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Le Sentier du Disciple

Annie Besant
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PREMIERS PAS
Purification

Nous comprenons ce que l'on entend par purification, lorsque nous observons ces phases successives de la jouissance personnelle, du devoir accompli pour lui-même et enfin du don de tout ce que l'on possède, sous forme de sacrifice volontaire. Ce sont les stades que l'on traverse sur la voie de la purification. Mais comment atteindre le genre de purification qui conduit aux degrés supérieurs, qui confère cette qualité de disciple que toutes les activités de ce monde doivent servir à préparer ? L'homme tout entier doit être purifié, physiquement aussi bien qu'intellectuellement. Je n'ai pas le temps de m'appesantir sur la purification du corps, mais il est bon que je vous rappelle les enseignements de la Bagavad Gîtâ. Ils disent qu'on arrive à cette purification par la modération en tout et non par un ascétisme qui torture, qui torture le corps et Celui qui l'habite, comme dit Shrî Krishna. La Yoga s'accomplit au moyen d'un contrôle modéré sur soi-même, d'un entraînement réfléchi de ses instincts inférieurs, du choix, fait avec calme, d'une alimentation pure, de l'exercice modéré de toutes les activités physiques, de façon à exercer, à régulariser et à modérer les fonctions du corps tout entier, jusqu'à ce que l'on soit arrivé à le placer sous le contrôle de la volonté et du Soi. C'est pourquoi la vie de la famille était prescrite, car les hommes, à part quelques rares exceptions, n'étaient pas mûrs pour le rude sentier du célibat. La Brahmacharya (6) n'était pas pour tous. Grâce à la vie de la famille, les hommes apprenaient à modérer leurs passions sexuelles, non pas à les anéantir, – chose impossible à la majorité des hommes et qui, si l'on tente de l'obtenir avec une imprudente énergie, aboutit souvent à une réaction qui précipite l'imprudent dans les pires excès d'une vie déréglée ; non pas à tenter de les déraciner ou de les tuer d'un seul effort, mais de le faire en s'exerçant graduellement à la modération, en pratiquant le renoncement aux joies de l'intérieur, où les instincts inférieurs devraient être rompus à la modération, habitués à se laisser diriger par les instincts supérieurs, amenés à renoncer àleur suractivité pour se subordonner entièrement à l'Un. Voici comment débute cette Karma-Yoga. Le chef de famille doit apprendre graduellement à se contrôler lui-même ; en apportant de la modération en tout, il amène ses instincts inférieurs à se soumettre aux instincts supérieurs et les exerce journellement jusqu'à ce qu'ils soient absolument soumis à sa volonté. De cette façon, il purifie son corps et devient apte à s'élever jusqu'aux voies supérieures de la Yoga. Il doit alors purifier de nouveau, complètement, les passions de sa nature inférieure.

      Prenons des exemples – je veux vous en donner trois, afin que vous puissiez les employer dans votre vie – prenons la passion de la colère et voyons comment elle peut être façonnée, dans la Karma-Yoga, afin d'être transformée en qualité. La colère est une force, une force qui jaillit de l'homme pour produire son effet dans l'ambiance. Chez l'homme peu développé et peu exercé, elle se montre à l'état de passion, revêtant diverses formes brutales, brisant les résistances et s'inquiétant peu des moyens qu'elle emploie, pourvu qu'elle écarte de son chemin tout ce qui s'oppose à la satisfaction de sa volonté. Dans cet état, cette force de la nature est indisciplinée et destructive et celui qui désire pratiquer la Karma-Yoga doit assurément la subjuguer. Comment s'y prendra-t-il pour subjuguer et discipliner la colère ? Il se débarrassera tout d'abord de l'élément personnel. Lorsqu'une injure personnelle lui sera adressée, ou lorsqu'un préjudice personnel lui sera causé, il s'exercera à ne pas le ressentir. Voilà le devoir en présence duquel se trouvent beaucoup d'entre vous. Si quelqu'un vous fait du tort, commet une injustice à votre égard, que ferez-vous ? Vous pourrez vous laisser emporter par la colère et le frapper. Quelqu'un vous a-t-il trompé : vous chercherez, en revanche, à lui faire du tort, et à l'exploiter. Vous a-t-il pris en traître : vous l'attaquerez aussi par derrière et chercherez à lui faire du mal. De cette façon la colère exerce des ravages, et l'on ne voit, de tous côtés, que destruction dans ce que devrait être la société des hommes. Comment purifier cette passion ? La réponse vous est donnée par tous les grands Maîtres qui ont enseigné la Karma-Yoga, qui ont enseigné comment les actions accomplies dans le monde des hommes peuvent servir aux desseins du Soi. Rappelez-vous que le pardon des injures fait partie des dix devoirs que nous imposent les lois de Manou. Rappelez-vous les paroles prononcées par le Bouddha, lorsqu'il enseignait : « La haine n'a jamais été domptée par la haine ; la haine est domptée par l'amour ». Rappelez-vous que le Maître chrétien s'inspirait de la même pensée lorsqu'il disait : « Ne vous laissez pas maîtriser par le mal, mais maîtrisez le mal par le bien ». Voilà la Karma-Yoga. Pardonnez les offenses : répondez à la haine par de l'amour ; domptez le mal par le bien. De cette façon, vous éliminerez l'élément personnel ; vous n'éprouverez plus de colère lorsque l'on vous fera du tort ; vous étant dépouillés de l'élément personnel, la colère ne revêtira plus, chez vous, cette forme inférieure. Mais un genre de colère, d'une nature plus élevée, peut subsister encore. Vous êtes témoin d'une injustice commise envers un faible et vous éprouvez de la colère contre son auteur ; vous voyez maltraiter un animal et vous êtes irrité contre celui qui se montre cruel ; vous voyez opprimer un pauvre homme et vous êtes en colère contre l'oppresseur. C'est la colère impersonnelle – elle est bien plus noble que l'autre et constitue une étape nécessaire dans l'évolution humaine ; il est mille fois préférable, il est bien plus noble, d'éprouver de la colère contre l'auteur du mal que de passer sottement indifférent, sous prétexte que la souffrance qui est infligée n'excite pas votre sympathie. Cette colère impersonnelle et d'une nature élevée a plus de noblesse que l'indifférence, mais ce n'est pas encore sa forme la plus haute. Elle doit être modifiée à son tour et transformée en cette disposition naturelle qui vous pousse à rendre justice au fort comme au faible ; qui vous fait plaindre l'oppresseur et l'opprimé ; qui vous fait comprendre que l'oppresseur se fait encore plus de mal à lui-même, qu'il n'en fait à celui qu'il opprime ; qui vous porte à le plaindre, comme vous plaignez celui qui souffre de son fait ; qui vous fait envelopper l'oppresseur et l'opprimé dans une même étreinte d'amour et de justice.

      L'homme qui a purifié à ce point la passion de la colère met fin au mal, parce que c'est son devoir d'y mettre fin, mais il est compatissant envers l'auteur du mal, parce que celui-ci aussi doit être aidé et instruit : en sorte que la colère qui vengeait une offense personnelle devient la justice qui met un terme à tout ce qui est mal, qui protège au même titre le fort et le faible. Telle est la purification qui s'accomplit dans le monde des faits, tels sont les efforts journaliers grâce auxquels la nature inférieure est purifiée, afin que l'Union puisse s'accomplir.

      Prenons ensuite l'amour. Nous le trouvons d'abord sous sa forme la plus basse, la plus brutale – la vulgaire passion animale d'un sexe pour l'autre ; cette passion qui ne tient aucun compte du caractère de la personne aimée, qui ne tient aucun compte de la beauté morale et mentale, mais s'attache uniquement à la beauté physique, à l'attraction physique et au plaisir physique. Voilà la passion sous sa forme la plus basse. On pense à soi et rien qu'à soi.

      Cette passion est purifiée par l'homme qui pratique la Karma-Yoga et qui la transforme en ce genre d'amour qui vous porte à vous sacrifier pour la personne aimée ; celui-là remplit ses devoirs de famille, prend soin de sa femme et de ses enfants et fait tout ce qu'il peut pour eux en leur sacrifiant ses goûts, ses loisirs et sa satisfaction personnelle ; il travaille afin d'améliorer la situation de sa famille, afin d'être à même de lui fournir tout ce dont elle a besoin ; chez lui l'amour ne se borne plus à la recherche du plaisir personnel, mais s'attache à aider ceux qu'il aime, à détourner sur lui-même les maux qui les menacent, afin qu'ils soient protégés, épargnés et sauvegardés. En pratiquant la Karma-Yoga, un homme purifie son amour de tout élément égoïste, et ce qui n'était qu'une passion animale pour l'autre sexe devient l'amour du mari, du père, du frère aîné, du parent, qui remplit son devoir en travaillant pour ceux qu'il aime, afin que leur existence puisse être plus douce et plus heureuse.

      C'est alors que commence la dernière phase, celle où l'amour, dépouillé de tout caractère personnel, vole vers tous. Il ne s'épanche plus uniquement dans le cercle restreint de la famille, mais il voit un être à aider dans chaque personne qu'il rencontre, un frère à nourrir dans chaque homme qui a faim, une sœur à protéger dans chaque femme abandonnée. L'homme ainsi purifié devient le père, le frère, l'auxiliaire de tous ceux qui sont isolés, non parce qu'il les aime personnellement, mais parce qu'il les aime idéalement et qu'il cherche à donner uniquement par amour et non plus même pour la joie de se faire aimer. L'amour dans sa plus noble expression, l'amour tel que le fait naître la Karma-Yoga, ne demande rien en échange de ce qu'il donne ; il ne cherche point la reconnaissance ; il n'aspire pas à être constaté ; il désire rester ignoré ; il est même plus heureux de s'épancher dans l'ombre, sans qu'on s'en aperçoive, que d'agir de façon à attirer l'attention et la louange.

      Enfin, la purification définitive de l'amour est atteinte lorsque ce sentiment devient tout à fait divin, lorsqu'il donne, parce qu'il est dans sa nature même de répandre le bonheur, lorsqu'il ne demande plus rien pour lui-même, mais cherche uniquement à rendre les autres heureux.

      Il en est de même de la convoitise et de l'avidité. Les hommes cherchent le gain afin de pouvoir se procurer des jouissances ; ils aspirent au gain afin de devenir puissants ; ils s'efforcent de gagner afin de se hausser dans le monde. Ils purifient d'abord cette première forme de la convoitise et souhaitent le gain afin que la famille soit plus heureuse, que sa position soit meilleure, qu'elle soit à l'abri des douleurs et des privations ; de la sorte, ils deviennent moins égoïstes qu'auparavant. Ils vont alors plus loin et ont l'ambition d'augmenter leurs moyens afin d'en user pour le bien, afin de les employer à faire du bien dans un cercle plus étendu que celui de la famille et, à la fin, comme dans le cas de l'amour, ils apprennent à donner sans rien recevoir en échange ; ils apprennent à désirer le savoir et les richesses, non pour les conserver, mais pour les donner, non pour en jouir, mais seulement pour les répandre. De cette façon, l'égoïsme est annihilé.

      Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi celui auquel on donne le nom de Mahâdeva habite un territoire brûlant ? Un singulier endroit, ont dû penser les hommes, pour servir de demeure au Tout-Puissant ! Un singulier entourage pour Celui qui est la pureté même ! Ce que cache l'allégorie du territoire brûlant, c'est la vie humaine et, sur ce territoire brûlant où habite Shiva, tout ce qu'il y a d'inférieur dans la vie humaine est consumé comme par le feu. S'il n'y habitait pas, tous ces déchets de la vie terrestre subsisteraient pour se putréfier, se corrompre, pour être une source de dangers, pour répandre partout la maladie et la corruption. Mais sur le territoire brûlant où Il habite et que Ses feux traversent d'un bout à l'autre, tout ce qui est égoïste, tout ce qui est personnel, tout ce qui est d'essence inférieure, est consumé. Le Yogui sort triomphant du sein de ces flammes régénératrices, ne conservant plus trace en lui de l'élément personnel, car les feux du Maître ont consumé toutes ces passions inférieures et n'ont rien laissé de ce qui pourrait corrompre ou rendre malade. C'est pour cela qu'il est appelé le Destructeur – Destructeur de tout ce qui est bas, pour que la régénération devienne possible, car, à l'origine, l'âme est issue de Ses feux et c'est de ce territoire brûlant que sort le Soi purifié.

      C'est ainsi que ces premiers pas vous conduisent à la vraie qualité de disciple, à la découverte du Gourou, au Temple Intérieur, le saint des saints où habite le Gourou de l'humanité. Voilà les premiers échelons que vous devez gravir, voilà la voie que vous devez suivre. Vous êtes des hommes, vivant au milieu du monde, soumis à ses entraves, pliés aux nécessités de la vie sociale et politique et, cependant, du fond de votre cœur, vous aspirez à la vraie Yoga et au savoir qui relève de la vie éternelle et non de l'existence passagère. Si chacun de vous scrute les profondeurs de son cœur, il y découvrira l'ardent désir de s'instruire davantage, de vivre plus noblement qu'il ne l'a fait jusqu'alors. Vous pouvez paraître aimer les choses de ce monde et vous les aimez réellement de par votre nature inférieure, mais dans le cœur de tout véritable Hindou, qui n'a pas absolument renié sa religion et son pays, il y a toujours une aspiration vers un idéal plus élevé que celui de ce monde, un désir si faible qu'il soit, ne fût-ce qu'à cause des traditions du passé, de voir l'Inde devenir plus noble qu'elle ne l'est aujourd'hui et son peuple plus digne de son passé. Voilà donc la voie que vous devez commencer à suivre. Une nation ne peut être grande que si ses enfants sont grands ; un peuple ne peut être puissant, si les individus qui le composent sont pauvres et misérables et s'ils mènent une vie égoïste. Vous devez partir du point où vous vous trouvez, de la vie que vous menez actuellement et, en vous conformant au genre d'existence que je viens de vous décrire sommairement, vous vous rapprocherez de la Voie.

      Laissez-moi terminer en vous rappelant à quoi aboutit la Voie, bien que je doive m'en rapprocher davantage avec vous dans les conférences qui me restent à vous faire. La Voie aboutit à l'Union ; la Karma-Yoga que nous venons d'étudier est l'Union par les actes. Il y a encore d'autres échelons à franchir ; mais, d'abord, qu'entend-on par « Union ». Vous vous souvenez de la description qu'a donnée Shrî Krishna de l'homme qui s'est libéré des gounas (7), de l'homme qui s'est élevé au-dessus d'elles et qui est devenu digne du nectar de l'immortalité, de l'homme prêt à connaître le Très-Haut, prêt à s'unir au Suprême. Il ne connaît qu'un seul agent, les gounas, mais il sait ce qu'il y a au delà. Il voit agir les gounas, mais ne les désire pas lorsqu'elles sont absentes ni ne les repousse lorsqu'elles sont présentes. Il conserve un parfait équilibre au milieu des amis et des ennemis, un parfait équilibre en présence de la louange et du blâme ; confiant en lui-même, il voit tout d'un même œil, la motte de terre comme la pièce d'or, l'ami comme l'ennemi. Il est le même pour tous, car il s'est élevé au-dessus des gounas et ne peut plus être le jouet des illusions qu'elles provoquent. Voilà le but que nous cherchons. Voilà les premiers échelons qu'il faut gravir pour atteindre la Voie qui mène plus haut. Avant d'avoir franchi ces échelons, aucun autre progrès n'est possible, mais au fur et à mesure qu'on les franchit, l'entrée de la véritable Voie devient de plus en plus visible.


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(6)  Brahmacharya, célibat brahmanique.

(7)  Gounas, les qualités des choses ; ce qui attire ou repousse. (N. D. L. R.)




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