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Le Sentier du Disciple

Annie Besant
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QUALITÉS REQUISES
Contrôle de la pensée (2/2)

Ceci établi, un homme peut faire plus que soumettre sa nature inférieure au contrôle de sa nature supérieure ; il peut commencer à se faire une idée de la puissance créatrice de la pensée. Cela implique un champ de pensées plus étendu que celui du commun des hommes, cela implique une certaine somme de connaissances philosophiques. S'il a étudié, par exemple, les principaux ouvrages des Hindous, il y aura gagné une conception intellectuelle très claire de la puissance créatrice de la pensée ; mais dès qu'il se sera rendu compte de cela, il en conclura qu'il y a quelque chose au delà de ce qu'il appelle son mental, car s'il existe une puissance génératrice de la pensée, si, par l'entremise de son mental, l'homme est capable de produire des pensées, celles-ci doivent être engendrées par quelque chose qui est caché au delà de ce mental qui les produit. Le seul fait de l'existence de cette puissance créatrice de la pensée et de ce que l'homme soit à même de s'en servir pour exercer son mental et celui des autres suffit à prouver qu'il y a quelque chose au delà du mental ; quelque chose qui est, en quelque sorte, indépendant du mental et qui s'en sert comme d'un instrument. L'étudiant qui cherche à se comprendre soi-même commence alors à constater qu'il a affaire à un mental dont le maniement est fort difficile et que les pensées viennent sans qu'il les cherche ; qu'elles jaillissent, en quelque sorte, sans le concours de sa volonté. Lorsqu'il commence à étudier les opérations du mental, il constate que les pensées y affluent sans qu'il les ait appelées ; il constate qu'il est en proie à des idées dont il voudrait que la nature fût très différente. Son mental est envahi par toutes sortes de fantaisies ; il voudrait les en chasser, mais il se trouve désarmé et n'arrive pas à s'en débarrasser. Il se voit obligé de brasser les pensées qui règnent sur son mental et qui ne sont aucunement soumises à son appel ou à son autorité. Il commence alors à étudier ces pensées ; il se demande : d'où viennent-elles ? comment agissent-elles ? comment peut-on les maîtriser ? et il apprend peu à peu que bien des pensées qui envahissent son mental ont leur origine dans le mental d'autres hommes et que, suivant la ligne générale de pensées qui lui est propre, il attirera les pensées des autres, du monde extérieur de la pensée. Il influence à son tour le mental d'autrui par les pensées qu'il engendre lui-même et il commence à comprendre que cette responsabilité est bien plus grave qu'il ne l'avait jamais pensé. Il avait cru, jusqu'à ce moment, que ce n'était qu'en parlant qu'il pouvait exercer une influence sur le mental d'autrui ; que ses actions seules pouvaient être prises comme un exemple et modifier la façon d'agir de son prochain, mais au fur et à mesure que son savoir augmente, il commence à entrevoir l'existence d'une force mystérieuse émanant de l'homme qui pense, et agissant sur le mental des autres. La science moderne nous dit quelques mots de cela et arrive aux mêmes conclusions ; de nombreuses expériences lui ont démontré qu'une pensée pouvait être transmise d'un cerveau à un autre, sans qu'un mot fût prononcé, sans qu'un mot fût écrit, et qu'il y avait dans la pensée quelque chose de palpable, de susceptible d'être observé, qui ressemble a une vibration faisant vibrer d'autres choses, sans qu'il soit besoin de prononcer un mot, d'articuler un son. La science a découvert que la pensée peut être transmise d'homme à homme, dans le plus profond silence ; que sans aucun moyen extérieur de communication – où, comme le disait le professeur Lodge, sans moyens matériels de communication, le mot « matériel » étant employé dans son sens physique, – il est possible au mental d'affecter le mental.

      S'il en est ainsi, nous nous influençons tous les uns les autres par nos pensées, sans avoir recours à la parole ou à l'action, car d'un côté les pensées que nous engendrons se répandent dans le monde et agissent, sur le mental des autres hommes et, de l'autre, les pensées que ceux-ci émettent viennent à nous et influent à leur tour sur notre manière de penser. Nous constatons donc que l'action de penser tient généralement bien peu de place dans la vie ; ce que nous appelons « penser » ne consiste guère que dans la réflexion des pensées des autres. En réalité, le mental des hommes ressemble beaucoup à une auberge où des voyageurs s'arrêteraient pour la nuit ; du moins le mental de beaucoup d'hommes n'est guère autre chose que cela. Une pensée entre et sort, l'homme ajoute bien peu à la pensée qui lui vient. Il la reçoit, l'abrite, puis elle passe. Mais ce qu'il serait de notre devoir de faire, ce serait de penser de propos délibéré et avec l'intention d'exécuter ce que nous aurions décidé.

      Pourquoi ce contrôle du mental, ce contrôle de la pensée, cet arrêt de la pensée et ce refus de donner asile à la pensée d'autrui auraient-ils tant d'importance ? Pourquoi tout cela constituerait-il une condition sine qua non qu'il faut remplir avant de pouvoir être admis comme disciple ? Parce que les pensées de l'homme qui devient un disciple prennent plus de force ; parce que l'individualité de celui qui devient un disciple se développe, grandit, devient plus puissante et que chacune de ses pensées possède une vitalité et une énergie plus grandes et exerce une influence plus forte sur le monde des hommes. La pensée d'un homme peut tuer, la pensée d'un homme peut guérir une maladie ; elle peut exercer une influence sur les foules ; elle peut créer une illusion visible de nature à tromper les autres hommes et à les égarer. Puisque la pensée devient si puissante, à mesure que l'individualité se développe et grandit et puisque la qualité de disciple implique la croissance rapide et le développement de l'individualité dans de telles proportions que l'homme arrive à accomplir dans le cours de quelques vies ce qui, sans cette qualité, n'eût pu être parachevé que dans des milliers d'années, il est nécessaire, avant que ce surcroît de puissance ne soit mis à sa portée, qu'il ait appris à exercer un contrôle sur ses pensées, qu'il ait appris à réprimer tout ce qu'elles renferment de mauvais, qu'il ait appris à ne donner asile qu'à ce qui est pur, bienfaisant et utile. Le contrôle du mental par le Soi a été imposé comme condition à l'aspirant-disciple, parce qu'avant qu'un homme puisse posséder le surcroît de pouvoir que confère l'enseignement du Gourou, il faut qu'il soit devenu maître de l'instrument qui produit les pensées, afin que celui-ci ne fasse que ce qu'il a décidé et ne produise jamais rien sans son plein consentement.

      Je sais que le public éprouvera de la difficulté à comprendre cela. Il dira : Quelle est cette individualité qui va toujours grandissant ? Quelle est cette individualité qui développe le pouvoir de la volonté et de la puissance de contrôle sur le mental et dont vous dites qu'elle n'est pas le mental, mais qu'elle lui est supérieure ? Laissez moi me servir d'une image empruntée à la vie de ce monde, pour vous aider à saisir comment naît l'individualité et comment elle se développe. Supposons que vous entriez dans une atmosphère saturée de vapeur d'eau, mais assez chaude pour que la vapeur d'eau y reste en suspension, invisible, et que l'emplacement vous paraisse vide. Vous direz : il n'y a rien ici, rien que de l'air. Vous savez cependant bien que si un chimiste prenait un peu de cet air saturé de vapeur d'eau, l'enfermait dans un récipient et le refroidissait graduellement, vous verriez un léger brouillard, une sorte de nuage, se dessiner au milieu de ce vide apparent ; que ce léger brouillard irait s'épaississant peu à peu jusqu'au moment où, le refroidissement augmentant, vous verriez apparaître une goutte d'eau là où, l'instant d'avant, vous ne distinguiez rien. Nous pouvons considérer cet exemple comme une grossière image physique, pouvant servir à expliquer la formation de l'individualité. Du sein de cet Invisible, qui est l'Un d'où tout émane, s'élève un léger nuage qui devient visible, un léger brouillard qui se condense, qui se sépare de l'invisible buée qui l'entoure et se condense graduellement, jusqu'à devenir la goutte individuelle que nous considérons comme une unité. Du sein de ce qui est Tout jaillit le désagrégé et le distinct ; distinct dont la nature est identique à celle du Tout dont l'essence est la même que la sienne, mais qui en est séparé par ses qualités et se trouve ainsi individualisé. L'âme individuelle de l'homme émane de cette façon du Soi Unique et grandit tous les jours en expérience. Elle grandit et se développe au fur et à mesure de ses centaines de renaissances dans le monde, vie après vie, époque après époque, et ce que nous appelons le mental n'est, en quelque sorte, qu'un de ses petits bourgeonnements dans le monde matériel. De même que l'amœba, lorsqu'elle a besoin de nourriture, projette à l'extérieur une portion d'elle-même, saisit une parcelle de matière nutritive et réabsorbe ensuite cette partie d'elle-même qu'elle avait projetée, se nourrissant de ce qu'elle a pris, de même l'individualité projette dans le monde – le monde physique – une sorte de providence de son Soi, chargée d'amasser pour elle de l'expérience en guise de nourriture, puis la réabsorbe au moment de ce que nous appelons la mort, s'assimilant cette expérience pour nourrir sa croissance. Le mental n'est autre que cette providence dans le monde physique ; c'est une portion de l'individualité, une portion de l'âme. La conscience, qui est vous-même, est supérieure à votre mental ; supérieure à ce que vous appelez l'intellect. Tout votre passé, toute l'expérience que vous avez acquise, sont à l'abri dans la conscience. Tout le savoir que vous vous êtes assimilé est amassé dans la conscience qui est réellement vous. A votre naissance, vous projetez une petite portion de vous-mêmes, chargée d'amasser une nouvelle dose d'expérience pour enrichir encore cette conscience : l'âme se l'assimile pour assurer son développement et, à chaque vie nouvelle, elle s'efforce d'influencer cette providence d'elle-même, au moyen de sa conscience enrichie. Ce que nous appelons la « Voix de la conscience », n'est autre que celle du Soi supérieur parlant au soi inférieur et cherchant à diriger son ignorance au moyen du savoir qu'il a acquis dans ces vies successives.

      Nous savons que ce soi inférieur, le mental, nous fait éprouver des difficultés. Vous souvenez-vous de ce qu'Arjouna disait à Shrî Krishna, en parlant du contrôle du Manas inférieur que nous étudions ? Vous souvenez-vous dans quels termes il disait à son divin Maître combien son Manas était turbulent ? « Ô Krishna, Manas est véritablement turbulent, disait-il ; il est impétueux, puissant et difficile à faire plier ; je crois aussi difficile à contenir que le vent. » Et c'est vrai ; celui qui essaye de mettre un frein au Manas le sait, Celui qui tente d'exercer un contrôle sur le Manas sait à quel point il est turbulent, impétueux et puissant, à quel point il est difficile à soumettre. Mais vous souvenez-vous de la réponse que le Seigneur béni fit à Arjouna, lorsque celui-ci lui disait que Manas était aussi difficile à contenir que le vent ? Sa réponse fut : « Sans doute, Manas est turbulent et difficile à dompter, ô guerrier puissamment armé, mais on peut le dompter par un exercice constant et par l'indifférence. » Il n'y a pas d'autre moyen. Un exercice constant : personne ne peut faire cela pour vous ; aucun Maître ne peut s'y livrer à votre place ! Vous devez faire cela vous-mêmes et, tant que vous ne l'aurez pas entrepris, la découverte du Gourou ne sera pas possible pour vous. Il est inutile de crier que vous désirez le trouver, si vous ne voulez pas vous conformer aux conditions que tous les grands Maîtres ont imposées pour vous faire arriver jusqu'à Leurs pieds. Voici un puissant Maître, un Avatar, qui indique ce qu'il faut faire déclarant que cela peut être produit. Et lorsqu'un Avatar parle ainsi, cela prouve que ce résultat, peut être obtenu par l'homme de volonté ferme : car Il connaît les pouvoirs de ceux qu'Il voit et qu'en Sa qualité de Suprême il a placés dans ce monde et, lorsque Sa parole divine nous assure que la victoire est possible, oserons-nous dire que nous ne pouvons pas y arriver et donner ainsi une sorte de démenti au Dieu qui parle.

      Comment obtiendrons-nous donc ce résultat ? « Par un exercice constant », dit le Seigneur ; c'est-à-dire que durant votre vie journalière, telle qu'elle est, durant votre existence d'hommes actifs, vous devez commencer à assouplir votre mental turbulent et à le soumettre à votre volonté. Essayez donc un instant de penser posément. Vous constaterez que vos pensées voltigent au hasard. Que ferez-vous alors ? Vous les ramènerez au sujet sur lequel vous voulez les fixer. Choisissez un sujet et concentrez sur lui vos pensées, complètement et sans interruption. Rappelez-vous que vous possédez un immense avantage pour cette éducation du mental ; vous avez les anciennes traditions hindoues, l'hérédité physique qui a été modelée sur elles et l'éducation de votre jeunesse qui devrait vous avoir habitués à cette discipline du mental. Il est bien plus difficile à un Occidental de venir à bout de cette turbulence du mental que cela ne l'est pour vous, parce que dans l'Occident le contrôle du mental n'est pas enseigné, ne fait pas partie, comme ici, de l'éducation religieuse ; et que les hommes y sont enclins à passer, sans transition, d'un sujet à un autre. L'habitude de lire constamment des journaux – pour me servir d'un exemple vulgaire – d'en lire peut-être trois ou quatre par jour, est une des choses qui rendent bien difficile le contrôle du mental. Vous sautez d'un sujet à un autre ; voici d'abord quelques dépêches qui font tourbillonner le mental de l'Angleterre à la France, de l'Espagne au Kamtchatka, de la Nouvelle-Zélande à l'Amérique ; lorsque vous avez vu cette colonne, ou cette demi-colonne, vous trouvez un autre genre de nouvelles ; ce sont des renseignements sur la manière d'agir d'un peuple connu, des comptes rendus de soirées théâtrales ou de péripéties judiciaires ; plus loin, une régate, ou une course à pied, des détails sportifs ou athlétiques et ainsi de suite. Vous connaissez tous le contenu très varié des journaux. Les hommes ne comprennent pas le mal qu'ils se font en gaspillant leur énergie mentale, comme ils le font généralement, sur des questions aussi vulgaires et aussi peu importantes. Vous trouverez dans l'Occident des hommes qui, je le sais, lisent tous les jours une demi-douzaine de journaux ; en ce faisant, ils font plus que gaspiller momentanément les forces de leur mental, car en gaspillant journellement ces forces, et l'habitude prise, on ne peut plus concentrer facilement ses pensées sur une idée. De plus, il y a la perte d'un temps précieux qui pourrait être consacré à des questions beaucoup plus élevées. Je ne veux pas dire que, vivant dans le monde, vous deviez ignorer ce qui se passe autour de vous, mais qu'il est amplement suffisant de prendre un seul journal traitant des questions les plus importantes de ce monde et de le parcourir tranquillement durant quelques minutes. Si vous savez la façon de vous y prendre, c'est suffisant pour les choses de ce monde.

      Afin de vous mettre en état de lutter contre cette tendance moderne à gaspiller ses pensées, vous devriez contracter l'habitude journalière de penser d'une façon suivie et de concentrer votre attention, pendant un certain temps, sur le même sujet. En guise d'exercice pour l'éducation de votre mental, prenez l'habitude de lire chaque jour quelques pages d'un livre traitant des côtés importants de la vie, de ce qui est éternel plutôt que de ce qui est transitoire, et concentrez votre mental sur ce que vous lisez. Ne lui permettez pas d'errer, de se dépenser en pure perte. S'il s'éloigne, rappelez-le, imposez-lui de nouveau la même idée ; et de cette façon vous le fortifierez et commencerez à vous en rendre maître ; vous apprendrez, par un exercice constant, à exercer un contrôle sur lui et à lui faire suivre la voie que vous lui avez choisie. Même pour les choses de ce monde, cette faculté confère de grands avantages. Non seulement elle vous prépare à la vie supérieure qui s'ouvre devant vous, mais encore l'homme capable de concentrer sa pensée sur un but est celui qui réussit le mieux dans les choses ordinaires de la vie. L'homme qui est en état de penser d'une manière suivie, claire et précise, est celui qui saura se frayer son chemin, même dans le monde matériel. Cette constante éducation du mental vous sera utile dans ce qui est insignifiant, comme dans les choses d'un ordre plus élevé, et vous développerez peu à peu cette puissance de contrôle qui doit être l'une des qualités de l'Aspirant-Disciple.




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