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La voie de l'occultiste - Tome 2

Annie Besant
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FRAGMENT I : LA VOIX DU SILENCE
Chapitre premier : La préface

      Charles Webster Leadbeater : Même au point de vue superficiel et entièrement physique, La Voix du Silence (1) est l'un des ouvrages les plus remarquables de notre littérature théosophique, – que nous considérions son contenu, son style ou son origine ; lui donnons-nous une étude plus attentive et avons-nous recours à l'investigation clairvoyante, notre admiration reste la même. Nous ne commettons pas l'erreur d'y voir un texte sacré, dont il faut accepter aveuglément chaque mot. Rien de semblable, car – nous le constaterons tout à l'heure – diverses erreurs et méprises secondaires s'y sont glissées. Par contre, toute personne qui pour cette raison considèrerait l'ouvrage comme indigne de confiance et mal composé, commettrait une erreur moins excusable encore.

      Mme Blavatsky était toujours très disposée à reconnaître et même à souligner le fait que dans toutes ses œuvres se rencontrent des inexactitudes. Dans les premiers temps, quand nous y trouvions telle improbabilité manifeste, nous la mettions assez naturellement de côté, avec respect, pensant que c'était là une de ces inexactitudes. Une étude plus approfondie nous ayant prouvé que, dans un nombre de cas surprenant, Mme Blavatsky avait en somme raison, nous apprîmes bientôt, l'expérience aidant, à nous montrer beaucoup plus prudents sur ce point et à nous fier à ses connaissances extraordinairement étendues et complètes dans les sujets les plus divers et les plus ignorés. Il n'y a pas lieu cependant de soupçonner dans une évidente faute d'impression un sens caché, comme l'ont fait certains étudiants trop crédules. N'hésitons pas à reconnaître que la profonde érudition de notre grande fondatrice en matière d'occultisme ne l'empêchait pas d'écrire incorrectement un mot thibétain ou même de se servir mal à propos d'un terme anglais.

      Dans sa préface, elle nous parle de l'origine du livre. Ces éclaircissements furent tout d'abord assez difficiles à accepter, mais des investigations récentes les rendent beaucoup plus compréhensibles. On a souvent donné à ses paroles un sens dépassant sa propre pensée ; d'où les affirmations extravagantes qui lui sont prêtées, mais en réunissant tous les éléments d'appréciation, on verra que ces reproches étaient sans fondement.

      Elle nous dit : « Les pages suivantes sont extraites du Livre des préceptes d'or, un des ouvrages que l'on met, en Orient, entre les mains des étudiants du mysticisme. Leur connaissance est obligatoire dans l'école dont les doctrines sont acceptées par nombre de théosophes. Sachant par cœur beaucoup de ces préceptes, il nm'a été assez facile de les traduire. » Et plus loin : « L'ouvrage d'après lequel je traduis fait partie de la série où ont été prises aussi les stances du Livre de Dzyan qui servent de hase à La Doctrine secrète. » Elle dit encore : « Le Livre des Préceptes d'or... contient environ quatre-vingt-dix petits traités distincts. »

      Tout d'abord, notre interprétation dépassant la pensée de Mme Blavatsky, nous crûmes que cet ouvrage était mis, en Orient, entre les mains de tous les étudiants et que l'école « où leur connaissance est obligatoire » était l'école même de la Grande Confrérie Blanche. Aussi, avant rencontré des occultistes avancés qui n'avaient jamais entendu parler du Livre des Préceptes d'or, fûmes-nous très surpris et assez disposés à les regarder de travers et à nous demander sérieusement si vraiment ils avaient pris la bonne voie ; mais depuis lors, nous avons appris bien des choses, entre autres un peu plus de perspective que nous n'en savions au début.

      Mieux informés également en ce qui concerne les Stances de Dzyan, plus nous devenaient familiers leur texte et leur caractère unique, plus il était évident que, ni La Voix du Silence, ni aucun autre ouvrage ne pouvaient avoir en réalilé la même origine.

      Le manuscrit original du Livre de Dzyan est entre les mains du Chef auguste de la Hiérarchie Occulte et nul ne l'a vu. Personne ne sait son âge, mais on croit que la première partie (c'est-à-dire les six premières stances) remonte à une époque antérieure à notre monde ; on croit même que ce n'est pas une histoire, mais une série d'instructions – plutôt une formule de création qu'un récit de la création. Il en est conservé une copie dans le musée de la Confrérie, la même copie (probablement le plus ancien livre de notre planète) vue par Mme Blavatsky et par plusieurs de ses disciples, si remarquablement décrite par elle dans La Doctrine Secrète. Cependant, le livre présente certaines particularités dont elle ne parle pas. Les pages semblent très fortement magnétisées, car il suffit d'en prendre une en main pour voir passer sous nos veux les événements qu'elle relate ; en même temps, l'observateur entend comme une description rythmique de ces événements, et cela dans son propre langage, autant du moins que ce langage est capable d'exprimer les idées de l'auteur. Le texte ne contient aucun mot mais seulement des symboles.

      En possession de tous ces renseignements, nous ne pourrions apprendre sans surprise qu'un autre ouvrage eut la même origine que les Stances sacrées et notre premier mouvement fut de croire à une erreur étrange. Cette extraordinaire contradiction nous incita même, tout d'abord, à dévouvrir l'auteur réel du Livre des Préceptes d'or ; cela fait, tout s'expliqua très simplement.

      Les différentes biographies de Mme Blavatskv nous apprennent qu'elle fit au Thibet un séjour de trois ans et qu'une autre fois elle essaya, sans y réussir, à pénétrer dans cette région interdite. Dans l'un ou l'autre de ces voyages, elle semble avoir assez longtemps habité dans les Himalayas un monastère alors dirigé par un élève du Maître Morya. Cette localité doit, il me semble, se trouver au Népâl plutôt qu'au Thibet, mais il est difficile d'en être certain. Là, Mme Blavatsky se livra très assidûment à l'étude et acquit un développement psychique considérable ; à cette époque de sa vie, elle apprit par cœur les différents traités dont elle fait mention dans sa préface. Les étudiants de ce monastère particulier sont tenus de les apprendre et ce livre contenant ces fragments y est regardé comme extrêmement précieux et sacré.

      Ce monastère est fort ancien : il eut pour fondateur, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le grand prédicateur et réformateur du Bouddhisme généralement connu sous le nom d'Aryasanga. On assure que l'édifice existait déjà deux ou trois siècles avant lui ; quoi qu'il en soit, l'histoire du monastère, en ce qui nous concerne, commence avec le séjour temporaire qu'y fit Aryasanga. C'était un homme dont la puissance et la science étaient grandes, déjà très avancé dans la Voie de la Sainteté. Dans une vie précédente il avait été, comme Dharmajioti, l'un des sectateurs immédiats de Notre Seigneur le Bouddha et ensuite, sous le nom de Clinias, l'un des principaux disciples de notre Maître Kouthoumi, incarné Lui-même en Pythagore. Après la mort de Pythagore, Clinias fonda dans Athènes une école destinée à l'étude de sa philosophie ; plusieurs des membres actuels de la Société Théosophique surent d'ailleurs profiter de cette occasion. Quelques siècles plus tard, il naquit sous le nom de Vasoubandhou Kanoushika, à Peshawar, alors appelé Pouroushapoura. Lors de son admission dans l'ordre des moines, il prit le nom d'Asanga – « l'homme sans entraves ». Quand il fut plus âgé, ses sectateurs, dans leur admiration pour leur chef, lui donnèrent un nom plus long – Aryasanga – sous lequel il est généralement connu comme auteur et comme prédicateur. Il atteignit, dit-on, un âge fort avancé, près de cent cinquante ans si la tradition dit vrai, et mourut à Rajagriha.

      Ses ouvrages sont nombreux : le principal de ceux dont il est parlé est le Yogacharya Bhoumishastra. Aryasanga fonda l'école bouddhiste Yogacharya, qui semble au début avoir tenté la fusion du Bouddhisme et du grand système philosophique dit Yoga, ou peut-être l'emprunt à ce dernier de ce qui pouvait être employé et interprété de façon bouddhiste. Il voyagea beaucoup et joua un rôle capital dans la réforme du Bouddhisme ; sa réputation grandit au point que son nom est cité avec ceux de Nagarjouna et d'Aryadeva ; ses trois hommes furent nommés les trois soleils du Bouddhisme, à cause de l'activité avec laquelle ils répandirent dans le monde sa lumière et sa gloire. Aryasanga vécut approximativement mille ans après notre Seigneur le Bouddha ; les érudits européens ne s'accordent pas sur ce point, mais aucun ne croit sa vie postérieure au VIIème siècle après J.-C. Pour nous, dans la Société Théosophique, il est connu dans sa vie actuelle comme un instructeur particulièrement affable, patient et bienveillant : c'est le Maître Djwal-Koul ; Il tient pour nous une place à part, car à l'époque où certains d'entre nous eurent l'honneur de le connaître, c'est-à-dire il y a une quarantaine d'années, Il n'avait pas encore atteint le but de l'évolution humaine et reçu l'initiation Aseka. De tous nos Maîtres, Il est donc le seul que, dans cette présente incarnation, nous ayons connu avant qu'Il ne devînt Adepte, au moment où Il était l'élève principal du Maître Kouthoumi. Le fait que, dans sa vie d'Aryasanga, Il introduisit le Bouddhisme au Thibet, explique peut-être pourquoi il a cette fois choisi un corps thibétain. Peut-être aussi existait-il certaines associations ou liens karmiques dont il voulait se libérer avant de recevoir la dernière initiation – celle de l'Adepte.

      Au cours de l'un de Ses grands voyages missionnaires, dans Sa vie d'Aryasanga, Il Se rendit à ce monastère himalayen et y séjourna ; Il y resta près d'une année, instruisit les moines, établissant en général l'organisation religieuse dans une très grande partie du pays et faisant du monastère comme une sorte de quartier général de la foi réformée ; il y laissa une impression et une tradition qui existent encore aujourd'hui. Parmi ses reliques, on conserve un livre auquel s'attache le plus grand respect : c'est le texte appelé par Mme Blavatsky Le Livre des Préceptes d'or. Aryasanga paraît l'avoir entrepris comme une sorte d'abrégé ou de réunion d'extraits, dans lequel Il inscrivait tout ce qu'Il jugeait devoir être utile à ses élèves, et tout d'abord les Stances de Dzyan – non pas en symboles, comme dans l'original, mais en langage écrit. Il prit bien d'autres extraits, dont quelques-uns empruntés aux œuvres de Nagarjouna, comme le dit Mme Blavatsky. Après son départ, ses élèves ajoutèrent au volume une série de comptes rendus (ou plutôt de sommaires) de ses conférences ou sermons : ce sont les « petits traités » dont parle Mme Blavatsky.

      Ce fut Alcyone, dans sa vie précédente, qui prépara et ajouta au Livre des Préceptes d'or les comptes rendus des discours d'Aryasanga, dont trois forment le sujet de notre présente étude. Nous devons donc cet inestimable petit volume an soin qu'il mit à le rédiger, comme dans la vie actuelle nous lui devons son pendant, l'admirable opuscule intitulé Aux Pieds du Maître. Cette vie d'Alcyone commença en 624 après J.-C. et s'écoula dans le nord de l'Inde. Alcyone fut dans cette vie-là reçu, encore tout jeune, dans l'ordre des moines bouddhistes ; il s'attacha vivement à Aryasanga qui l'emmena dans le monastère du Népâl où il le laissa pour aider et diriger les études de la communauté réorganisée par ses soins ; Alcyone s'acquitta de ces fonctions avec le plus grand succès, pendant environ deux ans (3).

      Si La Voix du Silence prétend à la même origine que les Stances de Dzyan, c'est uniquement parce qu'elle fut copiée dans le même volume. N'oublions pas non plus que si, dans ces traités, nous possédons une bonne partie de la doctrine d'Aryasanga, elle se trouve forcément très colorée par les préventions des hommes qui la recueillirent ; ils comprirent mal le réformateur, au moins dans certains passages dont le sens véritable leur échappa. En scrutant l'ouvrage, nous y trouverons, çà et là, des passages exprimant tels sentiments qu'Aryasanga ne peut guère avoir éprouvés, et dénotant une ignorance qui ne peut avoir été la sienne.

      Comme vous le remarquerez, Mme Blavatsky mentionne la traduction des préceptes, ce qui soulève des questions intéressantes ; nous savons, en effet, que l'arabe était la seule langue orientale qu'elle sût. Le livre est écrit dans des caractères qui me sont inconnus ; j'ignore aussi la langue employée ; celle-ci peut être le sanscrit, le pâli ou quelque dialecte prakrit, ou encore le népâlais ou le thibétain, mais les caractères ne sont pas ceux communément employés aujourd'hui. Il est du moins à peu près certain que sur le plan physique, Mme Blavatsky n'a pu connaître ni l'écriture ni la langue employée.

      Pour une personne capable de fonctionner librement dans le corps mental, il y a, pour arriver à comprendre un livre, des méthodes qui n'ont rien de commun avec la lecture ordinaire. La plus simple consiste à lire dans le mental de celui qui a étudié l'ouvrage, mais l'on peut objecter que l'on obtient ainsi, non pas le sens véritable, mais la façon dont il apparaît à l'étudiant, ce qui peut être tout autre chose. Une seconde manière consiste à examiner l'aura du livre ; ce terme exige quelques explications pour les personnes ignorantes du côté occulte de la nature. A cet égard, un manuscrit ancien diffère assez d'un livre moderne. Si ce n'est pas le travail original de l'auteur lui-même, il a en tout cas été copié textuellement par une personne d'une certaine éducation et d'une certaine intelligence, connaissant le sujet du livre et, sur ce point, ayant ses opinions propres. Il faut se rappeler que la copie, généralement faite avec un stylet, est un procédé presque aussi lent et aussi laborieux que la gravure ; le scripteur imprime donc fortement sa pensée sur la copie.

      C'est pourquoi tout manuscrit, même récent, est toujours entouré d'une certaine aura mentale qui permet d'en comprendre le sens général, ou plutôt l'idée que s'est faite une seule personne et du sens et de la valeur de ce manuscrit. A chaque lecture, cette aura mentale s'accroît et, si le manuscrit est étudié sérieusement, l'addition est naturellement considérable et de grande valeur. Un livre qui a passé par de nombreuses mains présente une aura généralement mieux équilibrée, délimitée et complétée par les vues opposées, propres aux nombreux lecteurs. La psychométrie d'un livre semblable procure d'habitude une connaissance assez complète de son contenu, mais avec une marge assez importante représentant des opinions non exprimées dans le livre, opinions qui sont celles des différents lecteurs.

      Il en est à peu près de même d'un livre imprimé, sauf qu'à l'origine il n'y a pas eu de copiste ; au commencement de sa carrière, le volume ne présente donc le plus souvent que des fragments sans lien, provenant des pensées du relieur et du libraire. Il semble en outre que peu de lecteurs, à notre époque, apportent à l'étude le même sérieux et la même application que leurs devanciers ; voilà pourquoi les formes-pensées entourant un livre moderne ont rarement la précision et la netteté de celles qui entourent les manuscrits anciens.

      Un troisième procédé, exigeant des facultés d'un ordre supérieur, consiste à se placer complètement au delà du livre et du manuscrit et à se mettre en rapport avec le mental de l'auteur. Si le livre est dans une langue étrangère, si le sujet en est complètement ignoré, s'il n'y a point d'aura pour fournir d'utiles indications, il ne reste qu'à remonter le cours de son histoire, à chercher sur quel ouvrage il a été copié (ou imprimé, suivant le cas) et ainsi à déterminer sa descendance jusqu'à l'auteur. Si le sujet de l'ouvrage est connu, une méthode moins fastidieuse est celle de soumettre ce sujet à la psychométrie, d'entrer en contact avec le courant de pensée général qui le concerne et ainsi de découvrir l'écrivain particulier et de constater ce qu'il pense. Dans un certain sens, toutes les pensées se rattachant à un sujet donné peuvent être appelées locales, étant concentrées autour d'un point donné de l'espace, si bien qu'en visitant ce point on peut atteindre tous les courants mentaux qui se réunissent autour du sujet, bien que, naturellement, ces derniers se rattachent par des millions de lignes à toutes sortes de sujets différents.

      En admettant qu'à cette époque ses facultés de clairvoyance aient été suffisantes, Mme Blavatsky a pu employer une de ces méthodes pour arriver à comprendre le sens des traités formant le Livre des Préceptes d'or, mais, sans preuves à l'appui, comment assurer que son travail est une traduction ? Restent quelques possibilités assez lointaines. De nos jours, personne, dans ce monastère himalayen, ne parle aucune langue européenne, mais quarante ans au moins s'étant écoulés depuis le séjour qu'y fit Mme Blavatsky, bien des changements ont dû avoir lieu. On sait que, de temps à autre mais très rarement, des étudiants indiens sont venus puiser à cette source de la science archaïque et, si nous pouvons admettre que la visite d'un de ces étudiants ait coïncidé avec la sienne, peut-être aussi savait-il à la fois l'anglais et la langue du manuscrit ou au moins celle d'autres habitants du monastère, capables de lire personnellement le manuscrit et par conséquent d'en donner lecture à Mme Blavatsky.

      Enfin, et c'est assez curieux, il n'est pas impossible qu'elle ait reçu dans sa langue maternelle les instructions en question. Des tribus bouddhistes, probablement d'origine tartare, se sont fixées en assez grand nombre en Russie d'Europe, sur les rives de la Volga. Or, il paraît que leurs membres, pourtant fort éloignés du Thibet en ce qui concerne le plan physique, le considèrent toujours comme leur terre sainte et y font de temps à autre des pèlerinages. Les pèlerins y séjournent parfois pendant plusieurs années, comme élèves, dans les monastères thibétains ou népâlais et, comme l'un d'eux pourrait parler à la fois le russe et son propre dialecte mongol, nous voici en présence d'une façon nouvelle dont Mme Blavatsky a pu communiquer avec ses hôtes.

      En tout cas, il est évident que nous ne pouvons nous attendre à une reproduction verbale exacte de ce qui fut dit par Aryasanga lui-même à ses disciples. Dans le recueil archaïque, nous ne possédons pas ses paroles, mais bien ce qu'en ont retenu ses disciples, et, de ce souvenir, nous n'avons maintenant sous les yeux que la traduction d'une traduction ou le résumé de l'impression mentale générale produite par le sens. Bien entendu, rien ne serait plus facile pour l'un de nos Maîtres, ou pour l'auteur lui-même, de donner une traduction anglaise directe et fidèle mais, comme Mme Blavatsky déclare nettement que la traduction est d'elle-même, cette manière de faire ne fut évidemment pas adoptée.

      En même temps, la description que nous a faite un témoin oculaire de la rapidité avec laquelle fut accompli le travail, donne à penser qu'une certaine assistance lui a été rendue, peut-être même à son insu. Voici, sur ce point, le récit du Dr Besant :

      Elle l'écrivit à Fontainebleau. La plus grande partie du travail se fit quand j'étais auprès d'elle ; j'étais assise dans la chambre pendant qu'elle écrivait. Je sais qu'elle n'employait aucun livre. Elle écrivait sans arrêt, pendant des heures, absolument comme si c'était de mémoire ou en lisant un texte invisible. Dans la soirée, elle nous montra le manuscrit que je lui avais vu écrire quand j'étais auprès d'elle et me demanda – à d'autres aussi – d'en corriger l'anglais, car elle nous dit l'avoir écrit si vite que le style devait sûrement être défectueux. Or, nous n'eûmes à changer que peu de mots à ce texte, qui reste une œuvre littéraire d'une beauté merveilleuse.

      Il est enfin possible qu'elle ait fait la traduction anglaise pendant son séjour au monastère, et qu'à Fontainebleau elle l'ait lue à distance, ce que dans d'autres occasions je lui ai souvent vu faire.

      Le six écoles de philosophie hindoue qu'elle mentionne, dans la première page de la préface, sont les écoles Nyaya, Vaisheshiki, Sankhya, Yoga, Mimansa et Vedanta. Chaque instructeur, nous dit-elle, a son système à lui, qu'en général il tient très secret. Ceci est naturel, car il ne veut pas assumer la responsabilité des résultats que déterminerait l'essai de sa méthode par toutes sortes de personnes inaptes et mal préparées, inconvénient inévitable si elle était connue. Aux Indes, aucn instructeur digne de ce nom ne se charge d'un élève à moins de le garder sous ses yeux ; en lui prescrivant certains exercices, il peut ainsi en surveiller l'effet et les interrompre immédiatement s'ils laissent à désirer. C'est là, en matière d'occultisme, une coutume immémoriale ; c'est aussi – on ne peut le contester – la seule façon de progresser véritablement, avec rapidité et sécurité. La première et la plus difficile des tâches imposées à l'élève est de mettre fin au chaos qui règne en lui-même, d'éliminer une foule d'intérêts secondaires et de maîtriser les pensées vagabondes ; il doit y arriver par l'incessante pression de la volonté imposée pendant de longues années à tous ses véhicules.

      L'auteur nous dit que si les systèmes d'instruction diffèrent en deçà des Himalayas suivant les écoles ésotériques, au delà ils sont identiques. Soulignons ici le mot ésotériques car, en ce qui concerne la religion exotérique, nous savons que les corruptions et les pratiques magiques perverses sont pires sur le versant nord que sur le versant méridional. Peut-être même pouvons-nous prendre l'expression « au delà de l'Himalaya » dans un sens plus symbolique que strictement géographique et, comme beaucoup de personnes le supposent, ce serait dans les écoles reconnaissant l'autorité de nos Maîtres que l'enseignement est uniforme. C'est très vrai dans un certain sens – de tous le plus important – mais qui, sans une explication précise, pourrait égarer le lecteur. Toutes sont identiques en ce sens que, pour toutes, une vie vertueuse est le seul chemin conduisant au développement occulte et la victoire sur le désir la seule manière de s'en délivrer. Il existe des écoles d'occultisme suivant lesquelles la vertu impose des limitations inutiles ; elles enseignent certains genres de développement psychique mais ne se préoccupent en rien de l'usage que pourraient faire ensuite leurs élèves des connaissances acquises. D'autres affirment qu'il faut satisfaire tous les désirs possibles afin de parvenir par la satiété à l'indifférence. Aucune école professant l'une ou l'autre de ces opinions n'est sous la direction de la Grande Confrérie Blanche ; dans tout établissement qui se rattache à elle, même de fort loin, une vie pure et un but élevé sont les conditions premières et indispensables.

      Dans le paragraphe suivant, la préface contient deux des trois inexactitudes mininmes dont j'ai parlé. Notre auteur mentionne : « le grand ouvrage mystique appelé Paramârtha remis, dit-on, à Nagardjouna par les Nâgas ». Le grand ouvrage de Nagardjouna était intitulé, non Paramârtha mais Prajna Paramita – c'est-à-dire la sagesse permettant d'atteindre la rive opposée. Il n'en est pas moins vrai que ce livre traite de la paramartha satya ou conscience du sage qui lui permet de vaincre l'illusion. Nagardjouna – comme nous le disions tout à l'heure – est l'un des trois grands instructeurs bouddhistes des premiers siècles de l'ère chrétienne ; il mourut, croit-on, en 180 après J.-C. Les Théosophes le connaissent aujourd'hui sous le nom du Maître Kouthoumi. Les auteurs exotériques lui donnent parfois pour rival Aryasanga, mais, connaissant les relations étroites qui les unissaient en Grèce, dans une existence précédente et de nouveau dans la vie actuelle, nous voyons immédiatement l'impossibilité d'une semblable rivalité. Il est très possible qu'après leur mort, leurs disciples aient essayé d'opposer la doctrine de l'un à celle de l'autre comme le font souvent les élèves dans leur zèle peu éclairé ; mais nous trouvons la preuve du parfait accord des deux instructeurs dans le fait qu'Aryasanga conserva précieusement une grande partie des œuvres de Nagardjouna, qu'il transcrivit dans le livre d'extraits destinés à ses disciples.

     Il n'est pourtant pas certain que le Prajna Paramita soit l'œuvre de Nagardjouna car, suivant la légende, le livre lui fut remis par les Nagas ou serpents. Mme Blavatsky voit dans cette appellation un nom donné jadis aux Initiés ; elle peut avoir raison, bien qu'il existe une autre possibilité fort intéressante. J'ai découvert que les Aryens nommaient Nagas ou serpents l'une des grandes tribus ou clans de la sous-race Toltèque des Atlantes que précédait dans la bataille, en guise d'étendard, un serpent d'or enroulé autour d'une hampe. Ceci peut avoir été un totem ou symbole de tribu ou même simplement l'emblème adopté par une grande famille. Cette tribu ou famille a dû jouer un rôle capital dans la colonisation primitive, par les Atlantes, de l'Inde et des contrées qui existaient alors au sud-est de la péninsule. Les Nagas sont cités parmi les habitants aborigènes de Ceylan quand Vijaya et ses compagons y débarquèrent. On pourrait donc interpréter la légende en disant que Nagardjouna reçut le livre d'une race plus ancienne ; en d'autres termes que c'est un texte atlante. Si, comme on l'a soupçonné, certains des Oupanishads proviennent de la inénie source, comment s'étonner de l'identité des doctrines constatée dans la même page par Mme Blavatsky ?

      Le Gnyaneshwari (orthographié Dhyaneshwari dans la première édition) n'est pas un ouvrage sanscrit ; il fut écrit en marathi au treizième siècle de notre ère.

      A la page suivante, nous trouvons mentionnée l'école yogatcharya (plus exactement yogatchara) du Mahayana. J'ai déjà parlé de la tentative d'Aryasanga, mais quelques mots sur une question très disputée, celle des yanas, ne seront peut-être pas inutiles. L'église bouddhiste contemporaine comprend deux grandes divisions : celle du nord et celle du sud. La première comprend la Chine, le Japon et le Thibet ; la seconde règne à Ceylan, au Siam, en Birmanie et au Cambodge. L'église du nord passe pour adopter le Mahayana et l'église du sud. le Hinayana, mais, pour avoir le droit de l'affirmer, il faut s'entendre sur la signification d'un mot qui prête fort à la discussion. Yana signifie véhicule et l'on est d'accord pour l'appliquer au Dhamma (la Loi), au vaisseau qui, à travers l'océan de la vie, nous porte au Nirvâna. Pourtant, il existe cinq théories touchant le sens exact qu'il faut donner au mot en question :

      1. Il se rapporte simplement au dialecte dans lequel fut écrite la Loi. Le Grand Véhicule serait par hypothèse le sanscrit, et le Petit Véhicule le pâli. Cette théorie me paraît insoutenable.

      2. Hina semble pouvoir signifier moyen ou facile, autant que petit. On pourrait ainsi regarder l'Hinayana comme le chemin moyen ou plus aisé menant à la libération, l'irréductible minimum de savoir et de bonne conduite indispensable pour l'atteindre. Le Mahayana est la doctrine plus complète et plus philosophique à laquelle s'ajoutent beaucoup de connaissances relatives aux règnes supérieurs de la nature. Inutile de dire que cette interprétation vient de source Mahayana.

      3. Le Bouddhisme, avec l'invariable respect qu'il témoigne aux autres religions, les regarde toutes comme des chemins vers la libération, bien qu'il considère la méthode enseignée par son fondateur comme la voie la plus courte et la plus sûre. Le Bouddhisme représente alors le Mahayana ; de son côté, Hinayana comprend le Brahmanisme, le Parsisme, le Jaïnisme et toutes les religions en existence à l'époque où se trouve formulée la définition.

      4. Les deux doctrines sont simplement les deux degrés d'une seule – l'Hinayana pour les Shravakas ou auditeurs, et le Mahayana pour les étudiants plus avancés.

      5. Il ne faut pas donner précisément au mot yana le sens primaire de « véhicule », mais plutôt un sens secondaire dont l'équivalent en français est à peu près le mot « carrière ». Selon cette interprétation, le Mahayana propose à l'homme « la grande carrière » consistant à devenir un Boddhisattva et à se dévouer au bien du monde ; l'Hinayana, au contraire, se borne à lui montrer « la carrière moindre », consistant à régler sa vie de façon à parvenir pour son propre compte au Nirvâna.

      L'église bouddhiste du nord est à celle du sud ce que les Catholiques sont aux Protestants parmi les Chrétiens. L'égise du nord ressemble à l'église catholique ; elle a amplifié la doctrine de Notre Seigneur le Bouddha ; par exemple, elle adopta une bonne part du culte primitif qu'elle trouva dans le pays, comme les cérémonies en l'honneur des esprits de la nature ou forces naturelles déifiées. Quand les missionnaires chrétiens se rendirent parmi les Bouddhistes du nord, ils trouvèrent des cérémonies si pareilles aux leurs qu'ils y virent un plagiat d'inspiration diabolique, et, quand il leur fut nettement prouvé que ces cérémonies existaient avant l'ère chrétienne, ils dirent que c'était « un plagiat par anticipation » !

      Dans les Ecritures bouddhistes, comme dans toutes les autres, on trouve des contradictions ; l'église du sud s'appuie donc sur certains textes et, craignant toute excroissance, elle ignore les autres textes ou les appelle des interpolations ; elle ne présente donc pas autant de largeur que l'église du nord. En voici un exemple. Notre Seigneur le Bouddha, dans Ses sermons, a toujours combattu l'idée, évidemment très répandue à Son époque, que la personnalité pouvait être permanente. De même parmi les Chrétiens, l'idée que nos personnalités survivent toujours est très répandue. Mais, tout en enseignant que, de toutes les choses auxquelles s'identifient les hommes, il n'en est pas d'éternelle, Il fit les déclarations les moins équivoques relativement à nos vies successives. Il emprunta des exemples à des vies précédentes, et, un roi lui ayant demandé à quoi ressemblait le souvenir d'existences passées, le Bouddha lui répondit : « C'est comme si l'on se rappelait ce que l'on fit hier et les jours précédents en visitant tel ou tel village. » Cependant, l'église du sud enseigne aujourd'hui que le Karma seul persiste et non pas l'ego ; comme si l'homme après avoir généré dans une vie une certaine somme de Karma devait ensuite mourir, sans qu'il subsiste rien de lui, alors qu'en naissant, une autre personne devait subir le Karma dont elle n'est pas l'auteur.

      Les Bouddhistes du sud, tout en enseignant que le Karma seul survit, parlent d'atteindre le Nirvana ; si bien que si vous demandez à un moine pourquoi il porte une robe jaune, il vous répond : « C'est pour arriver au Nirvana. » Lui demandez-vous : « Dans cette vie ? », il répond sans tarder : « Oh! non, il faudra bien des vies ». De même, en terminant tout sermon, un moine bénit les assistants en disant : « Puissiez-vous arriver au Nirvana. » Lui demandez-vous encore s'ils y parviendront dans la vie présente, il répond : « Non, il leur faudra des vies nombreuses. » Ainsi, bien que la doctrine soit tout autre, persiste la croyance courante que la vie individuelle est ininterrompue.

      Mme Blavatsky consacre deux pages à la question des diverses formes d'écriture adoptées dans les monastères de l'Himalaya. En Europe et en Amérique, l'alphabet romain est si répandu, si universellement employé, que, pour nos lecteurs occidentaux, il est bon d'expliquer qu'en Orient c'est tout autre chose. Chacun des nombreux dialectes orientaux – le tamil, le telougou, le cinghalais, le malayalam, l'hindi, le goudjarati, le canarese, le bengali, le birman, le népâlais, le thibétain, le siamois, et bien d'autres encore – a son propre alphabet et son écriture spéciale. La personne qui emploie l'un de ces dialectes lorsqu'elle cite un texte étranger, emploie pour cela ses propres caractères. De même un écrivain anglais, ayant à citer une phrase allemande ou russe l'écrirait sans doute, non pas en caractères allemands ou russes, mais en caractères romains. Quand il s'agit d'un manuscrit oriental, deux points sont donc toujours à considérer : le langage et les caractères ; il s'en faut qu'ils soient toujours d'accord.

      Si j'examine, à Ceylan, un livre en feuilles de palmier, il présente – c'est à peu près certain – les beaux caractères cinghalais, mais il ne s'ensuit pas du tout que la langue soit cinghalaise ; il se peut tout aussi bien que ce soit le pali, le sanscrit ou l'élou ; même possibilité s'il s'agit de toute autre écriture. Aussi, en disant que les préceptes sont parfois écrits en thibétain, Mme Blavatsky veut-elle probablement dire en caractères thibétains et non pas forcément en langue thibétaine. Je n'ai jamais eu l'occasion de voir les singuliers signes cryptographiques dont elle donne la description, dans lesquels des couleurs et des animaux représentent les lettres. Dans le même paragraphe, elle mentionne les trente lettres simples de l'alphabet thibétain ; elles sont bien connues. Par contre, comment interpréter ce qu'elle dit un peu plus loin des trente-trois lettres simples ? Si les quatre voyelles n'y sont pas comprises, elles ne sont que trente, et, dans le cas contraire, il y aurait naturellentent trente-quatre lettres et non trente-trois. Quant aux lettres composées, leur dénombrement est variable ; une grammaire que j'ai sous les yeux en donne plus de cent, mais Mme Blavatsky ne veut sans doute parler que des lettres communément employées. Ce qu'elle dit d'un des modes d'écriture chinoise me rappelle un souvenir intéressant. Pendant mon séjour à Ceylan, deux moines bouddhistes venus de l'intérieur de la Chine nous rendirent visite ; ils ne parlaient aucune langue qui nous fût connue. Or, nous avions heureusement auprès de nous quelques jeunes étudiants japonais, grâce à l'admirable combinaison imaginée par le colonel Olcott et suivant laquelle chacune des deux églises, celle du nord et celle du sud, enverrait quelques-uns de ses néophytes pour se familiariser avec les méthodes et la doctrine de l'autre. Ces jeunes gens ne comprenaient pas un seul mot de ce que disaient les moines chinois mais, au moyen de l'écriture, ils arrivèrent à échanger des idées avec eux. Pour les Japonais, les symboles écrits avaient le même sens, bien que différemment. De même un Français et un Anglais comprendraient parfaitement une rangée de chiffres, bien que l'un les nommât « un, deux, trois », et l'autre « one, two, three ». On pourrait en dire autant des notes en musique. Mon entretien avec les moines fut donc très curieux et intéressant. Chacune de mes questions était d'abord traduite en cinghalais par l'un de nos collègues, afin que l'étudiant japonais pût la comprendre ; celui-ci l'écrivait ensuite, au pinceau, dans les caractères communs aux Chinois et aux Japonais. A son tour, le moine chinois la lisait, écrivait sa réponse en employant les mêmes caractères, finalement traduits en cinghalais par l'étudiant japonais et en anglais par notre collègue. Bien que dans ces conditions, la conversation fût lente et un peu imprécise, l'expérience ne manquait pas d'intérêt.


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(1)  La Voix du Silence, fragments choisis du Livre des préceptes d'or, à l'usage journalier des lanous (disciples), traduit et annoté par Helena Petrovna Blavatsky. Traduit de l'anglais par Amaravella, Paris, 1899 (N. d. T.).

(2)  Voyez Les Vies d'Alcyone.




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