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Le Monde occulte

Alfred Percy Sinnett
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CONCLUSION

      Je ne puis pas laisser paraître une seconde édition de ce livre, sans rappeler, au moins, quelques-unes des expériences qu'il m'a été donné de faire depuis son élaboration. Les plus importantes, il est vrai, se rapportent aux fragments d'instruction que j'ai eu le privilège de recevoir des Adeptes concernant les grandes vérités de la cosmogonie qu'ils ont pu découvrir, gràce à leur discernement spirituel. Mais l'exposé du peu, relativement, que j'ai appris sur ce chapitre, exigerait un traité que je n'ai pas le loisir de rédiger en ce moment (11). Le but du présent volume est d'exposer les faits extérieurs plutôt que d'analyser un système philosophique ; il n'est pas inaccessible aux étudiants exotériques, en dehors de ce qu'on peut regarder comme la révélation directe des Frères. Quoique presque toute la littérature occulte existante repousse par sa forme et soit à dessein rendue obscure par l'emploi d'un symbolisme compliqué, elle contient une quantité d'informations qui peuvent être extraites de la masse, si on s'y applique avec une patience suffisante. Cela a déjà été prouvé par d'industrieux chercheurs. L'avenir montrera si les Maîtres en philosophie occulte consentiront, plus tard, à exposer complètement en langage courant, l'état des faits se rapportant à la constitution spirituelle de l'Homme. Bien que leur réticence persiste et soit incompréhensible pour l'observateur profane, ils sont cependant aujourd'hui plus disposés à être communicatifs qu'ils ne l'ont été depuis bien longtemps.

      La première chose à faire est de dissiper, autant que possible, l'incrédulité obstinée qui enlise l'esprit occidental, en ce qui regarde l'existence de toutes personnes anormales pouvant être considérées comme Maîtres de la Vraie philosophie – distincte de toutes les spéculations qui ont tourmenté le monde – et en ce qui touche la nature anormale de leurs facultés. J'ai déjà tenté de décrire clairement les phénomènes produits par ces facultés ; je ferai aussi bien de souligner ici la raison pour laquelle je m'y arrête, car envisagés sous leur véritable aspect, ils sont les lettres de créance de l'enseignement spirituel donné par leurs auteurs. Premièrement, les phénomènes anormaux, en eux-mêmes, accomplis par le pouvoir de volonté d'hommes vivants doivent exciter le plus vif intérêt de quiconque est possédé par l'honnête passion de la science ; ils ouvrent de nouveaux horizons scientifiques. Aussi certainement que le soleil se lèvera demain, la poussée en avant des découvertes scientifiques se poursuivant avec lenteur le long du sillon tracé, finira, sans doute avant peu, par apporter au monde ordinaire quelques-unes des connaissances scientifiques supérieures dont jouissent déjà les Maîtres de l'occultisme. Des facultés seront acquises, par la recherche exotérique, ils feront avancer les travaux d'avant-garde de la science, d'un ou deux pas, vers la compréhension de quelques-uns des phénomènes que j'ai décrits dans le présent volume. En attendant, il me semble très intéressant d'obtenir d'avance un aperçu des exploits spirituels que nous verrions probablement absorber l'attention d'une génération future, si nous pouvions comme le suggère Tennyson,

« ...dormir durant de grandes guerres
Et nous réveiller à la science agrandie,
A des secrets du cerveau, des étoiles
Aussi étranges que des contes de fées. »

      L'importance de la leçon qui ressort des phénomènes occultes est très supérieure à leur intérêt scientifique ; car ils placent leurs auteurs dans une position d'autorité intellectuelle qui ne peut être comparée à rien de ce que nous voyons en général. Ils montrent, de façon indiscutable, des hommes qui ont dépassé leurs contemporains par une compréhension de la Nature dont le public ne connaissait pas d'exemples. Ces hommes sont arrivés à pouvoir connaître des événements, par d'autres moyens que ceux des sens matériels, et pendant que leurs corps sont dans un endroit, leurs perceptions peuvent être ailleurs ; ils ont donc résolu le grand problème, à savoir : que l'Ego de l'homme est distinct de sa forme périssable. Tous les autres instructeurs ne nous apprennent que ce qui a paru probable au sujet de l'âme et de l'esprit de l'homme. Les initiés nous enseignent le fait. Et si cela n'est pas un sublime sujet de recherche, il est bien difficile de dire ce qui l'est. Mais nous ne pouvons lire la poésie, sans avoir appris l'alphabet et le puéril individu qui trouve insupportable et trivial de se plier à la niaise occupation d'épeler b-a-ba, ne sera certainement jamais capable de lire les Idylles du Roi.

      Je quitte les nuages pour reprendre mon patient travail sur les phénomènes et les incidents, qui, à mon retour dans l'Inde, ont confirmé les expériences aussi bien que les conclusions présentées au cours du chapitre précédent.

      Le premier épisode fut en quelque sorte, comme une agréable salutation de la part de mon ami K. H. : Je lui avais écrit (par Mme Blavatsky) peu de temps avant mon départ de Londres et je m'attendais à trouver sa réponse dès mon arrivée à Bombay. On n'avait rien reçu pour moi, au quartier général de la Société Théosophique, où je comptais faire un petit séjour, en me rendant à ma destination, dans l'intérieur du pays. J'arrivai tard le soir. Il ne se produisit rien de remarquable. Le lendemain matin, après le déjeuner, je causais avec Mme Blavatsky dans la chambre qui m'avait été réservée. Nous étions seuls et assis auprès d'une grande table carrée, occupant le centre de la pièce, la pleine lumière du jour brillait. Soudain, à ma droite, Mme Blavatsky étant à ma gauche, un pli épais tomba devant moi. Il tomba de rien pour ainsi dire. Il fut matérialisé ou réintégré en l'air sous mes yeux. C'était la lettre attendue. Profondément intéressante, elle contenait une partie relative à des matières privées, des réponses à mes questions ; l'autre était consacrée à d'importantes révélations, encore un peu obscures, sur la philosophie occulte – première esquisse que j'aie reçue. Maintenant je sais que des lecteurs vont déclarer avec un sourire de satisfaction : « fils conducteurs, ressorts, appareil caché, etc. ». D'abord ces suggestions seraient grotesques pour quiconque aurait été présent ; de plus, il est inutile d'argumenter indéfiniment contre des objections de ce genre reproduites chaque fois ab initio. Il n'y avait pas plus de fils et de ressorts dans la chambre qu'il n'y en a sur les sommets aérés des collines de Simla, où ont eu lieu quelques-uns de nos premiers phénomènes ; je puis ajouter, en outre, que, peu de mois après, un billet occulte tomba ainsi devant un de mes amis, qui se trouvait sous un dak bungalow, au nord de l'Inde. Cet ami, fonctionnaire au Bengale, est devenu un membre zélé de la Société Théosophique ; plus tard, encore au quartier général de la Société, à Bombay, une lettre tomba de la même manière, comme une suite à une promesse antérieure, en plein air et en présence de cinq ou six témoins.

      Le don de la lettre de K. H. fut pour un temps le seul phénomène que je puisse citer. Ma correspondance continuait, mais je n'étais pas encouragé à attendre d'autres manifestations de pouvoir anormal. Les hautes autorités du monde occulte avaient, en vérité, prohibé plus strictement que jamais le genre des expériences faites à Simla l'été précédent, leur effet ayant paru peu satisfaisant dans son ensemble. Beaucoup de discussions acrimonieuses s'étaient élevées, excitant de mauvais sentiments ; j'imagine que la fâcheuse influence exercée par ces débats, sur le progrès du mouvement théosophique, pesait plus dans la balance que l'heureuse impression ressentie par le petit nombre de personnes qui avaient assisté aux phénomènes et les avaient appréciés. Quand je retournai à Simla en août 1881, je ne comptais sur aucun événement extraordinaire. Je n'ai rien à raconter qui soit comparable à ce qui s'était passé en 1880. Néanmoins la fondation que j'avais entreprise, à Simla, d'une branche de la Société Théosophique, fut entremêlée de petits incidents de nature phénoménale. Pendant que cette société se constituait, plusieurs lettres furent échangées entre K. H. et nous. Mme Blavatsky ne les transmit pas toutes. Par exemple, Mr Hume – qui fut, la première année, président de la nouvelle société nommée : La Société Théosophique éclectique de Simla – reçut une note de K. H. dans la lettre d'une personne parfaitement étrangère à nos travaux occultes, qui lui écrivait par la poste à propos d'une affaire municipale. Moi-même, m'habillant le soir, je trouvai un billet dans la poche de mon habit ; le même fait se reproduisit un matin, à cela près que le papier était sous mon oreiller. Une autre fois, je venais de recevoir, par le courrier de Londres, une lettre dont le contenu me parut susceptible d'intéresser Mme Blavatsky. Je montai dans le cabinet de travail de celle-ci et lui lus la missive. Pendant ma lecture, quelques lignes d'écriture commentant ce que j'étais en train de lire, furent formées sur une feuille de papier qui se trouvait devant elle. De fait, elle vit l'écriture se former et m'appela, me désignant le papier. Je reconnus l'écriture de Kout Houmi et sa pensée aussi, car le commentaire revenait à déclarer, avec d'autres paroles équivalentes : « Ne vous l'avais-je pas dit ? » et se référait à quelque chose qu'il avait déclaré dans une lettre antérieure.

      Plusieurs mois avant, plusieurs mois après, et pendant toute la durée de cette visite de Mme Blavatsky à Simla, le colonel Olcott était à Ceylan. Je donne cette information en passant, parce que d'ingénieux critiques aimaient à insinuer – quand il n'y avait pas moyen d'accuser notre amie de fraude – que le colonel Olcott devait être le truqueur. Après la première édition de ce livre, on lui attribua les lettres, que j'avais la naïveté d'accepter comme venant de K. H., Mme Blavatsky se chargeant de les présenter. Mais le colonel à Ceylan et moi à Simla, les lettres se suivaient, parvenant parfois un jour après celles que nous écrivions. L'hypothèse tombe d'elle-même.

    A mes yeux – et mon avis sera, je pense, partagé par les lecteurs compétents – le fait le plus intéressant qui se produisit en 1881 à Simla fut celui-ci. J'entrai en relation avec un autre membre de la Fraternité. K. H. dut se retirer trois mois dans une solitude absolue, non seulement en ce qui regarde le corps – qui, pour les Adeptes, peut être caché dans un coin ignoré de la terre sans que l'activité astrale et leur contact avec l'humanité soient aucunement suspendus – mais aussi en ce qui concerne le puissant Ego avec lequel nous communiquions. En cette circonstance, un des Initiés, avec lequel K. H. était particulièrement associé, consentit, d'abord à contre-cœur, à s'occuper de la Société éclectique de Simla et à continuer, en l'absence de K. H., ses instructions occultes. Le changement opéré dans le caractère de notre correspondance fut remarquable sous la direction de notre nouvel instructeur. Toute lettre émanée de K. H. portait l'empreinte de son style doux et facile. Il préférait écrire une demi-page de plus, plutôt que de courir le moindre risque, par une phrase brève ou inconsidérée, de blesser les sentiments de n'importe qui ; son écriture était toujours lisible et régulière. Notre nouveau maître nous traita autrement ; il se déclara presque ignorant de notre langue et écrivait d'une main irrégulière, souvent difficile à déchiffrer. Il ne prenait aucun ménagement avec nous. Si nous lui envoyions un essai traitant d'idées occultes, prises de ci et de là, avec prière de nous dire si c'était bien, l'article nous revenait quelquefois traversé d'une épaisse raie rouge et « non » tracé en marge. Un de nous lui demanda : « Pouvez-vous m'éclairer sur tel ou tel point ? » Le papier, renvoyé à son auteur, portait l'annotation suivante : « Comment puis-je éclairer ce que vous n'avez pas ? » Malgré cela, nous réalisions des progrès sous l'impulsion de M. Par degrés, la correspondance qui, de son côté, avait consisté en notes brèves, griffonnées sur des bouts de grossier papier tibétain, s'étendit parfois en lettres volumineuses. On doit bien comprendre que le contraste amusant des abruptes façons de M. avec la tendre douceur de K. H. n'empêcha pas notre attachement pour lui de croître à mesure que nous eûmes l'impression qu'il nous tolérait plus volontiers comme élèves. Quelques-uns de mes lecteurs, j'en suis sûr, donneront en ce cas au mot « attachement » son vrai sens. Je me sers d'un terme incolore pour éviter de faire parade de sentiments qui pourraient ne pas être compris de tous. Mais je peux affirmer qu'au cours de relations prolongées quoique seulement épistolaires, avec un personnage qui, quoiqu'un homme comme nous en ce qui concerne sa place naturelle dans la création, est tellement plus élevé que les hommes ordinaires qu'il possède quelques attributs habituellement considérés comme divins, des sentiments sont engendrés qui sont trop profonds pour être légèrement ou aisément décrits. M. voulut bien faire, tout récemment, en ma faveur, une petite manifestation de force ; Mme Blavatsky fut étrangère au fait, car elle était absente et à 800 milles de distance. Les trois premiers mois de notre connaissance, M. observa, avec rigueur, le principe qu'il avait posé après avoir consenti à correspondre avec la Société éclectique ; il correspondrait mais n'accomplirait aucun phénomène. Ce récit s'occupe tellement de phénomènes que je ne saurais trop rappeler au lecteur que ces incidents n'ont pas eu lieu sans arrêt, ou en quelques jours, ils ont été fort espacés ; les grands Adeptes ont un profond dégoût pour les manifestations extérieures qui attirent, après avoir été accordées, des critiques de ce genre. « Mais pourquoi les Frères n'ont-ils pas fait ceci ou cela, c'eût été beaucoup plus frappant ? » Les Initiés, je le répète, s'ils consentent parfois à produire des phénomènes, n'essaient pas de prouver leur existence à un jury judicieux. Ils rendent simplement leur existence perceptible aux personnes naturellement portées vers la spiritualité et le mysticisme. Il n'est pas exagéré de dire qu'au cours de ces démonstrations, ils évitent, avec un soin scrupuleux, de donner une preuve directe, de nature à satisfaire le grand public. En tous cas, ils préfèrent, aujourd'hui, laisser les Philistins ignares et matérialistes d'un monde égoïste et sensuel, déclarer avec conviction que les Frères sont un mythe. Ils se révèlent, en conséquence, par des signes ou indications légères qui peuvent seuls être compris de gens doués de discernement spirituel et de secrètes affinités. Ils permettent, il est vrai, l'apparition de ce livre ; pas une page n'en serait écrite si un mot désapprobateur de K. H. m'eût été adressé. Les phénomènes relatés sont réellement, dans beaucoup de cas, des preuves complètes et irrésistibles pour moi et pour quiconque est en état de comprendre que je dis l'exacte vérité. Les Initiés, j'imagine, savent parfaitement qu'on peut, avec sécurité, présenter à la foule une révélation presque illimitée, le troupeau auquel elle n'est pas destinée la rejettera avec mépris. On peut comparer la situation à celle de l'homme qui paria de se tenir pendant une heure au milieu du pont Waterloo en offrant de vendre aux passants, à raison d'un shilling par pièce, cent souverains d'or authentiques et de demeurer ainsi pendant une heure sans être débarrassé de son stock de pièces placées sur un plateau. Il comptait sur la stupidité des passants qui se croyaient trop intelligents pour être mystifiés ; et il gagna ainsi son pari. De même pour ce petit livre, il contient la déclaration sincère de vérités absolues, elles révolutionneraient le monde, si on voulait y croire, et l'affirmation est appuyée sur d'irréprochables témoignages. Mais la masse de l'humanité restera aveuglée par sa propre vanité et l'incapacité d'assimiler des idées spiritualistes. Et nul ne sera sérieusement impressionné par ces révélations s'il n'est qualifié par sa compréhension pour en tirer profit.

      Cette dernière classe de lecteurs appréciera la manière dont les phénomènes, que j'ai enregistrés, ont ainsi suivi, pas à pas, mes convictions croissantes ; ils les confirmaient à mesure que mes déductions les établissaient, plutôt qu'ils ne les provoquaient et renforçaient du premier coup. Ce fut bien le cas, dans les faits que je vais raconter, dus à l'amitié bienveillante de M., longtemps après que ma foi en la réalité de l'existence des Frères fut imperturbablement assise. M. en vint vraiment à désirer que j'eusse la satisfaction de le voir – en corps astral, bien entendu. Il aurait accompli son dessein en janvier à Bombay, lorsque j'y allai pour un jour afin d'y rencontrer ma femme à son retour d'Angleterre, si les conditions atmosphériques ou autres l'avaient permis à cette époque.

      Comme M. me l'écrivit dans l'une des petites notes que je reçus ce jour-là et le matin suivant, les Initiés même ne peuvent pas faire de miracles. Le spectateur ordinaire peut ne pas faire de différence entre un miracle et des phénomènes occultes, mais ceux-ci qui sont réellement des résultats obtenus par le savant emploi de Lois et forces naturelles, peuvent quelquefois rencontrer des obstacles pratiquement insurmontables.

      M. put cependant se montrer à un membre de la Société éclectique de Simla, de passage à Bombay, vingt-quatre ou quarante heures avant ma visite. Mon ami, qui avait vu un portrait de M., reconnut distinctement le visage, et l'ensemble du personnage fut visible un moment. Il passa alors par une porte ouverte dans une chambre intérieure sans issue ; mon ami s'étant élancé à sa suite ne le trouva plus. Dans deux ou trois autres occasions, M. s'était rendu astralement visible à des personnes qui se trouvaient au quartier général de la Société, où la présence continuelle de Mme Blavatsky et d'une ou deux individualités, douées d'un fort magnétisme sympathique facilitaient d'autant plus la production de phénomènes que la pureté de vie des résidents et les influences sans cesse répandues par les Adeptes eux-mêmes, créaient un milieu exceptionnel.

      Et ceci me reporte à des incidents récents qui se sont passés chez moi, à Allahabad. Mme Blavatsky, je l'ai dit, était à 800 milles de nous. Le colonel Olcott, en route pour Calcutta, faisait halte sous notre toit ; il était accompagné d'un jeune hindou mystique, qui aspirait ardemment à être reçu comme Chéla ou élève, par les Initiés ; le magnétisme, ainsi amené dans la maison, établit des conditions qui, pour un temps très court, favorisèrent quelques manifestations. Rentrant un soir, peu de minutes avant le dîner, je trouvai deux ou trois télégrammes, sous enveloppes administratives bien closes. Les messages concernaient tous des affaires courantes et provenaient de personnes ordinaires ; mais à l'intérieur de l'une des enveloppes, je trouvai un petit billet plié, de M. Le seul fait de son insertion était déjà un phénomène dont j'ai donné plusieurs exemples, mais je n'insiste pas, ce qui a suivi et dont la note m'informait, étant manifestement plus surprenant. La note de M. me fit chercher, dans mon cabinet de travail, un fragment d'un bas-relief en plâtre que M. venait à peine de transporter, en un instant, de Bombay à mon domicile. L'instinct m'amena immédiatement à l'endroit où il me semblait plus probable de découvrir la chose qui avait été apportée : le tiroir de ma table de travail exclusivement réservé à la correspondance occulte. Et là, effectivement, je trouvai un coin brisé d'une plaque de plâtre, portant la signature de M. Je télégraphiai, à la minute, à Bombay, pour demander s'il n'était rien arrivé de particulier ; le jour suivant on me répondit que M. avait brisé un certain buste de plâtre, et en avait emporté un débris. En temps voulu, je reçus de Bombay un compte rendu minutieux attesté par les signatures de sept personnes en tout et dont voici l'essentiel.

      « A sept heures du soir, les personnes suivantes – cinq sont énumérées, y compris Mme Blavatsky – étaient autour de la table à thé, dans la véranda de Mme Blavatsky, en face de la porte au paravent rouge, qui sépare son premier cabinet de travail de la longue véranda. Les deux battants du cabinet étaient grands ouverts, et de la table placée à deux pieds de la porte, nous pouvions tous voir parfaitement l'intérieur de la chambre. Cinq ou sept minutes après, Mme Blavatsky tressaillit. Nous commençâmes tous à être vigilants. Elle regarda autour d'elle et dit : « Qu'est-ce qu'il va faire ? » Elle répéta plusieurs fois la phrase, sans s'occuper de nous. Soudain nous entendîmes un choc, un bruit violent, comme la chute d'un objet qui se brise, derrière la porte du bureau de Madame où il n'y avait pas une âme à ce moment. Un bruit encore plus intense fut entendu et nous nous précipitâmes tous dans la chambre. Celle-ci était vide et silencieuse, mais juste derrière la porte de coton rouge, à l'endroit d'où provenait le bruit que nous avions entendu, nous trouvâmes, tombé sur le sol, un buste en plâtre de Paris brisé en plusieurs morceaux. Après avoir ramassé avec soin jusqu'aux plus petits fragments, nous trouvâmes le clou qui soutenait le lourd médaillon depuis dix-huit mois, aussi solidement planté que jamais. L'anneau en fil de fer fixé au portrait n'était pas même faussé. Nous étalâmes les morceaux sur la table, en essayant de les arranger – avec l'espoir de les recoller. Mme Blavatsky était fort contrariée, ce moulage ayant été fait par un de ses amis de New York. Un fragment presque carré, d'environ deux pouces, manquait au coin droit du plâtre ; nos recherches pour le découvrir furent vaines. Peu après, Mme Blavatsky se leva vivement et passa dans sa chambre, dont elle ferma la porte. Une minute s'écoula, elle appela M. et lui montra un petit papier. Nous le vîmes et le lûmes tous ensuite. Quelques-uns d'entre nous avaient reçu des communications de cette même écriture, elle leur était familière ainsi que les initiales. La note prévenait que le morceau manquant venait d'être transporté par le Frère – que Mr Sinnett nommait « l'Illustre » (12) – à Allahabad, et que Mme Blavatsky devait réunir et garder scrupuleusement le reste. »

      Le procès-verbal contient d'autres détails sans importance pour le public. Il est signé par les quatre amis hindous qui étaient avec Mme Blavatsky au moment où le moulage fut cassé. Un post-scriptum est signé par trois autres personnes, déclarant qu'elles sont arrivées peu après l'incident et ont trouvé Mme Blavatsky et ses hôtes occupés à assembler les fragments sur la table.

      Il va sans dire que ce que je raconte s'est passé le même soir, sans différence appréciable de temps entre le bris du moulage à Bombay, l'apport de son fragment à Allahabad et l'insertion du billet de M., dans mon télégramme. Je n'ai pas pris note de la minute précise à laquelle j'ai trouvé le fragment. Il pouvait être dans mon tiroir depuis un moment. C'était certainement entre sept et huit heures, probablement sept heures et demie ou huit heures moins un quart. Il y a près d'une demiheure de différence de longitude entre Bombay et Allahabad, sept heures à Bombay sont presque sept heures et demie à Allahabad. De toute évidence, ce morceau de plâtre, pesant deux ou trois onces, a été apporté instantanément de Bombay. Il appartenait bien au portrait brisé dont les morceaux me parvinrent quelques jours plus tard et il me fut facile de reconstituer le moulage.

      Le lecteur perspicace – de la catégorie de ceux qui n'auraient pas été mis « dedans » par l'homme qui vendait des souverains d'or – rira de l'histoire. Un bout de plâtre, envoyé en un clin d'œil à huit cents milles de distance à travers l'Inde ! par la volonté de quelqu'un qui était on ne sait où – au Tibet probablement ! La personne avisée ne pourrait accomplir l'exploit elle-même. Elle est donc convaincue que personne d'autre ne le pourrait et que l'événement ne s'est jamais produit. Il vaut mieux croire au mensonge délibéré des sept témoins de Bombay et du présent écrivain, que d'admettre l'existence d'un être vivant sur terre, possesseur de secrets de la Nature et pouvant employer des forces cosmiques, et dont les malins de ce monde n'ont jamais eu la moindre notion. Quelques-uns de mes amis, critiquant la première édition de ce livre, m'ont reproché de n'avoir pas adopté un ton plus respectueux et conciliant vis-à-vis du scepticisme moderne que je défiais par les allégations contenues dans ces pages. La nécessité d'être hypocrite, sur ce point, m'échappe. A notre époque, un grand nombre de gens intelligents se libèrent des menottes du matérialisme forgées par la science moderne et des inextricables superstitions ecclésiastiques. Ils sont résolus à rester religieux, en dépit de l'Eglise elle-même et de ses mômeries ; ils veulent se rendre compte des possibilités de la nature, malgré la science et son outrecuidance. Ceux-là comprendront mon récit et la sublimité des révélations qu'il contient. Mais les gens qui sont ou asservis par le dogme, ou incurablement matérialisés par la science moderne, ont perdu quelques facultés et sont incapables de s'assimiler des faits qui ne s'adaptent pas à leurs idées préconçues. Ils ne sont pas en état de distinguer que leur triomphante négation des faits provient de leur incapacité intellectuelle ; ils seront en conséquence fort grossiers envers les personnes d'intuition supérieure, capables de croire et dans un certain sens de comprendre. L'heure est venue, me semble-t-il, de montrer nettement aux railleurs vulgaires que leurs contemporains plus éclairés les considèrent vraiment comme un troupeau Béotien, dans lequel le plus instruit et le moins instruit, le savant orthodoxe et le commis de la Cité – diffèrent seulement en degré, non en espèce.

      Dans la matinée qui suivit l'épisode relaté ci-dessus, B. R., le jeune aspirant à l'état de Chêla qui avait accompagné le Colonel Olcott et séjournait dans ma maison, me donna une note de K. H. qu'il avait trouvée sous son oreiller, au matin. Il me dit que les lignes que je lui avait confiées la veille pour K. H., avaient été prises, durant la nuit, avant qu'il ne s'endormît. La note de K. H. était courte et contenait entr'autres ceci : « En présence de difficultés magnétiques ou autres, il est aussi strictement interdit de produire des phénomènes qu'à un caissier de dépenser l'argent dont il est dépositaire, et même ce qui a été fait hier pour vous, si loin du quartier général, aurait été impossible sans le magnétisme qu'O. et B. R. ont apporté, et je ne pouvais pas faire plus. » Moins frappé de la force de ces derniers mots que d'un passage de K. H. ainsi conçu : « Il nous est facile de donner des preuves phénoménales quand nous nous trouvons dans les conditions nécessaires », je répondis le jour suivant, suggérant une ou deux choses qui, selon moi, pouvaient augmenter avec avantage les conditions procurées par l'introduction chez moi d'un magnétisme utilisable, différent de celui de Mme Blavatsky qui avait été tellement, quoique absurdement soupçonnée de me tromper. Je donnai cette lettre à B. R., le 13 mars au soir. L'incident du plâtre s'était passé le 11 – et le 14, dans la matinée, je reçus quelques mots de K. H., disant simplement que mes propositions étaient irréalisables, et qu'il écrirait plus en détail par Bombay. J'appris de lui ensuite, que les facilités limitées du moment avaient été épuisées et que mes suggestions ne pouvaient être admises. J'ai étendu ces explications pour démontrer qu'après tout, j'échangeai en peu d'heures des lettres avec K. H. alors que Mme Blavatsky se trouvait de l'autre côté de l'Inde.

      Le récit de la transmission instantanée du fragment de plâtre de Bombay à Allahabad est le prélude qui convient à la remarquable série d'incidents que je vais relater. L'histoire qui va être maintenant racontée a été déjà rendue notoire dans l'Inde, ayant été entièrement publiée dans les Psychic Notes, périodique temporairement transféré à Calcutta en vue spécialement de rapporter les phénomènes concernant la médiumnité spirite de M. Eglinton qui séjourna quelques mois à Calcutta, pendant la dernière saison froide. Les Psychic Notes s'adressaient surtout aux spirites ; ces derniers, infiniment plus préparés à comprendre l'occultisme que les incrédules orthodoxes, sont néanmoins en grand nombre disposés à donner une explication purement spirite à tous les phénomènes occultes. Pour beaucoup d'entre eux, nous qui croyons à l'existence des Adeptes, nous sommes d'une certaine façon égarés par d'extraordinaires médiums et à ce moment-là c'était Mme Blavatsky qui, par ses incomparables aptitudes, provoquait nos aberrations ; d'abord les guides esprits qui parlèrent par M. Eglinton confirmèrent cette opinion. Mais leurs assertions subirent à la fin un revirement considérable. Peu avant le départ de Calcutta de M. Eglinton, ils déclarèrent reconnaître absolument la Fraternité ne nommant M. que « l'illustre », et assurant qu'ils étaient désignés pour travailler dorénavant de concert avec les Initiés. Sur ces entrefaites, M. Eglinton quitta l'Inde sur le vapeur Véga, s'embarquant à Calcutta le 16 mars, je crois.

      Quelques jours plus tard, dans la matinée du 24, à Allahabad, je reçus une lettre de K. H. dans laquelle il me déclarait qu'il allait rendre visite à M. Eglinton à bord du Véga, en mer, pour le convaincre péremptoirement de l'existence des Adeptes et que s'il réussissait, il notifierait aussitôt le fait à certains amis de M. Eglinton résidant à Calcutta. La missive de K. H. remontait à un ou deux jours. Elle mentionnait de plus que sa visite astrale, à bord du Véga, aurait lieu dans la nuit du 21 au 22 mars. Le détail des circonstances qui accompagnèrent l'exécution de ce surprenant programme est assez long, mais on suivra mieux la narration si je résume en peu de mots ce qui se passa. La visite annoncée fut faite ; en outre, une lettre écrite le 24, en pleine mer, par M. Eglinton décrivant l'entrevue et affirmant sa conviction pleine et entière de l'existence des Frères, fut instantanément transportée à Bombay où elle tomba, de nulle part, devant plusieurs témoins, qui l'identifièrent et l'attachèrent avec des cartes qu'ils écrivirent sur l'heure ; ce paquet fut pris de nouveau et alla tomber au milieu des amis de M. Eglinton, à Calcutta, prévenus qu'ils pouvaient s'attendre à recevoir une communication des Adeptes. Ces incidents successifs sont attestés par des témoins et des documents. Il n'y a pas moyen d'esquiver rationnellement l'évidence que les phénomènes tels qu'ils sont racontés se sont accomplis, bien qu'impossibles au dire de la science ordinaire. Pour le reste, je renvoie le lecteur à l'article des Psychic Notes, publié le 30 mars suivant par Mme Gordon, femme du colonel W. Gordon, de Calcutta, et revêtu de sa signature.

      Je résume la première partie du récit de Mme Gordon. Le colonel Olcott, explique-t-elle, venait justement d'arriver chez elle à Calcutta pour y séjourner, et une lettre de Mme Blavatsky venait d'être reçue « datée de Bombay, 19 mars, nous disant qu'il allait se produire quelque chose, et exprimant le vif espoir qu'elle ne serait pas obligée d'y contribuer, ayant été assez injuriée à propos des phénomènes. Avant que cette lettre fût apportée par le piéton de la poste, le colonel Olcott m'avait dit, vers huit heures du matin, le jeudi 23, que, dans la nuit, son Chohan (instructeur) l'avait averti que K. H. était allé à bord du Véga et avait vu Eglinton. Quelques heures plus tard, Mme Blavatsky m'adressait de Bombay ce télégramme daté du mercredi 22 mars, 9 h. 9 m. du soir : « K. H. vient de partir pour le Véga ! » Cette dépêche était marquée « retardée » et avait été mise à la poste de Calcutta. Voilà pourquoi elle me parvint seulement le jeudi 23 à midi. Elle corroborait l'avertissement du colonel Olcott. Nous étions alors tout à l'espérance de recevoir un message de M. Eglinton par les moyens occultes. Un nouveau télégramme de Bombay, ce même jeudi dans la journée, nous demanda de fixer l'heure d'une séance ; nous donnâmes 9 heures – heure de Madras, pour le lendemain vendredi 24 mars. A ce moment, nous trois, le colonel Olcott, le colonel Gordon et moi, étions dans la chambre qu'avait occupée M. Eglinton. Nous avions une bonne lumière et étions assis sur des chaises placées en triangle, le sommet au nord. Peu de minutes après, le colonel Olcott nous dit qu'il voyait, en dehors de la fenêtre ouverte, les deux Frères, dont les noms nous sont les mieux connus ; il les vit passer à une autre croisée dont les vitres étaient fermées. Il vit l'un d'eux lever la main en l'air, visant ma tête, et, au même instant, je sentis quelque chose tomber d'en haut sur mon épaule et le vis à mes pieds, dans la direction des deux messieurs. Je compris que c'était la lettre, mais j'étais tellement désireuse de voir les Frères que je ne la ramassai pas. Le colonel Gordon et le colonel Olcott entendirent et virent la lettre projetée à terre. Le colonel Olcott avait suivi des yeux la direction de la main de l'Initié pour voir ce qu'elle désignait et il aperçut la lettre en train de tomber à partir d'un point situé à deux pieds environ du plafond. Quand il regarda de nouveau vers la fenêtre, les Frères avaient disparu.

      « Il n'y a pas de véranda extérieure et la fenêtre est à plusieurs pieds au-dessus du sol.
      Je me baissai alors pour prendre ce qui était tombé et je trouvai une lettre de l'écriture de M. Eglinton datée du Véga le 24 ; un message de Mme Blavatsky, daté de Bombay, le 24 également, écrit au dos de trois de ses cartes de visite et aussi une carte plus grande, semblable à celle dont M. Eglinton avait un paquet et dont il se servait à ses séances ; sur cette dernière, apparaissait l'écriture bien connue de K. H. et quelques mots tracés par l'autre Initié, qui avait paru avec lui à l'extérieur, devant notre fenêtre et qui est le chef du colonel Olcott. Toutes ces cartes et la lettre étaient enfilées ensemble avec de la soie bleue à coudre. Nous ouvrîmes la lettre avec soin, coupant un côté car nous vîmes que quelqu'un avait tracé au crayon, sur l'enveloppe, trois croix latines, et ainsi nous les conservâmes intactes pour identification. Voici la lettre :

« S. S. Vega, vendredi 24 mars 1882.

      MA CHÈRE Mme GORDON. Enfin, l'heure de votre triomphe a sonné ! Après les nombreuses batailles que nous avons livrées à table à l'heure du petit-déjeuner, à propos de l'existence de K. H. et des pouvoirs merveilleux possédés par les Frères, auxquels mon scepticisme obstiné se refusait à croire, j'ai été forcé d'arriver à la complète conviction qu'ils sont des personnes vivantes, distinctes, et mon inaltérable et ferme opinion sur ce point sera en proportion de mon scepticisme passé. Il ne m'est pas permis de vous dire tout ce que je sais, mais K. H. m'est apparu, en personne, il y a deux jours, et ce qu'il m'a dit m'a frappé de stupeur. Mme B. vous aura peut-être communiqué déjà le fait de l'apparition de K. H. L' « Illustre » n'est pas certain si ce papier pourra oui ou non être pris par Madame, mais il essaiera malgré les nombreuses difficultés du chemin. S'il ne le fait pas, je le mettrai à la poste dès que je serai au port. Je lirai ceci à Mme B. et la prierai de marquer l'enveloppe ; mais, quoi qu'il arrive, K. H. vous recommande de garder un profond silence sur cette lettre jusqu'à ce que vous entendiez parler de lui. Une tempête d'opposition va certainement s'élever ; elle a eu tellement à supporter qu'il serait cruel de lui susciter d'autres sujets d'amertume.
      La missive se terminait par des remarques se rapportant à sa santé et à l'inquiétude qui l'obligeait à rentrer chez lui.

      Mme Blavatsky avait écrit au dos de ses trois cartes :

      Quartier général, mars 24. Ces cartes et leur contenu certifient à quiconque en douterait que la lettre attachée ci-contre, adressée à Mme Gordon par M. Eglinton, vient de m'être apportée à l'instant du V&eacite;ga, avec une autre lettre de M. Eglinton pour moi, que je garde. K. H. me dit qu'il a vu M. Eglinton et a causé assez longtemps avec lui pour le convaincre de l'existence réelle des Frères, êtres bien vivants, dont il ne doutera plus jusqu'à la fin de sa vie. M. Eglinton m'écrit : « La lettre incluse doit parvenir à Mme G. par votre influence. Vous la recevrez n'importe où vous êtes et l'expédierez de la façon ordinaire. Vous apprendrez avec satisfaction ma complète conversion ; je crois aux Frères et suis persuadé que K. H. vous a déjà raconté comment il m'est apparu il y a deux nuits, etc., etc. » « K. H. m'a tout dit. Il ne veut pas cependant que la lettre soit envoyée « de façon ordinaire », ce serait manquer le but. Il me commande d'écrire ceci et de le faire partir, sans délai, pour que vous l'ayez tous à Howrah, ce soir, le 24. Je le fais...

H. P. BLAVATSKY

      L'écriture des cartes et la signature nous sont parfaitement connues. Ce qui se trouvait sur la grande carte (provenant du stock de M. Eglinton) fut aisément reconnu comme étant l'œuvre de K. H., dont le colonel Gordon et moi connaissions l'écriture aussi bien que la nôtre. Elle est pour moi tellement différente de toutes autres que je la distinguerais entre des milliers de caractères. »

      « K. H. dit : « William Eglinton pensait que les manifestations pouvaient être seulement produites par H. P. B. comme médium et que le pouvoir s'épuiserait à Bombay. Nous en avons décidé autrement. Que ceci soit pour tous une preuve que l'esprit d'un homme vivant a en lui autant de potentialités (et souvent plus) qu'une âme désincarnée. Il doutait souvent de H. P. B. et était très désireux de l'éprouver. Il y a deux nuits, il a reçu la preuve requise et ne doutera plus. Mais c'est un bon jeune homme, éveillé, honnête et vrai comme l'or, une fois convaincu.
      Cette carte a été prise aujourd'hui dans sa provision. Ce sera une preuve additionnelle de sa merveilleuse médiumnité... »

K. H.

      « Cela était écrit à l'encre bleue, et en travers quelques mots à l'encre rouge avaient été ajoutés par l'autre Adepte (le Chohan ou chef du colonel Olcott). Je ne prétends pas, en publiant cet extraordinaire et intéressant phénomène, qu'il soit admis par les personnes étrangères aux démonstrations spirites. Je l'écris pour les millions de spirites et aussi pour que soit fait un récit authentique d'une expérience d'un tel intérêt. Qui sait si ce compte-rendu ne sera pas transmis à une génération assez éclairée pour accepter de tels prodiges. »

      Un post-scriptum annonce que, depuis la rédaction du document ci-dessus, on a reçu de Bombay un certificat signé par sept témoins qui ont vu arriver la lettre du Véga.

      Ainsi que je l'ai dit, le phénomène visait davantage les spirites que le public ordinaire, parce que sa grande valeur, pour l'observateur expérimenté en ces matières, était le caractère absolument antimédiumnique des événements. En dehors du propre témoignage de M. Eglinton qui affirmait, lui médium expert, que l'entrevue qu'il avait eu avec son visiteur occulte n'avait rien de commun avec les Esprits auxquels il était habitué, le triple aspect de l'incident démontre qu'il ne petit être question de médiumnité de la part de Mme Blavatsky ou de M. Eglinton. Il y a eu certainement des cas où, par leur pouvoir, ou en ayant recours à la médiumnité, les entités des séances spirites ordinaires, ont transporté des lettres à travers la moitié du globe. Le fait concluant, authentiquement prouvé d'une lettre inachevée, transmise de Londres à Calcutta, aura éveillé l'attention de toutes les personnes qui se préoccupent de ces choses et se tiennent au courant des publications récentes. Chaque spirite reconnaîtra que le transport d'une lettre d'un bateau en mer à Bombay, et ensuite de Bombay à Calcutta effectué en vue d'un but bien défini et conformément à un plan établi et annoncé à l'avance, est tout à fait étranger aux expériences médiumniques.

      La dépense de force et les efforts accomplis pour réaliser l'étonnant exploit que je viens de narrer, produiront-ils un effet satisfaisant sur le monde spirite ? On a beaucoup écrit en Angleterre sur l'antagonisme du spiritisme et de la théosophie. Il en est résulté une sorte d'impression que les deux cultes étaient incompatibles. Or, les phénomènes et les expériences spirites sont des faits. Rien ne petit être incompatible avec les faits ; la théosophie introduit, il est vrai, une nouvelle interprétation de ceux-ci, ce qui déplaît parfois aux spirites habitués à les expliquer autrement. C'est pourquoi de tels spirites sont parfois hostiles au nouvel enseignement et à la croyance qu'il petit exister, quelque part, des hommes qualifiés pour le faire progresser. C'est le point important à régler avant de pénétrer plus avant dans la région des subtilités métaphysiques. Que les spirites admettent d'abord l'existence des Adeptes, qu'ils sachent qui ils sont, et un grand pas sera franchi. On ne peut s'attendre à voir les spirites réviser tout d'un coup leurs conclusions d'après les doctrines occultes. Ce n'est qu'à la suite de relations prolongées avec les Initiés que la conviction qu'ils ne peuvent pas être dans l'erreur s'impose à nous. Laissons d'abord les spirites penser que les Frères n'ont pas, en science spirituelle, la compétence que nous leur reconnaissons ; en tous cas, ils seraient indignes de leur position au-dessus du troupeau béotien, s'ils niaient l'évidence des phénomènes. Ils prendraient alors, vis-à-vis de l'occultisme, l'attitude des sceptiques ignares contre le spiritisme même. Je me borne à espérer que l'épisode de la lettre écrite sur le Véga, et la série de faits qui s'y rattache ne seront pas publiés en vain ; ils démontreront clairement aux spirites que le Grand Initié, auquel ce livre est dédié, est un homme vivant, en possession de facultés et de pouvoirs entièrement anormaux, attribués jusqu'ici, par les spirites, à des êtres appartenant à un état supra-terrestre.

      Pour ma part, je suis heureux de le dire, je ne connais pas seulement K. H. en raison des circonstances ci-dessus détaillées, mais j'ai deux portraits de lui qui m'ont été accordés dans des conditions remarquables. Je désirais vivement posséder un portrait de mon Ami vénéré. Il m'avait presque promis qu'à un moment ou à un autre, il m'en donnerait un. Ce n'est pas une photographie qu'on souhaite en demandant à un Adepte son portrait, c'est une peinture obtenue au moyen d'un certain procédé occulte. Je ne l'ai pas vu exécuter, mais j'en ai beaucoup entendu parler. Par exemple, le colonel Olcott, citant un des incidents qui avaient contribué à le convaincre de la réalité du pouvoir occulte, à New York, bien des années avant qu'il ne fût entré dans le Sentier, m'a raconté qu'un jour Mme Blavatsky lui avait dit de lui apporter un morceau de papier, qu'il pourrait reconnaître sans erreur possible, parce qu'un portrait serait précipité dessus. Le colonel Olcott alla chercher dans un club – de New York – une feuille de papier timbrée de l'estampille du Club et la remit à Mme Blavatsky. Elle le plaça entre des feuilles de papier buvard sur son bureau et frotta de la main la feuille du dessus. Au bout de quelques minutes, elle lui tendit la page marquée, portant la peinture complète d'un fakir Indien en état de Samadhi ou contemplation. Le colonel montra plus tard cette œuvre à des artistes, qui en trouvèrent l'exécution si excellente, qu'ils la comparèrent à celle de vieux maîtres qu'ils admiraient particulièrement ; ils lui affirmèrent que c'était une curiosité artistique, unique et inestimable. Nous ne pouvons pas, avec nos connaissances restreintes, former une conjecture quelconque sur les détails du procédé employé. Mais, de même qu'un Adepte peut précipiter de l'écriture sous des enveloppes fermées ou sur les pages non-coupées d'une brochure, il peut précipiter de la couleur de façon à former un tableau.

      Naturellement, comme j'aspirais à posséder un portrait de K. H., je désirais qu'il fût précipité ; il semble que Mme Blavatsky avait été informée de la possibilité de réaliser mon vœu. Etant revenue nous voir à Allahabad, elle me demanda, le jour de son arrivée, du papier blanc fort et me le fit marquer, disant qu'elle le laisserait dans son album et qu'il y avait espoir qu'un certain élève de K. H., très avancé, sans être encore Adepte, pourrait produire le portrait.

      Rien n'arriva ni ce jour-là ni dans la nuit. L'album était sur la table du salon, où on l'inspectait de temps à autre. Le lendemain matin, ma femme regarda, ma feuille était blanche. L'album resta à la même place, en pleine vue. A onze heures et demie, nous allâmes déjeuner ; par une disposition fréquente dans les bungalows indiens, la salle à manger était séparée du salon par un arceau et des rideaux, qui étaient ouverts. Pendant le repas, Mme Blavatsky témoigna soudain par des signes, qui nous étaient devenus familiers, qu'un de ses amis occultes se trouvait près d'elle. C'était le Chéla. Elle se leva, pensant qu'elle serait requise d'aller dans sa chambre ; mais le visiteur astral, nous dit-elle, lui fit signe et elle reprit sa place à table. Après le déjeuner, l'album fut examiné et je trouvai sur mon papier, intact une heure ou deux avant, un profil précipité. La figure même avait été laissée en blanc sauf quelques touches à l'intérieur de l'espace qu'elle occupait. Le fond était un estompage bleu nuageux. Mais cette esquisse faite de rien était parfaitement définie et l'expression du visage aussi vivante qu'aurait pu l'être celle d'un portrait achevé.

      D'abord Mme Blavatsky fut mécontente du dessin. Elle connaissait personnellement le modèle et pouvait juger des défauts ; pour moi, j'aurais accueilli avec joie, une œuvre plus complète. Mais j'étais assez satisfait de ce qui m'était accordé de sorte que je me montrai peu disposé à accepter que Mme Blavatsky essayât d'améliorer elle-même le profil ; je craignais qu'il ne fût abîmé. Au cours de la conversation, M. se mit en communication avec Mme Blavatsky et dit qu'il voulait faire lui-même un portrait sur une autre feuille de papier. Il n'était pas question dans ce cas de phénomène probant. Aussi, après m'être procuré du carton bristol, je le remis (marqué) à Mme Blavatsky ; il fut placé dans l'album qu'on porta dans sa chambre, où, libéré des magnétismes contradictoires du salon, M. pourrait mieux opérer.

      Une heure après environ, peut-être moins, car nous n'avions pas pris garde au laps de temps écoulé, Mme Blavatsky me rapporta le bristol où figurait un autre portrait également de profil, mais plus travaillé. Les deux effigies représentent, sans doute possible, le même visage et rien ne peut surpasser la pureté et la suprême tendresse de son expression. Il ne porte nulle trace d'âge. K. H., par les années de sa vie actuelle, est d'âge moyen, mais la vie physique simple et affinée de l'Adepte ne laisse pas de traces. Et pendant que nos traits, après quarante ans, se flétrissent, se marquent sous le feu des passions auxquelles nous nous sommes tous plus ou moins exposés, l'Adepte, pendant des périodes de temps que je ne m'aventure pas à préciser, conserve l'apparence parfaite du début de la maturité. Le guide spécial de Mme Blavatsky, M., dont j'ai vu un portrait, offre l'image de la triomphante virilité. Il est cependant son gardien depuis son enfance. Elle est vieille aujourd'hui et l'a toujours vu, me dit-elle, sous le même aspect.

      On doit comprendre que ni l'auteur de la première esquisse, ni M. ne sont artistes de profession. En causant à fond avec Mme Blavatsky au sujet de ces peintures occultes, j'appris que des résultats souverainement remarquables avaient été obtenus par des Initiés joignant à leur science occulte une éducation artistique ordinaire. Cependant même sans cette formation artistique les Adeptes peuvent également produire desœuvres, que tout critique attribuerait à un artiste, simplement en se représentant très clairement en imagination, le résultat qu'ils désirent obtenir et en précipitant ensuite la matière colorante conformément à cette conception.

      J'ai terminé le récit de tous les faits extérieurs relatifs aux révélations que j'ai le privilège de publier. La porte qui mène à la conscience occulte est entr'ouverte. Il est encore permis aux explorateurs profanes d'en franchir le seuil. Cette condition des choses est due à des circonstances momentanées, exceptionnelles, elle ne se prolongera pas ; sa continuité d'ailleurs dépend de l'intelligence du public, de sa saine appréciation des avantages qui lui sont offerts. Les lecteurs, désireux de poursuivre le sujet, peuvent se demander par quel moyen ? Je répéterai la fameuse injonction de sir Robert Peel. Enrôlez-vous ! En d'autres termes, entrez dans la Société Théosophique, seule association, pour le moment, qui soit unie par un lien reconnu à la Fraternité des Adeptes du Tibet. Elle a de nombreuses branches sur le continent, et plus elles croîtront, plus s'augmentera le nombre de personnes réalisant la sublimité de l'adeptat et capables de comprendre que ce qui est dit dans ce petit livre et plus complètement, quoique plus obscurément, dans des volumes plus importants consacrés à la science occulte, est absolument vrai. Plus nombreux seront ceux qui seront convaincus que cet enseignement est vrai, non comme de nébuleuses « vérités » religieuses ou des spéculations orthodoxes sont tenues pour vraies par les fidèles, mais comme est vrai l'annuaire des Postes de Londres et comme sont vrais les comptes-rendus des séances du parlement que les gens lisent le matin.

      La simple affiliation de gens à une société, leur permettant de temps en temps de se réunir et de parler de l'enseignement occulte, s'ils ne peuvent faire davantage, peut véritablement entraîner un résultat matériel en ce qui concerne l'étendue d'une plus complète révélation par les autorités du monde occulte de leur sublime connaissance. Rappelez-vous que cette connaissance est une connaissance réelle d'autres mondes et d'autres états d'existence. Il ne s'agit pas de vagues conjectures à propos de l'enfer, du ciel et du purgatoire, mais d'une connaissance précise d'autres mondes dont les adeptes connaissent la nature et les conditions comme nous pouvons connaître la nature et les conditions d'une ville étrangère que nous visitons. Ces mondes sont reliés avec le nôtre et nos vies avec celles de leurs habitants. L'avant-garde de notre monde civilisé, les classes instruites de l'Europe, repousseront-elles dédaigneusement l'opportunité de faire plus ample connaissance avec les quelques rares hommes sur terre capables de nous instruire davantage à propos de ces mondes ? Certainement il se trouvera un nombre assez considérable de personnes suffisamment spiritualisées pour comprendre la valeur de cette présente opportunité et elles seront suffisamment pratiques pour suivre le conseil déjà cité : enrôlez-vous, enrôlez-vous, enrôlez-vous.

FIN

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(11)  Il a été publié plus tard sous le titre de Le Bouddhisme Esotérique.

(12)  « Mon illustre ami » était le terme que j'employais vis-à-vis de l'initié M., il fut abrégé comme l'indique le procès-verbal. Il est souvent difficile de savoir comment nommer les Frères, même quand leurs noms sont connus. Moins ils sont prononcés, mieux cela vaut, pour plusieurs raisons, entre autres le profond regret qu'éprouvent leurs vrais disciples à entendre ces noms servir de prétexte à d'irrespectueuses plaisanteries.




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