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La voie de l'occultiste - Tome 2

Annie Besant
© France-Spiritualités™






FRAGMENT II : LES DEUX SENTIERS
Chapitre XIX : La voie de l'Arhat

      Les Arhans et les sages à la vision infinie sont rares comme la fleur de l'arbre Oudoumbara. Les Arhans naissent à l'heure de minuit, en même temps que la plante sacrée aux neuf et sept tiges, la sainte fleur qui s'entr'ouvre et s'épanouit dans les ténèbres, sous la pure rosée et sur le lit glacé des hauteurs coiffées de neige, hauteurs jamais foulées par les pieds des pécheurs.


      Charles Webster Leadbeater : Au degré actuel de l'évolution, très peu d'hommes sont encore devenus Arhats ; c'est bien naturel, car l'humanité n'est supposée atteindre l'initiation de l'Asekha qu'à la fin de la septième ronde, et que sept vies seulement en séparent l'initiation de l'Arhat. Pourtant, celle-ci est tout à fait à notre portée ; il s'agit principalement de comprendre la nature du but et puis de vouloir l'atteindre. Sous l'influence de Notre Seigneur le Bouddha, des milliers d'hommes devinrent Arhats en conséquence de Son formidable magnétisme. Bientôt, Son successeur sera au milieu de nous, ce qui nous vaudra des avantages exceptionnels.

      Le symbolisme de ce passage se prête sans doute à diverses interprétations. L'heure de minuit peut très bien signifier le moment le plus sombre précédant l'aurore, le moment où le candidat semble abandonné de tous, même par son Maître. C'est à la Quatrième Initiation que le septième principe devient actif, quand le candidat s'approche du plan atmique. La plante sacrée aux sept tiges, comme aussi le nombre neuf, peuvent symboliser cela, car le septième principe présente en réalité une triade dans l'unité – triade qui, s'ajoutant aux six autres, donne neuf. Les Hindous confèrent au nombre neuf le caractère le plus sacré.

      Pour développer les qualités exigées du candidat avant de recevoir cette Initiation, il faut absolument subir les plus grandes épreuves et descendre au plus profond des ténèbres. La fleur sainte ne s'ouvre et ne s'épanouit que dans cette obscurité, tout en résultant du développement réalisé sur le plan bouddhique.


      Aucun Arhan, ô Lanou, ne devient tel dans l'incarnation où pour la première fois l'âme commence à aspirer vers la délivrance finale. Pourtant, ô Toi qui es anxieux, à aucun guerrier s'offrant volontairement pour combattre dans l'ardente lutte entre les vivants et les morts, à aucune recrue ne peut jamais être refusé le droit d'entrer dans le sentier qui mène vers le champ de bataille.
      Car il doit vaincre ou succomber.
      S'il est vainqueur, Nirvana est à lui. Avant qu'il ne rejette l'ombre de sa dépouille mortelle, cette cause féconde de l'angoisse et de la douleur sans limites, en lui les hommes honoreront un grand et saint Bouddha.
      Et s'il succombe, alors même il ne succombera pas en vain : les ennemis qu'il aura tués dans sa dernière bataille ne reviendront pas à la vie dans sa prochaine incarnation.
      Mais si tu veux atteindre Nirvana ou rejeter le prix, ne prends pas pour motif l'action et l'inaction, homme au cœur indomptable.
      Sache que le Bodhisattva qui renonce à la délivrance pour se vêtir des misères de la vie secrète, est appelé trois fois honoré, ô candidat de la douleur à travers les cycles.


      Le Swami T. Subba Rao interprétait la lutte entre les vivants et les morts comme l'opposition entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. On se rappellera que, dans les enseignements donnés à Alcyone, cette distinction a été faite également par le Maître Kouthoumi ; les hommes, disait-Il, ne forment que deux catégories : ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont vu le chemin et ceux qui ne l'ont pas aperçu encore. Les plus à plaindre, disait-Il encore, ne sont pas les bigots et les intolérants, mais les millions d'hommes qui, ne se doutant pas qu'au delà des choses d'ici-bas rien puisse mériter leurs efforts, sont heureux dans leur ignorance. Mme Blavatsky voyait dans cette lutte le combat entre l'ego immortel ou supérieur et l'ego personnel ou inférieur, représentant respectivement le vivant et le mort.

      Pour ceux qui désirent vraiment se rapprocher du sentier occulte, la porte n'est jamais fermée ; à toute personne éprouvant ce désir doit être donnée une occasion d'essayer ; échoue-t-elle, sa tentative n'aura pas été inutile, car certains de ses ennemis, ses vices et ses vertus, auront été détruits ; elle en sera délivrée. Il est rare que l'on pèche assez gravement pour rétrograder dans l'échelle de la vie, et par exemple aux Indes, revenir dans une caste inférieure ; mais si un homme s'adonne à un genre de magie noire comportant les pratiques les plus perverses et les plus actives et qu'il y mette une très grande énergie, il peut complètement arracher à l'ego la personnalité et générer de la sorte un si mauvais Karma qu'il se trouvera forcé de revenir aux conditions primitives. Ces cas sont très rares. Une personne qui s'est montrée franchement indigne de sa classe ou caste est en général replacée dans un milieu pénible, dans la même classe ou immédiatement au-dessous. Par contre, rien ne serait moins sage que de ne pas essayer de s'élever, par crainte de la chute qui, pour l'homnre arrivé à une position supérieure, comportant des responsabilités plus graves, n'est pas impossible.

      D'autre part, si l'homme est vainqueur, il sera honoré, dit le texte, comme un grand et saint Bouddha. L'Arhat n'est évidemment pas un Bouddha, dans le sens technique de ce mot, mais il est bouddha, c'est-à-dire sage ou éclairé.

      Suivant l'explication de Mme Blavatsky, la « vie secrète » est celle du Nirmanakaya. Le terme est appliqué ici dans un sens général, non seulement à ceux qui s'arrêtent au seuil de la libération afin de remplir la réserve de force spirituelle, mais encore à tous ceux qui restent en arrière, y compris par conséquent les Membres officiels de la Hiérarchie, tels que nos Maîtres. Mais aujourd'hui, nous appelons ainsi, exclusivement, ceux qui après avoir reçu la Cinquième Initiation prennent l'une des sept grandes directions – ceux qui alimentent la réserve.

      Nous retrouvons ici l'idée d'une voie douloureuse. L'expression risque d'induire en erreur et n'est peut-être pas celle qu'il faudrait. Un Maître qui emploie le corps physique ne goûte pas, il est vrai, la jouissance d'agir sur le plan nirvanique, mais à l'idée qu'Il souffre, Il répondrait par un sourire. Quand l'homme est parvenu à la conscience nirvanique, le fait de conserver un corps physique ne la lui fait pas perdre, sauf quand il est actif sur les plans inférieurs. A tout moment, dans l'intervalle de deux lettres à écrire ou de deux occupations quelconques, Il peut retrouver la Conscience supérieure et poursuivre sa tâche spéciale qui est beaucoup plus satisfaisante, et à tous égards plus magnifique et plus délicieuse, que personne ne pourrait ici-bas l'imaginer.

      Revenir des plans les plus élevés à l'existence physique, c'est passer, il est vrai, du soleil aux ténèbres d'un cachot ; mais vous n'y feriez pas attention s'il se trouvait en ce lieu une personne très aimée que vous voudriez secourir. La vie physique impose la renonciation à la gloire d'en haut, mais la volonté d'assistance remplit à ce point l'âme que toute souffrance est certainement absente. D'ailleurs, à un degré d'évolution bien moins avancé, une personne qui, informée des souffrances d'une autre et pouvant lui donner une assistance efficace, ne répondrait pas à cet appel et irait chercher son plaisir ailleurs, éprouverait ensuite de vifs remords ; sa propre souffrance serait donc finalement plus grande que si elle avait tout d'abord renoncé à son plaisir. En réalité, la joie suprême pour nous tous consiste à faire tout le bien qui nous est possible.

      Un grand nombre de candidats, sans faire de chutes, n'ont pas le sentiment de progresser. Beaucoup sont disposés au découragement et se figurent que leurs efforts ont été vains, puisqu'ils n'ont donné aucun résultat visible. Ces candidats ne doivent pas se laisser ainsi déprimer ; ce serait altérer l'atmosphère astrale pour autrui – et par conséquent agir avec égoïsme. Mais, à un point de vue tout différent, ce serait déraisonnable, car ils devraient savoir que leurs progrès intérieurs sont constants. Bien avant qu'ils n'en deviennent conscients dans le cerveau physique, leur corps astral et peut-être leur corps mental ont été organisés par la méditation, et rien ne prouve que, dans les mondes intérieurs, ces personnes n'accomplissent, de diverses façons, un travail très réel et très utile. Il peut sembler que dans leur vie elles n'aient réussi en rien ; pourtant, elles auront obtenu bien des résultats qui, reportés sur la vie prochaine, leur permettront alors de faire des progrès marqués, peut-être même sur le plan physique.

      Dans toute vie, l'homme développe de bonnes et de mauvaises qualités. Celles-ci se manifestent sur les quatre sous-plans inférieurs du plan astral et, comme ces derniers ne peuvent indirectement influencer que les quatre sous-plans inférieurs du plan mental, l'ego n'en est aucunement affecté. Les seules émotions susceptibles de se montrer sur les trois sous-plans supérieurs sont les bonnes, telles que l'amour, la sympathie, la dévotion ; celles-ci affectent l'ego dans le corps causal, puisqu'elles ont leur siège sur les sous-plans correspondants du corps mental. Ainsi tout sentiment, toute pensée de nature élevée peuvent donc, même de cette façon mécanique, exercer une action permanente sur le Moi supérieur. Et comme c'est l'ego qui suit le Sentier, chaque effort judicieux lui vaut un progrès marqué. Il n'y a donc aucune raison pour désespérer, ni pour remettre à demain ce que nous pouvons faire aujourd'hui, car nous ne pouvons tout faire à la fois.


      Le Sentier est un, disciple, et pourtant à la fin, il est double. Ses étapes sont marquées par quatre et sept portails. A une extrémité – bonheur immédiat ; à l'autre – bonheur différé. Tous deux sont la récompense du mérite. Le choix est entre tes mains.
      L'un devient les deux, l'ouvert et le secret. Le premier conduit au but, le second à l'immolation de soi-même.
      Quand tu as sacrifié le changeant au permanent, le prix est à toi ; la goutte retourne là d'où elle est venue. Le Sentier ouvert mène à l'immuable changement, au Nirvana, au glorieux état d'absolutisme, à la béatitude qui dépasse la pensée humaine.
      Ainsi, le premier Sentier est la délivrance.


      Oui, le Sentier est unique – c'est le développement du caractère. A cet égard, les possibilités sont infinies pour l'ego ; les plus hautes qualités des plus grands hommes existent en germe dans tous nos semblables et fleuriront tôt ou tard. Et finalement, quand se trouvent accomplis tous ls progrès possibles dans le règne humain, avec les limitations du cerveau et du milieu humains, le sentier se dédouble et il faut choisir entre la libération et la renonciation. Ici, libération signifie l'acceptation du nirvana, bien que ce mot indique parfois l'évasion, à un niveau inférieur, de la roue des naissances et des morts, comme déjà nous l'avons vu en étudiant Aux Pieds du Maître.

      Les personnes qui ne sont pas rattachées à la Loge Blanche emploient d'autres méthodes qui déterminent souvent des facultés psychiques relativement élevées. Mais, le sentier de la magie grise ne présentant pas les restrictions sagement apportées à celle qu'enseigne la Grande Loge Blanche, l'homme tôt ou tard abuse de ses facultés, car la tentation est trop forte. Il arrive cependant que les personnes ainsi engagées sur d'autres lignes finissent par connaître la vraie doctrine et se vouent an service de la Loge. En Amérique surtout, l'occultisme de la variété grise se professe beaucoup de façon plus ou moins ouverte. Mais le vrai sentier est un – c'est le Sentier de la Sainteté, la formation du caractère.

      Les quatre portails mentionnés ici sont les quatre initiations menant au grade d'Arhat ; nous les avons longuement décrites dans Les Maîtres et le Sentier. Suivant un autre classement, il y a sept étapes, comme nous le verrons dans le troisième fragment publié dans le présent volume.

      Quand l'aspirant a réalisé sur ce sentier les plus hauts progrès possibles, il retrouve le souvenir de ses vies passées, bien qu'en même temps sa conscience, immensément élargie, embrasse des multitudes d'êtres ; il comprend enfin que sa force et son amour ne sont pas à lui, mais la force et l'amour divins. Seule, la séparativité a disparu, et si l'homme regarde en arrière il s'aperçoit qu'il a vécu dans un état d'illusoire isolement. Il voit aussi que ses existences antérieures ont été fort ternes ; que les tournants importants n'ont pas été, en général, les événements qu'il jugeait les plus frappants et les plus importants alors qu'il en faisait l'expérience, mais que, très souvent, les mêmes circonstances de la vie quotidienne étaient la cause initiale des progrès les plus sérieux.


      Mais le second sentier est le renoncement ; aussi est-il appelé le Sentier de douleur.
      Le sentier secret conduit l'Arhan à une inénarrable douleur mentale ; la douleur pour le mort vivant, et l'impuissante pitié pour les hommes voués à la misère karmique, fruit du Karma, que les sages n'osent adoucir.
      Car il est écrit : Enseigne à fuir toutes causes ; l'onde de l'effet, comme la grande vague de la marée, tu la laisseras suivre son cours.


      L' « inénarrable douleur mentale » de l'Arhan (autre forme du mot Arhat) éprouvée sur le sentier secret, signifie la douleur due à la sympathie. L'Arhan voit toute la souffrance et toute l'affliction humaines, mais toute la joie lui apparaît en même temps. Il éprouve la plus vive compassion pour les « morts vivants », c'est-à-dire pour la grande majorité des hommes qui ne savent même pas qu'il existe un but méritant leurs efforts. A cette douleur mentale s'ajoute « l'impuissante pitié », éveillée par le spectacle de la souffrance karmique, fruit de la déraison, et qu'il ne peut – nous devrions plutôt dire n'ose – soulager. Nous pouvons expliquer aux gens le principe du Karma afin qu'ils supportent le mieux possible leurs pénibles expériences – soulagement relatif – mais nous ne pouvons supprimer les conséquences des actes commis.

      Même pour le christianisme exotérique, le « pardon » des péchés ne signifie pas l'abolition des conséquences du péché. Ainsi dans l'Eglise anglicane, quand un prêtre est ordonné et reçoit le pouvoir de pardonner les péchés, conformément aux paroles attribuées au Christ par les Ecritures chrétiennes : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » ; une explication lui est donnée : ce qu'il a le pouvoir de faire, c'est de rétablir les relations normales entre l'homme et Dieu, si par le péché l'homme s'est mis dans son tort. En d'autres termes, le prêtre peut replacer dans le courant de l'évolution le pécheur qui, s'étant mis en travers de ce courant, a mis obstacle à sa propre marche. C'est là au fond une idée fort belle, mais moins belle que cette constatation théosophique : il est impossible de s'écarter du Divin ; l'homme tombé en avichi ne cesse pour cela de faire partie de Dieu.

      Il est souvent arrivé à de bons et sérieux étudiants de ne pas prêter leur assistance, de peur de s'immiscer dans le karma de telle ou telle personne. Nul ne peut faire varier la loi karmique – pas plus que la gravitation. Prenez un livre en main ; il contient potentiellement l'énergie de gravitation ; cessez d'employer la force qui le soutient, il tombe. La loi du Karma opère d'une façon analogue. Le Karma non acquitté ressemble à l'énergie potentielle ; il peut rester suspendu pendant des milliers d'années ou pendant des centaines de vies, mais se manifestera quand le moment en sera venu.

      On prête souvent au Karma un caractère impitoyable ; c'est une erreur ; il est aussi impersonnel que toute autre loi naturelle. Sur le plan physique, les lois agissent sans tenir compte des intentions bonnes ou mauvaises. Un enfant tombe-t-il dans un précipice, le mal qu'il se fait dépend de la profondeur de la chute et de la dureté plus ou moins grande du sol ; il ne dépend d'aucune considération morale, que l'enfant ait voulu aider un camarade en péril, cueillir une fleur pour sa mère ou se jeter dans le vide, victime d'un instant d'affolement. De même, si un homme saisit une barre de fer chaud, il se peut que ce soit pour l'empêcher de tomber sur autrui, ou au contraire pour en frapper quelqu'un ; dans l'un et l'autre cas, la brûlure subie par la main sera identique. Telle est la manière dont s'accomplit le Karma sur le plan physique. Mais sur le plan mental, les intentions comptent pour beaucoup, car notre pensée détermine notre caractère futur.

      Il ne faut donc jamais s'abstenir de donner notre assistance quand nous en avons le moyen. Si, malgré tous vos efforts, vous n'y parvenez pas, vous pouvez dire : « Son Karma n'a pas permis de l'aider », ou bien : « Mon Karma ne m'a pas donné le privilège de l'aider », mais rien de plus. Travailler pour les autres, voilà en réalité l'essentiel. Le travail comporte expansion et cumul. Amenez une personne à la Théosophie, elle peut en amener dix autres, et chacune de celles-ci dix encore.

      Il est encore un sens dans lequel nous pouvons prendre les mots : « le fruit du Karma, que les sages n'osent adoucir » : si même un grand Adepte supprimait tel mal apparent – toute pauvreté, par exemple – Son action ne serait pas vraiment un bienfait, mais ne ferait que contrecarrer la loi du Logos. Je ne veux pas dire que ce mal soit voulu par le Logos ; prétendre que Son plan comporte une souffrance nécessaire et causée par Lui serait un blasphème. L'homme fait ce qui lui a été expressément interdit ; la souffrance n'a pas d'autre origine. Sans doute, chacun a souffert ; personne, croyons-nous, n'a toujours choisi le meilleur parti ni jamais commis d'erreur ; mais toujours la souffrance nous a remis dans le droit chemin quand nous avons refusé de nous instruire autrement ; la loi nous donne donc à tous la certitude d'atteindre finalement la béatitude indescriptible du nirvana.


      Tu n'auras pas plutôt atteint le but de la voie ouverte, que tu seras amené à rejeter le corps Bodhisattvique et à entrer dans l'état trois fois glorieux de Dharmakaya qui est l'oubli pour toujours du monde et des hommes.
      La voie secrète mène aussi à la béatitude Paranirvanique – mais à la fin de Kalpas sans nombre ; après des Nirvanas gagnés et perdus, par pitié infinie et par compassion pour le monde des mortels abusés.
      Mais il est dit : « Le dernier sera le plus grand ». Samyak Sambouddha, le Maître de la perfection, abandonna le Soi pour le salut du monde, en s'arrêtant au seuil du Nirvana, l'état pur.


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      Nous avons déjà parlé des trois vêtements et vu que nul sentiment d'égoïsme ne pouvait exister chez Celui qui fait choix de l'un d'eux. Les Nirmanakayas, comme les ordres contemplatifs, alimentent le réservoir d'énergie spirituelle servant aux Adeptes qui sont en relation avec notre monde. Il existe une cinquantaine ou une soixantaine de fonctions entre lesquelles ceux-ci peuvent choisir. Le Nirmanakaya conserve ses atomes permanents et pourrait, je pense, s'Il le jugeait bon, remplir un de ces emplois devenu vacant. L'emploi de Bodhisattva le devient une fois au cours de chaque race-mère, mais de nombreux titulaires sont déjà désignés pour le remplir jusque dans l'avenir le plus lointain et y sont dès maintenant préparés. Beaucoup d'hommes devenus Arhats pendant l'incarnation de Notre Seigneur le Bouddha demeurent comme Nirmanakayas, à cause de Sa doctrine.

      Tous ces emplois, tous ces offices doivent être remplis et ceux qui renoncent au nirvana ne font que se charger bénévolement de ce que nous appellerions le travail malpropre. Pour l'Adepte, si l'on peut s'exprimer ainsi, la privation d'une joie ne compte guère en comparaison de la certitude que Son travail sur le plan nirvanique serait un million de fois plus efficace que le travail accompli sur la terre ; et pourtant il faut quelqu'un pour remplir cette tâche inférieure. Dans le plan du Logos, le travail le plus minime est aussi nécessaire que le plus grand ; de même, il est aussi nécessaire d'huiler une locomotive que de la conduire.

      Le Corps Bodhisattvique dont il est fait mention ici est le corps de tous ceux qui s'attardent ici-bas pour aider le monde et non pas seulement celui des Adeptes très peu nombreux qui deviendraient des Bouddhas.

      S'arrêter sur le seuil du nirvana signifie ne pas s'élever à cette condition en quittant tout à fait les plans inférieurs, comme le font certains et comme aurait pu faire le Bouddha s'il l'avait voulu. Celui qui renonce ainsi à s'élever possède en toute plénitude la conscience supérieure ; en même temps, il demeure conscient jusque sur le plan physique et peut ainsi travailler sur un plan quelconque. A Son niveau, le Bouddha, dit-on, n'est plus soumis aux limites du système solaire ; Il peut donc Se rendre dans une planète quelconque de ce système, comme certains d'entre nous peuvent se rendre dans d'autres planètes de notre chaîne. Cependant, même pour Lui, une limite doit exister, parce qu'Il n'est pas encore entré dans la conscience du Logos. J'ignore si le soleil fait partie du domaine de Sa conscience. Le Swami T. Subba Rao a dit un jour que le soleil était un centre de vie si intense qu'un Dhyan Chohan Lui-même pouvait à peine y pénétrer.

    Le plan bouddhique semble pouvoir nous donner accès à tout point de notre chaîne de mondes. La conscience nirvanique s'étendrait alors au système solaire total. La Quatrième Initiation confère un éclair de vie nirvanique, mais ce n'est pas la pleine conscience du nirvana ; c'est pénétrer seulement dans sa région inférieure et il reste à s'élever, d'un sous-plan à un autre, jusqu'au moment où la conscience du plan est complète.

      Du Bouddha, il est dit qu'il atteignit le Paranirvana. Ceci permet de supposer que le nirvana comprend plusieurs degrés – les différents sous-plans du plan atmique, puis les deux plans de notre système supérieurs à ceux-là ; plus haut encore les plans cosmiques.


      Tu as la connaissance maintenant en ce qui concerne les deux voies. Le temps viendra où tu devras choisir, homme à l'âme sincère, quand tu auras atteint la fin et passé les sept portails. Ton esprit est clair. Tu n'es plus embarrassé dans les pensées illusoires. Car tu as tout appris. La vérité se tient dévoilée et te regarde sévèrement en face. Elle dit :
      « Doux sont les fruits du repos et de la délivrance pour l'amour du soi ; mais plus doux encore les fruits du long et amer devoir, du renoncement pour l'amour des autres, pour l'amour des frères en humanité qui souffrent. »
      Le Bodhisattva qui a gagné la bataille, qui tient le prix dans sa main, mais qui dit dans sa divine compassion :
      « Pour l'amour d'autrui, je cède cette grande récompense », accomplit le renoncement majeur.
      Un Sauveur du monde, voilà ce qu'il est.

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      Regarde ! Le but bienheureux et le long Sentier de douleur sont là-bas, bien loin d'ici. Tu peux choisir l'un ou l'autre, ô aspirant de la tristesse, à travers les cycles à venir !
      Aum vajrapani hum.


      La renonciation majeure consiste à renoncer au travail supérieur après l'avoir connu, afin de remplir une tâche inférieure qui est – nous l'avons dit – tout aussi nécessaire. La renonciation aux désirs de la personnalité est d'un ordre différent et infiniment moins élevé.

      Ici, notre pensée ne doit présenter aucune trace de la notion chrétienne populaire d'un Sauveur qui vient nous arracher aux tourments éternels.

      C'est là, bien entendu, une déformation horrible de la doctrine plus ancienne et véritablenment chrétienne – par exemple celle d'Origène qui croyait à la déification de l'homme par le Christ. Toute personne qui est entrée en communion réelle avec le Maître et s'est identifiée à Lui, est en sûreté, ou certaine d'arriver dans le cycle présent au terme du Sentier. Nous avons expliqué dans Les Maîtres et le Sentier (52) le sens original du terme « sauvé ».

      Quand nous parlons des Nirmanakayas comme formant la Muraille protectrice, nous ne supposons pas un instant qu'ils nous protègent contre des puissances mauvaises cherchant l'occasion de fondre sur l'humanité. Comme nous l'avons dit, Ils alimentent le réservoir d'énergies où puise la Grande Confrérie Blanche pour accorder aux hommes, toutes les fois où c'est possible, l'aide et la direction intellectuelles, et d'épargner à l'humanité bien des fautes qu'elle commettrait autrement et aussi la souffrance qui en résulterait.

      Ce fragment ne se termine pas, comme le premier, par les mots « Om mani padme hum », mais par une autre formule : « Aum vajrapani hum ». Vajra signifie la foudre, aussi bien que le diamant. L'expression fait penser à Jupiter, armé de la foudre, et à Thor, le dieu scandinave. Cette foudre, c'est dorje, la verge du pouvoir, que nous avons décrite dans Les Maîtres et le Sentier (53).


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(52)  Op. cit., p. 122.

(53)  Op. cit., p. 282.




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