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Le Monde occulte

Alfred Percy Sinnett
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L'OCCULTISME ET SES ADEPTES

I

      Au nombre des pouvoirs que l'occultisme offre à ses Adeptes, citons d'abord le contrôle exercé sur diverses forces naturelles, inconnues de la science ordinaire. – Savamment dirigées, elles permettent, par exemple, à deux Adeptes, quelle que soit la distance qui les sépare, de converser sans obstacle. Cette télégraphie psychologique échappe complètement aux conditions ou moyens mécaniques, et les facultés clairvoyantes de l'Adepte sont si parfaites qu'elles atteignent, pour les affaires du monde, à une sorte d'omniscience. Le corps, pour le commun des mortels, est la prison de l'âme ; nous voyons seulement ce qui se passe devant nos fenêtres, nous apprenons seulement ce qui pénètre à travers les barreaux ; l'Initié a trouvé la clé du cachot, il en sort à volonté. Ce n'est plus la cellule d'un captif mais sa libre demeure. En d'autres termes, l'Adepte peut projeter son âme hors de son corps là où il lui plaît, avec la rapidité de la pensée.

      De bas en haut, l'édifice entier de l'occultisme est tellement éloigné des conceptions courantes que le décrire est difficile.

      Comment pourrait-on décrire une machine à calculer à un auditoire à qui les plus simples appareils mécaniques seraient peu familiers et qui ne connaîtrait rien de l'arithmétique ? Les classes les plus cultivées de l'Europe moderne, sont dans une position analogue vis-à-vis de l'occultisme. Malgré des études littéraires parfaites et des travaux d'une exquise précision dans leurs divers départements scientifiques, elles ne savent rien de l'ABC même de l'occultisme, rien des capacités de l'âme ni de ce qui les distingue des capacités combinées du corps et de l'âme. Dès les temps reculés, les occultistes se sont voués surtout à cette étude. Ils ont obtenu des résultats absolument inconcevables dans leur magnificence ; une intelligence prosaïque, mise soudain à même d'en constater quelques-uns, chancelle et se croit dans un monde d'enchantement et de miracle.

      Sur une carte où l'histoire du monde serait figurée par un fleuve, les cours d'eau représentant les nations seraient plus ou moins enchevêtrés ; seule, une rivière issue des nuages, coulerait sans affluent, ni bras, c'est la Chine. Imaginez que l'Europe civilisée entre en contact avec elle pour la première fois ; supposez que les Chinois aient poussé très loin l'étude d'une branche de science physique négligée, ignorée chez nous ; nous éprouverions une vive surprise en face d'une science perfectionnée, dont nous n'aurions soupçonné ni les obscurs débuts, ni le développement progressif. C'est exactement ce qui se passe pour la science occulte.

      Dans la profondeur d'un insondable passé, les occultistes ont formé une race à part, non une race physique ayant un type uniforme, ni en aucun sens du mot une nation, mais une association ininterrompue d'hommes arrivés au plus haut degré d'intelligence, unis entre eux par un lien supérieur à tout autre lien connu, et poursuivant avec une parfaite conformité de dessein les études commencées, les traditions et les mystères du développement du Soi, transmis par leurs prédécesseurs. Le flot de la civilisation qui pousse en avant la culture de l'Europe moderne, a dédaigné les travaux auxquels les occultistes se sont livrés. Il n'y a pas à s'étonner de l'écart excessif qui s'est produit entre les deux méthodes. Il reste à savoir si le présent essai de rétablir des relations avec des cousins considérés pendant longtemps avec froideur ou hostilité sera toléré, ou s'il sera traité comme une impudente tentative de faire passer un imposteur pour un parent.

      J'ai dit que l'occultiste peut projeter son âme hors de son corps. On observera, incidemment, que cela lui prouve, sans l'ombre d'un doute, qu'en vérité il a une âme. La comparaison des mythes a parfois été appelée la science de la religion ; s'il peut y avoir une science de la religion, de toute nécessité c'est l'occultisme. De prime abord, il peut ne pas paraître évident que la vérité religieuse doit nécessairement se révéler plus complètement à l'âme lorsqu'elle est temporairement séparée du corps, qu'à l'âme prenant connaissance d'idées par l'intermédiaire des sens physiques. Mais monter dans un monde d'immatérialité, où la connaissance devient un processus de pure perception, lorsque les facultés intellectuelles, centrées dans l'homme immatériel sont en pleine action, doit manifestement conduire à une compréhension élargie de la vérité religieuse.

      Je viens de parler de l'homme immatériel, le distinguant du corps physique. Mais le sujet est si complexe qu'à peine ai-je cherché à faire accepter le terme qu'il me paraît inexact. La philosophie occulte a vérifié que le soi intérieur éthéré de l'homme, distinct de son corps visible, est lui-même l'enveloppe de quelque chose de plus éthéré encore, matière cependant, mais d'une subtilité extrême.

      La majorité des civilisés croit, en général, à la survivance de l'âme après la dissolution du corps. – Comment cela se passe-t-il ? Les hommes confessent qu'ils ne le savent guère ; les plus avancés, parmi eux, entretiennent même des doutes sérieux à ce sujet ; quelques-uns, s'appuyant sur les recherches en physique, qui ont suggéré la notion que la pensée peut être un mode de mouvement, tendent à établir la forte probabilité de l'hypothèse que rien ne survit à la destruction du corps. La philosophie occulte ne spécule pas du tout là-dessus, elle connaît l'état des faits.

      Saint Paul, qui était un occultiste, dit : « L'homme est corps, âme et esprit s ; cette distinction s'accorde peu avec la théorie de l'âme transférée à jamais au ciel ou en enfer après la mort du corps. Que devient alors l'esprit ? – Qu'est l'esprit différencié de l'âme, dans l'hypothèse ordinaire ? – Les penseurs orthodoxes émettent chacun une théorie : l'âme est le siège des émotions, l'esprit celui des facultés intellectuelles ou vice versa. Nul ne peut établir ces conjectures sur une solide fondation, même en alléguant une révélation. Quand saint Paul employait ces termes, il ne se livrait pas à de vagues fantaisies. L'esprit dont il parlait pourrait être nommé l'âme de l'âme. Nous ne nous en occuperons pas pour le moment. Le point capital, mis en lumière par l'occultisme, est que l'âme de l'homme infiniment plus subtile, plus éthérée et plus durable que le corps, est elle-même une réalité matérielle, non matérielle à la façon dont la chimie comprend la matière, mais comme la science physique en bloc la comprendrait si les ramifications de chaque branche de science, devenaient plus sensibles et travaillaient avec plus d'harmonie. On ne nie pas la matérialité d'une substance hypothétique quelconque, en disant qu'on ne peut déterminer son poids atomique ni ses affinités. L'éther, transmetteur de la lumière, est tenu pour matériel par quiconque reconnaît son existence, mais un abîme le sépare du plus mince des gaz. Vous n'arrivez pas toujours à une vérité scientifique par une même voie. Vous pouvez en percevoir quelques-unes directement, et pour d'autres procéder par inférence indirecte. Ces dernières n'en seront pas moins certaines. On infère de la matérialité de l'éther d'après la conduite de la lumière ; on peut inférer de la matérialité de l'âme d'après sa sujétion aux forces. Une influence mesmérique est une force émanant de particularités physiques du sujet ; elle frappe l'âme du sujet à distance et produit sur lui un effet perceptible – démontrable aux autres. Ceci est une image et non une preuve. Je dois exposer de mon mieux – et ce sera très imparfaitement – les découvertes de l'occultisme, sans essayer d'abord d'établir la preuve de chaque partie de ces découvertes. Plus tard, je pourrai en prouver au moins quelques-unes, et d'autres seront aussi reconnues comme indirectement établies.

      L'âme est matérielle, inhérente au corps matériel ordinairement plus grossier ; cet état de choses permet à l'occultiste d'être affirmatif, puisqu'il peut s'assurer de l'existence de l'âme et de sa nature matérielle en la dissociant du corps – sous certaines conditions – et en l'y réintégrant. Il peut même parfois opérer ainsi sur d'autres âmes ; son premier acte néanmoins est d'agir sur la sienne. Quand je dis : l'occultiste sait qu'il a une âme, j'en réfère à ce pouvoir. Il sait cela comme un autre homme sait qu'il a un paletot. Il peut l'éloigner de lui et la rendre manifeste comme une chose séparée de lui. Mais rappelez-vous, que pour lui, quand la séparation est effectuée, il est l'âme et l'objet mis de côté est le corps. Et ceci tout simplement pour vérifier avec une certitude absolue le grand problème de la survivance après la mort.

      L'Adepte ne se fie ni à la foi ni aux spéculations métaphysiques pour admettre les possibilités de son existence en dehors de son corps. Il expérimente cette existence quand il lui plaît. On peut dire que l'acte de s'émanciper temporairement de son corps, ne lui donne pas de certitude sur ses destinées ultimes, à l'heure où la mort rend cette émancipation finale. Il y gagne, en tous cas, la connaissance exacte des conditions dans lesquelles il se mettra en route pour l'autre monde. Pendant la vie du corps, son âme peut être comparée à un ballon captif (retenu par un câble très long, élastique et impondérable). Les ascensions ainsi limitées ne lui indiqueront pas nécessairement le lieu où le ballon flottera après la rupture de l'appareil d'en bas, et il pourra dériver un peu ; mais être déjà aéronaute avant de commencer le voyage, savoir positivement qu'il y a des ballons dont on peut se servir ne sont pas choses à dédaigner.

      Cette seule faculté, que je décris, aurait par elle-même une valeur infinie, si elle était la fin de la science de l'Adepte. Mais loin d'en être la limite, elle en est plutôt le commencement. Les faits, en apparence magiques, accomplis par l'Adepte, sont produits – on me l'a fait comprendre – au moyen d'une force de la nature avec laquelle il est familiarisé : cette force, d'après les livres sanscrits, se nomme Akasha.

      Nous sommes, ne l'oublions pas, sans expérience et sans guide pour concevoir la nature de l'Akasha, force que nous ne savons même pas nommer. Figurons-nous, pour avoir un point de repère, que l'Akasha est un agent aussi supérieur à l'électricité, en potentialité, subtilité, effets extraordinaires, que l'électricité à la vapeur. L'Adepte, par sa connaissance des propriétés de cette force, peut accomplir des phénomènes physiques qui sont, je vais le démontrer, à sa portée, ainsi que d'autres manifestations encore plus grandioses.


II

      Qui sont les adeptes capables de manier les forces terribles dont je parle ? De tels hommes ont existé, il y a lieu de le croire, à toutes les époques historiques. En ce moment, quelques-uns d'entre eux sont dans l'Inde ou dans les contrées adjacentes. L'identité de la science, dont ils ont hérité, avec celle des anciens Initiés de l'Occultisme, est bien prouvée par l'examen des opinions qu'ils soutiennent et des facultés qu'ils exercent. Une masse de témoignages écrits appuient cette conclusion ; je me borne à constater, j'indiquerai plus tard les sources. Considérons la position des adeptes telle qu'elle est.

      Ils constituent une Fraternité ou Association secrète. Elle se ramifie dans tout l'Orient ; son siège principal – d'après ce que j'ai pu recueillir – est actuellement au Tibet, mais ils n'ont pas déserté l'Inde d'où ils reçoivent des recrues ; car, la grande Fraternité est à la fois la moins et la plus exclusive organisation du monde. Les nouveaux venus sont assurés d'y trouver bon accueil, pourvu qu'ils aient les dons nécessaires. Leur race ou patrie importe peu. La porte, m'a dit un adepte, est toujours ouverte à l'homme droit qui vient y frapper, mais la route à suivre, pour en arriver là, est telle, que seul, un voyageur très résolu peut espérer la franchir. Je ne puis, c'est clair, décrire les périls du chemin, sauf en termes fort généralisés ; on peut, sans connaître les secrets de l'occultisme, comprendre le caractère de l'entraînement auquel un néophyte doit se soumettre avant de parvenir à la dignité d'expert en occultisme. On ne naît pas Adepte, on le devient, ceci m'a été constamment affirmé. Le devenir dépend donc de l'homme.

      Du jour où un candidat à l'initiation est accepté, il ne lui faut, je crois, jamais moins de sept années de postulat avant d'être autorisé à subir les épreuves préliminaires qui mènent aux bas degrés de l'initiation ; rien ne le garantit contre l'extension ad libitum de cette probation déjà longue. Cette grave incertitude ferait reculer la plupart des Européens. Elle ne provient pas cependant du caprice d'une société despotique se jouant, pour ainsi dire, de l'empressement de ses fidèles. Les épreuves, par lesquelles le néophyte doit passer, ne sont ni de fantastiques plaisanteries, ni des mises en scène avec de terribles périls imaginaires. Et je pense fermement que les maîtres en occultisme ne dressent pas de barrières artificielles pour éprouver les nerfs de leurs élèves, comme un professeur d'équitation disposerait des haies dans son école.

      Il est inhérent à la nature de la science à explorer que ses révélations ébranlent la raison et fassent fléchir le plus audacieux courage ; il est donc de l'intérêt immédiat du candidat que son caractère, la fixité de sa résolution, et peut-être la solidité de ses aptitudes physiques et mentales, soient observées et surveillées avec un soin infini avant qu'on lui permette de plonger dans ces flots mystérieux sur lesquels il devra se soutenir par la seule force de son bras, ou périr.

      Je n'ai pas, c'est évident, une connaissance approfondie de la nature des épreuves traversées par le candidat pendant la période de son développement ; des conjonctures basées sur des révélations fragmentaires, ne méritent pas d'être rapportées, mais il est clair aussi que les conditions imposées au postulant n'ont rien de secret. Pour atteindre au développement ultime de l'adepte, une vie de pureté physique absolue est d'abord exigée et l'aspirant doit, au début de son apprentissage, donner des preuves catégoriques de sa résolution d'observer cette règle. Dans les années de probation qui suivent, il doit être parfaitement chaste, parfaitement abstinent et indifférent à tous les genres de luxe. Ce régime ne comporte ni discipline fantastique, ni gênant ascétisme, ni retraite hors du monde. Rien n'empêcherait un gentleman, vivant au milieu de la société de Londres, d'être en plein entraînement par suite de sa candidature occulte, sans que personne autour de lui en soit informé. Car le véritable occultisme, le sublime attachement de l'adepte dévoué ne s'obtient pas au moyen du dégoûtant ascétisme du fakir indien vulgaire, du Yogi des bois et des déserts dont la saleté est proportionnée à la sainteté, du fanatique qui perce un de ses membres avec des crochets de fer ou tient un bras tendu jusqu'à ce qu'il se soit desséché. L'imparfaite connaissance de certains faits externes de l'occultisme indien provoque souvent des malentendus à ce sujet. Yoga Vidyâ est le nom indien de la science occulte, et il est facile d'apprendre, beaucoup plus qu'il ne le faudrait, les pratiques d'enthousiastes égarés qui en cultivent des branches inférieures par des exercices purement physiques. A proprement parler, cet entralnement physique s'appelle Hatha Yoga. L'autre système, qui mène aux imposantes altitudes de l'occultisme, par la discipline de l'esprit, se nomme Râja Yoga.

      Aux yeux du véritable occultiste, jamais un Adepte ne peut acquérir ses pouvoirs au moyen des laborieux et puérils exercices du Hatha Yoga. Je ne veux pas dire que ces pratiques inférieures aient un résultat négatif. Elles confèrent, à la personne qui s'y adonne, quelques facultés et pouvoirs anormaux. Nombre de traités sont consacrés à les décrire, et beaucoup de gens, ayant vécu aux Indes, peuvent raconter de curieuses expériences exhibées par les praticiens de cet extraordinaire métier. Je ne désire pas remplir ces pages de contes merveilleux que je ne puis vérifier. Le point sur lequel j'insiste c'est que les histoires orales ou écrites, qui présentent le Yoguisme Hindou sous un aspect mesquin, bas ou ignoble, ne peuvent s'appliquer au Yoguisme éthéré appelé Rdja Yoga qui conduit aux augustes sommets de l'Adeptat.




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