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La voie de l'occultiste - Tome 2

Annie Besant
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FRAGMENT III : LES SEPT PORTAILS
Chapitre XXII : Les trois premières portes

      Armé de la clef de charité, d'amour, et de tendre pitié, tu peux être tranquille devant la porte de Dana, la porte qui se dresse à l'entrée du Sentier.

      Charles Webster Leadbeater : Aryasanga revient une fois encore sur les sept portes qui marquent pour lui autant d'étapes sur le Sentier ; il les envisage particulièrement au point de vue des pièges qui mettent en danger l'aspirant. Pour le moment, l'auteur ne considère pas tout ce que le candidat reçoit de lumière, d'encouragement et de force ; il est bon de se le rappeler, autrement la tristesse du Sentier paraîtrait excessive.

    Dana – nous l'avons déjà expliqué – ne signifie pas seulement faire l'aumône, ni même éprouver des sentiments de charité ; Dana implique encore le don de soi-même au service de l'humanité, sans aucune restriction.


      Regarde, heureux pèlerin ! Le portail qui te fait face est haut et large, et semble d'accès facile. La route qui le traverse est droite, unie et verdoyante. C'est comme une clairière ensoleillée dans les sombres profondeurs de la forêt, un point réfléchi sur terre du paradis d'Amitabha. Là, les rossignols de l'espoir, les oiseaux au radieux plumage chantent dans les verts bosquets, chantent le succès pour les pèlerins sans crainte. Ils chantent les cinq vertus des Bodhisattvas, la quintuple source du pouvoir Bodhi, et les sept pas dans la connaissance.
      Passe ! Tu as la clef ; tu peux être tranquille.


      Le verset nous donne une belle et poétique description du Sentier tel qu'il se présente tout d'abord à l'heureux pèlerin. En commnençant, celui-ci le trouve plein de joie, très agréable et facile à suivre. Il est aisé, quand le Saint Graal nous est apparu, de renoncer à tout et de le suivre. Mais bientôt la vision peut s'effacer, le premier enthousiasme tomber et l'homme se lasser. Il est dans la nature humaine d'aspirer sans cesse au changement. Voyez les gens en quête de nouveauté ; très vite leur intérêt s'émousse, la poursuite devient monotone et leur attention se dirige ailleurs.

      En étudiant les vies, d'Alcyone nous avons constaté qu'en général les progrès étaient fort lents, même dans une série de vingt ou trente vies. Ayant su quel nom elle portait dans le recueil des Vies et appris qu'elle était, il y a cinquante mille ans, à peu près ce qu'elle est aujourd'hui, une personne m'écrivit : « Si l'on m'avait dit qu'il y a vingt-cinq mille ans je n'étais guère qu'un sauvage habitant les forêts, je ne l'aurais pas cru ». Je lui répondis : « Si vous aviez été, il y a vingt-cinq mille ans, un sauvage habitant des forêts, il est probable que vous le seriez encore aujourd'hui ».

      Mais, dès que l'homme s'enthousiasme pour un but spirituel, il avance rapidement ; s'il laisse faiblir son enthousiasme, c'est regrettable, mais dans l'avance accomplie, il a probablement fait ce qui lui était destiné dans la vie présente. Or, comme à notre volonté d'avancer s'ajoutent des connaissances étendues nous permettant de progresser, ces avantages nous empêchent de retomber en arrière.

      Il faut nous efforcer de conserver toujours notre enthousiasme et de ne jamais nous laisser affecter par des humeurs passagères, de sorte qu'il ne soit pas à la merci de ce qui nous influence sur le plan physique ou sur les plans psychiques. A la mort de Mme Blavatsky, notre enthousiasme fut mis à une rude épreuve ; je me souviens la façon dont il parut décroître lorsqu'elle nous quitta. Elle avait la faculté de nous maintenir tous en mouvement, et après son départ nous nous sentîmes sans énergie, bien que parmi nous certains fussent arrivés à entrer en relations directes avec les Maîtres.


      Et vers la seconde porte, la route est verdoyante encore ; mais elle est montante et tortueuse ; oui, jusqu'au sommet rocailleux, de grises brumes se suspendront à ses hauteurs abruptes et pierreuses, et tout sera sombre au delà. A mesure que le pèlerin avance, le chant d'espoir sonne plus faible dans son cœur. Le frisson du doute est maintenant sur lui ; son pas devient moins assuré.
      Prends garde à cela, ô candidat ! Prends garde à la crainte qui s'étend, comme les ailes noires et silencieuses de la chauve-souris de minuit, entre le clair de lune de ton âme et ton grand but qui s'estompe dans le lointain.
      La crainte, ô disciple, tue la volonté et paralyse toute action. S'il lui manque la vertu Shila, le pèlerin trébuche et les cailloux karmiques meurtrissent ses pieds sur l'aride sentier.


      L'élève débute en général par un magnifique élan ; puis il va moins vite. La raison en est que, sans se l'avouer peut-être, il s'attendait à une transformation de l'existence. Peut-être s'imaginait-il que les phénomènes abonderaient dans sa vie, ou bien que, toujours conscient de la présence du Maître, il pourrait ainsi conserver tout le terrain gagné. Sa vie est en effet changée, mais pas comme il s'y attendait.

      Quand naît le doute, c'est, pour quelques étudiants, le doute concernant l'ensemble des connaissances théosophiques ; n'étant pas encore en rapport avec les Maîtres, ils commencent à douter de Leur présence et à se demander s'ils ne poursuivent pas un feu follet. J'espère que personne ici n'éprouvera un doute semblable, mais dans le cas contraire, il est bon de revenir aux principes. Retournez au point de départ ; examinez vos motifs ; examinez les témoignages.

      Il y aussi le doute de soi-même, qui assaille parfois le débutant. Il se peut que l'on ne manifeste pas., autant qu'on le voudrait, l'aspect divin. Néanmoins il faut s'y appliquer encore, en écartant le doute, car pour tout homme le succès est assuré et le doute est le plus grand des obstacles. Supposez qu'une personne convaincue dès le commencement qu'elle en est incapable, essaie d'apprendre à nager ; jamais elle n'y parviendra. C'est bien moins une réelle difficulté que le doute qui l'empêche de se maintenir à la surface de l'eau. Une autre, soutenue par la confiance, nage presque immédiatement.

      Beaucoup d'aspirants au Sentier ne sont malheureusement pas certains de réussir. Eh bieh, il faut s'attacher à affermir la conviction et se délivrer du préjugé à l'égard de soi-même – car c'est bien un préjugé – en faisant appel à la raison. Il faut se dire : « Je le ferai, que j'en sois capable ou non ».

      Les comparaisons d'Aryasanga sont toujours belles. Il parle ici du clair de lune de l'âme. Sa lueur est la réflexion de la lumière solaire, celle du Logos, comme aussi celle de l'âme spirituelle ou bouddhi, et de l'esprit ou âtma. Rien ne doit lui faire obstacle, autrement l'âme reste dans l'obscurité.

      « Les ailes silencieuses de la chauve-souris de minuit » : voilà qui exprime en termes saisissants la manière dont la peur s'insinue dans l'homme. Rien de plus funeste que la peur ; elle nous assaille de toutes parts, car sous des formes innombrables elle remplit le monde. Dans les affaires, par exemple, chacun éprouve de continuelles appréhensions ; l'employé redoute le jugement porté sur lui par son supérieur, ou craint de perdre sa place. Les gens religieux ont peur de la mort ou de l'enfer ; le sort de leurs amis défunts et toutes sortes de choses absurdes les inquiètent. Beaucoup d'enfants vivent dans une peur constante de leurs aînés, de leurs pères et de leurs maîtres d'école, comme je l'ai expliqué dans un premier commentaire.

      Aryasanga dit avec raison : « Prends garde à la crainte ». Elle obscurcit l'âme et fait pâlir le reflet du Logos. Le Logos est amour et, suivant l'expression de saint Jean : « l'amour parfait bannit la crainte (59) ».

      La vertu Shila, c'est l'harmonie, c'est la bonne conduite. Le code moral de l'occultiste diffère de celui du monde en ce qu'il est beaucoup plus sévère. L'occultiste est lié, non par les règles et les conventions sociales, mais par quelque chose d'infiniment plus fort – les principes de la vie spirituelle, qui l'empêchent de s'écarter, si peu que ce soit, de la vérité, de l'amour et d'une existence vouée au service, et ne laissent aucune place pour les satisfactions personnelles.


      Aie le pied sûr, ô candidat. Baigne ton âme dans l'essence Kshanti ; car voici que tu approches du portail de ce nom, de la porte de courage et de patience.

      Nous voici au troisième portail. Kshanti, c'est la patience et la force d'âme. L'enthousiasme soutenu est nécessaire ; non point ce genre d'enthousiasme nerveux, anxieux, spasmodique qui use son possesseur avant d'avoir rien accompli d'utile.


      Ne ferme pas les yeux et ne perds pas de vue Dorje ; les flèches de Mara frappent toujours l'homme qui n'a pas atteint Vairagya.

      Mara est le roi du désir, il en est la personnification ; aussi nous dit-on que ses flèches frappent toujours ceux qui n'ont pas atteint l'état de vairagya, c'est-à-dire le détachement.

      Mme Blavatsky ajoute une note concernant Dorje, ou Vajra, la foudre, la Verge du Pouvoir, mentionnée aussi dans le deuxième fragment.

      Dorje est le Vadjra sanscrit : c'est un outil ou instrument qui est entre les mains de certains dieux (les Dragshed thibétains, les Dévas qui protègent les hommes), et on lui attribue la propriété occulte de repousser les mauvaises influences et de purifier l'air comme l'ozone en chimie. C'est aussi un Moudra, un maintien, une posture, employés en méditation. En résumé, posture ou talisman, c'est un symbole de puissance que les influences invisibles. Cependant les Bhons ou Dougpas se sont appropriés ce symbole et en abusent pour la magie noire. Pour les « Bonnets jaunes » ou Gelougpas, c'est un symbole de pouvoir comme la croix pour les Chrétiens, et cela n'a rien de plus superstitieux. Pour les Dougpas, c'est comme le double triangle renversé, le signe de la sorcellerie.

      La Verge du Pouvoir, conservée à Shamballa et employée dans les Initiations, est peut-être le plus puissant talisman existant sur notre planète. Elle est en même temps un grand symbole de la puissance irrésistible qui, éprouvée en nous-mêmes, rend la crainte impossible.

      Les talismans ne sont pas simplement des restes de la superstition médiévale. Que toute personne tant soit peu sensitive s'approche, au British Museum, de la vitrine contenant les joyaux gnostiques ; elle s'en convaincra sans peine, car l'influence qui émane de certains d'entre eux est tout à fait perceptible. Un talisman est un petit objet fortement magnétisé ; il est destiné à repousser toute influence qui n'est pas en harmonie avec le magnétisme dont il est chargé. Son action peut se comparer à celle du gyroscope, qui tourne de telle façon que parfois il se brise plutôt que de se prêter à un changement de direction.

      Un bijou fait le meilleur talisman car, représentant le type le plus élevé du monde minéral, c'est lui qui conserve le mieux le magnétisme. Dans les circonstances ordinaires, la peur est d'abord très faible et ne grandit que peu à peu. Dans tous ces cas, un talisman chargé du magnétisme approprié rend service, car il repousse ces premières et faibles vibrations. La personne qui le porte a donc le temps de se reprendre, de réunir toute sa propre énergie, enfin de mettre en mouvement dans son corps astral des vibrations contraires.

      Aryasanga revient sur le sujet de la crainte :

      Prends garde de trembler. Sous le souffle de la crainte, la clef de Kshanti se rouille ; la clef rouillée refuse d'ouvrir.
      Plus tu avances, plus tes pieds rencontreront de fondrières. Le Sentier où tu marches est éclairé par un feu, par la lumière de l'audace, qui brûle dans le cœur. Plus on ose, plus on obtiendra. Plus on craint, plus la lumière pâlira, et seule elle peut guider. De même que le rayon attardé sur le sommet d'une haute montagne, dès qu'il s'efface, est suivi par la nuit noire ; ainsi, quand la lumière du cœur s'éteindra, une ombre profonde et menaçante tombera de ton propre cœur sur le Sentier, et la terreur rivera tes pieds sur place.
      Prends garde, disciple, à cette ombre léthargique. Nul rayonnement de l'Esprit ne peut dissiper l'obscurité de l'Ame d'en-bas, à moins que toute pensée égoïste ne se soit enfuie d'elle, et que le pèlerin se dise : « J'ai renoncé à cette forme passagère ; j'ai détruit la cause : les ombres projetées ne peuvent plus exister comme effets ». Car voici que se livre le grand combat suprême, la lutte finale entre le Moi Supérieur et le moi inférieur. Vois, le champ de bataille même s'est maintenant engouffré dans la grande guerre et n'est plus.
      Mais, une fois franchie la porte de Kshanti, ton troisième pas est tait. Ton corps est ton esclave. Maintenant, prépare-toi pour le quatrième, le portail des tentations qui captivent l'homme intérieur.


      Ces versets nous donnent clairement à comprendre que le candidat doit apprendre à mettre absolument de côté le moi inférieur. C'est ce dernier qui a peur, car rien au monde ne peut effrayer le Moi supérieur. La seule crainte que puisse éprouver un homme véritable, a dit un vieux philosophe romain, c'est de ne pas faire pleinement sage de toutes ses vertus ou facultés pour faire le bien.

      L'égoïsme aussi appartient au moi inférieur et, à cet égard, il est possible qu'il faille changer totalement des habitudes conservées pendant des centaines d'incarnations. Pendant un certain temps, le sentiment d'être encore égoïste peut persister, même quand le cœur a définitivement renoncé à l'égoïsme. De même, quand les machines d'un bateau à vapeur sont brusquement renversées afin d'arrêter le navire, celui-ci avance encore malgré les machines ; mais bientôt., le mouvement en avant se trouvant complètement neutralisé, le navire leur obéit parfaitement.

      Tant que l'on n'est pas délivré de cet égoïsme, le Moi supérieur ne peut illuminer complètement la personnalité. L'ego, l'âme elle-même, peut manifester un semblant d'égoïsme, mais tout autre que celui de la personnalité. L'ego peut ignorer autrui s'il demeure simplement manas, sans devenir manas-taijasi, c'est-à-dire manas étroitement lié à bouddhi, et de cette façon, peut se montrer égoïste ; mais jamais il ne commettrait l'erreur de supposer que la perte subie par un autre pourrait être un gain pour lui-même – erreur assez commune ici-bas. Dans le commerce, par exemple, les hommes font souvent des choses illicites ; ils se figurent qu'ils ont fait un bénéfice, qu'ils ont pris un avantage sur leur prochain ; mais leur erreur est grande. Sans parler de la loi du Karma qui doit infailliblement agir, l'homme s'est appliqué à découvrir un moyen de frauder et il devra subir la réaction de toute l'énergie de pensée et de désir qu'il a déployée dans cette direction. Il a contracté une habitude et quand de nouveau se présentera pour lui l'occasion d'agir sans droiture, il cèdera un peu plus facilement à la tentation et aura un peu plus de peine à se reprendre et à faire son devoir. S'il pouvait embrasser d'un coup d'œil toute la transaction et non pas seulement une petite partie, il se rendrait compte qu'il n'a rien gagné mais énormément perdu.

      Un ego ne saurait être aussi aveugle. Le fripon qui ne pense qu'aux résultats immédiats obtenus sur le plan physique ressemble à un général qui, pour s'emparer d'une petite position, négligerait tout le reste du champ de bataille ; il pourrait s'en emparer, mais perdrait la bataille.

      Arrivé à la destruction de l'égoïsme, vous pouvez dire : « J'ai détruit la cause » – la cause de toute peine, de toute affliction terrestre.

      Le champ de bataille, « qui s'est engouffré et n'est plus », c'est l'antahkarana, qui disparaît quand le Moi supérieur a englouti le moi inférieur, et n'existe plus.

      Il semble qu'Aryasanga ait eu ici l'idée de la correspondance entre ces sept portes et les sept principes de l'homme. Il y a comme une relation entre les trois premières et les trois principes inférieurs dans la personnalité, tandis que le quatrième se rapporte au pur mental inférieur, rayon du manas supérieur – l'antahkarana. A ce point, les tentations commencent à être celles des principes supérieurs ; elles appartiennent donc à l'homme intérieur.


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(59)  St Jean, IV, 18.




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