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Les Chakras

Centres de force dans l'homme
Charles Webster Leadbeater
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Chapitre II
Les Forces



La force primaire ou vitale

      De la Divinité émanent des énergies diverses ; il se peut qu'il y en ait des centaines dont nous ne sachions rien ; quelques-unes seulement ont été observées ; à chacune de celles qui ont été vues correspond une manifestation appropriée sur tous les niveaux atteints jusqu'ici par nos étudiants, mais pour l'instant envisageons-les telles qu'elles se montrent dans le monde physique. L'une se présente comme l'électricité, une autre comme le feu-serpent, une autre comme la vitalité, une autre enfin comme la force vitale qui est tout autre chose que la vitalité, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.

      Un effort patient et soutenu est nécessaire à l'étudiant qui cherche à découvrir l'origine de ces forces et à déterminer leurs relations. A l'époque où je réunissais dans le volume intitulé Le côté caché des choses les réponses données à des questions qui nous furent posées, au cours des années précédentes dans les réunions du toit à Adyar, je connaissais la manifestation sur le plan physique de la force vitale, de Koundalini et de la vitalité, mais pas encore leur relation avec les Trois Effusions, si bien que je les décrivis comme absolument différentes de ces dernières et sans rapport avec elles. Des recherches ultérieures me permirent de combler cette lacune et je suis heureux que l'occasion se présente aujourd'hui de corriger l'erreur commise.

      Trois forces principales s'écoulent à travers les chakras et nous pouvons les considérer comme représentant les trois aspects du Logos. L'énergie qui se précipite dans l'ouverture du chakra comme dans une cloche et met en mouvement, par rapport à elle-même, une force circulaire secondaire, est une des expressions de la Deuxième Effusion, venant du Deuxième Aspect du Logos, ce courant vital envoyé par Lui dans la matière déjà vitalisée par l'action du Troisième Aspect du Logos lors de la Première Effusion ; c'est ce que symbolise la doctrine chrétienne en disant que le Christ est incarné (ou en d'autres termes reçoit sa forme) du Saint-Esprit et de la Vierge Marie.

      Cette Deuxième Effusion s'est subdivisée depuis longtemps à un degré presque infini ; elle s'est non seulement subdivisée, mais encore différenciée – c'est du moins ce qu'elle semble avoir fait. Au fond, il est à peu près certain que ce n'est là que la mâyâ ou illusion à travers laquelle nous apparaît son action. Elle arrive par des canaux innombrables et se montre sur chacun des plans et sous-plans de notre système ; pourtant elle reste identique à elle-même et ne doit jamais être confondue avec cette Première Effusion qui jadis créa les éléments chimiques auxquels la Deuxième Effusion emprunte les matériaux dont ses véhicules, à tous les niveaux, sont constitués. Il semblerait que certaines de ses manifestations fussent plus basses ou plus denses, parce qu'elle emploie de la matière de plus en plus dense. Sur le niveau bouddhique nous la voyons paraître comme le principe Christique dont l'expansion et le développement graduels se poursuivent imperceptiblement dans l'âme humaine ; dans les corps astral et mental nous constatons qu'elle vivifie plusieurs couches de matières ; ainsi nous la voyons se manifester de diverses manières se traduisant sur l'astral supérieur par une émotion élevée, et sur la partie inférieure de ce même véhicule par un simple torrent de force vitale communiquant l'énergie à la matière de ce corps.

      Sous son aspect le plus bas, elle s'entoure d'un voile de matière éthérique, et se déverse du corps astral dans les ouvertures campanulées de ces chakras, à la surface de la partie éthérique du corps physique. Là elle rencontre une autre force qui jaillit des profondeurs du corps humain – puissance mystique nommée Koundalini ou le feu-serpent.


Le feu-serpent

      Cette force est la manifestation sur le plan physique d'un autre des multiples aspects de la puissance du Logos ; elle appartient à la Première Effusion, issue du Troisième Aspect ; elle existe sur tous les plans dont nous savons quelque chose, mais pour le moment nous ne nous occupons que de la manière dont elle s'exprime dans la matière éthérique. Elle demeure distincte et de la force primaire déjà mentionnée, et de la force vitalisante provenant du soleil ; aucune des autres formes d'énergie physique ne semble l'affecter : J'ai vu un corps humain recevoir jusqu'à 1.250.000 volts d'électricité, si bien que lorsque l'homme étendait son bras vers le mur, d'énormes flammes jaillissaient de ses doigts ; cependant, il n'éprouvait aucune sensation anormale ; aucune brûlure non plus n'était à craindre, à moins qu'il eût touché un objet extérieur. Or, cette énorme application d'énergie n'avait pas sur le feu-serpent la moindre influence.

      Nous savons depuis bien des années qu'il existe dans les profondeurs de notre terre, ce qu'on pourrait appeler un laboratoire du Troisième Logos. Un essai d'investigation sur les conditions régnant au centre du globe a révélé l'existence d'une énergie si formidable qu'il est impossible d'en approcher. On ne peut en toucher que les zones extérieures, mais cela suffit pour constater, sans doute possible, qu'elles sont en relation sympathique avec les zones de Koundalini dans le corps humain. Dans ce centre, la force du Troisième Logos a dû se déverser à une époque reculée, mais elle y est encore active. Là Il procède au développement graduel de nouveaux éléments chimiques doués à la fois d'une complexité de forme toujours croissante, et d'une vie interne ou activité de plus en plus énergique.

      Les étudiants en chimie connaissent bien la table périodique imaginée par le chimiste russe Mendeléef vers la fin du dernier siècle, dans laquelle sont rangés dans l'ordre de leurs poids atomiques les éléments chimiques connus, en commençant par le plus léger, l'hydrogène dont le poids atomique est 1, et en finissant par le plus lourd jusqu'ici constaté, l'uranium, dont le poids relatif est 238,5. Au cours de nos recherches personnelles concernant ces problèmes, nous avons constaté que ces poids atomiques étaient à peu près exactement proportionnels au nombre d'atomes ultimes contenus dans chaque élément ; nous avons donné ces chiffres dans La Chimie occulte, ainsi que la forme et la composition de chaque élément.

      Dans la plupart des cas, les formes constatées lorsque les éléments étaient examinés en faisant usage de la vue éthérique indiquent – la table périodique le fait aussi – que les éléments ont été développés dans un ordre cyclique ; qu'ils ne sont pas disposés en ligne droite, mais en spirale ascendante. Il nous a été dit que les éléments nommés hydrogène, oxygène et azote (qui forment environ la moitié de la croûte terrestre et presque toute son atmosphère) appartiennent en même temps à un autre et plus grand système solaire, mais nous avons cru comprendre que le reste des éléments fut élaboré par le Logos de notre système. Il pousse Sa spirale au delà de l'uranium, dans des conditions de température et de pression qui pour nous sont absolument inconcevables. Au fur et à mesure que de nouveaux éléments sont formés, ils sont poussés du centre vers l'extérieur et de bas en haut jusqu'à la surface terrestre.

      Dans nos corps, la force de Koundalini provient de ce laboratoire du Saint-Esprit, en activité dans les profondeurs de la terre ; elle appartient au feu terrible des régions inférieures. Ce feu contraste d'une manière frappante avec le feu de la vitalité issu du soleil et que nous allons expliquer. Ce dernier appartient à l'air, à la lumière et aux grands espaces libres, tandis que le feu venant d'en bas est beaucoup plus matériel et rappelle le fer rouge, le métal en fusion. Cette force prodigieuse présente un caractère assez terrible : elle donne l'impression de s'enfoncer de plus en plus dans la matière, d'avancer lentement mais irrésistiblement, avec une certitude absolue.

      Le feu-serpent n'est pas cette partie de l'énergie du Troisième Logos dont il Se sert pour élaborer des éléments chimiques toujours plus denses ; on dirait plutôt d'un développement plus avancé de la force localisée dans le centre vivant de certains éléments tels que le radium ; il se rattache à l'action de la vie du Troisième Logos parvenue au dernier degré de son immersion et recommençant à monter vers les hauteurs d'où elle descendit jadis. Nous savons depuis longtemps que la deuxième vague de vie, issue du Deuxième Logos, descend dans la matière à travers les premier, deuxième et troisième règnes élémentaux et cela jusqu'au minéral, puis qu'elle remonte à travers les règnes végétal et animal jusqu'au règne humain où elle rencontre la puissance descendante du Premier Logos. Ceci est indiqué dans la figure 13, dans laquelle l'ovale représentant la Deuxième Effusion descend du côté gauche, atteint son point le plus dense à la partie inférieure du diagramme, puis remonte suivant la courbe, du côté droit de la figure.

      Nous constatons maintenant que la force du Troisième Logos remonte, elle aussi, après avoir touché le point le plus bas ; il faut donc se représenter la ligne verticale au centre de la figure, comme revenant sur elle-même. Koundalini est la puissance de cette Effusion en voie de régression ; elle agit dans les corps des êtres en cours d'évolution et cela en contact intime avec la force primaire déjà mentionnée ; elles agissent de concert pour amener les êtres jusqu'au point où ils peuvent recevoir l'Effusion du Premier Logos et devenir des égos, des êtres humains ; après quoi elles continuent à soutenir les véhicules. Ainsi nous recevons l'immense force de Dieu aussi bien de la terre sous nos pieds, que du ciel sur nos têtes ; nous sommes à la fois enfants de la terre et du soleil, l'une et l'autre se rencontrent en nous et collaborent à notre évolution. Nous ne pouvons avoir l'une sans l'autre, mais si l'une domine beaucoup l'autre, il en résulte de graves dangers. D'où le risque présenté par tout développement des couches profondes du feu-serpent avant que la vie de l'homme ne soit purifiée et affinée.

      Il est souvent question de ce feu étrange et du danger de l'éveiller trop tôt ; une bonne partie de ce que l'on en dit est sans doute vrai. Il y a en vérité péril extrême à éveiller en l'homme les aspects supérieurs de cette furieuse énergie, avant qu'il n'ait acquis la force de la maîtriser, avant qu'il ne soit arrivé à la pureté de vie et de pensée qui seule peut lui permettre de libérer sans danger une puissance aussi formidable. Mais Koundalini joue dans la vie quotidienne un rôle beaucoup plus important que la plupart d'entre nous ne l'ont encore supposé ; il en existe une manifestation bien moins haute et plus douce, qui déjà est éveillée en chacun ; elle est non seulement inoffensive mais encore bienfaisante et remplit la tâche qui lui est dévolue nuit et jour, alors que nous sommes tout à fait inconscients de sa présence et de son activité. Bien entendu, nous avions déjà remarqué cette force, qui s'écoule en suivant les nerfs ; nous la nommions simplement le fluide nerveux, sans la reconnaître pour ce qu'elle est réellement. L'effort accompli pour l'analyser et remonter à sa source nous a révélé qu'elle pénètre dans le corps humain par le chakra-racine.

'Les chakras', de Charles Webster Leadbeater - Figure 13 - Les trois effusions

      Comme toutes les autres forces, Koundalini elle-même est invisible, mais dans le corps humain elle se fait un curieux nid, formé de sphères creuses et concentriques de matière astrale et éthérique, disposées les unes dans les autres comme les boules d'un jouet chinois. Il semble que sept de ces sphères concentriques reposent dans le chakra-racine, à l'intérieur et autour de la dernière cellule vertébrale ou cavité de l'épine dorsale, près du coccyx ; mais chez l'homme ordinaire, la force n'est active que dans la plus extérieure partie de ces sphères ; elle est "endormie" dans les autres, suivant le terme employé par certains ouvrages orientaux et les dangereux phénomènes du feu ne commencent à se manifester que si l'homme essaie d'éveiller l'énergie latente dans ces strates inférieures. Le feu inoffensif régnant dans l'épiderme de la boule s'élève dans la colonne vertébrale et emprunte simultanément (autant que l'état actuel de nos recherches nous permet de le croire) les trois voies nommées Soushoumnâ, Idâ et Pingalâ.


Les trois canaux de l'épine dorsale

      Voici ce que dit Mme Blavatsky dans La Doctrine Secrète, au sujet de ces trois courants qui suivent et longent la moelle épinière de tout être humain :

      « L'école trans-himalayenne... localise Soushoumnâ, le siège principal de ces trois Nâdis, dans le tube central de l'épine dorsale... Idâ et Pingalâ ne sont que les dièses et les bémols de ce Fa de la nature humaine... qui, lorsqu'on les fait vibrer convenablement, réveillent les sentinelles qui se trouvent de chaque côté, le Manas spirituel et le Kâma physique, et soumettent l'inférieur par le supérieur (1). »

      « C'est le pur Akâsha qui monte dans Soushoumnâ ; ses deux aspects circulent dans Idâ et Pingalâ. Voilà les trois courants de vie et ils sont symbolisés par le cordon des Brahmanes. Ils sont gouvernés par la volonté. La volonté et le désir représentent l'aspect supérieur et l'aspect inférieur d'une seule et même chose. Aussi importe-t-il que les canaux soient purs... Une circulation s'établit dans Soushoumnâ, Idâ et Pingalâ, et du canal central elle passe dans le corps tout entier. (2) »

      « Idâ et Pingalâ fonctionnent le long de la paroi courbe de la moelle dans l'intérieur de laquelle se trouve Soushoumnâ. Ils sont semi-matériels, positif et négatif, soleil et lune, et mettent en action le courant libre et spirituel de Soushoumnâ. Ils ont des voies distinctes qui leur sont propres, autrement ils s'irradieraient dans tout le corps (3). «

      Dans Le côté occulte de la Franc-Maçonnerie, j'ai parlé comme suit, d'une certaine manière maçonnique d'employer ces forces :

      « Un des objectifs de la Franc-Maçonnerie est de stimuler l'activité de ces forces dans le corps humain, afin d'accélérer l'évolution. Cette stimulation est appliquée au moment où le Vén :. crée, reçoit et constitue ; ........ dans le Premier Degré elle affecte l'Idâ ou aspect féminin de l'énergie, permettant ainsi au candidat de maîtriser plus facilement les passions et les émotions ; dans le Deuxième Degré c'est le Pingalâ ou aspect masculin qui se trouve renforcé, afin de faciliter la discipline du mental ; mais dans le Troisième Degré, c'est l'énergie centrale elle-même, la Soushoumnâ qui est éveillée ; dès lors, un chemin s'ouvre à l'influence de l'esprit pur venu d'en haut. C'est en s'élevant suivant ce canal du Soushoumnâ qu'un yogi abandonne à volonté son corps physique, de telle façon qu'il reste pleinement conscient sur les plans supérieurs et rapporte dans son cerveau physique le souvenir très net de ses expériences. Les petites figures ci-dessous donnent une idée générale de la manière dont ces forces circulent dans le corps humain. Chez l'homme l'Idâ a son point de départ à la base de l'épine dorsale, immédiatement à gauche du Soushoumnâ et à droite du Pingalâ (j'entends la droite et la gauche de l'homme et non du spectateur) ; chez la femme c'est l'inverse. Les parcours se terminent à la moelle allongée.

'Les chakras', de Charles Webster Leadbeater - Figure 14 - Les canaux de l'épine dorsale

      « L'épine dorsale est appelée dans l'Inde le Brahmadanda ou bâton de Brahma ; la figure 14d montre aussi qu'elle est l'original du caducée de Mercure, dont les deux serpents symbolisent la Koundalini ou feu-serpent qui va se mettre en mouvement dans ces canaux ; enfin les ailes représentent la faculté de parcourir consciemment les plans supérieurs, par suite du développement de ce feu. La figure 14a montre l'Idâ stimulée après l'initiation du Premier Degré ; à cette ligne, qui est d'un rouge cramoisi, vient s'ajouter, lors de la deuxième initiation, la ligne jaune du Pingalâ, représentée dans la figure 14b ; enfin, lors de la troisième, la série est complétée par le courant bleu foncé du Soushoumnâ (fig. 14c) (4). »

      La Koundalini qui normalement s'élève dans ces canaux se spécialise pendant cette marche ascendante, et cela de deux façons. On y remarque une curieuse association de qualités positives et négatives, que l'on pourrait presque nommer mâles et femelles. En somme, l'aspect féminin prédomine beaucoup ; c'est peut-être pour cette raison que, dans les ouvrages indiens, il est toujours question d'"elle" ; et, pour cette raison aussi, que certaine « chambre dans le cœur » où Koundalini se concentre dans certaines formes de yoga, est appelée dans La Voix du Silence la demeure de la Mère du Monde. Mais quand ce feu-serpent quitte sa demeure du chakra-racine et s'élève dans les Trois canaux dont nous avons parlé, un fait remarquable s'observe : la section qui monte dans le canal du Pingalâ est presque entièrement masculine, tandis que celle qui monte dans le canal de l'Idâ est presque entièrement féminine. Le courant plus important qui s'élève dans le Soushoumnâ semble conserver ses proportions primitives.

      La seconde différenciation qui s'opère pendant la montée de cette force dans l'épine dorsale consiste en ceci, que la personnalité de l'homme la sature au plus haut point ; entrée par en bas comme une énergie très générale, la force semble être devenue définitivement, en arrivant au sommet, le fluide nerveux de cet homme particulier, et présente dès lors ses qualités spéciales et ses particularités, manifestées dans les vibrations des centres de l'épine dorsale que l'on peut regarder comme les racines d'où sortent les tiges des chakras superficiels.


Le mariage des forces

      Bien que l'ouverture du chakra, campanulée comme certaines fleurs, se trouve à la surface du corps éthérique, la tige de la fleur tubiforme sort toujours d'un des centres de la moelle épinière. C'est presque toujours à ces centres et non à leurs manifestations superficielles que font allusion les livres hindous lorsqu'ils parlent des chakras. Chaque fois, une tige éthérique, généralement recourbée vers le bas, relie cette racine située dans l'épine dorsale au chakra externe (figure 5B). Les tiges de tous les chakras se détachent ainsi de la moelle épinière, la force s'écoule naturellement par ces tiges dans la fleur ; elle y rencontre le flux de la vie divine et la pression qui résulte de cette conjonction fait rayonner horizontalement, c'est-à-dire suivant les rayons du chakra, les forces maintenant unies.

      Sur ce point, les surfaces des courants – celui de la force primaire et celui de Koundalini – entrent en friction comme des meules, car elles tournent en sens inverse, un peu comme les deux plaques d'une machine électrique de Wimshurst (bien que ces dernières ne se touchent jamais) et il en résulte une pression considérable. C'est ce qui a été symboliquement nommé le "mariage" de la vie divine, dont le caractère mâle est très accusé, et de Koundalini, toujours considérée comme nettement féminine, l'énergie composée qui en résulte est ce que l'on appelle communément le magnétisme personnel de l'homme ; elle vivifie ensuite les plexus visibles à proximité de plusieurs chakras ; elle suit tous les nerfs du corps dont, grâce à elle surtout, la température se trouve maintenue ; enfin elle entraîne avec elle la vitalité qui a été absorbée et spécialisée par le chakra splénique.

'Les chakras', de Charles Webster Leadbeater - Figure 15 - Les formes des forces      Quand se combinent, comme nous venons de le dire, les deux forces, il se produit entre quelques-unes de leurs molécules respectives une certaine liaison. La force primaire semble capable d'occuper plusieurs variétés différentes de formes éthériques ; la plus ordinairement prise par elle est l'octaèdre, composé de quatre atomes formant un carré, avec un seul atome central vibrant sans cesse de bas en haut et de haut en bas suivant la ligne médiane du quadrilatère et perpendiculairement à celui-ci. Parfois aussi elle emploie une petite molécule extrêmement active, consistant en trois atomes. La Koundalini se revêt en général d'un anneau aplati comportant sept atomes, tandis que le globule de la vitalité qui, lui aussi, comporte sept Moines, les dispose un peu comme le fait la force primaire, sauf qu'elle forme un hexagone et non point un carré. La figure 15 peut aider le lecteur à se représenter ces combinaisons.

      A et B sont des formes adoptées par la force primaire ; C est la forme prise par le globule de la vitalité ; D celle de Koundalini. E montre l'effet produit par la combinaison d'A et de F ; F celle de B et de D. En A, B et C l'atome central vibre sans cesse et rapidement, perpendiculairement à la surface du papier, d'où il bondit à une hauteur plus grande que le diamètre du disque, puis descend au-dessous du papier à une égale distance, mais répétant plusieurs fois par seconde ce mouvement de navette. (Le lecteur comprendra, bien entendu, que mon explication est relative et non littérale ; en réalité la sphère représentée par notre disque est d'une petitesse telle qu'elle échappe au plus puissant microscope ; mais proportionnellement à cette dimension, ses vibrations sont telles que je les décris.) En D le seul mouvement est un tournoiement constant tout autour du cercle, mais il existe là énormément d'énergie latente qui se manifeste dès le moment où se produisent les combinaisons que nous avons essayé d'illustrer en E et en F. Les deux atomes positifs A et B poursuivent, après leur combinaison, leurs mêmes activités violentes ; leur énergie a même beaucoup augmenté. Quant aux atomes de la figure D, tout en conservant leur mouvement circulaire, ils accélèrent leur allure au point que, cessant d'être visibles comme atomes séparés, ils forment un anneau lumineux.

      Les quatre premières molécules représentées ci-dessus appartiennent au type nommé par Annie Besant, dans La Chimie Occulte, matière Hyper-meta-proto-élémentaire ; il se pourrait d'ailleurs qu'elles fussent identiques à certaines de celles qu'elle dessina pour cet ouvrage. Mais E et F, étant des composés, doivent être considérées comme actives sur le sous-plan suivant, appelé par elle super-éthérique, et classifiées par conséquent comme matière meta-proto. Le type B est plus commun que le type A ; il s'ensuit naturellement que dans le fluide nerveux, résultat final de la conjonction, nous trouvons beaucoup plus d'exemples de F que d'E. Le fluide nerveux est donc un courant composé de divers éléments et contenant des spécimens de chacun des types montrés dans la figure 14. Simples ou composés, mariés ou non, célibataires, vieilles filles et couples conjugaux, tous sont emportés dans le même torrent.

'Les chakras', de Charles Webster Leadbeater - Figure 16 - Forme combinée des forces

      Le mouvement prodigieusement énergique, de bas en haut et de haut en bas, caractérisant l'atome central dans les combinaisons E et F, leur donne dans leurs champs magnétiques une forme tout à fait inaccoutumée, reproduite ci-contre.

      La moitié supérieure me paraît ressembler beaucoup au linga qui se voit souvent, aux Indes, devant les temples de Shiva. On m'a dit que le linga est un emblème de la puissance créatrice et que, pour les pieux Indiens, il se prolonge dans le sol à une profondeur égale à sa hauteur au-dessus de la terre. Je me suis demandé si les anciens Hindous connaissaient cette molécule particulièrement active, et l'immense importance du rôle qu'elle joue dans le maintien des vies humaine et animale : si enfin ils sculptèrent leur symbole dans la pierre, en témoignage de leur savoir occulte.


Le système du grand sympathique

      L'anatomie décrit, dans le corps humain, deux systèmes nerveux – le cérébro-spinal et le grand sympathique. Le système cérébro-spinal commence au cerveau, descend le long de la moelle épinière et se ramifie dans toutes les régions du corps par les ganglions d'où se détachent les nerfs, dans les intervalles compris entre deux vertèbres. Le système du grand sympathique est formé de deux cordons parallèles à l'épine dorsale, presque aussi longs qu'elle, situés un peu en avant de son axe et, respectivement, à sa droite et à sa gauche. Issus des ganglions de ces deux cordons, un peu moins nombreux que ceux de la moelle épinière, les nerfs sympathiques forment les réseaux appelés plexus ; de ceux-ci, comme de relais, se détachent des ganglions terminaux et des nerfs plus petits. Pourtant ces deux systèmes sont mis en relation, de toutes sortes de manières, par tant de nerfs formant liaison qu'il ne faut pas les considérer comme deux organisations nerveuses distinctes. En outre, il existe un troisième groupe, celui des nerfs vagues, qui ont leur origine dans la moelle allongée et descendent très loin dans l'intérieur du corps sans perdre leur indépendance, en se mêlant constamment aux nerfs et aux plexus des autres systèmes.

      La moelle épinière, le cordon sympathique et le nerf vague de gauche, sont tous indiqués sur la planche X. Celle-ci montre comment sont mis en relation, par des nerfs, les ganglions du cérébro-spinal et du grand sympathique, et aussi les canaux par lesquels ces ganglions donnent naissance à des nerfs pour former les principaux plexus du grand sympathique. Il faut noter que les plexus ont une tendance à s'incliner vers le bas en se détachant des ganglions où ils prennent racine. Ainsi le plexus solaire dépend principalement du nerf grand splanchnique indiqué par notre planche comme issu du cinquième ganglion thoracique sympathique, qui se rattache lui-même au quatrième ganglion thoracique spinal. Celui-ci est, horizontalement, presque à la hauteur du cœur, mais le nerf descend et s'unit aux nerfs splanchniques secondaires comme aux plus petits, issus de ganglions thoraciques situés plus bas ; à leur tour, ces derniers nerfs traversent le diaphragme et vont au plexus solaire. Il existe encore d'autres points de raccordement entre ce plexus et les cordons ; la planche les montre, mais ils sont trop compliqués pour que la description en soit possible. Les principaux nerfs allant au plexus cardiaque s'inclinent pareillement vers le bas. En ce qui concerne le plexus du pharynx l'inclinaison est légère, le plexus de la carotide se relève même en se détachant du nerf carotide interne qui procède lui-même du ganglion cervical supérieur sympathique.


Les centres dans l'épine dorsale

      Une inclinaison assez semblable se remarque dans le tronc éthérique qui unit les fleurs ou chakras situés à la surface du double éthérique à leurs centres correspondants situés dans l'épine dorsale et dont les positions se trouvent approximativement marquées en rouge dans la figure 5B et détaillés dans le tableau II. Les rais divergents des chakras fournissent à ces plexus sympathiques la force nécessaire pour les assister dans leur rôle de relais. En l'état actuel de nos connaissances, je crois imprudent d'identifier les chakras avec le plexus, comme semblent l'avoir fait certains auteurs.

Nom du Chakra Position en surface Position approximative
du Chakra spinal
Plexus du grand sympathique Principaux plexus auxiliaires
Racine Base de l'épine dorsale 4ème sacré Coccygéal  
Rate Au-dessus de
la rate
1ère lombaire Splénique  
Ombilic Au-dessus de l'ombilic 8ème thoracique Cœliaque
ou solaire
Hépatique,
pylorique,
gastrique,
mésentérique, etc.
Cœur Au-dessus du cœur 8ème cervicale Cardiaque Pulmonaire,
coronaire, etc.
Gorge A la gorge 3ème cervicale Pharyngien  
Front Sur le front 1ère cervicale Carotidien Caverneux et ganglions Céphaliques en général

      Les plexus hypogastriques ou pelviens doivent sans doute être en rapport avec le chakra Swadhisthana situé près des organes génitaux et mentionné par les ouvrages indiens, mais non employé dans notre propre méthode de développement. Les plexus groupés dans cette région dépendent probablement beaucoup du plexus solaire en tout ce qui concerne l'activité consciente, car un grand nombre de nerfs les relient très étroitement au plexus splénique.

      Le chakra du sommet de la tête ne se rattache dans le corps physique à aucun des plexus du grand sympathique, mais il est associé, comme nous le verrons au chapitre IV, à la glande pinéale et au corps pituitaire ; il n'est pas étranger non plus au développement du système nerveux cérébro-spinal.

      Voici comment s'exprime, dans Etude sur la Conscience, le Dr Annie Besant au sujet de l'origine des systèmes sympathiques et cérébro-spinal, et leurs relations :

      « Voyons de quelle façon commence et se poursuit la construction du système nerveux, sous l'action des impulsions vibratoires de l'astral. Nous voyons un petit groupe de cellules nerveuses reliées entre elles par de minces filaments nerveux. Ce groupe est formé par l'action d'un centre ayant pris naissance auparavant dans le corps astral, un agrégat de matière astrale disposé de façon à former un centre capable de recevoir des influences du dehors et d'y répondre. De ce centre astral, les vibrations passent dans le double éthérique, ou elles donnent naissance à des petits tourbillons éthériques, qui attirent à eux-mêmes des particules de matière physique plus dense, et finissent par former une cellule nerveuse et enfin des groupes de ces cellules. Ces centres physiques, recevant les vibrations du monde extérieur, renvoient les impulsions aux centres astraux, augmentant ainsi leurs vibrations. Les centres physiques et astraux agissent et réagissent donc les uns sur les autres, et chacun d'eux devient ainsi plus compliqué et son champ d'utilité s'étend. A mesure que nous traversons le règne animal, nous voyons le système nerveux physique se perfectionner sans cesse et devenir un facteur de plus en plus important dans le corps ; chez les vertébrés, ce système prend le nom de système sympathique. C'est lui qui contrôle et dirige l'activité des organes vitaux : cœur, poumons, organes de la digestion. A côté de lui, s'élabore lentement le système cérébrospinal intimement lié, dans ses activités inférieures, au système sympathique ; ce système acquiert graduellement une prédominance de plus en plus grande et devient, dans son développement parfait, l'organe normal dans lequel agit la "conscience de veille". Le système cérébro-spinal est formé par des impulsions émanant du plan mental et non du plan astral ; il n'est relié au plan astral que par le système sympathique qui, lui, est construit par l'astral » (5).


La vitalité

      Nous connaissons tous la sensation d'allégresse et de bien-être que nous apporte le soleil, mais seuls les étudiants en occultisme en connaissent pleinement les raisons. Si le soleil inonde son système de lumière et de chaleur, il y répand de même et sans cesse une autre force, encore insoupçonnée de la science moderne, une force qui a reçu le nom de "vitalité" ; elle rayonne sur tous les niveaux et se manifeste dans chaque règne physique, émotionnel, mental, etc. – mais pour le moment nous nous occupons spécialement de son apparition dans le règne inférieur, où elle pénètre dans quelques atomes physiques, augmente énormément leur activité, les anime et les rend lumineux.

      Ne confondons pas cette force avec l'électricité, bien qu'à certains égards elle lui ressemble, car de bien des façons son action diffère de l'action électrique, lumineuse ou calorique. Une modification quelconque de l'électricité fait osciller l'atome tout entier, oscillation d'une amplitude énorme, vu la dimension de l'atome ; mais cette autre force que nous appelons la vitalité vient à l'atome, non de l'extérieur mais de l'intérieur.


Le globule de la vitalité

      En soi-même l'atome n'est que la manifestation d'une force : la Divinité Solaire veut une certaine forme que nous appelons un atome ultime physique (figure 17) et, par cet effort de Sa volonté, quelque quatorze mille millions de "bulles dans le Koïlon" sont maintenues dans cette forme particulière. Il est nécessaire de souligner ce fait que la cohésion de ces bulles dans cette forme dépend entièrement de cet effort de volonté ; s'il cessait, ne fût-ce qu'un instant, les bulles se disjoindraient à nouveau et le règne physique tout entier cesserait simplement d'exister, en beaucoup moins de temps qu'il ne faut à l'éclair pour briller. Tant il est vrai que le monde entier est une pure illusion, même à ce point de vue, sans compter que les bulles qui constituent l'atome ne sont, elles-mêmes, que des trous dans le Koïlon, c'est-à-dire dans le véritable éther de l'espace.

'Les chakras', de Charles Webster Leadbeater - Figure 17 - L'atome physique ultime

      C'est donc par la force incessante de Sa volonté que la Divinité Solaire maintient l'atome et, si nous essayons d'examiner la manière dont la force agit, nous constatons qu'elle ne vient pas à l'atome de l'extérieur, mais qu'elle jaillit en lui-même ; en d'autres termes elle y vient de dimensions supérieures. Il en est de même de cette autre force appelée vitalité ; elle pénètre l'atome par l'intérieur, associée à la force qui maintient la cohésion  de l'atome, au lieu d'exercer sur lui une action d'origine extérieure, comme le font les autres genres de force nommées par nous lumière, chaleur ou électricité.

      Quand la vitalité jaillit au cœur d'un atome elle en accroît la vie, et lui donne la faculté d'attraction, si bien qu'il attire immédiatement à soi six autres atomes qu'il dispose d'une manière particulière, constituant ainsi un élément sous-atomique ou hyper-meta-proto-élément, comme je l'ai déjà expliqué. Mais cet élément diffère de tous les autres observés jusqu'ici, en ce que la force qui l'a créé, puis le maintient, vient du Deuxième Aspect de la Divinité Solaire et non pas du Troisième. Ce globule de la vitalité (figure 15 c) est le petit groupe qui marque d'un point excessivement brillant le serpent mâle ou positif dans l'élément chimique oxygène ; il forme aussi le cœur du globe central dans le radium.

      Ces globules se distinguent de tous les autres, que l'on perçoit flottant dans l'atmosphère, par leur éclat et leur extrême activité, par la vie intense et ardente qu'ils manifestent. Ce sont probablement les vies ignées si souvent mentionnées par Mme Blavatsky, par exemple dans La Doctrine Secrète, où elle dit :

      « On nous enseigne que tout changement physiologique... sans compter la vie elle-même, ou plutôt les phénomènes objectifs de la vie provoqués par certaines conditions et modifications dans les tissus du corps qui permettent l'action de la vie et la forcent à agir dans ce corps, que tout cela est dû à ces "créateurs" et "destructeurs" invisibles qu'on appelle, d'une façon si vague et si générale, les microbes. On pourrait supposer que ces "vies de feu" et les microbes de la science sont la même chose. Ce n'est pas exact. Les "vies de feu" forment la septième et la plus haute subdivision du plan de la matière et correspondent, chez l'individu, à la Vie de l'Univers, quoique seulement sur ce plan de la matière (6). »

      Si la force qui vivifie ces globules diffère complètement de la lumière, il semble pourtant qu'elle ait besoin d'elle pour pouvoir se manifester. Par un brillant soleil la vitalité se renouvelle constamment ; les globules naissent avec une grande rapidité et en nombre incroyable ; au contraire, par un temps nuageux, le nombre des globules formés diminue beaucoup ; enfin la nuit, autant que nous avons pu en juger, l'opération est entièrement suspendue. Ainsi l'on peut dire que, la nuit, nous vivons du stock fabriqué les jours précédents et, bien que son épuisement total semble impossible, ce stock se raréfie évidemment dans une longue période de jours nuageux. Le globule, une fois chargé, reste élément sous-atomique et n'est sujet à aucun changement, ni à aucune déperdition d'énergie, à moins qu'à un moment donné il ne soit absorbé par quelque être vivant.



Production des globules

      La vitalité, comme la lumière et la chaleur, s'échappe continuellement du soleil, mais des obstacles empêchent souvent la production totale d'arriver jusqu'à la terre. Dans les climats hivernaux et tristes appelés à tort climats tempérés, il arrive trop souvent que pendant plusieurs jours le ciel se couvre d'un lugubre voile de nuages épais et la vitalité s'en trouve affectée comme la lumière elle-même : les nuages ne l'empêchent pas tout à fait de passer mais la réduisent sensiblement. C'est pourquoi, par un temps sombre et hivernal, la vitalité baisse et tout être vivant aspire instinctivement à revoir la lumière.

      Quand les atomes vitalisés se font ainsi plus rares l'homme doué d'une santé robuste augmente sa faculté d'absorption, l'exerce sur un espace plus grand et ainsi maintient sa vigueur au niveau normal ; mais les personnes invalides ou possédant peu de force nerveuse, incapables d'en faire autant, ont souvent beaucoup à souffrir, s'affaiblissent et deviennent plus irritables sans en comprendre la cause. Pour des raisons semblables, la vitalité atteint un niveau plus bas en hiver qu'en été, car en admettant même que la journée d'hiver soit ensoleillée, ce qui est rare, il reste à affronter la longue et triste nuit d'hiver pendant laquelle il faut nous contenter, pour exister, de la vitalité que la journée écoulée a répandue dans notre atmosphère. D'autre part, la longue journée d'été, quand elle est lumineuse et sans nuages, sature tellement de vitalité l'atmosphère qu'une courte nuit ne fait guère de différence.

      En étudiant celte question de vitalité, l'occultiste ne peut manquer de reconnaître que, celle de température mise à part, la lumière solaire est un des plus importants facteurs dans l'obtention et la conservation d'une santé parfaite – facteur dont rien ne peut compenser entièrement l'absence. Les flots de cette vitalité étant répandus non seulement sur le monde physique mais encore sur tous les autres il est évident que, si d'ailleurs les conditions sont favorables, émotions, intelligence et spiritualité atteindront leur plus haut point sous un ciel clair et avec l'aide inestimable du soleil.



Forces psychiques

      Les trois forces déjà mentionnées – force primaire, vitalité et Koundalini – ne sont pas directement en rapport avec la vie mentale et émotionnelle de l'homme, mais seulement avec son bien-être physique. Parmi les forces reçues par les chakras, il en est au contraire que l'on pourrait appeler psychiques et spirituelles. Les deux premiers centres n'en présentent pas, mais le chakra ombilical et les autres situés à un niveau plus élevé s'ouvrent à des énergies qui influent sur la conscience humaine.

      Dans un article sur les centres de la pensée, inséré dans l'ouvrage intitulé L'occultisme dans la Nature, j'ai expliqué que des pensées réunies en masse sont des choses très réelles, occupant une certaine place dans l'espace. Les pensées sur un même sujet ou ayant un caractère commun tendent à se réunir ; il existe donc pour beaucoup de sujets un centre de pensée, un espace délimité dans l'atmosphère ; d'autres pensées du même genre sont attirées vers un centre pareil et contribuent à en augmenter le volume et l'influence. Si un penseur peut s'associer à un centre, il peut à son tour en subir l'influence, et c'est une des raisons pour lesquelles les gens pensent d'une façon grégaire, comme des moutons. Il est beaucoup plus facile pour un homme de mentalité paresseuse d'accepter d'autrui une pensée toute faite, que de s'imposer un effort mental, de considérer un sujet sous ses aspects divers, enfin de conclure par soi-même. Sur le plan mental, ceci est vrai relativement à la pensée ; et avec les modifications nécessaires, c'est vrai aussi sur le plan astral relativement aux sentiments. La pensée traverse comme un éclair la matière subtile du plan mental ; la pensée de l'humanité entière sur un certain sujet peut donc sans peine se concentrer en un même lieu et cependant demeurer accessible et attrayante à tout penseur occupé de ce sujet. La matière astrale, bien que beaucoup plus fine que la matière physique, est pourtant plus dense que celle du plan mental ; les grands nuages des "formes d'émotion" générés dans le monde astral par des sentiments forts, ne se réunissent pas ici-bas en un centre unique, mais se joignent à d'autres formes du même genre existant dans leur propre voisinage, de telle façon que des "blocs" de sentiment, énormes et très puissants, s'en vont flottant presque partout et qu'un homme peut facilement entrer en contact avec eux et en subir l'influence.

      Tout cela n'est pas étranger à notre sujet actuel, car lorsqu'une influence semblable s'exerce, c'est par l'intermédiaire d'un des chakras. Prenons un exemple : celui d'un homme saisi de crainte. Les lecteurs de L'Homme visible et invisible se rappelleront que l'état du corps astral d'un homme ainsi ému est représenté dans la planche XIV. Les vibrations générées par ce corps astral attirent immédiatement les nuages de crainte qui peuvent se trouver dans le voisinage ; si l'homme, se reprenant tout de suite, surmonte sa peur, les nuages reculent, mais si la peur persiste ou augmente, ils déversent dans son chakra ombilical leur énergie accumulée, et sa frayeur peut devenir une panique folle dans laquelle il cesse absolument d'être maître de soi et peut se précipiter en aveugle dans des périls de tout genre. De même une personne qui s'emporte attire des nuages de colère et s'expose à se laisser envahir par des sentiments capables de transformer son indignation en une fureur d'aliéné ; dans ces conditions elle pourrait commettre un homicide, poussée par une irrésistible impulsion et presque sans le savoir. De même enfin une personne qui ne lutte pas contre le découragement peut tomber dans un terrible état de mélancolie chronique, une autre, en se laissant obséder par les désirs de nature animale, peut devenir sur le moment un monstre de luxure et de sensualité ; sous cette influence elle peut commettre des crimes dont le souvenir lui fera horreur quand elle recouvrera la raison. Tous les courants indésirables de ce genre atteignent l'homme par le chakra ombilical. Il existe heureusement des possibilités différentes et plus élevées. Il y a par exemple des nuages d'affection et de dévotion. Si ces nobles émotions se font sentir, elles peuvent, par le chakra du cœur, se trouver étonnamment intensifiées, comme le montrent les planches XI et XII de L'Homme visible et invisible.

      Le genre d'émotion qui affecte le chakra ombilical, comme nous venons de le dire, est indiqué dans Etude sur la Conscience du Dr Besant, où elle divise les émotions en deux classes, celles de l'amour et celles de la haine. Toutes les émotions qui se rattachent à la haine agissent sur le chakra ombilical, mais celles qui se rattachent à l'amour agissent sur le cœur.

      « Nous avons vu que le Désir se manifeste de deux façons principales : le désir d'attirer un objet afin de le posséder, ou d'entrer en contact avec un objet ayant procuré du plaisir à une époque antérieure ; le désir de repousser un objet afin de l'écarter loin de soi, ou d'éviter d'entrer en contact avec un objet ayant déjà causé de la douleur. Nous avons vu que l'Attraction et la Répulsion sont les deux formes du Désir qui viennent influencer le Soi.

      L'Emotion, n'étant que le Désir allié à l'Intelligence, présentera inévitablement cette double forme. Cette Emotion qui tient de l'Attraction, qui attire les objets les uns vers les autres par la force du plaisir, qui est l'énergie intégrante de l'univers, c'est l'Amour. Cette Emotion qui tient de la Répulsion, qui sépare les objets les uns des autres par la douleur, qui est la force désintégrante, c'est la Haine. Ce sont là les deux troncs principaux qui partent de la souche du Désir, et toutes les branches des émotions prennent naissance sur l'un ou l'autre de ces deux troncs.

      Nous voyons là l'identité des caractéristiques du Désir et de l'Emotion ; l'Amour cherche à attirer, ou à poursuivre l'objet de ses désirs, afin de s'unir à lui, de le posséder ou d'être possédé par lui. Par le plaisir, par la joie, il crée des liens comme le Désir. Ces liens sont certainement plus durables, plus compliqués et formés de fils plus nombreux, plus délicats, plus finement tissés ; mais l'essence du Désir-Attraction – le lien qui rattache deux objets l'un à l'autre – est aussi l'essence de l'Emotion-Attraction. La Haine cherche, de la même façon, à rejeter loin d'elle l'objet de sa répulsion, afin d'en être séparée, de le repousser ou d'être repoussée par lui. Et l'essence du Désir-Répulsion est aussi l'essence de l'Emotion-Répulsion, la Haine. L'Amour et la Haine ne sont que des formes élaborées, mêlées de pensées, du Désir pur et simple de posséder ou de fuir un objet (7). »

      Plus loin le Dr Besant expose que chacune de ces deux grandes émotions se subdivise en trois, suivant que l'homme qui en est affecté se sent fort ou faible.

      « L'Amour qui se déverse vers le bas est la Bienveillance, l'Amour qui tend vers le haut est le Respect ; ce sont là les différentes caractéristiques que l'on rencontre toujours dans l'Amour de supérieur à inférieur ou d'inférieur à supérieur.

      Les relations ordinaires entre mari et femme, entre frères et sœrs, offrent un champ à l'étude des manifestations de l'amour entre égaux. Nous voyons l'amour prendre la forme de tendresse, de confiance mutuelle, de respect, d'anticipation des désirs de ceux qui nous entourent, et des efforts que nous faisons pour les satisfaire, de magnanimité, de patience. Nous retrouvons ici les mêmes éléments que dans les émotions d'amour de supérieur à inférieur, mais empreints d'un sentiment de mutualité. Nous pouvons donc dire que la caractéristique de l'Amour entre égaux est le désir d'aide mutuelle.

      La Bienveillance, le Désir d'Aide mutuelle et le Respect sont donc les trois grandes divisions de l'Emotion-Amour et toutes les émotions de ce genre pourront y prendre place, car toutes les relations des êtres humains entre eux se trouvent résumées dans ces trois grandes divisions : relations entre supérieurs et inférieurs, relations entre égaux, relations entre inférieurs et supérieurs (8). »

      Elle donne ensuite des émotions du côté haine une explication analogue :

      « La Haine dirigée de haut en bas devient le Mépris, et de bas en haut la Crainte.

      De même la haine entre époux se montrera sous forme de colère, de désaccord, de manque de respect, de violence, d'hostilité, de jalousie, d'insolence, etc., émotions qui séparent les individus, et qui, lorsqu'ils sont en face l'un de l'autre, font naître en eux une rivalité mutuelle qui les empêche de marcher la main dans la main. La caractéristique de la Haine entre égaux est donc le Préjudice mutuel ; et les trois caractéristiques de l'Emotion-Haine sont le Mépris, le Désir de Préjudice mutuel et la Crainte.

      L'Amour est caractérisé dans toutes ses manifestations par la sympathie, le sacrifice de soi-même, le désir de donner ; ce sont là ses éléments essentiels, qu'il s'offre à nous sous forme de Bienveillance, de Désir d'Aide mutuelle ou de Respect. Car toutes ces différentes manifestations sont nécessaires à l'Attraction ; elles favorisent l'union et sont la nature de l'amour même. L'amour tient donc de l'Esprit, car la sympathie consiste à "ressentir pour les autres comme pour nous-mêmes" ; le sacrifice est ce sentiment qui fait que nous considérons les prétentions des autres comme si elles étaient les nôtres ; et l'acte de donner est une des conditions de la vie spirituelle. Nous voyons ainsi que l'Amour vient de l'Esprit, le côté Vie de l'Univers (9). »


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(1)  La Doctrine Secrète, vol VI, p. 211.

(2)  Ibid., vol. VI, p. 250.

(3)  Ibid., vol. VI, p. 261.

(4)  Le côté occulte de la Franc-Maçonnerie

(5)  Op. cit., p. 162, Edition de 1923.

(6)  La Doctrine Secrète, vol. 1, p. 246.

(7)  Op. cit., p. 354.

(8)  Op. cit., p. 358.

(9)  Op. cit., p. 360.




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