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Guillaume-François Joly de Fleury

(11 novembre 1675, à Paris - 25 mars 1756, à Paris)
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Guillaume-François Joly de Fleury, procureur général du roi au parlement de Paris, et l'un des hommes dont le caractère et les talents ont illustré la magistrature française, était issu d'une famille originaire de Beaune, laquelle occupa des places distinguées dans le parlement de Bourgogne, et dont une branche vint s'établir à Paris à la fin du XVIème siècle. Il naquit dans cette ville le 11 novembre 1675. Destiné à suivre la carrière de ses pères, il fut dès ses premiers ans appliqué aux études qu'elle exige. Il sortit de ses classes versé dans la grammaire, les lettres et la philosophie. A ces études préparatoires, il en joignit bientôt de plus importantes. Il étudia à fond la jurisprudence et le droit public, et ne négligea ni la théologie, ni les ouvrages qui traitent de la discipline ecclésiastique, ni l'histoire, ni aucun genre d'instruction qu'il crut propre à former un magistrat. Doué d'une grande pénétration et d'une rare mémoire, il recueillit de bonne heure le fruit de son application ; et à l'âge où d'autres à peine commencent, il annonçait déjà une habileté qu'on n'acquiert ordinairement que par un long travail.

      Il n'avait que vingt ans lorsqu'en 1695 il se fit recevoir avocat. Il en exerça dès lors les fonctions d'une manière fort brillante. Pourvu en 1700 de l'office d'avocat général à la cour des aides, il y fut reçu en cette qualité le 02 décembre. Cependant il se disposait à suivre une autre carrière. Il s'était destiné à l'état ecclésiastique, et même, dit-on, il était déjà pourvu de quelques bénéfices ; mais son frère aîné, Joseph-Omer Joly de Fleury, étant mort à la fin de 1704 et ne laissant point d'enfant, Guillaume-François crut que l'intérêt de sa famille exigeait qu'il rentrât dans le siècle. Il quitta l'habit clérical et peu de mois après succéda à son frère dans l'office d'avocat général au parlement de Paris, que celui-ci avait laissé vacant ; il réunit ainsi le même office dans les deux cours. Il sut en remplir les nobles et pénibles fonctions à la satisfaction du public, et montra, quoiqu'il fût d'une santé délicate, que ce double travail n'était au-dessus ni de son zèle ni de ses forces. Nourri d'études solides, il put suffire aux plaidoyers, aux harangues, aux réquisitoires, aux mercuriales et aux nombreux discours qu'il était obligé de prononcer : telle était sa facilité, que toutes ces pièces étaient aussi soignées que s'il eût eu beaucoup de temps pour les composer ; et l'on ne savait qu'y admirer le plus, de l'éloquence qui y régnait, ou de la justesse du raisonnement ; de l'ordre et de la précision des idées, ou de la profondeur des recherches.

      En 1717, la place de procureur général au parlement ayant vaqué par la nomination de M. d'Aguesseau à la dignité de chancelier de France, Joly de Fleury en fut pourvu. Ce furent de nouveaux devoirs à remplir, qui n'exigeaient pas moins de travail et d'assiduité. Le nouveau procureur général se montra le digne successeur de l'illustre magistrat qu'il remplaçait, et « les deux choix, dit Duclos, furent d'autant plus applaudis que personne n'était en droit d'en être jaloux. » Joly de Fleury, sous le régent, fut l'un des membres du conseil de conscience ; il remplit pendant plus de vingt ans les fonctions laborieuses de procureur général, et en plusieurs rencontres il eut à suppléer les avocats généraux dans l'exercice du ministère public. En 1740, il s'adjoignit son fils aîné, à qui il fit don de la survivance de sa charge. S'en étant démis en 1746, ce fils lui succéda, et l'office d'avocat général dont celui-ci était revêtu passa à son frère Omer Joly de Fleury.

      Les soins de ce grand magistrat, tandis qu'il était procureur général, ne se bornaient pas aux affaires qui étaient de son emploi. Il fit faire et dirigea de grands travaux non moins intéressants pour l'ancienne littérature française et l'histoire de notre droit public que pour la jurisprudence. Il fit mettre en ordre les registres du parlement, et tira de la poussière des greffes un grand nombre de documents curieux qui y restaient ensevelis. Beaucoup de ces pièces furent dépouillées sous ses yeux. Il soumit au même travail les rouleaux du parlement, desquels à peine on avait connaissance : il fit compulser le trésor des chartes et inventorier ces anciens monuments, mines négligées jusqu'alors et qui fournirent une grande quantité de matériaux précieux. Joly de Fleury porta dans sa retraite le même goût du travail, le même amour du bien, le même désir d'être utile aux autres. Toutes les après-midi son cabinet était ouvert à quiconque voulait avoir recours à ses lumières. Le pauvre, la veuve, l'orphelin, y étaient admis. Il écoutait ceux qui se présentaient, leur donnait des conseils, résolvait les difficultés qu'on lui proposait : et ce n'était pas seulement pour les choses qui étaient du ressort de la jurisprudence. Ayant embrassé presque toutes les branches des connaissances humaines, il n'en était pas sur lesquelles il ne fût en état de raisonner et de donner d'utiles avis. Parmi ceux qui venaient lui en demander se trouvaient des personnes du mérite le plus distingué et de tous les rangs, comme de toutes les professions.

      Lorsqu'en 1752, à l'occasion des troubles qui s'étaient élevés pour les refus de sacrements, on nomma une commission ecclésiastique, on crut ne pouvoir mieux faire que de l'y appeler. A la douceur, à un caractère toujours prêt à obliger, il joignait la fermeté et la sévérité de mœurs qui conviennent à un magistrat. Circonspect dans ses démarches, toujours guidé par les sentiments d'honneur qui étaient héréditaires dans sa famille et par l'amour de ses devoirs, sans faste, sachant allier la dignité à la modestie, décent et grave dans ses manières, chrétien exemplaire et éclairé, il offrait dans sa personne le modèle de toutes les vertus qui font le bon citoyen et distinguent l'homme public. Il conserva jusqu'à son dernier moment son heureuse mémoire, son jugement sain et son habitude de l'application. Quoique avancé en âge, il ne ressentit point les incommodités de la vieillesse. La veille même de sa mort, s'étant fait lire les représentations d'un parlement, il fit sur cet écrit des observations très judicieuses et en dit son sentiment avec beaucoup de présence d'esprit.

      Il mourut à Paris, le 25 mars 1756, dans sa 81ème année. Son corps, après avoir été présenté à St-Séverin, sa paroisse, fut inhumé dans l'église de St-André-des-Arcs, où sa famille avait sa sépulture. Le lendemain de l'inhumation, son éloge fut prononcé par M. l'avocat général Séguier en l'assemblée des chambres. « Son nom, dit un journal du temps, passera à la postérité avec ceux des l'Hôpital, des Harlay, des Molé et des d'Aguesseau. » Il laissa trois fils, dont l'un lui avait succédé dans la place de procureur général ; l'autre, d'abord avocat général, devint président à mortier, et le troisième fut conseiller d'Etat et contrôleur général des finances.

      On a de ce magistrat célèbre : Beaucoup de Mémoires sur diverses matières, dont quelques-uns ont été imprimés, et le plus grand nombre est demeuré manuscrit ; Des Observations et Notes sur diverses parties de notre droit public, restées aussi inédites ; Des Extraits de plaidoyers, dans les tomes 6 et 7 du Journal des audiences. Il avait, dit le Dictionnaire des anonymes, guidé M. Duchemin dans la rédaction de la nouvelle édition de ce journal. Il avait aussi revu les recherches de Grosley sur le droit français, et il passe pour l'auteur de beaucoup d'articles du Denisart. On doit ajouter à cela qu'il eut beaucoup de part à la formation des nouvelles ordonnances qui furent rédigées de son temps.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 14 - Pages 237-238)


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