus qu'aucun effort de sa part ne peut changer le moins du monde le cours de leur action, si ce n'est, toutefois, qu'il est maître de la rapidité avec laquelle ce draine se passera sous ses yeux, – qu'il peut faire revivre devant lui en une heure, les événements de toute une année ou qu'il peut, à un moment donné, faire cesser complètement l'action et en considérer telle phase précise, telle scène particulière, aussi longtemps qu'il lui plaît de le faire, comme on examine un tableau.

      En vérité, il n'observe pas seulement ce qu'il aurait vu s'il avait été là alors, en chair et en os, mais bien davantage. Il entend et comprend tout ce que les gens disent, et il est conscient de toutes leurs pensées et de tous leurs mobiles ; et l'une des plus intéressantes des nombreuses possibilités qui s'offrent à celui qui a appris à lire les clichés âkâshiques, est l'étude de la pensée des âges anciens, la pensée de l'homme des cavernes et des cités lacustres, ainsi que celle qui présida aux puissantes civilisations de l'Atlantide, de l'Egypte ou de la Chaldée. On imagine facilement quelles admirables possibilités s'offrent à celui qui est en pleine possession de cette faculté. Un champ de recherches historiques du plus passionnant intérêt s'ouvre devant lui. Non seulement il peut revivre à loisir tout ce que nous connaissons de l'histoire, redressant au fur et à mesure les nombreuses erreurs et les méprises qui se sont glissées dans les récits qu'on nous a légués ; mais il peut encore parcourir à volonté l'histoire entière du monde depuis son tout commencement, observant le lent développement de l'intelligence chez l'homme, la descente des Seigneurs de la Flamme, et les progrès des puissantes civilisations qu'ils fondèrent.

      Son étude n'est pas limitée non plus à l'évolution de l'humanité seule ; il se trouve en présence, ainsi qu'en un musée, de toute la faune et de toute la flore étranges qui florissaient aux jours de jeunesse du inonde ; il peut suivre tous les étonnants changements géologiques qui se sont produits, ainsi que le cours des grands cataclysmes qui ont modifié à tant de reprises toute la surface de la terre.

      Il y a même un cas spécial où celui qui peut lire les archives âkâshiques se trouve en sympathie plus proche encore avec le passé. Si, au cours de ses recherches, il en vient à considérer une scène à laquelle il ait lui-même pris part dans une existence antérieure, il peut se comporter de deux façons ou bien assister à cet événement comme de coutume, en tant que spectateur (quoique toujours, souvenons-nous en, en spectateur dont la pénétration visuelle et la sympathie sont parfaites) ; ou bien s'identifier une fois de plus avec cette sienne personnalité morte depuis longtemps, se rejeter à nouveau pour un moment dans cette vie d'autrefois, et éprouver absolument une fois de plus les pensées et les émotions, les plaisirs et les peines d'un passé préhistorique. On ne saurait concevoir d'aventures plus violentes et plus extraordinaires que certaines de celles qu'il pourrait revivre ainsi ; cependant, au cours de toutes ces expériences, il ne doit jamais perdre conscience de sa propre individualité, et doit conserver le pouvoir de regagner à volonté sa personnalité actuelle.

      On demande souvent comment il est possible à un clairvoyant de déterminer exactement la date d'un événement quelconque de ce très lointain passé qu'il évoque par les clichés. Le fait est que c'est parfois une besogne ardue que de trouver une date exacte, mais on peut généralement y parvenir lorsque cela vaut la peine d'y consacrer du temps et des efforts. Si nous avons affaire aux époques grecque ou romaine, la méthode la plus simple consiste en général à examiner l'esprit de la personne la plus intelligente qui soit présente dans le tableau, et à s'informer de la date qu'elle suppose être la bonne ; le chercheur pourrait encore la regarder écrire une lettre ou tout autre document et remarquer quelle date – s'il y en avait une – serait indiquée dans ce qu'elle aurait écrit. Une fois que l'on a acquis ainsi cette date grecque ou romaine, ce n'est plus qu'une question de calcul que de la rapporter à notre propre système de chronologie.

      Un autre procédé fréquemment adopté est celui qui consiste à se détourner de la scène que l'on examine pour observer une autre scène contemporaine dans quelque ville grande et bien connue, comme Rome, et à noter quel monarque y règne, ou quels sont les consuls de l'année ; et quand on possède ces données, un coup d'œil jeté sur n'importe quel bon livre d'histoire fera le reste.

      Parfois on petit connaître une date en examinant quelque proclamation publique ou quelque document légal; en somme, pour les temps dont nous parlons, la difficulté est aisément vaincue.

      Toutefois, le problème n'est certes pas aussi simple, lorsque nous avons affaire à des périodes bien antérieures à celles-là, comme les périodes égyptienne, à ses débuts, chaldéenne ou chinoise, ou pour remonter plus haut encore, les périodes de l'Atlantide elle-même ou de quelqu'une de ses nombreuses colonies. Là encore on peut assez facilement obtenir une date de l'esprit de n'importe quel homme instruit, mais il n'y a plus moyen de la relier à notre propre système chronologique, puisque l'homme comptera par ères dont nous ne savons rien, ou par les règnes de rois dont l'histoire se perd dans la nuit des temps.

      Nous n'avons pas, quoi qu'il en soit, encore épuisé nos méthodes. Rappelons-nous que le clairvoyant peut faire passer les clichés âkâshiques devant lui à la vitesse qu'il désire, une année à la minute, s'il lui plaît, ou même plus rapidement encore. Or, il y a dans l'histoire ancienne un ou deux événements dont les dates ont été établies avec certitude, comme, par exemple, la chute de Poséidon en l'année 9564 avant Jésus-Christ. Donc, tout naturellement, si par l'aspect général de ce qui l'accompagne il semble probable que telle image vue soit à une distance appréciable de l'un de ces événements, elle peut être rattachée à ce dernier par le simple moyen qui consiste à parcourir rapidement ce cliché et à compter le nombre d'années qui séparent les deux événements à mesure que ceux-ci défilent devant nous.

      Pourtant, s'il s'agissait là de repasser des milliers d'années en revue, comme cela pourrait arriver parfois, ce procédé serait insupportablement fastidieux. Dans ce cas, il faut nous reporter à la méthode astronomique. Par suite du mouvement qui est couramment appelé la précession des équinoxes, – bien que ce phénomène pourrait être plus exactement défini comme une sorte de seconde rotation de la terre, – l'angle formé par l'équateur et l'écliptique varie incessamment mais très lentement. C'est ainsi qu'après de longs intervalles de temps nous trouvons que le pôle terrestre n'est plus orienté vers le même point dans l'apparente sphère céleste, ou, en d'autres termes, notre étoile polaire n'est pas, comme à présent, l'alpha de la Petite Ourse, mais bien quelque autre corps céleste ; et, par cette position du pôle de la terre, position dont on peut s'assurer en examinant attentivement la nuit, le ciel de l'image que l'on considère, on peut sans difficultés déterminer par le calcul une date approximative.

      Pour estimer la date d'événements qui se sont passés il y a des millions d'années chez les races primitives, on se sert fréquemment comme unité, de la période d'une rotation secondaire (ou la précession des équinoxes), mais il va de soi que dans des cas de cette nature la parfaite exactitude n'est pas nécessaire ; des chiffres ronds suffisent à tout ce que l'on peut pratiquement se proposer d'établir, lorsqu'il s'agit d'époques reculées.

      Il ne faut cependant pas croire que la lecture précise des archives âkâshiques – qu'il s'agisse de celles de sa propre vie passée, ou de celles des autres – soit à la portée de quiconque n'y aurait pas soigneusement été préparé d'avance. Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, bien qu'on puisse de temps à autre avoir des visions sur le plan astral, il faut posséder la faculté de se servir du sens mental avant de pouvoir se livrer à aucune lecture digne de foi. Bien plus, afin de réduire les causes d'erreur au minimum, le clairvoyant devrait jouir de la maîtrise parfaite de ce sens, à l'état de veille dans son corps physique ; et c'est au prix d'années d'incessant labeur et de rigoureuse discipline de soi-même que l'on acquiert cette faculté.

      Beaucoup de gens paraissent s'attendre à ce que, dès l'instant où ils auront signé leur demande d'admission à la Société Théosophique et où ils en feront partie, ils se rappelleront aussitôt trois ou quatre de leurs naissances antérieures ; bien mieux, il en est qui se mettent bien vite à imaginer des souvenirs et déclarent que dans leur dernière incarnation ils étaient, qui Marie, reine d'Ecosse, qui Cléopâtre, qui Jules César ! Il va de soi que d'aussi extravagantes prétentions ne font que semer le discrédit sur ceux qui sont assez fous pour les émettre ; mais, malheureusement, un peu de ce discrédit est susceptible de retomber, quelque injustement que ce soit, sur la Société à laquelle ils appartiennent, de sorte que l'homme qui sent gronder au fond de lui-même la conviction qu'il fut Homère ou Shakespeare ferait bien de s'en tenir là et de commencer par faire preuve de sens commun sur le plan physique, avant de faire part de la nouvelle au monde entier.

Il est parfaitement vrai que des gens ont entrevu en rêve des scènes de leurs existences passées, mais naturellement ces visions sont en général partielles et peu dignes de créance. J'ai eu moi-même, au début de ma vie, une vision de ce genre. Je remarquai qu'au nombre de mes rêves, il en était un qui se reproduisait constamment ; je voyais une maison, flanquée d'un portique qui avait vue sur une magnifique baie, non loin d'une colline au sommet de laquelle s'élevait un monument gracieux. Je connaissais admirablement cette maison et j'étais aussi familier avec la distribution des pièces qui la composaient et la vue que l'on avait de sa porte, que je l'étais avec les pièces et la vue de ma propre demeure, en cette vie-ci. A cette époque-là, je ne savais rien de la réincarnation, de sorte que je ne vis qu'une curieuse coïncidence dans le retour si fréquent de ce rêve ; et ce ne fut que quelque temps après mon entrée dans la Société, un jour où quelqu'un qui savait me montrait les images de ma dernière incarnation, que je découvris que mon rêve persistant avait été en réalité un souvenir partiel, et que la maison que je connaissais si bien était celle où j'étais né il y a plus de deux mille ans.

      Mais bien qu'on cite plusieurs cas où telle scène dont on a nettement gardé le souvenir s'est ainsi transmise d'une vie à l'autre, il faut qu'un clairvoyant arrive à un développement considérable de la faculté occulte avant de pouvoir retrouver, d'une manière déterminée, une série d'incarnations, fussent-elles les siennes propres ou celles d'un tiers. Ceci apparaîtra clairement si nous nous rappelons les données du problème à résoudre. Pour suivre un individu, de cette vie-ci dans celle qui l'a précédée, il faut commencer tout d'abord par remonter dans sa vie présente, à sa naissance, et puis il faut parcourir à rebours les étapes par lesquelles l'Ego descendit en incarnation.

      Il est clair que nous en arriverons éventuellement ainsi à retrouver l'Ego tel qu'il était dans les niveaux supérieurs du plan mental ; on verra donc que, pour faire effectivement cette opération, le chercheur doit être en état de se servir, à l'état de veille ou tout éveillé, du sens correspondant à ce niveau élevé ; en d'autres termes, son état de conscience doit se concentrer dans l'Ego réincarnant luimême, et non plus dans la personnalité inférieure. Dans ce cas, la mémoire de l'Ego étant éveillée, ses propres incarnations antérieures s'offriront à ses regards, ainsi qu'un livre ouvert, et il pourrait même, s'il le désirait, examiner les conditions d'un autre Ego sur ce niveau, et le suivre à travers les vies inférieures mentales et astrales antérieures, jusqu'à ce qu'il en arrivât à la dernière mort physique de cet Ego, et, par elle, à la vie précédente.

      Il n'y a pas d'autre procédé que celui-là pour passer en revue la chaîne des vies avec une absolue certitude ; et par conséquent, nous pouvons aussitôt repousser comme imposteurs conscients ou inconscients, les gens qui annoncent pouvoir retrouver les incarnations passées du premier venu à raison de tant de shillings par tête. Il est superflu de dire que l'occultiste véritable ne fait pas de réclame et que ce n'est jamais, sous aucun prétexte, pour de l'argent qu'il exerce ses facultés.

      Assurément, l'étudiant qui veut acquérir le pouvoir de retrouver une série d'incarnations peut y parvenir, simplement grâce aux leçons d'un maître qualifié. Certains individus ont affirmé avec obstination qu'il suffisait qu'un homme fût bon, religieux et « fraternel » pour que toute la sagesse des siècles lui fût octroyée; mais un peu de bon sens montrera tout de suite l'absurdité de cette allégation. Quelque sage que soit un enfant, s'il veut savoir sa table de multiplication, il faut qu'il travaille pour l'apprendre ; il en est de même de la capacité de se servir des facultés spirituelles. Ces facultés elles-mêmes se manifesteront sans doute à mesure que l'homme évoluera, mais c'est seulement par un travail régulier et assidu ainsi que par un effort persévérant qu'il peut apprendre à les utiliser en toute confiance et le plus profitablement.

      Prenez le cas de ceux qui veulent aider autrui alors que, pendant leur sommeil, ils se trouvent sur le plan astral ; il est hors de doute que, plus ils seront instruits ici-bas, et plus leur secours sera efficace sur ce plan supérieur. C'est ainsi que la connaissance des langues étrangères leur serait utile, car, bien que sur le plan mental, les individus puissent communiquer entre eux directement par transmission de pensée, quelle que soit leur langue maternelle, il n'en est pas de même sur le plan astral, où une pensée a besoin d'être formulée d'une façon précise par des mots pour qu'elle soit compréhensible. Si donc vous voulez aider une personne sur ce plan, il vous faut savoir quelque langage connu d'elle et de vous, qui vous permette de communiquer, et il s'ensuit que plus vous connaîtrez de langues et plus vous pourrez vous rendre utile. En fait, il n'y a peut-être pas d'ordre de savoir dont l'occultiste ne trouve pas à tirer profit.

      Il conviendrait que les étudiants ne perdissent pas de vue que l'occultisme est l'apothéose du sens commun, et que toute vision qui leur arrive n'est pas nécessairement une représentation des clichés âkâshiques, ni toute expérience une révélation d'en haut. Il vaut bien mieux errer dans le champ d'un honnête scepticisme que de s'égarer dans celui d'une trop grande crédulité ; et c'est là une règle admirable, qui consiste à ne rechercher jamais une application occulte d'un événement quelconque lorsqu'il s'en présente une physique, simple et évidente. Notre devoir est de nous efforcer toujours de conserver notre équilibre, de ne jamais cesser d'être maîtres de nous-mêmes et d'envisager avec raison et bons sens tout ce qui peut nous arriver ; nous serons ainsi de meilleurs théosophes, des occultistes plus avisés et des aides plus utiles qu'auparavant.

      Nous rencontrons, comme d'habitude, des exemples à tous les degrés de la faculté de voir dans la mémoire de la nature, depuis l'homme expérimenté qui peut consulter les archives âkâshiques pour soi-même, à sa guise, jusqu'à celui qui ne fait qu'entrevoir vaguement de temps en temps, ou bien, peut-être, à qui la chose n'est arrivée qu'une seule fois. Mais celui même qui ne possède que partiellement et rarement cette faculté, y trouve le plus vif intérêt. Le psychomètre qui a besoin d'un objet physiquement en rapport avec le passé afin de pouvoir faire revivre ce passé autour de lui, et le voyant au cristal qui peut parfois braquer son télescope astral, moins sûr, sur tel événement historique fort lointain, peuvent tous deux éprouver le plus grand plaisir à exercer leurs dons respectifs, bien qu'ils puissent ne pas toujours comprendre exactement comment ils obtiennent leurs résultats et qu'ils puissent n'en pas être parfaitement maîtres en toutes circonstances.

      Dans de nombreux cas de manifestations inférieures de ces pouvoirs, nous constatons qu'ils s'exercent inconsciemment ; plus d'un voyant au cristal observe des scènes du passé sans être capable de les distinguer des visions du présent, et plus d'un individu vaguement psychique voit constamment des tableaux se présenter à ses yeux sans se rendre compte jamais qu'il psychoméfrise, en réalité, les divers objets qui l'entourent, à mesure qu'il lui arrive de les toucher ou de s'approcher d'eux.

      Une variété intéressante de cette catégorie de psychique est représentée par l'homme qui ne peut psychométriser que des personnes, et non, comme cela est plus fréquent, des objets inanimés. Dans la plupart des cas, cette faculté se manifeste par intermittences, de sorte qu'un psychique de cette espèce peut souvent – si on le présente à une personne étrangère – voir en un clin d'oeil quelque événement important de la vie antérieure de cette personne, tandis qu'en d'autres circonstances semblables, il ne recevra aucune impression. Il nous arrive plus rarement de trouver quelqu'un qui a des visions détaillées de la vie passée de tous ceux qu'il rencontre. Un des meilleurs exemples, peut-être, de celle catégorie de clairvoyance, nous est fourni en la personne de l'écrivain allemand Zschokke, qui décrit dans son autobiographie cette faculté extraordinaire qu'il se trouva posséder. Voici ce qu'il dit :

      « Il m'est arrivé parfois, lors d'une première rencontre avec un individu qui m'était totalement inconnu, qu'après avoir écouté sa conversation en silence, sa vie passée, jusqu'au moment présent, m'est apparue avec quantité de petites circonstances se rapportant à tel ou tel événement particulier, comme en un rêve, mais distinctement, tout à fait involontairement, et sans l'avoir cherché, le phénomène ne durant que quelques minutes.

      Pendant longtemps je fus porté à considérer ces visions fugitives comme un jeu du hasard, – et cela d'autant plus, que mon rêve-vision me représentait l'habillement et les mouvements des acteurs, l'aspect de la pièce, le mobilier, et divers autres détails de la scène ; jusqu'à ce qu'un beau jour, étant d'humeur enjouée, je racontai à ma famille l'histoire secrète d'une couturière qui venait juste de sortir de la pièce. Je n'avais jamais vu cette personne auparavant. Néanmoins, les auditeurs en furent étonnés, ils rirent et ne voulurent pas croire que je n'avais pas préalablement eu connaissance de la vie antérieure de la personne en question, étant donné que ce que j'avais dit était parfaitement vrai.

      Je n'en fus pas moins surpris, pour ma part, de voir que mon rêve-vision était conforme à la réalité. Dès lors, je prêtai plus d'attention à ces phénomènes et me mis, chaque fois que les convenances m'y autorisaient, à raconter à ceux dont les vies avaient ainsi passé sous mes yeux, la substance de mon rêve-vision, afin de le leur faire contester ou confirmer. En toutes circonstances, j'en reçus la confirmation, non sans ébahissement de la part de ceux qui me la donnaient.

      Un certain jour de foire, je me rendis à la ville de Waldshut, accompagné de deux jeunes forestiers qui sont encore en vie. C'était le soir, et, fatigués de notre marche, nous entrâmes dans une auberge appelée la « Vigne ». Nous soupâmes en nombreuse compagnie à la table commune, lorsqu'il advint que l'on se mit à plaisanter sur la singularité et sur la simplicité des Suisses, touchant leur croyance au mesmérisme, au système physiognomonique de Lavater, etc. Un de mes compagnons dont l'amour-propre national souffrait de ces railleries, me pria de répondre quelque chose, et de m'adresser particulièrement à un jeune homme de mine plus relevée, qui nous faisait face et qui s'était laissé aller à une moquerie sans réserve.

      Il arriva que les événements de la vie dudit jeune homme venaient justement de passer devant mon esprit. Je lui demandai s'il me répondrait avec vérité et avec franchise si je lui racontais les incidents les plus secrets de son histoire, à lui qui m'était aussi peu connu que je l'étais de lui. Ce serait là, dis-je, surpasser quelque peu l'habileté physiognomonique de Lavater. Il me promit, si je disais la vérité, d'en convenir ouvertement. Je racontai donc les événements que m'avait fait connaître mon rêve-vision et la tablée apprit l'histoire de la vie du jeune commerçant, de ses années d'école, de ses peccadilles, et, finalement, d'un léger acte de fourberie, qu'il avait commis sur la caisse de son patron. Je fis la description de la pièce inhabitée, avec ses murs blancs, dans laquelle, à droite de la porte peinte en brun, s'était trouvé sur la table le petit coffre noir, etc. L'individu, très frappé, convint de l'exactitude de chaque incident rapporté par moi, et même, – ce à quoi je ne pouvais guère m'attendre, – du dernier. »

      Et après avoir narré cette aventure, le digne Zschokke continue à se demander calmement si petit-être, après tout, cette remarquable faculté, qu'il avait si souvent exercée, ne pourrait pas vraiment avoir toujours été le résultat d'une simple coïncidence duc au hasard !

      On ne trouve mention, dans les livres qui ont été écrits sur ce sujet, que relativement très peu de gens qui aient possédé cette faculté de voir dans le passé, et on pourrait par conséquent supposer que le fait est beaucoup moins fréquent qu'on ne l'imagine. Je soupçonne, quoi qu'il en soit, que la vérité est plutôt que cette faculté est bien moins fréquemment reconnue. Comme je l'ai déjà dit, il peut arriver très bien qu'une personne voie une image du passé sans la reconnaître pour telle, à moins qu'il ne s'y trouve quelque chose qui attire spécialement son attention, comme un individu en armes ou vêtu à l'antique. Une prévision a pu ne pas toujours être reconnue pour telle, au moment où elle a lieu ; mais la venue d'un événement prévu le rappelle d'une manière vivante à l'instant où se produit en fait, de sorte qu'il est peu probable qu'elle passe inaperçue. Il est donc à croire que les lueurs occasionnelles de ces réflexions astrales de clichés âkâshiques sont plus fréquentes que ne nous le feraient croire les récits qu'on en publie.




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