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Le développement de l'âme

Alfred Percy Sinnett
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CHAPITRE XIII :
LA THÉOSOPHIE AU MOYEN-ÂGE (2/3)

Avant de commencer l'étude détaillée des ouvrages alchimiques, je voudrais encore présenter quelques observations.

      Négligeons les nombreux chimistes alchimistes – expérimentateurs abusés cherchant, pour s'enrichir, la pierre philosophale – et occcupons-nous seulement des véritables philosophes alchimistes qui suivaient la voie du développement occulte avec des fins bien plus élevées que les expériences éphémères de la vie terrestre. Examinons à la lumière des données occultes déjà acquises les conséquences qu'aurait entraînées, pour eux, la découverte de la vraie pierre philosophale, c'est-à-dire le secret du véritable développement spirituel.

      On se rappelle que le développement ésotérique, tout en se basant sur les principes de l'éthique, souvent enseignés avec peu de discernement par les religions exotériques, poursuit un but bien autrement grand qu'une félicité spirituelle et inintelligente. La religion nous enseigne, en effet, qu'après une vie pieuse et méritante nous jouirons au Ciel d'un bonheur éternel. La donnée ésotérique nous exhorte également à la piété et aux vertus, et nous engage ainsi à nous mettre en harmonie avec les plans supérieurs de la Nature ; mais elle nous conseille, en outre, de développer certaines facultés, certains états de conscience correspondant aux possibilités latentes du principe divin dans l'homme.

      Au-dessus de l'humanité se trouve tout un monde d'êtres accessible à ceux qui veulent bien suivre la bonne voie. Les véritables alchimistes aspiraient à « l'Adeptat », comme diraient aujourd'hui les Théosophes, et certains indices démontreront à l'étudiant occultiste que certains d'entre eux avaient atteint cette condition. Mais, si quelques-uns sont devenus Adeptes, ils ont dû acquérir des pouvoirs sur les lois les plus obscures de la nature et la connaissance des forces qui sont au-delà du plan physique ; et ces privilèges ont dû avoir, entre autres résultats, celui de les investir d'un pouvoir sur la matière bien supérieur à celui des chimistes ordinaires.

      Depuis quelques années, les phénomènes occultes se sont multipliés, non seulement à la connaissance d'étudiants en théosophie, mais encore en présence de certains spiritualistes curieux du merveilleux. Beaucoup de ces phénomènes sont tout aussi inexplicables que la transmutation des métaux.

      Donc, toute question d'évidence mise à part, l'étudiant occultiste reconnaîtra que la transmutation des métaux peut être rangée dans la catégorie des phénomènes occultes que tout Adepte digne de ce titre est capable d'accomplir.

      Cette réflexion nous mettra à même de comprendre la surprenante découverte réservée à ceux qui prendront la peine d'étudier la littérature alchimique. Notre tâche deviendrait écrasante s'il nous fallait prouver que certains alchimistes ont pu accomplir positivement cette expérience physique si discutée, et réussir à produire un métal aurifère tangible avec lequel on put frapper monnaie.

      Dans l'étude de l'alchimie, des préjugés enracinés peuvent aveugler, jusqu'à l'évidence, quelques esprits contemporains, et certains faits de son histoire peuvent blesser leur orgueil. Et, pourtant, dans la mesure où l'ou peut ajouter foi à la tradition historique, nous dirons que Nicolas Flamel et Raymond Lully, entre autres, ont pu réaliser positivement la fameuse transmutation.

      On nous demandera, sans doute, s'ils furent, en raison de leur pouvoir extraordinaire, des personnages vivant dans le faste et l'opulence ? Nullement, Flamel dépensa certainement des sommes énormes pour élever et entretenir des églises ; Lully fournit à Edouard II beaucoup d'or pour subvenir aux frais des Croisades ; mais, chose digne de remarque, l'Adepte qui possède le pouvoir de faire de l'or est toujours un philosophe trop spiritualisé pour se complaire dans une existence fastueuse.

      Ceci est, au reste, tellement compréhensible que l'idée de discuter le pouvoir des vrais alchimistes, sous prétexte que plusieurs d'entre eux vécurent retirés et pauvres en apparence, ne peut émaner que d'un esprit vulgaire et borné. En outre, les alchimistes vrais ou faux eurent beaucoup à souffrir de leurs contemporains : on les emprisonnait si souvent et on les torturait même pour leur arracher leur secret. Un philosophe des plus sincères, l'alchimiste Alexandre Sethon, auteur du remarquable traité : L'Entrée ouverte au palais fermé du Roi, écrit : « Je suis contraint de fuir de royaume en royaume, comme chassé par les Furies... Aussi, quoique possédant toutes choses, n'ai-je ni jouissance ni repos, sinon dans la vérité, qui est ma seule joie... Je suis entravé jusque dans mes œuvres de bienfaisance par la crainte d'être soupçonné et arrêté. J'en fis l'expérience en pays étranger, où j'avais administré des médicaments aux malades abandonnés par les médecins. Lorsque le bruit de leur guérison se fut répandu, on présenta un rapport sur mon élixir, et je dus me déguiser, me raser la tête et changer de nom pour ne pas tomber entre les mains de gens pervers, qui eussent tenté de m'arracher mon secret, dans l'espoir de produire de l'or. »

      On ferait une longue histoire des persécutions subies par les alchimistes, malgré les soins qu'ils mettaient à éviter tout conflit avec une église hostile ; mais je me bornerai à donner un aperçu succinct de la situation ; le lecteur trouvera dans les ouvrages cités plus loin tous les détails qui s'y rattachent.

      Presque tous les critiques matérialistes ont prétendu que, si les alchimistes avaient vraiment réussi dans leur entreprise, les tourments infligés à beaucoup d'entre eux auraient dû suffire pour arracher leur secret ; l'esprit du siècle est, d'ailleurs, toujours prêt à nier l'existence d'un secret qui n'a pas été révélé. Mais certaines notions de la science occulte qui nous sont partiellement connues nous donnent la clé de ce mystère. Le premier pas à faire, pour celui qui voulait obtenir le pouvoir de transmuter le plomb en or, était de transformer d'abord sa nature humaine en une nature presque divine. Il était donc présumable que l'avide chercheur d'or ne pourrait s'y résoudre et, incapable même de comprendre cette idée, n'y verrait qu'une ruse destinée à égarer sa curiosité ; mais la connaissance des principes élémentaires de la science occulte éclairent aussitôt ces énigmes alchimiques, qui resteraient insolubles sans son secours.

      Cependant, si ces alchimistes étaient de vrais philosophes spirituels, pourquoi choisir d'aussi dangereux symboles que l'or et l'argent ? N'était-ce pas précisément calculé pour éveiller la cupidité des foules et s'exposer ainsi à des périls aussi graves, dans un autre genre, que ceux qu'ils cherchaient à fuir ? Nous répondrons à cela qu'ils n'avaient pas inventé, mais retrouvé ce système symbolique, déjà employé à une époque très antérieure à l'ère chrétienne et à son clergé tyrannique. La version alchimique de la philosophie spirituelle, remonte à la période d'Hermès Trismégiste, considéré, par quelques auteurs, comme un personnage fabuleux et, par d'autres, comme un Adepte ; roi d'Egypte, il vivait environ deux cents ans avant l'ère chrétienne. Quoi qu'il en soit, les écrits qui lui sont attribués sont fort anciens ; ils constituent la source de cette philosophie hermétique qui, au moyen-âge, se confondait entièrement avec la donnée alchimique. Mais depuis quelques années, depuis l'extension du mouvement théosophique, cette forme de science ésotérique a beaucoup séduit certains esprits inquisiteurs par sa source relativement occidentale. Au surplus, jusqu'à une époque très récente, le mystère hermétique résumait, pour les investigateurs européens, toute la sagesse occulte, et ils n'avaient pas d'autres méthodes ou systèmes d'enseignement à suivre que ceux-là.

      Il faut aussi se rappeler que la puissante attraction exercée par la symbologie alchimique sur les étudiants du moyen-âge venait précisément de ce qu'ils en comprenaient la double signification. Au sens littéral, elle faisait allusion à un phénomène occulte extrêmement intéressant pour tout investigateur des mystères profonds de la Nature ; tandis qu'au sens symbolique, cette littérature traitait de la sublime transformation spirituelle qui unit la nature inférieure de l'homme à sa nature spirituelle ou divine.

      Je cite en passant quelques extraits des écrits alchimiques qui, à l'appui de notre première opinion, prouvent que les alchimistes avaient en vue quelque but transcendant. Beaucoup d'entre eux l'expriment même si clairement, qu'il semble difficile qu'on ait pu se méprendre sur leurs intentions.

      Examinons d'abord A New Light of Alchemy, attribué à Michaël Sendivogius. L'auteur parle, dans sa préface, de nombreux « livres altérés et de recettes falsifiées mis en circulation par des imposteurs ou des êtres oisifs et malfaisants, qui prétendent que l'âme peut être extraite de l'or ». Puis il ajoute :

      « Cependant, que les fils d'Hermès le sachent bien, cette sorte d'extraction de l'âme par le procédé vulgaire de l'alchimie n'est qu'une illusion, tandis qu'au contraire l'homme peut, au sens philosophique, sans fraude ni subterfuge, réussir à communiquer vraiment au plus vil métal la couleur de l'or... J'affirme, en connaissance de cause, qu'à celui-là, les voies de la Nature sont ouvertes, qu'il peut y pénétrer plus profondément, rechercher jusqu'à ses plus intimes secrets et, avec l'aide de Dieu, en obtenir la connaissance... Je dois conseiller ici à mon aimable lecteur de ne pas interpréter mes écrits trop à la lettre, mais d'avoir surtout égard aux possibilités de la Nature, afin de ne pas regretter par la suite son temps, ses peines et son argent prodigués en vain. Qu'il considère que cet art est pour le sage et non pour l'ignorant, et que l'interprétation spéciale aux philosophes ne saurait être comprise de prétendus savants vaniteux et railleurs... Car c'est un don de Dieu ; et, en vérité, il ne peut être obtenu que par la faveur divine, lorsque Dieu éclaire l'entendement de l'homme, et que celui-ci y joint une humilité pieuse et patiente ou la démonstration oculaire d'un maître expérimenté. – C'est pourquoi Dieu, dans sa justice, rejette loin de lui ceux qui lui sont étrangers et ne leur livre pas ses secrets. »

      J'emprunte au texte même un passage facile à interpréter et écrit dans le style symbolique de l'alchimie :

      « Le soufre – employé évidemment ici pour symboliser la conscience de l'homme – n'est pas le dernier des principes, parce qu'il constitue une partie du métal – l'homme lui-même – qui, en vérité, et la partie principale de la pierre philosophale ; bien des sages ont laissé des écrits contenant diverses appréciations très exactes sur le soufre. Oui, Geber lui-même, dans son premier livre, si excellent, en parle ainsi : « Par le Dieu suprême, il illumine tout corps, car il est la lumière de la lumière et de la teinture. »

      Il est urgent d'expliquer ici que, dès qu'on commence à lire les alchimistes, on s'aperçoit de suite qu'ils n'ont pas de code fixe qui permette de retrouver toujours la même idée sous le même symbole. L'esprit de Dieu manifesté dans la conscience de l'homme est quelquefois appelé soufre, d'autres fois mercure. L'homme normal non régénéré, sujet de leur art et objet de la transmutation, est quelquefois symbolisé par le plomb, l'antimoine ou quelque autre métal plus commun encore ; et, dans un désir anxieux de mettre en garde ceux de leurs lecteurs qui pourraient les interpréter au sens ésotérique, les alchimistes les avertissent sans cesse que « leur mercure et leur soufre » n'ont rien de commun avec le mercure et le soufre ordinaires. Le sujet de la transmutation est aussi quelquefois désigné par « Saturne », et quelques termes astrologiques, tels que, Sol, Luna et Vénus, sont employés pour exprimer quelques autres idées connexes. Chaque écrivain se fait sa loi en cette matière.

      Quelquefois cependant, sans donner aucun avertissement qui puisse être compris du lecteur « ignorant », les alchimistes abandonnent tout à fait leurs symboles, et paraissent faire des remarques imprévues sur la nature de l'« artiste » qui cherche la pierre philosophale ; ils discutent en langage usuel quelques-uns de leurs plus graves mystères, et ces passages n'échappent à la curiosité des profanes que parce qu'ils semblent n'avoir aucun rapport avec le sujet en question. Ainsi lisons-nous dans The New Light of Alchemy :

      « Que l'investigateur de cette science sacrée sache bien que l'âme, qui est, en l'homme, le monde inférieur ou microcosme prenant la place de son centre, est souveraine et se trouve dans le souffle vital, dans le sang le plus pur. Elle régit l'esprit, et l'esprit régit le corps... car l'âme, qui différencie l'homme des animaux, agit dans le corps, mais possède une activité plus grande hors du corps... Ainsi en est-il de Dieu, le Créateur de toutes choses ; il fait naître en ce monde toutes les choses qui sont nécessaires à ce monde ; en ce sens, il est inclus dans le monde, et c'est pourquoi nous croyons que Dieu est partout. D'autre part, sa sagesse infinie l'exclut du corps de l'univers en lui permettant d'opérer en dehors de ce monde et de concevoir des œuvres beaucoup plus grandes... L'âme imagine, mais elle n'agit que par l'intermédiaire de l'esprit ; tandis que Dieu exécute toutes choses au moment même où il les conçoit... Dieu, par conséquent, n'est pas contenu dans le monde : il y est comme l'âme est dans le corps ; son pouvoir absolu est indépendant de l'univers. De même, l'âme de tout homme possède son pouvoir absolu lorsqu'elle est séparée du corps. »

      L'auteur de ce passage était certainement très au fait de l'important phénomène psychique qui préoccupe actuellement les plus avancés de nos occultistes. En outre, sa manière d'envisager la création – en considérant le monde matériel comme une manifestation de l'esprit sur le plan physique – s'élève à la hauteur des plus profondes conceptions théosophiques. Il est assez plaisant de comparer ces idées si philosophiques avec la prétendue religion enseignée par les églises d'alors, où ces mêmes conceptions se retrouvent dénaturées jusqu'à l'absurde ; et surtout lorsqu'on réfléchit que, de nos jours encore, la plupart des esprits cultivés (exception faite de ceux que l'enseignement occulte a éclairés) accorderaient au théologien, même du moyen-âge, une certaine considération, et regarderaient l'alchimiste comme un fou, égaré par la plus vulgaire superstition. Or, il n'est rien de tel qu'une étude comparative des alchimistes pour nous faire apprécier, à sa juste valeur, l'orgueil aveugle qui, pendant la dernière partie du XIXème siècle, passa couramment pour de l'intelligence.




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