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Le Christianisme ésotérique

ou Les Mystères mineurs
Annie Besant
© France-Spiritualités™






CHAPITRE X – LA PRIÈRE (295)

L'esprit « moderne », comme on l'appelle quelquefois, éprouve la plus vive antipathie pour la prière, n'arrivant pas à comprendre pourquoi l'énoncé d'une requête aurait pour conséquence un événement donné ; l'esprit religieux, au contraire, met la même ardeur dans son attachement à la prière, car prier est sa vie. Et cependant l'homme religieux lui-même se livre parfois, avec inquiétude, à un examen raisonné de la prière. « Ai-je la prétention, se dit-il, d'en remontrer au Tout-Puissant, d'imposer la bienfaisance à la Bonté même, de modifier la volonté de Celui en qui il n'y a ni changement, ni ombre de variation (296) ? Sa propre expérience et celle des autres lui offrent pourtant des exemples « d'exaucement », c'est-à-dire d'une requête incontestablement suivie de sa réalisation.

      Il s'agit souvent, non pas d'expériences subjectives, mais de faits très prosaïques, arrivés dans notre monde dit objectif. Un homme, dans ses prières, demande de l'argent, et la poste lui apporte ce dont il avait besoin. Une femme demande des aliments, et ces aliments sont déposés à sa porte. Les œuvres de charité, surtout, fournissent de nombreux exemples d'assistance demandée par la prière dans des moments d'urgence extrême et obtenue promptement et largement. D'autre part, il ne manque pas d'exemples de prières restées inexaucées. Des affamés ont succombé, des enfants ont été arrachés aux bras de leurs mères, malgré les appels les plus passionnés adressés à Dieu. Toute analyse impartiale de la prière doit constater ces faits.

      Ce n'est pas tout. Nous nous trouvons souvent en présence de faits étranges et difficiles à comprendre. Une prière, insignifiante peut-être, obtient une réponse ; une autre, déterminée par des raisons importantes, reste inutile. Une difficulté passagère est aplanie ; une prière ardente qui voudrait sauver un être adoré demeure sans réponse. Il semble presque impossible, pour le chercheur ordinaire, de découvrir la loi déterminant le succès ou l'inutilité de la prière.

      Pour arriver à comprendre cette loi, il faut tout d'abord analyser la prière elle-même, car on donne ce nom à des activités de conscience très variables. Les différents genres de prière ne sauraient former un seul et même sujet d'étude. Certaines prières ont pour objet des biens terrestres particuliers, l'obtention d'avantages physiques dont on a besoin, nourriture, vêtements, argent, places, réussite dans les affaires, guérisons, etc. Nous pourrions en former une classe spéciale :

      A. Viennent ensuite les demandes de secours dans les heures de difficultés morales et intellectuelles, les demandes de croissance spirituelle, de victoire dans les tentations, de force, de compréhension, de lumière. Nous pouvons en former une autre classe :

      B. Mentionnons, enfin, les prières qui ne demandent rien, qui consistent à méditer sur la Perfection Divine et à l'adorer, dans un désir passionné de s'unir à Dieu : c'est l'extase du mystique, la méditation du sage, le ravissement exalté du saint La véritable communion entre le Divin et l'Humain consiste à se fondre en amour et en vénération pour ce Principe, dont l'attraction est l'essence, et que le cœur est forcé d'aimer. Ce dernier genre de prière formera une classe C.

      Il existe dans les mondes invisibles de nombreuses catégories d'intelligences en relations avec l'homme, véritable échelle de Jacob que les Anges de Dieu montent et descendent et au sommet de laquelle se tient le Seigneur lui-même (297). Certaines de ces intelligences sont des Puissances Spirituelles immenses ; d'autres, des êtres très peu développés, doués d'une conscience inférieure à celle de l'homme. Ce côté occulte de la nature – nous y reviendrons tout à l'heure plus en détail (298) – est un fait reconnu par toutes les religions. Le monde entier est rempli d'êtres vivants, invisibles pour les yeux charnels. Les mondes invisibles pénètrent le monde visible, et des foules d'êtres intelligents se pressent de toutes parts autour de nous. Les uns se laissent toucher par les requêtes humaines, les autres sont susceptibles d'obéir à notre volonté. Le Christianisme reconnaît l'existence des Intelligences Supérieures et leur donne le nom général d'Anges. Il enseigne que ces Anges sont des esprits employés au service de Dieu (299). Le caractère de leur ministère, la nature de leur tâche, leurs rapports avec l'humanité, tout cela faisait partie des enseignements donnés dans les Mystères Mineurs. Dans les Grands Mystères, l'homme acquérait la possibilité d'entrer en relation directe avec eux. De nos jours ces vérités ont été perdues de vue, à l'exception du peu enseigné dans les Eglises Grecque et Romaine. Pour les Protestants, le ministère des anges n'est guère qu'un mot. D'autres êtres invisibles sont constamment créés par l'homme lui-même, car les vibrations de ses pensées et de ses désirs déterminent des formes de matière subtile dont la vie est simplement la pensée ou le désir qui les anime. L'homme crée, de la sorte, une armée de serviteurs invisibles qui parcourent les mondes invisibles et cherchent à exécuter sa volonté. Dans ces mondes se rencontrent également des aides humains ; ils y travaillent pendant que leurs corps physiques sont endormis, et il peut arriver que leur oreille attentive soit frappée par un cri de détresse. Enfin, comme couronnement suprême, il y a la vie, toujours présente, toujours consciente, de Dieu Lui-même, puissante et responsive sur tous les points de Son royaume, la Vie de Celui sans la connaissance duquel il ne tombe pas un passereau à terre (300), aucun enfant ne rit ou ne sanglote, cette Vie et cet Amour qui pénètrent toutes choses, en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être (301).

      Aucun impact susceptible de causer du plaisir ou de la souffrance ne saurait frapper le corps humain sans que les nerfs sensitifs ne communiquent le message aux centres cérébraux ; ces centres, à leur tour, renvoient par l'intermédiaire des nerfs moteurs la réponse qui accueille ou qui repousse. De même, dans l'univers, qui est le corps de Dieu, toute vibration frappe la conscience Divine et détermine une certaine activité responsive. Les cellules nerveuses, les filaments nerveux, et les fibres musculaires sont, sans doute, les agents de la sensation et du mouvement, mais c'est l'homme qui sent et qui agit. D'innombrables Intelligences peuvent, de même, servir d'agents, mais c'est Dieu qui sait et qui répond. Rien de trop faible pour affecter cette conscience délicate et partout présente, rien d'assez grand pour pouvoir lui échapper. Nous sommes si peu développés, que l'idée même d'une conscience universelle nous stupéfie et nous confond. Et cependant un moucheron trouverait peut-être la même difficulté à mesurer la conscience de Pythagore. Le professeur Huxley, dans une page remarquable, a jugé possible l'existence d'êtres intellectuellement de plus en plus élevés, dont la conscience irait en s'élargissant jusqu'à un degré où elle dépasserait la conscience humaine, comme celle-ci dépasse la conscience du cancrelat (302). Ce n'est pas là une simple hypothèse scientifique, mais l'expression d'un fait. Oui, un Etre existe, dont la conscience est présente sur tous les points de Son univers et que chacun de ces points peut, par conséquent, affecter. Cette conscience est non seulement d'une immense étendue, mais encore d'une acuité inconcevable ; son extension au loin, dans toutes les directions, ne diminue en rien son extrême impressionnabilité ; elle répond aux impacts extérieurs avec plus de vivacité qu'une conscience plus limitée ; elle les comprend infiniment mieux qu'une conscience plus restreinte. La difficulté d'affecter la conscience d'un Etre n'est pas en raison directe de Son exaltation. De fait, c'est précisément le contraire. Plus l'Etre est exalté, plus il est facile d'impressionner sa conscience.

      Or, cette Vie universellement présente emprunte partout, comme canaux de Son énergie, les vies incarnées qui Lui doivent l'existence et dont chacune peut servir d'instrument à cette Volonté toute consciente. Pour que cette Volonté puisse s'exercer dans le monde extérieur, il Lui faut un mode d'expression, et ces différents êtres Lui offrent proportionnellement à leur réceptivité, les canaux nécessaires : ils deviennent par là des travailleurs mettant en rapport les différents points cosmiques ; ils sont en quelque sorte les nerfs moteurs de Son corps et déterminent l'action voulue.

      Examinons maintenant les différentes catégories de prières et les différentes méthodes qui peuvent être employées pour y répondre.

      Quand un homme formule une prière de la catégorie A, il peut être exaucé de différentes manières. Cet homme est encore naïf, et sa manière de concevoir Dieu est naturelle et inévitable à son degré d'évolution ; il attend de Lui les biens matériels qui lui sont nécessaires, Le suppose au courant de ses moindres besoins journaliers, Lui demande enfin le pain quotidien, aussi naturellement qu'un enfant s'adresse à son père et à sa mère. Un exemple typique de ce genre de prière nous est donné par George Müller, de Bristol, avant qu'il ne fût connu comme philanthrope, à l'époque où il commençait son œuvre de charité, sans amis et sans argent. Il priait pour obtenir la nourriture des enfants dont l'existence dépendait de lui, et toujours il obtenait la somme suffisante aux besoins du moment. Qu'arrivait-il donc ? La prière de Müller était un vif et énergique désir, et ce désir créait une forme dont il était la vie et l'énergie directrice. Cette entité vibrante et vivante n'avait qu'une idée : « Il faut de l'aide, il faut du pain », et, parcourant le monde subtil, elle cherchait. Un homme charitable désire assister les personnes dans le besoin et cherche les occasions de donner. Un homme semblable est à la forme-désir ce que l'aimant est au fer doux ; il l'attire à lui. La forme éveille en son cerveau des vibrations identiques aux siennes (George Müller, son orphelinat, ses besoins) : il voit une manière de mettre à exécution ses intentions charitables, signe un chèque et le met à la poste. Il va sans dire que, pour George Müller, Dieu a mis dans le cœur d'un tel de lui donner l'assistance nécessaire. Cette explication est assurément exacte, si l'on donne aux mots leur sens profond, puisqu'il n'existe pas de vie ni d'énergie dans l'univers de Dieu qui ne procède de Lui, mais l'agent intermédiaire, en vertu des lois divines, a été la forme-désir créée par la prière.

      Un résultat semblable peut s'obtenir tout aussi bien par un effort méthodique de la volonté, sans prière ; il faut simplement, pour cela, connaître le mécanisme à employer et la manière de le mettre en jeu. Une personne éclairée commencerait donc par se former une idée bien nette de ce qui lui est nécessaire, réunirait, pour servir d'enveloppe à son idée, le genre de matière subtile la plus appropriée, enfin, par un effort de volonté délibéré, l'enverrait à une personne déterminée pour lui faire connaître sa détresse, ou bien la laisserait errer dans le voisinage, afin qu'elle pût être attirée par une personne charitablement disposée. Il n'y a pas ici de prière, mais un emploi conscient de volonté et de savoir.

      La grande majorité des hommes, ne connaissant rien des forces propres aux mondes invisibles et n'ayant pas appris à exercer leur volonté, arrivent beaucoup plus facilement par la prière que par un effort mental délibéré, tendant à mettre en jeu leur propre force, à la concentration mentale et au désir énergique dont dépend l'efficacité de leur action. Ils auraient beau comprendre la théorie, ils douteraient d'eux-mêmes, et le doute est fatal à l'exercice de la volonté. Le fait qu'une personne qui prie ne comprenne pas le mécanisme mis en mouvement par la prière ne change rien au résultat. Un enfant qui étend la main et saisit un objet n'a besoin de connaître, pour cela, ni le travail des muscles, ni les modifications électriques et chimiques produites par le mouvement dans les muscles et les nerfs ; il n'a pas besoin, non plus, de mesurer minutieusement l'angle des axes optiques. L'enfant veut saisir l'objet dont il a besoin, et le mécanisme physique obéit, sans que l'enfant se doute de son existence. Il en est de même pour l'homme qui prie sans connaître la force créatrice de sa pensée, sans se douter qu'il a envoyé au loin une entité vivante, chargée d'exécuter ses ordres ; il agit donc avec l'inconscience de l'enfant et, comme lui, saisit ce dont il a besoin. Dans l'un et l'autre cas, Dieu est l'Agent Primaire, puisque toute force procède de Lui ; dans l'un et l'autre cas le travail est déterminé par le mécanisme préparé par Ses lois.

      Mais ce n'est pas la seule manière dont les prières de cette catégorie peuvent être exaucées. Un homme absent, pour l'instant, de son corps physique, un Ange qui passe, peuvent entendre le cri de détresse et inspirer à quelque personne charitable la pensée d'envoyer le secours nécessaire. « J'ai pensé à un tel ce matin, dira cette personne. J'ai dans l'idée qu'un chèque lui serait utile. » Un très grand nombre de prières sont ainsi exaucées, une Intelligence invisible formant le lien entre le besoin et l'arrivée du secours. C'est là, d'ailleurs, une partie de la tâche des Anges inférieurs qui subviennent ainsi à des besoins personnels ou prêtent leur aide à des entreprises charitables.

      Mais les prières de ce genre peuvent rester inutiles. Tout homme contracte des dettes qu'il doit payer ; ses pensées mauvaises, ses désirs mauvais, ses actions mauvaises ont dressé des obstacles sur sa route et parfois l'enferment entre les murailles d'une prison. Une dette constituée par une mauvaise action se paye en souffrances ; l'homme doit subir les conséquences du mal qu'il a commis. A-t-il mérité, par suite du mal qu'il a causé jadis, de mourir de faim ? Aucune de ses prières ne modifiera son sort. La forme-désir ainsi créée cherchera, mais ne trouvera point ; elle rencontrera le flot du mal ancien qui la repoussera. Ici, comme partout, nous vivons sous l'empire de la loi et certaines forces peuvent être modifiées ou entièrement annulées par l'action d'autres forces qu'elles rencontrent. Deux balles exactement pareilles peuvent être soumises à deux forces identiques. Aucune autre force n'est-elle mise en jeu ? la
première balle frappera le but. Une nouvelle force vient-elle à agir sur la seconde, elle la fera dévier. Il en est de même pour deux prières semblables : l'une suivra son chemin sans rencontrer de résistance et atteindra son but ; l'autre sera rejetée sur elle-même par la force, bien plus puissante, d'une mauvaise action passée. La première est exaucée ; la seconde reste sans réponse ; mais dans les deux cas le résultat est conforme à la loi.

      Considérons maintenant la catégorie B. Les prières demandant de l'aide dans les difficultés morales et intellectuelles ont un double résultat : elles agissent directement en provoquant le secours demandé ; elles réagissent sur la personne qui prie ; elles attirent l'attention des Anges et des disciples, travaillant hors du corps, qui cherchent sans cesse à prêter leur assistance à la pensée qui se débat. Les conseils, l'encouragement, la lumière, sont alors communiqués à la conscience cérébrale, et la prière se trouve exaucée de la façon la plus directe. – Et s'étant mis à genoux il pria... Un ange venu du ciel lui apparut pour le fortifier (303). Des idées sont inspirées, et les difficultés intellectuelles s'évanouissent, un problème obscur de la vie morale se trouve élucidé, le réconfort le plus doux est prodigué aux âmes dans la détresse, les calme et les rassure. En vérité, si aucun Ange ne se trouvait à portée, le cri de l'âme angoissée irait jusqu'au « Cœur Invisible du Ciel », et un messager serait envoyé, porteur de consolations, ou bien quelque Ange toujours prêt à partir à tire-d'aile, en sentant agir en lui la volonté divine d'accorder l'aide demandée.

      Ces prières reçoivent aussi ce qu'on appelle parfois une réponse subjective : je veux parler de la réaction de la prière sur celui qui la prononce. Par le fait qu'il prie, son cœur et son mental deviennent réceptifs. Cela apaise la nature inférieure et permet, en même temps à la force et aux lumières de la nature supérieure de descendre en elle à flots, sans rencontrer d'obstacles. Les courants d'énergie venant de l'Homme Intérieur, qui, normalement vont en descendant ou vers le dehors, sont en général dirigés vers le monde extérieur et consacrés par la conscience cérébrale aux affaires ordinaires de la vie et à ses activités journalières. Mais la conscience cérébrale se détourne-t-elle du monde extérieur, ferme-t-elle les portes y donnant accès, dirige-t-elle son regard vers l'intérieur, se ferme-t-elle, de propos délibéré, aux objets du dehors pour s'ouvrir à la vie du dedans, elle devient alors un vaisseau susceptible de recevoir et de contenir et cesse d'être un simple canal reliant les mondes intérieur et extérieur. Dans le silence qui succède aux bruits de l'activité extérieure, la « Voix faible et subtile » de l'Esprit peut se faire entendre, et l'attention concentrée du mental en éveil lui permet de surprendre le doux murmure du Moi Intérieur.

      La prière demande-t-elle la lumière spirituelle ou la croissance spirituelle, l'assistance extérieure et intérieure n'en est que plus marquée. Tous les aides, qu'ils soient Anges ou hommes, favorisent de toutes leurs forces le progrès spirituel et saisissent toutes les occasions qui leur sont offertes par les âmes qui aspirent à s'élever. D'autre part, ces aspirations mettent en jeu des énergies d'une nature supérieure, car le désir spirituel ardent provoque une réponse qui émane du plan de l'Esprit. La loi des vibrations sympathiques s'affirme une fois de plus. A la note déterminée par de nobles aspirations répond une note semblable, une vibration synchrone. La Vie Divine ne cesse d'exercer d'en haut une pression contre les limites qui l'enserrent et, quand la force venant d'en bas frappe, de son côté, ces mêmes limites, la muraille de séparation se brise, et la Vie Divine vient inonder l'Ame. L'homme est-il conscient de cet influx de vie spirituelle, il s'écrie : « Ma prière a été exaucée ; Dieu a envoyé Son Esprit dans mon cœur. » Et pourtant, on oublie trop souvent que l'Esprit cherche toujours à entrer. Venant chez lui, les siens ne le reconnaissent point (304). – Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui (305)...

      D'une manière générale, on peut dire de toutes les prières de cette catégorie que la vie plus large qui nous entoure et nous pénètre les exauce d'une manière d'autant plus effective que l'oubli de la personnalité est plus complet et l'aspiration plus ardente. Notre isolement est notre œuvre. Or, en y mettant fin et en nous unissant à ce qui est plus grand que nous-mêmes, nous constatons que la lumière, la vie et la force s'épandent en nous. La volonté séparée se détourne-t-elle de ses objets préférés et s'applique-t-elle à servir les intentions divines, la Force du Divin descend à flots en elle. Un nageur qui remonte une rivière n'avance que lentement ; mais s'il la descend, toute la force du courant le porte en avant. Dans toutes les régions de la Nature les énergies divines sont à l'œuvre et tout ce que l'homme fait, il le fait en employant les énergies qui travaillent dans le sens où tendent ses propres efforts. Les plus grands résultats sont obtenus non par les énergies personnelles, mais par l'habileté avec laquelle l'homme choisit et combine les forces auxiliaires et neutralise les forces contraires par celles qui lui sont favorables. Les forces qui nous emporteraient comme des fétus de paille deviennent nos servantes les plus soumises quand nous travaillons avec elles. Comment donc s'étonner que, dans la prière, comme partout ailleurs, les énergies divines fassent alliance avec l'homme qui cherche, en priant, à s'associer à l'œuvre de Dieu.

      Les prières les plus élevées de la classe B amènent, par degrés presque insensibles, à celles de la classe C. La prière perd ici son caractère de supplication ; elle consiste soit à méditer sur Dieu, soit à l'adorer. Méditer, c'est figer avec calme la pensée sur Dieu et l'y maintenir. Cet exercice réduit au silence le mental inférieur, qui ne tarde pas à être abandonné par l'Esprit. Celui-ci, s'en échappant alors, s'élève jusqu'à la contemplation de la Perfection Divine et reproduit en lui-même, comme en un miroir, l'Image divine. « La Méditation consiste à prier en silence, sans prononcer de paroles ou, suivant l'expression de Platon, à diriger avec ardeur l'Ame vers le Divin – non pas pour solliciter aucun bien particulier (comme dans la prière ordinaire), mais par amour du bien lui-même – ou Bien Universel et Suprême (306). »

      Cette prière, en libérant l'Esprit, amène l'union entre l'homme et Dieu. En vertu des lois gouvernant le mental, l'homme devient ce qui est l'objet de sa pensée. Sa méditation se fixe-t-elle sur les perfections divines, il finit par reproduire en lui-même l'objet qui l'attire. Un mental comme celui-là, façonné à la vie supérieure, et non plus à celle d'en bas, ne saurait dès lors lier l'Esprit qui, reprenant sa liberté, s'élance vers sa source ; la prière se perd dans l'union, et l'isolement n'est plus.

      Le culte, l'adoration éperdue qui ne demande rien, qui cherche, à force d'amour pour la perfection vaguement pressentie, à s'épancher au-dehors, est également un moyen, le plus facile, de s'unir à Dieu. Pour notre conscience, entravée par le cerveau, cette adoration consiste à contempler, dans une muette extase, l'image formée par elle-même de l'Etre, qu'elle sait pourtant inimaginable. Souvent, ravi par l'intensité de son amour au-delà des limites intellectuelles, l'homme redevenu libre Esprit, s'élève à des hauteurs où ces limites sont dépassées et là éprouve et sait beaucoup plus qu'il ne saurait, à son retour ici-bas, exprimer par la parole ou représenter par les formes.

      Voilà comment le Mystique contemple la Vision Béatifique, comment le Sage goûte le repos et la paix de la Sagesse inconcevable, comment le Saint atteint la pureté qui permet de voir Dieu. Cette prière-là revêt l'adorateur d'une lumière rayonnante et quand, des sommets de cette communion sublime, il redescend vers les plaines terrestres, son visage charnel lui-même resplendit d'une gloire céleste, étant devenu translucide par la flamme qui brûle en lui. Heureux ceux qui connaissent la réalité, impossible à décrire par des mots à ceux qui l'ignorent. Ceux dont les yeux ont vu le Roi dans son éclat (307) se souviendront et sauront comprendre.

      Quand on envisage ainsi la prière, on voit qu'elle est inséparable de toute croyance à la Religion, et l'on comprend pourquoi toutes les personnes qui cherchent à connaître la vie supérieure en ont si constamment recommandé la pratique. Pour l'étudiant des Mystères Mineurs, la prière doit être de celles réunies dans la catégorie B ; il doit en même temps s'efforcer de s'élever jusqu'à la méditation pure et à l'adoration formant la dernière catégorie et de renoncer entièrement aux genres de prière inférieurs. Les enseignements donnés à ce sujet par Jamblique lui seront utiles. « Les prières, dit cet auteur, ... établissent l'indissoluble communion hiératique avec les dieux. » – Il donne ensuite des détails intéressants sur la prière, telle qu'elle est envisagée par l'Occultisme pratique. « Car ce sujet en soi-même vaut qu'on l'étudie et rend plus parfaite notre science touchant les dieux. Je dis donc que la première espèce des prières nous rapproche des dieux et nous conduit à la connaissance du divin ; la seconde établit un lien de communion et de sentiments conformes et attire vers nous les dons envoyés d'en haut par les dieux avant que nous ayons parlé et accomplit toutes les œuvres avant que nous ayons pensé ; mais la plus parfaite porte le sceau de l'ineffable unité ; elle met dans les dieux toute la force des prières et elle fait que notre âme repose en eux parfaitement. Dans ces trois termes qui mesurent toutes les choses divines, la prière qui nous inspire l'amour des dieux nous donne le triple profit hiératique qui vient des dieux : l'un tend à l'illumination ; l'autre à l'accomplissement des œuvres en commun ; le troisième, à la parfaite plénitude par le feu... Aucune opération hiératique ne peut se faire sans les supplications des prières ; leur fréquence nourrit notre esprit et fait plus large la réception des dieux par l'âme ; elles ouvrent aux hommes les choses des dieux, les habituent aux splendeurs de la lumière et bientôt parfont ce qui est en nous par le contact des dieux, jusqu'à ce qu'elles nous emportent au suprême sommet, nous donnent le divin, fassent naître la persuasion, la communion et l'amitié indissoluble, augmentent l'amour divin, enflamment la partie divine de l'âme et purifient l'âme de tous les éléments contraires, détruisent par le souffle æthéré et éclatant tout ce qui porte à la genèse, parfont en elle la bonne espérance et la foi dans la lumière et, en un mot, fassent pour ainsi dire, de ceux qui ont recours à elles les familiers des dieux (308). »

      Cette étude, ces exercices ont, pour l'homme qui commence à comprendre et à voir la vie humaine s'élargir à ses yeux, un résultat immanquable : il constate en effet, qu'en s'instruisant il devient puissant, qu'il est entouré de forces susceptibles d'être comprises et dominées et que sa puissance est en raison directe de son savoir ; il apprend ensuite que la Divinité repose au fond de son âme et que rien de transitoire ne peut suffire à ce Dieu intérieur ; l'union avec l'Unique, avec le Parfait, peut seule Le satisfaire. Puis grandit, par degrés, dans cet homme, la volonté de s'identifier avec le Principe Divin ; il cesse de poursuivre le changement avec passion et de renforcer de causes nouvelles le fleuve des effets ; il voit en lui-même plutôt un agent qu'un acteur, un canal qu'une source, un serviteur qu'un maître ; il cherche à pénétrer les intentions divines et à travailler en harmonie avec elles.

      Quand un homme en est arrivé là, il s'est élevé au-dessus de toute prière autre que celle qui consiste à méditer et à adorer ; il n'a rien à demander, ni dans ce monde ni dans aucun autre ; il conserve une inaltérable sérénité, ne cherchant qu'à servir Dieu. C'est l'état « Filial » par lequel la volonté du Fils s'identifie avec celle du Père, dans un abandon paisible et absolu. – Voici, je viens accomplir Ta volonté, ô Dieu. Je l'accomplirai avec joie. Oui, Ta loi est en mon cœur (309). Désormais aucune prière ne paraît plus nécessaire ; toute sollicitation semble une impertinence ; il devient impossible pour l'homme d'avoir d'autres desseins que ceux de la Volonté Suprême à mesure que les agents de cette Volonté sauront mieux accomplir leur tâche, tous Ses desseins entreront dans une ère de manifestation active.


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(295)  La plus grande partie de ce chapitre a déjà paru dans un ouvrage plus ancien du même auteur : Some Problems of Life.

(296)  St Jacques, I, 17.

(297)  Gen., XXVIII, 12, 13.

(298)  Voyez chap. XII.

(299)  Héb., I, 14.

(300)  St Matthieu, X, 29.

(301)  Actes, XVII, 28.

(302)  T. H. Huxley, Essays on some Controverted Questions, p. 36.

(303)  St Luc, XXII, 41, 43.

(304)  St Jean, I, 11.

(305)  Apoc., III, 20.

(306)  H. P. Blavatsky, La Clef de la Théosophie, p. 17.

(307)  Esaïe, XXXIII, 17.

(308)  Le livre de Jamblique sur les Mystères. Cinquième partie, chap. 26 (Traduction P. Quillard. Paris, Bailly, 1895).

(309)  Ps. XL, 7, 8. Version du Prayer Book de l'Eglise Anglicane.




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