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Le Monde occulte

Alfred Percy Sinnett
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LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE

      Malgré le mystère qui a toujours enveloppé l'organisation occulte, il y a beaucoup plus à apprendre concernant les vues philosophiques qu'il a préservées ou acquises qu'il ne pourrait être supposé au premier abord. On verra, par le détail de mes propres expériences, que les grands Adeptes n'ont aucune répugnance à répandre leur philosophie religieuse, dans la mesure où ils en jugent la divulgation utile à notre monde, trop peu préparé au pur examen psychologique. Ils ne sont même pas invinciblement hostiles à la manifestation occasionnelle de ces pouvoirs – dominateurs des forces de la nature – dont ils se sont assuré la possession par leurs extraordinaires recherches.

      Si la règle, qui empêche les Frères de révéler ces pouvoirs aux non-initiés, était absolue, je n'aurais pas été témoin de nombreux phénomènes, soi-disant miraculeux, dus à des agents occultes. En règle générale, il est strictement interdit de produire des phénomènes occultes, dans le seul but d'exciter la surprise et l'admiration des assistants. Et vraiment la prohibition est absolue, on peut le comprendre, si un mobile élevé n'est pas en jeu. Mais il est clair que, mus par le désir philanthropique de fortifier le crédit d'une philosophie ennoblissante par elle-même, les initiés peuvent sagement autoriser, parfois, la manifestation de phénomènes anormaux en présence d'esprits susceptibles de s'élever de l'appréciation du merveilleux au respect qui convient pour la philosophie qu'il accrédite.

      La diffusion de cette idée est l'histoire de la Société théosophique, histoire féconde en vicissitudes, parce que les phénomènes, livrés à une publicité prématurée, n'ont souvent pas produit l'effet attendu, et ont alors attiré sur l'étude de la philosophie occulte et les personnes dévouées qui se sont consacrées à la propager – au moyen de la Société Théosophique – beaucoup de moquerie stupide et pas mal de persécution malveillante.

      Pourquoi, demandera-t-on, les Frères représentés par vous, si grands et puissants, ont-ils permis de telles indiscrétions ?

      Si le tableau que j'ai essayé de tracer a été bien compris du lecteur, il jugera que les Adeptes, par l'étendue même de leurs pouvoirs, sont moins qualifiés que des personnes très inférieures – en savoir occulte – pour mener une entreprise qui oblige à vivre dans le train vulgaire du monde et à prendre contact avec une quantité de gens ordinaires.

      Le dessein poursuivi par la Fraternité ne ressemble pas du tout à la tâche que j'assume aujourd'hui : tenter de convaincre le public, en général, que l'homme possède des facultés latentes capables, après avoir été développées, de nous emporter d'un bond, bien au delà des rêves de la science physique concernant la compréhension de la nature, et en même temps nous fournir des témoignages positifs au sujet de la constitution et des destinées de l'âme humaine.

      Les Frères peuvent jeter un regard sympathique sur mon projet, mais il est évident que leur premier devoir est de vivifier sans cesse la connaissance et les pouvoirs que je décris trop imparfaitement. Si les Adeptes s'occupaient à repousser l'incrédulité d'une multitude stupide, l'incrédulité acrimonieuse de la phalange matérialiste, l'incrédulité indignée et terrifiée des cultes orthodoxes, on conçoit qu'ils pourraient – propter vitam vivendi perdere causas – laisser la science occulte péricliter pendant qu'ils s'useraient à prouver qu'elle existe. On suggérera que la division du travail peut s'appliquer à l'occultisme et qu'il serait facile aux Initiés de déléguer, à certains d'entre eux, la charge de briser les résistances de la science moderne, pendant que, dans leurs solitudes bien-aimées, ils poursuivraient les travaux que rien ne doit interrompre.

      Cette proposition pratique, selon le monde, serait jugée, sans doute, impraticable par le vrai mystique. D'abord un aspirant aux honneurs occultes ne se soumettrait pas aux efforts terribles et prolongés qui doivent lui assurer la victoire, pour aboutir à mener une vie – mondaine – qui, en raison de son accès à l'occultisme, lui causerait une extrême répugnance. Nous n'éprouverions probablement pas plus d'horreur à la perspective d'être enterrés vivants dans la solitude d'une inaccessible montagne que le véritable Adepte n'en ressentirait à la pensée de quitter sa lointaine retraite pour se mêler à la vie commune. Je montrerai bientôt que l'amour de l'isolement inhérent à l'état d'adepte n'implique pas un esprit dénué de la connaissance de la culture et des manières européennes. Il est, au contraire, compatible avec une somme de culture et d'expérience européennes que les gens au courant des seuls aspects ordinaires de la vie orientale seraient surpris de trouver possible dans le cas d'un homme né en Orient.

      Revenons maintenant à l'hypothèse de l'Adepte imaginaire envoyé pour prouver au monde scientifique qu'il y a encore à explorer d'immenses champs de connaissance et que l'homme peut atteindre à des facultés dont la possession, même en rêve, ne lui paraît pas possible. Cet initiateur devrait ou être désigné pour remplir ce devoir ou s'en charger volontairement. Il faudrait, dans un cas, présumer que la Fraternité occulte agit en despote – toutes mes observations m'ont convaincu du contraire. Dans l'autre, nous devrions supposer un Adepte sacrifiant ce qu'il regarde non seulement comme la plus agréable mais comme la plus haute vie ; pourquoi ? Pour accomplir une œuvre à laquelle il attache peu d'importance relativement à celle qui l'occupe : la continuité et le développement de la grande science elle-même.

      Je ne me soucie pas de suivre davantage cet argument. Il sera bientôt traité d'une autre manière. Je me borne à indiquer les objections soulevées contre le mode de persuasion que le public recherche et qui selon lui conviendrait le mieux pour présenter les vérités occultes à l'intelligence moderne.

      Ces considérations semblent avoir engagé les Frères à accepter la Société Théosophique comme un instrument plus ou moins imparfait, mais utilisable, pour se livrer à un travail auquel ils s'intéressent cordialement sans y prendre eux-mêmes une part directe.

      Malgré de nombreuses erreurs de gestion et d'organisation, quelles sont donc les conditions particulières qui font de la Société Théosophique le meilleur instrument jusqu'ici, du moins, pour la propagation de la science occulte ? Le zèle et les aptitudes de sa fondatrice, Mme Blavatsky, donnent l'explication requise. Car, pour donner le moindre appui à une société fondée pour répandre la philosophie occulte, les Frères avaient besoin d'être avec elle en communication occulte ; il faut se souvenir, en dépit de l'invraisemblance apparente du fait, qu'assis tranquille, chez soi, on peut par la force de sa volonté, imprimer ses pensées dans l'esprit d'un ami éloigné. Un Frère, de sa retraite ignorée, converse librement avec ses amis initiés, n'importe où ils se trouvent, et les autres moyens de communication dont les hommes ordinaires doivent se contenter en raison de leurs facultés imparfaites, seraient, pour eux, intolérables par leur lenteur inefficace. En outre, pour assister une Société ayant sa sphère d'action au milieu de la vie du monde, un système de communication doit être établi et un initié doit se trouver à l'autre extrémité de la ligne. Finalement les règles occultes ne permettent pas d'autres dispositions.

      Or, Mme Blavatsky était initiée au point de posséder ce magnifique pouvoir de télégraphie psychologique ; elle n'a pas avancé plus loin, car si elle avait franchi la limite qui sépare le monde de l'occulte, elle n'aurait pu assumer la tâche entreprise par la Société théosophique, tâche peu compatible avec les devoirs de l'Adepte complet.

      Elle était donc exactement préparée à l'œuvre qui lui incombait. Comment se fait-il que son instruction occulte, portée si loin, se soit arrêtée ? Question inutile ; Pour y répondre, il faudrait approcher de trop près les secrets de l'initiation qui ne sont jamais et sous aucun prétexte divulgués. Douée d'un indomptable courage, d'un puissant esprit alimenté par de vastes connaissances, acquises d'ailleurs sans méthode, Mme Blavatsky était après tout une femme, bien qu'il paraisse absurde de la désigner ainsi ; c'est peut-être ce qui l'a empêchée de parvenir au plus haut degré de l'occultisme. En tous cas, après avoir consacré sept ans à l'étude de cette science, au fond d'une retraite himalayenne – couronnant ainsi trente-cinq ou quarante années vouées aux recherches occultes – Mme Blavatsky reparut dans le monde. Elle eut d'abord grand'peine à reprendre le contact. Il y avait un tel abîme entre ce qu'elle savait et l'ignorance des gens qu'elle rencontrait ! On sait de quel poids pèse un grave secret à garder. On peut donc se figurer ce que doit être le fardeau du secret de l'occultisme, avec la charge de grands pouvoirs conférés, à la condition expresse de ne pas être employés en dehors des strictes limites fixées par la règle.

      A son retour en Europe, Mme Blavatsky qui, au sens ordinaire du mot, ne pouvait plus être séparée des amis laissés aux Himalayas, obéit à leurs directives et partit pour l'Amérique ; là, avec le concours de quelques personnes, le colonel Olcott notamment, dont l'intérêt fut ravivé par les manifestations occasionnelles de ses pouvoirs extraordinaires, elle fonda la Société Théosophique dans le but bien défini, dès l'origine, de rechercher les pouvoirs psychologiques latents de l'homme et d'explorer l'ancienne littérature orientale dans laquelle peut se trouver cachée la clé de ces pouvoirs et où la philosophie de la science occulte peut être en partie découverte.

      La Société prit promptement racine aux Etats-Unis, puis des branches se formèrent en Angleterre et ailleurs. Mme Blavatsky les laissa prendre soin d'elles-mêmes et reprit la route de l'Inde où elle voulait établir la Société parmi les indigènes. Etant donné la sympathie naturelle et héréditaire des Hindous pour le mysticisme, il était logique d'attendre de leur part une ardente sympathie vis-à-vis d'une entreprise psychologique qui faisait appel non seulement à leur croyance intuitive en la réalité de la Yoga Vidyâ, mais aussi à leur patriotisme du meilleur aloi, en montrant l'Inde comme la source de la plus haute culture du monde, quoique la moins connue et la plus cachée.

      De là cependant provinrent les erreurs pratiques dans l'organisation de la Société Théosophique. Elles furent la source des incidents auxquels j'ai fait allusion. Mme Blavatsky ignorait totalement les usages de la vie journalière indienne. A ses premiers voyages, elle n'avait entretenu de relations qu'avec des personnes en dehors du courant social. Enfin son séjour prolongé aux Etats-Unis était une détestable préparation à un établissement dans l'Inde. Ces deux pays sont encore plus séparés par leurs mœurs que par la distance. Mme Blavatsky arriva sans recommandations. Son rang lui en aurait assuré d'excellentes en Angleterre, mais très prévenue contre les classes dirigeantes anglaises de l'Inde, elle n'eut d'autre tendance que de témoigner aux Indigènes une bruyante sympathie et de les rechercher sans faire aucune avance à la société européenne. Cette attitude, son nom russe, rendirent la nouvelle venue suspecte à l'administration un peu boiteuse qui, avec beaucoup d'autres emplois, remplit les fonctions de police politique. Les soupçons, il est vrai, furent promptement dissipés, pas assez vite toutefois pour que Mme Blavatsky ne fût indignée du maladroit espionnage exercé autour d'elle. Le sentiment de sa valeur, de ses sacrifices, l'ardeur de sa nature, la rendirent trop sensible à ce qui lui semblait le dernier des outrages et sa protestation publique apprit aux Hindous, comme aux Européens, qu'elle avait excité la méfiance du gouvernement.

      Avec le temps, Mme Blavatsky noua des amitiés parmi les Européens. Elle vint à Simla en 1880 et commença, un peu tardivement, à mieux diriger ses travaux ; quelques fausses mesures entravèrent encore la Société Théosophique et l'empêchèrent d'occuper la place honorable qui lui revenait.

      Sans conteste. des phénomènes qui se produisirent – entourés de précautions excluant jusqu'à l'ombre d'une tentative de fraude – devant des spectateurs assez intelligents pour en comprendre le sens, éveillèrent chez ces personnes un vif désir d'approfondir la science occulte ; il est également vrai qu'un esprit témoin, sans y être préparé, des phénomènes les plus indiscutables, les considérera plutôt comme une insulte à son intelligence que comme une preuve des pouvoirs occultes ; attirer ainsi sur eux l'attention du public offre de sérieux dangers. Les cerveaux moyens ne supportent pas facilement la vision soudaine d'un nouvel ordre d'idées. La tension est trop forte, la chaîne du raisonnement se brise et l'observateur vulgaire d'actes anormaux retombe dans son état habituel d'incrédulité stupide, inconscient du fait qu'une inestimable révélation intellectuelle lui a été offerte et qu'il l'a refusée.

      ll est très ordinaire d'entendre dire : « Je ne puis croire à la réalité d'un phénomène si je ne l'ai vu de mes yeux ; montrez-le-moi, j'y croirai, mais pas avant. » Affirmation trompeuse. J'ai vu, maintes fois, des phénomènes absolument authentiques produits sous les yeux de gens inaccoutumés à examiner ces sortes de choses. L'impression qu'ils emportaient était la conviction exaspérée d'avoir été dupés d'une manière ou d'une autre.

      Plusieurs exemples de cet état d'esprit nous ont été donnés à Simla. Il va sans dire que, malgré le nombre des phénomènes produits par Mme Blavatsky ou avec son concours, l'assistance était relativement fort limitée. Il devint de règle, pour la foule exclue de ces réunions, que tout ce qui s'y passait était pure mystification.

      Il était inutile de démontrer aux partisans de cette théorie l'inanité d'une accusation d'imposture en face du groupe considérable de témoins distingués et compétents, dont la parole n'eût jamais été contestée sur n'importe quel autre sujet. Or, ces témoins affirmaient, sans hésitation ni réserve, la réalité des phénomènes observés. La simple grandeur de la vérité épouvante le vulgaire, qui ne peut se résoudre à accepter l'idée d'une nouvelle révélation de la nature. Il lui préfère les hypothèses les plus illogiques.

      Mme Blavatsky devint célèbre dans l'Inde. Ses relations avec la société européenne s'étaient fort étendues. Elle se fit beaucoup d'amis et obtint quelques ardentes conversions à la croyance dans la réalité des pouvoirs occultes. Ces succès lui suscitèrent, à son insu, la virulente animosité d'autres personnes admises chez elle ; incapables d'assimiler ce qu'elles voyaient en sa présence, elles adoptèrent une attitude incrédule qui tourna à une véritable hostilité lorsque toute la question s'enveloppa d'un nuage de controverses plus ou moins passionnées.

      La plupart des journaux, naturellement, tirèrent grand parti de la situation. Les dupes de Mme Blavatsky furent ridiculisées et le moindre détail obtenu sur les phénomènes, fut présenté sous l'aspect le plus grotesque, pour amuser la galerie. Les amis anglais de Mme Blavatsky ne pouvaient être affectés par ce genre de plaisanteries ; la confiance qu'ils avaient en elle et en ses pouvoirs ne reçut aucune atteinte. Ils n'en furent pas même sérieusement contrariés. Par contre, l'hyper-sensibilité de la personne visée lui causa d'indescriptibles tourments. On put craindre qu'elle ne perdit patience et finit par renoncer à l'ingrate mission d'offrir au monde les dons précieux qu'il refusait d'accepter. La catastrophe fut évitée, mais pour ceux qui ont suivi les péripéties de la Société Théosophique, l'histoire de Colomb, enchaîné pour avoir découvert un nouveau monde, et de Galilée, mis en captivité pour avoir énoncé les vrais principes astronomiques n'est pas plus surprenante que celle de Mme Blavatsky, calomniée dans presque toute la presse anglo-indienne et dénoncée à la foule comme charlatan, pour avoir voulu généreusement donné autant que le lui permettaient les règles de la grande association occulte, quelques-uns des fruits merveilleux produits par l'effort de toute une vie de lutte pendant laquelle elle avait conquis son extraordinaire savoir.

      En dépit de tant de vicissitudes, cependant, la Société Théosophique demeure la seule organisation fournissant aux chercheurs assoiffés de savoir occulte un lien de communication, quelque ténu qu'il soit, avec la grande fraternité qui, à l'arrière-plan, s'intéresse à son progrès en demeurant accessible à sa fondatrice.




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