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Le développement de l'âme

Alfred Percy Sinnett
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CHAPITRE PREMIER : INTRODUCTION (2/2)

      A..., dans son corps physique, alla au Thibet il y a quelques années. C..., D... et E... l'ont vu auprès des Maîtres lorsqu'ils s'y trouvaient eux-mêmes dans leur corps astral.

      B... est « mort », en ce qui concerne le corps dans lequel je l'ai connu. Comme il était disciple régulier, ses expériences post-mortem n'ont pas suivi la marche ordinaire. C... l'a connu lorsqu'il habitait l'Inde ; il le voit de temps en temps en corps astral avec les Maîtres.

      C... est un disciple avancé. Il se sent aussi chez lui sur le plan astral, et il a un souvenir aussi précis des choses qui lui sont arrivées, que s'il les avait observées la veille, dans son corps charnel. Sur le plan astral, il voit constamment D..., E...,F..., qui tous le connaissent et se connaissent mutuellement sur notre plan d'existence ; une fois revenus à leur condition normale, ils s'entretiennent de ce qui se passait lorsqu'ils étaient avec les Maîtres, et sont bien, en tous points eux-mêmes dans leurs relations mutuelles sur le plan supérieur.

      D... a, plus récemment, acquis les mêmes privilèges ; et non seulement il possède des facultés identiques à celles de C..., mais il jouit de la vision astrale et dêvakhanique à l'état de veille (c'est-à-dire étant réveillé sur le plan physique). Ceci se comprendra mieux dans la suite, lorsque le lecteur, encore peu au courant des termes employés, aura parcouru les chapitres suivants.

      E... – Tout ce qui vient d'être relaté sur C... et D... s'applique aussi bien à E... ; C... et E... se connaissaient sur le plan astral avant de se lier sur le plan physique. E... a été en relations libres et illimitées avec les Maîtres depuis plusieurs années, mais il n'acquit ce privilège – fruit d'incarnations antérieures – qu'au début de l'activité théosophique. Contrairement à C... et D..., cependant, E..., quoique Européen, atteignit ce développement avant d'avoir été en contact avec la Société Théosophique. Ceci est important à cause de l'hypothèse quelquefois émise « d'influences hypnotiques ». E... connaît d'autres Maîtres que ceux dont parle la littérature théosophique ; il les voit sur le plan astral, (D... les y voit aussi), tantôt dans leur corps, tantôt dégagés de leur corps. Il entretient aussi des relations amicales sur cet autre plan avec F..., G... et H...

      F... n'en est pas encore là ; mais il connaît aussi les Maîtres sur le plan astral et y voit constamment D..., E... et H...

      G... commence seulement à être conscient sur le plan astral, et son cas n'a pas besoin d'être décrit plus longuement.

      H... est à même d'être souvent présent aux réunions des Maîtres avec leurs élèves sur le plan astral ; il s'en souvient encore imparfaitement, mais peut cependaut corroborer les dires de C..., D... et F... au sujet de ces entretiens.

      Quant aux raisons pour lesquelles ces grands « Maîtres de Sagesse » ont gardé une réclusion qui dissimule jusqu'à leur existence, malgré le progrès accompli en Occident dans ces derniers siècles, je trouverais prématuré de m'en expliquer à cette période de mon récit. Mais je veux citer, à cause de leur rapport direct avec ce sujet, quelques lignes d'un vieux traité d'alchimie du XVIIème siècle, écrit par un vrai philosophe occultiste bien que, selon l'usage, il déguisât ce titre sous celui d'alchimiste. Dans son Lumen de Lumine, Eugène Philalèthes, faisant clairement allusion à ceux que nous nommons aujourd'hui Adeptes ou Mahatmas,s'exprime ainsi : « Le sophiste les blâme, parce qu'ils ne paraissent pas dans le monde, et en conclut que leur société n'existe pas parce qu'il n'en est pas membre. Aucun lecteur ne considérera avec impartialité les raisons qui les portent à se cacher et à ne pas paraître en scène lorsque tous les sots leur crient : « Entrez ». On ne désire leur présence que dans un but profane... Combien y a-t-il de gens dans le monde qui étudient la Nature pour connaître Dieu ? Ils étudieront les moyens de grossir leur bourse, et non ceux qui pourraient développer leur âme ou même profiter réellement à leur corps. Il est juste de les laisser à eux-mêmes et à leur ignorance. Peut-être le néant de leurs espérances les corrigera-t-il ; mais tant qu'ils continueront ainsi, ni Dieu ni les hommes de bien ne les aideront. »

      En réalité, ce ne sont pas tant les Mahatmas qui se tiennent à l'écart ; c'est plutôt l'humanité moderne qui s'est rendue sourde à leur enseignement, si bien qu'à la fin elle a presque oublié leur existence. Ainsi que l'écrit cet infatigable traducteur des néo-platoniciens, Thomas Taylor dans sa préface aux Hymnes orphiques : « La sagesse, but de toute vraie philosophie, et considérée comme recherche des causes et principes des choses, florissait dans toute sa perfection parmi les Egyptiens d'abord, puis plus tard en Grèce. La littérature aimable fut cultivée par les Romains ; et la philosophie moderne s'adonne à la recherche expérimentale qu'elle pousse et accumule sans ordre... L'investigation moderne ne s'élève pas au delà de ce qui parle aux sens et dédaigne tout ce qui ne tend pas, d'une façon ou d'une autre, à accroître la richesse, à obtenir une puérile admiration, ou à procurer des jouissances matérielles plus raffinées. »

      C'est cette caractéristique marquée de l'esprit moderne qui fait que la plupart des existences de nos jours sont fermées à l'enseignement spirituel le plus élevé ; mais ce n'est heureusement pas toujours le cas. Même en cette dernière décade du XIXème siècle, les Mahatmas sont tout aussi accessibles aux hommes qui peuvent profiter de leurs enseignements qu'ils l'étaient dans ces temps passés dont parle Thomas Taylor, ces temps où tous les hommes savaient que le portail des « Mystères» pouvait être franchi par tous ceux qui étaient prêts à un sacrifice temporel immédiat, pour avancer rapidement vers une haute évolution spirituelle. Ces portails sont toujours ouverts, bien que le monde occidental s'en soit rarement approché ; et les théosophes qui y ont accès, et qui sont guidés par la grande loi gouvernant tout vrai progrès occulte, ont appris dès les premiers pas que ce progrès ne doit jamais être entrepris par le néophyte dans le seul but d'obtenir, pour lui seul, l'élévation spirituelle. Même dans les stades les plus élevés, le progrès désiré ne peut être motivé que par le ferme désir de favoriser le développement spirituel de l'humanité entière ; et ceux qui font leurs premiers pas sur le « Sentier », avec la notion bien nette de son but, sont tenus d'affirmer, de toutes leurs forces, combien sont importantes les découvertes qu'ils ont faites au sujet du degré élevé que les Mahatmas occupent sur l'échelle de l'évolution spirituelle de l'humanité.

      C'est seulement en apprenant à apprécier suffisamment les attributions et les pouvoirs de ces Frères Aînés, que la généralité des humains pourra entrevoir l'avenir qui l'attend et les possibilités qui, dans l'évolution spirituelle, accompagnent le rang qu'ils ont conquis actuellement dans la Nature. La recherche de ces possibilités est la tâche principale de ceux qui méritent d'être appelés étudiants théosophes.

      Leur deuxième effort dans la voie du progrès sera de chercher à réaliser dans leur vie journalière, dans leurs pensées et leurs habitudes, l'idéal sublime que la Théosophie propose à nos aspirations. Pour bien diriger cet effort, il nous faut comprendre le système dont nous faisons partie et le but vers lequel il tend ; car nous ne pouvons donner tous nos efforts et viser vers les plus sublimes objets, sans savoir jusqu'à quel point la conscience peut être développée sur ces hautes régions de la Nature, jusqu'à présent voilées à la vision ordinaire. L'imagination même ne peut nous servir à comprendre ces plans supérieurs, et nous avons besoin des descriptions de ceux qui sont en état d'y fonctionner librement. Si étrange qu'elle paraisse au premier abord, la vaste cosmologie de l'enseignement occulte doit être saisie dans ses grandes lignes avant que le vrai caractère de l'évolution spirituelle qui nous attend puisse être intégralement compris. Mais il n'est pas nécessaire de l'examiner au début de notre étude. Nous commencerons à entrevoir l'avenir qui s'offre à nous lorsque nous serons persuadés que l'homme n'est pas simplement un produit de la Nature, flottant à la dérive sur le torrent de l'évolution, mais qu'il est, pour ainsi dire, porté par ce torrent vers un vaste océan qu'il ne franchira que par des efforts conscients et personnels. Alors, avec quelque connaissance des vents et des courants, c'est-à-dire avec quelque compréhension des plans supérieurs de la Nature, tels que nous les décrivent ceux qui les connaissent, nous en saurons assez pour juger des moyens par lesquels l'homme peut hâter son ascension vers des stades plus élevés.

      La chimie ou l'astronomie peuvent être maintenant bien comprises par des hommes qui, de prime abord, n'auraient pas su arracher de secrets à la nature ; il en est de même de la science occulte. La compréhension des immenses empires régis par les lois et phénomènes hyperphysiques nous devient relativement aisée si nous voulons profiter de la direction appropriée qui nous est offerte, puisque aujourd'hui ce savoir est en possession de ceux dont la spiritualité fut assez puissante pour nous en frayer le chemin. Au temps actuel, les personnes dénuées de tous dons psychiques peuvent néanmoins acquérir une connaissance réelle et suffisante de ces empires de la Nature, réservée, il y a peu d'années encore, aux seuls initiés. Les étudiants de la littérature occulte du moyen-âge, littérature obscure au point d'effrayer la raison, pourront seuls estimer à sa juste valeur la lumineuse clarté jetée à présent sur ces mêmes sujets.

      Dans la dernière moitié de ce siècle des faits groupés en désordre, mais très nombreux, ont absolument établi, pour les observateurs dont le bon sens n'est pas obscurci par la plus illogique prévention, cette vérité, que la matière animée n'embrasse et ne résume pas à elle seule toute la conscience intelligente de l'univers. Les savants qui s'occupent spécialement d'investigations dans le domaine de la Nature ont toujours repoussé ces faits, avec un peu d'irritation semble-t-il, parce qu'ils ne se prêtent guère à la corrélation ou à l'expérimentation systématique. Ces faits nouveaux sont pour ainsi dire tombés des nues d'une manière inintelligible, au lieu de découler naturellement des connaissances antérieures. Au premier abord, leur réalité même était suspectée. Personne n'y pouvait rien comprendre. Ceux-là mêmes qui en garantissaient l'authenticité expliquaient leur origine par des hypothèses si peu acceptables qu'elles offensaient, en quelque sorte, cette génération matérialiste. Soit qu'il fût question de magnétisme psychique ou de médiumnité spirite, ces faits n'en demeuraient pas moins en constant désaccord avec la science ordinaire et prenaient leur place trop hâtivement pour infliger un démenti à ses principes. Mais, si mal accueillis qu'ils fussent, de toutes parts s'imposa leur évidence par des expériences ou des incidents surpassant les faits reconnus par la science physique. La littérature spirite, composée principalement de récits d'observations et d'expériences normales, s'étendit dans des proportions énormes ; et les documents rassemblés sur le magnétisme étaient déjà considérables avant qu'il eût pris la position nouvelle qui l'a réhabilité dans l'opinion publique, en représentant à nouveau quelques-unes de ses conclusions sous un autre nom. D'autres recherches psychiques d'un caractère indépendant, laissant de côté le spiritisme, le magnétisme et leurs hypothèses, ont aussi accumulé leurs preuves, et la situation est telle aujourd'hui que l'ignorance ou la plus incurable stupidité pourraient seules faire nier les conclusions évidentes démontrant l'existence des conditions hyper-physiques de la matière, de la force et de la conscience. Ces conclusions peuvent n'être pas assez précises pour servir de base à une théorie de la vie extra-corporelle ; mais elles doivent convaincre le chercheur le plus superficiel que nous sommes enveloppés, en quelque sorte, d'un monde extra-corporel et vivant. Et lorsque nous voyons que certains êtres possèdent, à un degré différent, la capacité de percevoir les phénomènes des plans hyper-physiques, nous devrions en conclure la possibilité pour quelques personnes de les connaître assez complètement pour pouvoir en saisir le sens vrai et rattacher ces phénomènes à une règle fixe de la Nature.

      Nous pouvons supposer maintenant qu'à l'aide d'une direction appropriée, il est possible aux personnes incapables par elles-mêmes d'observer les phénomènes occultes, de donner à ces études une tournure intelligente. Nous étudierons, tout d'abord, les exposés qui prétendent résumer les phénomènes aussi variés qu'étranges du psychisme, du magnétisme et des investigations spirituelles (ainsi que de bien d'autres encore). Nous vérifierons les méthodes par lesquelles on dit avoir obtenu ces informations, en examinant toute l'expérimentation accumulée par la vision anormale ; puis nous pourrons contrôler l'exposé lui-même en considérant d'une façon générale : s'il s'accorde avec la raison ; comment il s'applique aux énigmes et aux exigences de la vie ; comment il peut s'harmoniser avec la sympathie qui règne dans l'œuvre de la nature (dans les limites où l'observation nous en est accessible). Finalement, nous considérerons comment cette donnée interprète les incidents isolés et inexplicables en soi que nous remarquons en si grand nombre.

      L'exposé que je viens d'imaginer ici est contenu dans la littérature théosophique récemment parue. Si nous acceptons ces données après les avoir vu triompher d'un contrôle bien légitime, elles nous offrent un aspect de la Nature, de l'univers, de la vie humaine et de l'existence future qui déchire le voile du symbolisme religieux et éclaire la foi par une conception exacte.

      L'enseignement théosophique relatif au progrès spirituel mérite certainement la considération des penseurs modernes, ne fût-ce que pour cette raison : qu'il ramène ce processus transcendental à l'opération uniforme de la cause et de l'effet. Peut-être même renseignement religieux a-t-il seulement semblé dédaigner la cause et l'effet en attribuant les conditions de l'après-vie à une faveur ou une condamnation arbitraires. Les étudiants éclairés peuvent aussi facilement discerner la vraie théosophie déguisée sous le symbolisme de la religion, que les plus intelligents interprètes de la doctrine religieuse discerneront l'esprit religieux dans l'enseignement sublime de la science occulte. Mais en tous cas, la religion populaire dégénérée est disposée à envisager la destinée de l'homme à sa mort comme soumise à un traitement qui, miséricordieux ou sévère, est déterminé par des causes presque indépendantes de lui-même ; tout esprit rationnel considérera ce résultat comme un pur caprice, parce qu'il s'écarte de la loi de cause et d'effet qui régit invariablement tous les plans de la Nature observés jusqu'ici. La Théosophie au contraire, dans cette question du progrès de l'humanité, personnifie avec force la doctrine de la conservation de l'énergie. Elle considère nos expériences futures et consécutives comme le résultat logique et inévitable de nos actes et de nos états d'esprit antérieurs. L'injustice, les irrégularités apparentes de la vie proviennent d'illusions causées par le point de vue étroit qui nous fait apprécier ces irrégularités ou cette injustice. Mais la science spirituelle nous révèle que la vie humaine s'étend bien en deçà et au delà de la période donnée d'une manifestation physique ; elle s'étend extrêmement loin. En résumé, les conditions et les événements qui se déroulent dans chacune de nos existences successives sont tous produits par des causes antérieures.

      Nous approfondirons plus tard cette sublime révélation qu'on trouve à la racine de toute conception vraiment scientifique de l'existence, et nous allons d'abord considérer quelques principes généraux sur les potentialités du progrès humain.

      En partant de ce fait établi que certains êtres sont doués d'un organisme plus sensitif que d'autres, et sans oublier que ces facultés elles-mêmes sont produites par des causes antérieures, nous arrivons à cette hypothèse plausible que l'homme, par des efforts appropriés, peut développer les aptitudes latentes en son organisme, et, par suite, observer un nombre de phénomènes physiques plus considérable que ceux que lui dévoilent ses cinq sens. Ceci admis, n'en viendrons-nous pas à considérer l'évolution humaine comme la résultante de deux lignes de force, l'une procédant pour ainsi dire de la Nature, représentant l'impulsion évolutive normale, l'autre générée par la volition spontanée de l'individu, et qui représenterait le Principe divin sommeillant en lui ?

      Cette idée représente la vraie tonique de toute opinion scientifique sur l'évolution spirituelle de l'humanité. Tout homme qui désire s'élever dans la hiérarchie de la Nature et réaliser le plus haut développement possible doit unir sa volonté aux tendances évolutives de la race entière. La simple logique de ce raisonnement nous frappera, si nous réfléchissons à la profonde signification de certaines phrases usitées dans les religions, phrases si souvent citées et si mal comprises. Prenons par exemple cette maxime familière : « C'est en Dieu que nous vivons, que nous évoluons, et que notre être existe. » On peut dire de cette maxime – en la respectant comme il convient – que le contraire en est le corollaire. En effet, Dieu – l'esprit ou l'influence de Dieu – vit en nous, quoique sous bien des rapports nous soyons fort peu divins. Mais pour que cet axiome devienne une vérité vitale, il faut que nous ayons atteint un degré d'élévation qui permette à Dieu d'habiter en nous. Lorsqu'un homme a su se rendre digne de servir de demeure à Dieu, sa volonté est devenue par cela même une force plus active qu'elle ne l'est chez les autres hommes ; il est inspiré plus fortement par cette Volonté qui, dans sa perfection, est la cause reconnue de toutes choses, et le principe qui guide la nature et l'évolution.

      Qui ne reconnaîtrait l'absurdité d'attribuer la même destinée évolutive à l'homme en qui Dieu peut résider, et à celui qui n'est encore qu'un simple animal humain, uniquement occupé de soi ?

      La religion conventionnelle s'appuie sur cette douce croyance, que le pire des pêcheurs se purifiera, d'une façon quelconque, dans l'autre monde ; elle se soucie peu de la manière dont se réalisera ce paradoxe et du système qui amènera des causes opposées à produire des effets semblables. Mais la science occulte, comprenant la patience de la Nature aussi bien que son invariabilité, sait que, dans une personnalité future, cet homme, encore plongé dans l'animalité, retrouvera les occasions qu'il a jusqu'à présent dédaignées, et pourra s'efforcer de devenir, lui aussi, un temple de conscience spirituelle. S'il a manqué les premières occasions, elles pourront se représenter et nous verrons plus tard sous quelles conditions. Le point important est de savoir qu'à un moment donné de sa carrière, et s'il veut atteindre les sphères supérieures de l'évolution, but suprême de notre humanité actuelle, l'homme doit prendre en main sa propre évolution en s'unissant consciemment à un rayon puissant et adéquat de l'Esprit Universel. Cet aperçu succinct nous suggère encore d'autres pensées. Il est aujourd'hui reconnu par la science que l'immobilité ne peut exister dans la Nature ; il faut que sous une forme ou une autre le changement se produise, soit progressif, soit rétrograde. L'immobilité ne se rencontre pas plus dans les cycles astronomiques que dans les réactions chimiques ou les conditions métaphysiques. Il est possible qu'un homme, à la fin de sa vie, semble n'avoir pas fait de progrès dans la conquête de la Nature. Mais, à tout prendre, une vie est un intervalle bien court dans l'éternité, ou même dans ces cycles de durée incommensurable dont s'occupe la science occulte ; il est vrai qu'à l'encontre des religions modernes, cette science ne juge pas à propos d'aborder souvent des sujets aussi abstraits, pour les limitations de l'esprit humain, que ne le sont l'infini et l'éternité.

      L'homme, comme entité éternelle, possède une destinée d'ensemble dont ses diverses personnalités physiques ne sont que des chaînons ; il serait donc absurde de le supposer immobile au milieu de l'évolution générale. Il doit avancer ou rétrograder, comme tous les êtres, comme toutes les choses dans la Nature. Il est inutile d'envisager les périodes rétrogrades que nous avons pu traverser avant d'en arriver au rang que nous occupons actuellement. Les forces automatiques et puissantes de l'évolution nous ont poussés en avant ; peut-être s'en est-il suivi quelques souffrances pour ceux qui essayèrent de s'opposer au grand Pouvoir dirigeant le mouvement, mais, au sens général, il n'y a pas eu recul. Et depuis les premiers âges, où elle traversait les règnes inférieurs de la Nature dans les plus humbles états de conscience, l'âme néanmoins n'a jamais cessé de s'élever. C'est par un processus graduel d'existences éthérées qui précédèrent notre vie matérielle, que l'homme est arrivé à réaliser son type actuel de développement, et à pouvoir se dire en pleine connaissance de cause : « Je veux à présent harmoniser ma conscience et ma volonté avec cette Conscience divine supérieure dont je suis le reflet matériel ; illuminé et inspiré par elle, je m'élèverai sans cesse dans la voie du progrès ». Mais il peut aussi raisonner autrement, trouvant l'effort trop pénible, trop dur peut-être à notre époque ; alors la conscience humaine, produit de l'évolution naturelle, s'unira à la matière et à ses limitations, au lieu de s'harmoniser avec l'esprit et ses potentialités. Au point tournant de l'évolution, quelle qu'en soit l'époque, une chance de progrès ultérieur (potentialité de l'état de conscience déjà acquis) sera offerte à tout homme : celle de préparer son soi intérieur à recevoir l'Influx divin. Il va de soi que celui qui n'en profitera pas pour s'élever consciemment dans l'évolution n'aura plus alors d'autre alternative qu'une descente vers la matérialité dont il est inutile de décrire toutes les péripéties. Mais si nous portons nos regards plus avant, si nous considérons de haut les destinées futures de l'humanité (si mal comprises en général), la vérité que nous venons d'énoncer acquiert une immense signification.

      Nous avons déjà parcouru la moitié du grand processus évolutif des facultés humaines ; jusqu'à ce point, nous avons été guidés, soutenus. Mais à présent il nous faut reconnaître notre voie, y marcher seuls, comprendre ce que nous avons à accomplir, et être bien résolus à remplir les intentions divines.

      Nous ne pourrons plus invoquer actuellement l'ignorance de la route à suivre, du développement intérieur à acquérir, ou des avantages inhérents au rang que nous devons atteindre dans la Nature. L'ensemble du système d'évolution, dévoilé dans la littérature théosophique est assez complet pour rendre l'exposé de nos destinées futures aussi intelligible que l'est l'histoire des temps passés. Nous sommes parvenus, comme je viens de l'expliquer, à la moitié du grand « Manvantara » ou période dans laquelle doit s'accomplir cette partie de notre évolution spirituelle. Le temps que nous y avons déjà employé – tant sur cette planète que sur d'autres – peut s'évaluer en millions d'années ; et des millions d'années s'écouleront encore avant que la grande famille humaine ait achevé son évolution. L'occultisme en effet nous apprend que cette évolution normale, livrée à ses propres forces, ne s'effectuera pas avant ce laps de temps énorme ; car il nous faudra d'abord accomplir la tâche immense de mettre nos volontés en harmonie complète avec les desseins de la Divinité ; puis, lorsque ce premier travail nous aura suffisamment élevés, nous devrons assimiler toutes les connaissances mises alors à notre portée. Plus tard, nous en dirons davantage sur les circonstances qui rendent cette évolution aussi longue ; mais, qu'elle soit dirigée par l'interminable processus de la Nature, ou hâtée par notre intervention, il est certain que dans cette seconde moitié du Manvantara, nul progrès ne pourra être fait sans qu'une parfaite compréhension du but à atteindre ne vienne inspirer chaque effort. C'est là l'idée principale avec laquelle on doit envisager les futures destinées humaines. La nature des connaissances que l'on peut acquérir éventuellement formera le sujet d'un autre chapitre.




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