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Le Monde occulte

Alfred Percy Sinnett
© France-Spiritualités™






ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE OCCULTE

      Nous l'avons déjà affirmé plus d'une fois, la Philosophie occulte, malgré la diversité de pays et d'époques, est partout restée virtuellement la même. En divers temps et en divers lieux, des floraisons mythologiques très différentes ont été répandues pour le bien des peuples ; mais sous chaque forme de culte populaire, la connaissance religieuse de la minorité initiée se conservait identique. La conception occidentale moderne du juste, en pareilles matières, se révolte à la seule pensée qu'une religion puisse être gardée comme propriété d'un petit nombre, pendant qu'une fausse religion, selon la phraséologie actuelle, est offerte à la multitude. Avant de permettre à ce sentiment de nous porter à un blâme trop énergique contre les anciens et silencieux détenteurs de la vérité, il faudrait déterminer s'il est dû à la conviction raisonnée que la foule doit bénéficier d'un enseignement trop subtil pour qu'elle le comprenne, ou s'il provient de l'habitude acquise de considérer la religion comme une chose qu'il est important de professer, sans s'occuper de la comprendre. Si on admet que le bonheur éternel de l'homme repose sur la déclaration irraisonnée que sa foi est la seule vraie, au milieu de toutes celles qui auraient pu lui échoir à la loterie des naissances et des destinées, il est évident que l'impérieux devoir des personnes conscientes de posséder cette foi unique est de la proclamer par-dessus les toits. Mais au contraire, s'il est reconnu qu'il n'est profitable à aucun homme de murmurer des formules, vides de sens pour lui, et qu'on ne peut présenter à des intelligences grossières que de rudes ébauches d'idées religieuses, on pourra mieux apprécier l'antique attitude de réserve adoptée par les Initiés ; aujourd'hui les relations entre eux et la foule semblent pouvoir changer dans le monde européen d'aujourd'hui. Le peuple, dans le sens du public en général, comprenant les intellects les plus affinés, est au moins aussi capable de comprendre les idées métaphysiques que les gens d'une classe spéciale. Ces intellects supérieurs dominent la pensée publique à tel point que sans leur aide, aucune grande idée ne peut triompher parmi les nations d'Europe ; et leur aide ne peut s'obtenir que dans le marché ouvert des compétitions intellectuelles. Il en résulte que la seule notion d'une science ésotérique supérieure au savoir qui est publiquement offert au monde scientifique, frappe l'esprit moderne occidental comme une absurdité. Il est nécessaire de combattre ici ce sentiment très naturel et de demander qu'on ne le pousse pas jusqu'à l'illogisme, c'est-à-dire ne pas admettre que parce qu'un Européen contemporain n'aurait jamais l'idée, s'il était possesseur d'une vérité nouvelle, de la tenir cachée et de ne la révéler que sous le sceau du secret à une confrérie, il s'ensuive naturellement qu'une pareille idée ne peut pas avoir existé chez un prêtre égyptien ou chez un de ces géants intellectuels de la grande civilisation qui couvrit l'Inde – d'après de vraisemblables hypothèses – avant l'épanouissement de l'art et de la science en Egypte. Le système des sociétés secrètes était aussi naturel au savant de l'antiquité que la divulgation l'est au nôtre. Et cette dissemblance ne tient pas plus au temps qu'à la mode. Elle vient de la vaste différence existant entre l'essence des recherches poursuivies de nos jours par les hommes instruits et celles dont ils s'occupaient dans le passé. Nous appartenons à l'époque du progrès matériel et le mot d'ordre du progrès matériel a toujours été : publicité. Les Initiés à l'ancienne psychologie appartiennent à l'âge spirituel, et le mot d'ordre du développement subjectif a toujours été : silence. On pourrait discuter si, dans les deux cas, la manière d'agir n'est pas imposée par des nécessités de situation ; d'ailleurs, ces réflexions suffisent pour montrer qu'il serait peu sage de dogmatiser péremptoirement sur le caractère de la philosophie et des philosophes qui se contentent d'accumuler leur sagesse et de pourvoir la foule d'une religion mieux adaptée à ses capacités intellectuelles.

      Il est impossible de former des conjectures quant à la date approximative où la philosophie occulte a commencé à prendre l'aspect sous lequel nous la voyons de nos jours. Mais quoiqu'on puisse raisonnablement présumer que les deux ou trois mille dernières années ne se sont pas écoulées sans que les Initiés voués à la garde et à la transmission de la Science occulte n'aient contribué à son développement, la compétence des Initiés appartenant aux époques historiques les plus reculées semble avoir été aussi profonde et presque aussi merveilleuse que celle des Adeptes contemporains. Nous pouvons donc assigner une très grande antiquité aux débuts de la connaissance occulte sur la terre. En vérité, la question ne peut être soulevée sans nous mener d'induction en induction à des conclusions absolument stupéfiantes sous ce rapport.

      En dehors de ces spéculations archéologiques spéciales, on a indiqué qu' « une philosophie si profonde, un code moral aussi ennoblissant, des résultats pratiques aussi concluants et si uniformément démontrables ne sont pas le produit d'une génération ni même d'une seule époque. Faits sur faits, et déductions sur déductions ont été accumulés ; la science a engendré la science et des myriades de brillantes intelligences humaines ont réfléchi sur les Lois de la nature avant que cette antique doctrine ait pris une forme concrète. Les preuves de l'identité de la doctrine fondamentale de toutes les religions se trouvent dans la prévalence d'un système d'initiation ; dans les castes sacerdotales secrètes qui avaient la garde des paroles mystiques de pouvoir et dans la démonstration publique d'un contrôle phénoménal sur les forces naturelles, indiquant des relations avec des êtres surhumains. Chez toutes les nations, l'approche des mystères était gardée avec le même soin jaloux et chez toutes, la peine de mort était édictée contre l'Initié, quel que fût son degré, coupable d'avoir divulgué les secrets qui lui avaient été confiés ». Le livre d'où cette citation est tirée prouve que tel était le cas pour les mystères d'Eleusis et de Bacchus parmi les Mages chaldéens et les Hiérophantes égyptiens. Le livre hindou des cérémonies brahmaniques, l'Agrushada Parikshai, contient la même loi qui avait été, semble-t-il, également adoptée par les Esséniens, les Gnostiques et les Théurges Néo-Platoniciens. La Franc-Maçonnerie a copié les vieilles formules, mais elle a perdu sa raison d'être, en ne conservant rien de la philosophie occulte, si ce n'est des formes et des cérémonies dont le sens lui échappe. On retrouve les traces évidentes de cette identité dont nous parlons dans les vœux, formules, rites et doctrines des diverses fois anciennes ; et ceux qui sont, je crois, qualifiés pour parler du fait avec autorité, affirment « que non seulement le souvenir de la doctrine est encore conservé dans l'Inde, mais que l'association secrète est vivante et aussi active que jamais ».

      Pour appuyer les vues que je viens d'exposer, je dois puiser dans le grand livre de Mme Blavatsky, Isis Dévoilée, et il est nécessaire de donner quelques explications concernant la genèse de cet ouvrage. Le lecteur, qui aura suivi ma narration, sera mieux préparé pour les comprendre. J'ai montré comment, au milieu des occupations les plus ordinaires de sa vie quotidienne, Mme Blavatsky était constamment en communication – au moyen du système de télégraphie psychique que les Initiés emploient – avec ses Frères supérieurs en occultisme. Cet état de choses admis, il est facile de concevoir qu'en faisant une compilation telle qu'Isis Dévoilée, elle ne pouvait être exclusivement laissée à ses propres ressources, car Isis Dévoilée renferme tout ce qui petit être dit, au monde extérieur, sur l'occultisme. La vérité, que Mme Blavatsky serait la dernière personne au monde à vouloir dissimuler, est que l'aide qu'elle reçut des Frères, par des moyens occultes, pendant toute la rédaction de son livre, fut à tel point abondante et continue qu'elle n'est pas tellement l'auteur d'Isis que l'un des membres du groupe de collaborateurs par qui l'ouvrage fut véritablement écrit. On m'a donné à entendre que Mme Blavatsky commença le livre sans se douter de la grandeur de la tâche qu'elle assumait. Elle écrivit d'abord sous la dictée – les passages dictés ne sont plus en tête des volumes complets – pour complaire à des amis occultes, sans savoir si la composition qu'elle entreprenait serait un article de journal, un essai destiné à une revue ou un ouvrage de plus vastes dimensions ; mais le manuscrit grossissait. Elle comprit bientôt ce qui en était et y mit aussi beaucoup du sien, une fois franchement lancée. Les Initiés paraissent avoir toujours travaillé avec elle, non seulement par l'intermédiaire de son cerveau en dictant, mais en employant quelquefois les méthodes de précipitation dont j'ai parlé et par ce moyen des quantités de feuilles, portant d'autres écritures que la sienne, s'accumulaient pendant la nuit. A son lever, Mme Blavatsky trouvait parfois jusqu'à trente fiches ajoutées au manuscrit qu'elle avait laissé sur sa table la veille au soir. Le livre Isis est en fait – sans parler de son contenu – un phénomène aussi grand qu'aucun de ceux que j'ai décrits.

      Les imperfections du livre, évidentes pour le lecteur, sont ainsi expliquées, aussi bien que sa valeur extraordinaire, pour ceux qui cherchent avec anxiété à pénétrer le plus loin possible dans les mystères de l'occultisme. Les pouvoirs déifiques dont jouissent les Initiés ne sauraient préserver un ouvrage littéraire, commune production de plusieurs esprits – même tels que les leurs – d'une confusion inhérente à ce mode de composition. Outre le désordre qui règne dans son arrangement, le livre offre une variété de styles qui nuit à sa valeur littéraire et doit arrêter et embarrasser à la fois le lecteur ordinaire. Pour ceux qui connaissent le secret de cette irrégularité de forme, elle est plutôt un avantage et permet, à l'étudiant perspicace, d'expliquer quelques divergences minimes qu'on constate dans différentes parties du livre ; – en dehors de cela, il pourra, pour ainsi dire, reconnaître la voix des divers auteurs quand ils prennent tour à tour la parole.

      Isis a été écrit – matériellement – à New York. Mme Blavatsky était complètement dépourvue de livres de références. Il regorge cependant de références puisées à toutes sortes de sources et en contient beaucoup d'un caractère inusité. L'exactitude des citations peut être facilement vérifiée dans les grandes bibliothèques d'Europe, car des notes indiquent le numéro des pages d'où elles sont tirées.

      Je puis maintenant extraire quelques passages d'Isis dans le but de montrer l'unité de la philosophie ésotérique sous la multiplicité des religions anciennes et la valeur particulière que les étudiants de cette philosophie attribuent au Bouddhisme, système qui, parmi tous les autres, paraît nous offrir l'occultisme sous la forme la moins adultérée. Naturellement le lecteur devra se garder de l'idée préconçue que le Bouddhisme, expliqué par des écrivains non occultistes, doit être accepté comme l'expression des vues des Initiés. Par exemple, pour les érudits occidentaux, une des idées principales du Bouddhisme, Nirvana, signifie annihilation. Ils peuvent avoir raison de dire que l'explication du Nirvana, donnée par le Bouddhisme exotérique, les mène à cette conclusion ; mais, en tous cas, ce n'est pas la doctrine secrète.

      Nirvana, est-il déclaré dans Isis, signifie la certitude de l'immortalité personnelle en esprit, pas en âme ; l'âme étant une émanation limitée doit absolument désintégrer ses atomes – qui sont un composé de sensations et passions humaines, de désirs pour une forme quelconque d'existence objective, avant que l'immortel Ego soit complètement libéré et par cela même à l'abri de toute réincarnation. Comment l'homme peut-il atteindre à cette hauteur aussi longtemps que l'Oupadana, état de désir de vivre, de vivre davantage, ne disparaît pas de l'être doué de sensation, de l'Ahankara revêtu, cependant, d'un corps sublimé ? C'est l'Oupadana ou le désir intense qui produit la volonté, la volonté développe la force et cette dernière engendre la matière ou un objet ayant forme. Ainsi l'Ego désincarné, par ce seul désir survivant en lui, fournit inconsciemment les conditions de ses incarnations successives, sous des formes variées qui dépendent de son état mental et de Karma, soit des bonnes ou des mauvaises actions de son existence précédente, habituellement appelées mérites ou démérites. Il y a un monde de pensée métaphysique suggestive dans cette doctrine qui vient à l'appui de ce que nous disions sur la portée de la philosophie Bouddhiste envisagée au point de vue occulte.

      Le malentendu sur la signification du Nirvana est tellement général en Europe que les explications suivantes sont à considérer :

      « Pour la philosophie bouddhique, annihilation signifie simplement dispersion de la matière, sous quelque forme ou apparence que ce soit ; car tout ce qui a forme a été créé et doit tôt ou tard périr c'est-à-dire changer d'enveloppe. Donc, cette chose temporaire, qui semble permanente, n'est qu'une illusion : Maya, car l'Eternité n'ayant ni commencement ni fin, la durée plus ou moins prolongée d'une forme particulière passe, pour ainsi dire, avec la rapidité de l'éclair. Avant que nous ayons pu réaliser ce que nous avons vu, cela a disparu pour jamais ; ainsi nos corps astraux, l'éther pur, ne sont que des illusions de la matière aussi longtemps qu'ils conservent leur contour terrestre ; ce dernier change, dit le Bouddhiste selon les mérites ou démérites de la personne pendant sa vie et ceci est la réincarnation. Quand l'entité spirituelle se sépare à jamais de toute particule de matière, alors seulement elle entre dans l'Eternel et inchangeable Nirvana. Elle existe en esprit, en rien ; comme forme, apparence, elle est complètement annihilée et ainsi ne mourra plus, car l'esprit seul n'est pas maya, il est l'unique réalité dans un univers d'illusions, rempli de formes transitoires... Accuser la philosophie bouddhique de rejeter un Etre suprême – Dieu – et l'immortalité de l'âme, l'accuser en un mot d'athéisme, sous prétexte que Nirvana signifie annihilation et que Svabhavat n'est pas une personne, est simplement absurde. Le En (ou Aim) de l'Ensoph juif se traduit aussi par nihil ou rien, ce qui n'est pas (quo ad nos), mais personne ne s'est aventuré à taxer les Juifs d'athéisme. Dans les deux cas, la signification réelle du mot rien comporte l'idée que Dieu n'est pas une chose, n'est pas un être visible et concret auquel un nom représentant un objet quelconque connu de nous sur terre puisse être appliqué convenablement ».

      Et encore : « Nirvâna est le monde des causes dans lequel disparaissent tous les effets trompeurs ou les illusions de nos sens. Nirvâna est la plus haute sphère que l'on puisse atteindre ».

      Les doctrines secrètes des Mages, des Bouddhistes prévédiques, des hiérophantes de l'Egyptien Toth ou Hermès, étaient, explique-t-on dans Isis, identiques dès le commencement, identité qui s'applique également aux doctrines secrètes des adeptes de n'importe quelle époque ou nationalité, en y comprenant les Cabbalistes chaldéens et les Nazar Juifs.

      « Quand nous nous servons du terme Bouddhiste, nous ne l'étendons pas au Bouddhisme exotérique institué par les disciples de Gautama Bouddha ni à la religion bouddhique moderne, mais à la philosophie secrète de Sakyamuni, qui dans son essence est certainement identique à l'ancienne Religion-Sagesse du sanctuaire, le Brahmanisme pré-Védique. Le schisme de Zoroastre, comme on l'appelle, en est une preuve directe, car strictement parlant, ce n'était pas un schisme, mais seulement l'exposition publique partielle de vérités religieuses monothéistes, jusque-là réservées à l'enseignement des sanctuaires et que Zoroastre avait apprises des Brahmanes ; primitif fondateur du culte du feu, il ne peut être appelé l'auteur du système dualiste. Il n'a pas non plus été le premier à prêcher l'unité de Dieu, car il n'a enseigné que ce qu'il tenait des Brahmanes. Ce Zarathoustra et ses adhérents, les Zoroastriens, étaient établis dans l'Inde avant d'émigrer en Perse. Max Muller le prouve aussi : « Que les Zoroastriens et leurs ancêtres » dit-il, « vinrent de l'Inde pendant la période védique, cela peut être aussi nettement démontré que l'origine grecque des premiers habitants de ... De nombreux dieux des Zoroastriens apparaissent... comme de simples réflexions ou déflexions des dieux des Védas ».

      Si maintenant nous pouvons prouver, et nous le pouvons – en nous appuyant sur la Cabbale et les traditions les plus reculées de la Religion-Sagesse, philosophie des antiques sanctuaires – que tous ces dieux des Zoroastriens ou des Védas n'étaient qu'autant de pouvoirs occultes de la Nature personnifiés, fidèles serviteurs des Adeptes de la sagesse secrète – magie – nous serons sur un terrain solide.

      Ainsi, nous pouvons dire que la cabbale et le gnosticisme procèdent du mazdéisme ou du zoroastrianisme, c'est la même chose, à moins que nous ne parlions de culte exotérique, ce que nous ne faisons pas. De même, et dans ce sens nous faisons écho à King, l'auteur des Gnostiques et à plusieurs autres archéologues, nous pouvons affirmer que les deux premiers viennent du Bouddhisme qui est à la fois la philosophie la plus simple et la plus satisfaisante, et aboutit à l'une des religions les plus pures du monde. Mais que ce soit parmi les Esséniens ou les néo-Platoniciens ou encore au milieu des innombrables sectes nées seulement pour lutter et mourir, on retrouve toujours les mêmes doctrines identiques en substance et en esprit, si elles ne le sont pas toujours dans la forme. Par Bouddhisme, nous entendons la religion qui signifie littéralement doctrine de sagesse, et qui est antérieure de bien des siècles à la philosophie métaphysique de Siddartha Sakyamuni. »

      Le christianisme moderne s'est aussi naturellement fort éloigné de sa propre philosophie initiale, mais l'identité de cette dernière avec la philosophie primitive de toutes les religions est soutenue dans Isis au cours d'une intéressante argumentation.

      « Luc qui était médecin est surnommé – dans les textes syriaquesAsaia, l'Essène ou Essénien. Josèphe et Philon le Juif ont suffisamment décrit cette secte des Esséniens pour ne laisser aucun doute dans l'esprit au sujet du Réformateur nazaréen qui, après avoir été élevé dans leurs retraites du désert et dtlment initié aux mystères, préféra la vie libre et indépendante d'un Nazaria errant et, ainsi séparé d'eux ou inazarianisé, devint un Thérapeute voyageur ou Nazaria : un guérisseur... Dans ses discours et ses sermons, Jésus parlait toujours en paraboles et se servait de métaphores devant son auditoire. Cette habitude était commune aux Esséniens et aux Nazaréens ; les Galiléens, habitant les villes et les villages, n'employaient pas ce langage allégorique... Quelques-uns des disciples de Jésus, galiléens comme lui, s'étonnaient même de la forme d'expression qu'il donnait à sa parole en s'adressant au peuple. – « Pourquoi leur parles-tu par paraboles ? » demandaient-ils souvent. – « Parce qu'il vous a été donné de connaître les mystères du royaume du ciel et non pas à eux. » Réponse qui était celle d'un Initié. « Par conséquent, je leur parle en paraboles, parce que, voyant, ils ne voient pas ; entendant, ils n'entendent pas, ni ne comprennent... » De plus nous trouvons Jésus exprimant ses pensées... en sentences purement pythagoriciennes quand il dit, dans le sermon sur la montagne : « Ne donnez pas ce qui est sacré aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les porcs ; car les porcs les piétineront et les chiens, se tournant contre vous, vous déchireront. » Le Professeur A. Wilder, éditeur des Mystères éleusiens de Taylor, observe « une même disposition de la part de Jésus et de Paul à classer leurs doctrines en ésotérique et exotérique : les mystères du Royaume de Dieu pour les disciples ; les paraboles pour la multitude. »

      « Nous parlons sagesse », dit Paul, « au milieu de ceux qui sont parfaits ou Initiés ». Dans les mystères d'Eleusis et les autres, les participants étaient toujours séparés en deux classes : les néophytes et les parfaits... La narration de l'apôtre Paul – seconde épître aux Corinthiens – a frappé plusieurs érudits versés dans les descriptions classiques des rites mystiques de l'Initiation – comme faisant indubitablement allusion à l'Epopteia finale :

      « Je connais un certain homme qui – soit dans son corps ou hors de son corps, je ne sais pas, Dieu le sait – a été ravi au Paradis et a entendu d'ineffables choses qu'il est contre la loi de répéter... » Ces mots ont rarement été considérés que nous sachions, par les commentateurs, comme faisant allusion aux visions béatifiques d'un voyant initié ; cependant la phraséologie ne permet aucun doute. Ces choses qu'il est contre la Loi de répéter, il y est fait allusion avec les mêmes mots par Platon, Proclus, Jamblique, Hérodote et d'autres auteurs classiques, et la raison donnée est la même que celle que nous trouvons indiquée à maintes reprises par ces auteurs. « Nous parlons sagesse seulement au milieu de ceux qui sont parfaits », dit Paul. L'indiscutable et simple traduction est : « Nous parlons des plus profondes doctrines ésotériques finales des mystères – dénommées sagesse – à ceux-là seuls qui sont initiés. » En ce qui se rapporte à l'homme ravi au Paradis – évidemment Paul lui-même – le mot chrétien Paradis a remplacé celui d'Elysée. »

      Le but final de la philosophie occulte est de montrer ce que l'Homme était, est, sera. « Ce qui survit à une individualité », dit Isis, « après la mort du corps, est l'âme réelle, que Platon, dans le Timée et le Gorgias, appelle l'âme mortelle, parce que selon la doctrine Hermétique, elle rejette ses particules les plus matérielles à chaque changement progressif qui la porte vers une sphère plus haute... L'esprit astral est un fidèle duplicata du corps, au sens physique et spirituel. L'esprit immortel le plus élevé, le Divin, ne peut être ni puni ni récompensé. Soutenir une telle doctrine serait à la fois absurde et blasphématoire, car c'est non seulement une flamme allumée à l'inextinguible source centrale de lumière, mais c'est une partie intégrante de cette lumière et son essence est identique ; elle assure l'immortalité à l'être individuel astral en proportion de sa bonne volonté à la recevoir. Aussi longtemps que l'homme double – l'homme de chair et d'esprit – se maintient dans les limites de la loi de continuité spirituelle ; aussi longtemps que l'étincelle divine demeure en lui, si faible soit sa lueur, il est sur la route de l'immortalité dans l'état futur. Mais ceux qui se résignent à une existence matérielle, fuyant le divin rayonnement que répandait leur esprit au commencement de leur pèlerinage terrestre, étouffant les admonestations de cette fidèle gardienne, la conscience – qui sert comme de foyer à la lumière de l'âme – des êtres tels que ceux-là, ayant laissé derrière eux conscience et esprit, ayant franchi les dernières barrières qui les séparaient de la matière, devront nécessairement en suivre les lois. » Encore : « La doctrine secrète enseigne que l'homme, s'il gagne l'immortalité, restera pour jamais la trinité qu'il est dans la vie et continuera ainsi à travers toutes les sphères. Le corps astral recouvert en cette vie d'une grossière enveloppe physique devient, à son tour, quand il est allégé de ce fardeau par la mort corporelle, l'habit d'un autre corps plus éthéré ; ce dernier commence à se développer dès l'instant de la mort et se perfectionne quand le corps astral de la forme terrestre se sépare finalement de lui. »

      Les passages ci-dessus, lus à la lueur des explications que j'ai données, permettront au lecteur, s'il y est disposé, de comprendre Isis et d'y découvrir les riches filons de métal précieux qui y sont enfouis. Mais on ne doit pas espérer trouver dans Isis ni dans aucun autre livre de philosophie occulte écrit ou à écrire d'ici quelque temps, des explications parfaitement nettes, précises, directes, sur les mystères de la naissance, de la mort et de l'avenir. En poursuivant ce genre d'études, on est irrité, d'abord, par la difficulté d'arriver à savoir ce que les occultistes croient réellement au sujet de l'état futur, la nature de la vie à venir et son ensemble général. Les religions connues ont des vues très arrêtées sur ces questions, rendues pratiques par l'affirmation de certaines d'entre elles : que des personnes qualifiées, déléguées par les églises, peuvent lancer les âmes désincarnées sur la bonne ou la mauvaise voie à proportion de la confiance que ces âmes leur accordent. Ces sortes de théories sont intelligibles et ont au moins le mérite de la simplicité, mais elles ne sont peut-être pas suffisantes pour l'esprit quant aux détails. L'étudiant reconnaîtra après de courtes investigations dans le domaine de la philosophie occulte, que là il ne rencontrera aucune conception pouvant outrager son idéal le plus pur, qu'il s'agisse de Dieu ou de la vie à venir. Il sentira bientôt que le système d'idées qu'il explore va jusqu'aux limites extrêmes du grandiose et du majestueux... accessibles à l'esprit humain. Mais il cherchera, pour ne pas rester dans le vague, des renseignements explicites sur tel ou tel point, jusqu'à ce qu'il se rende graduellement compte que la vérité absolue sur l'origine et les destinées de l'âme humaine est trop subtile et compliquée pour qu'il soit possible de l'exprimer dans un langage direct. Des idées parfaitement claires peuvent être acquises par les esprits purifiés d'étudiants avancés en occultisme, qui, ayant concentré toutes leurs facultés à poursuivre et à assimiler ces idées, parviennent à la fin à les comprendre, grâce au secours de pouvoirs intellectuels particuliers, spécialement développés dans ce but. Mais il ne s'ensuit pas du tout, qu'avec la meilleure volonté du monde, ces personnes puissent nécessairement résumer en une douzaine de lignes un credo occulte contenant la théorie complète de l'Univers. L'étude de l'occultisme, même pour des gens du monde, engagés dans des occupations ordinaires, peut promptement élargir et purifier la compréhension au point de permettre à l'esprit de contrôler l'absurdité de toute hypothèse religieuse erronée. Cependant la structure absolue de la croyance occulte est une chose qui, en raison de sa nature, peut être seulement édifiée avec lenteur dans l'esprit de chaque architecte intellectuel. Cela justifie la répugnance des occultistes à donner une explication catégorique de leurs doctrines. Ils savent que vraiment les plantes vivaces de la connaissance doivent germer dans l'esprit de chaque homme et ne peuvent être transplantées quand elles sont en pleine maturité dans le sol d'une intelligence non préparée. Elles sont assez prêtes à donner la semence, mais tout homme doit faire croître son propre arbre de science. De même que l'Adepte n'est pas fait, mais devient, ainsi à un moindre degré, la personne qui aspire à comprendre l'Adepte et sa manière de voir, doit développer par elle-même sa faculté de compréhension en passant des notions rudimentaires à leurs légitimes conclusions.

      Ces considérations s'enchaînent et justifient la réserve de l'occultisme. De plus, elles suggèrent une explication sur ce qui, à première vue, semble embarrassant au lecteur d'Isis : si des parties importantes du livre sont, comme je l'ai attesté, l'œuvre de vrais adeptes, qui savent par eux-mêmes la vérité réelle sur plusieurs des mystères qu'on y discute, pourquoi n'exposent-ils pas nettement ce qu'ils ont à dire au lieu de tourner autour du pot et de présenter des arguments tirés de telle ou telle source ordinaire, de preuves historiques ou littéraires, ou de spéculations d'après les harmonies de la nature ? La réponse parait être : que les adeptes ne peuvent guère écrire : « Nous savons que ceci ou cela est le fait. » sans qu'on leur riposte : « Comment le savez-vous ? ». Et il est manifestement impossible qu'ils puissent répondre à la question sans entrer dans des détails qu'il serait « contre la Loi », comme le dirait un écrivain biblique, de divulguer ; ou sans proposer d'appuyer leur témoignage par des manifestations de pouvoirs qu'il est vraiment impraticable pour eux d'avoir sans cesse en main, pour satisfaire successivement chaque lecteur du livre. j'imagine, qu'en accord avec le principe invariable de chercher moins à enseigner qu'à encourager le développement spontané, les Adeptes ont plutôt visé dans Isis à produire un effet sur l'esprit du lecteur qu'à y jeter une provision de faits accumulés d'avance. Ils ont montré que la Théosophie ou la Philosophie occulte ne se présente pas en débutante à l'attention du monde, mais qu'elle vient, de nouveau, affirmer des principes qui ont été reconnus dès l'enfance de l'humanité. L'enchaînement historique qui établit le fait se retrouve distinctement au travers des évolutions successives des écoles philosophiques, d'une manière qu'il m'est impossible de répéter dans un ouvrage de la dimension de celui-ci, et la théorie exposée est appuyée par d'abondants récits des démonstrations expérimentales du pouvoir occulte, attribuées aux divers thaumaturges. Les auteurs d'Isis se sont expressément abstenus d'en dire plus que ne l'aurait fait un écrivain non initié, en supposant qu'il ait la possibilité de connaître toute la littérature traitant du sujet, et qu'il soit doué d'une intelligence assez éclairée pour en pénétrer la signification.

      Mais une fois la position réelle des auteurs ou inspirateurs d'Isis bien réalisée, la valeur de tout argument lancé par eux dépasse aussitôt et de beaucoup le niveau des lieux communs relatifs avancés pour l'appuyer. Les Adeptes peuvent ne pas vouloir fournir autre chose que des preuves exotériques à l'appui de telle thèse qu'ils désirent soutenir, mais le seul fait qu'ils consentent à l'appuyer aura une énorme signification pour celui qui, par des voies indirectes, sera parvenu à la compréhension de l'autorité qui leur donne le droit de parler.




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