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Genseric

Premier roi vandale d'Afrique, de 428 à 477
(406, à Séville - 477)
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      Genseric, roi des Vandales, en Espagne, né à Séville en 406, succéda à son frère Gonderic, quoiqu'il fût petit et boîteux, et que son frère eût des enfants. Mais il avait acquis une grande autorité sur les soldats, et il s'était fait, dès son jeune âge, une réputation de haute valeur, ce qui est la première de toutes les qualités aux yeux des barbares.

      Boniface, gouverneur d'Afrique, et qui voulait s'y rendre indépendant de Rome, invita Genseric à quitter son établissement précaire d'Espagne, pour venir en fonder un plus riche et plus étendu dans les belles contrées qu'il gouvernait et qu'il avait l'intention de soustraire au joug des Romains. Le roi des Vandales y consentit avec joie, rassembla sa peuplade, composée d'environ 80.000 âmes, passa le détroit sur les vaisseaux que Boniface lui avait envoyés, débarqua dans le mois de mai 428, et prit possession des trois Mauritanies, qui, en vertu de l'alliance qu'il venait de contracter, lui furent cédées en toute propriété.

      La paix ne régna pas longttemps entre un rebelle et un barbare, qui avaient eu d'abord des intérêts communs à défendre, mais qui, dans leur ambition, manifestèrent bientôt des vues différentes. Boniface, trompé dans la sienne, se réconcilia avec l'empereur, et promit se réparer le mal qu'il avait fait. Il offrit à Genseric les moyens de conquérir toute l'Espagne ; mais celui-ci, aussi rusé que son ancien complice, lui signifia qu'il conserverait par la force ce qu'il tenait de la trahison. La guerre éclata aussitôt et fut affreuse. Genseric, naturellement féroce, et de plus offensé, entra dans les provinces romaines, et y mit tout à feu et à sang. Ses soldats, ariens comme lui, haïssaient mortellement les catholiques, et joignaient les tourments aux massacres. La plus riante contrée de l'univers, la plus fertile et la plus peuplée, ne fut bientôt plus qu'un désert. Ni le rang, ni la naissance, ni l'âge, ni le sexe, ne trouvèrent grâce auprès de ces coeurs impitoyables. Ils chargeaient de fardeaux énormes les femmes les plus délicates, et les forçaient de marcher à coups de fouet ou d'aiguillon ; ils arrachaient les enfants des bras de leurs mères, pour les écraser sous leurs pieds. Mais il est permis de croire qu'il y a de l'exagération dans ces récits, qui tous nous ont été transmis par des catholiques, si cruellement traités par les ariens, et qui en ont conservé de longs ressentiments. Genseric, après avoir pillé et dévasté toutes les campagnes, s'empara de toutes les villes, excepté de Cirthe, d'Hippone et de Carthage. Boniface, au désespoir, hasarda une bataille avec des forces très inférieures, fut défait et contraint de se renfermer dans Hippone, ville forte que le vainqueur assiégea vainement penant quatorze mois. L'année suivante, Boniface reçut d'Orient un puissant secours, qui le mit en état de tenir la campagne et de prendre l'offensive. Il attaqua Genseric et fut battu cette seconde fois plus complètement encore que la première. Les habitants d'Hippone, effrayés de sa défaite, abandonnèrent leur ville, qu'ils avaient défendue si vaillamment l'année précédente. Les Vandales n'y entrèrent que pour y mettre le feu.

      Genseric était cependant trop bon politique pour se laisser éblouir par des succès qu'il ne devait qu'à la terreur qu'il inspirait. Il ne se refusa point aux offres de paix que lui firent les Romains. Par le traité qui fut signé le 11 février 430, les Romains lui cédaient la proconsulaire, à l'exception de Carthage et de son territoire ; la Bysacène et ce qu'il avait conquis dans la Numidie. A ces conditions, il s'engagea par serment à ne rien entreprendre contre le reste de l'Afrique, et, pour sûreté de sa parole, il donna son fils Huneric en otage. Tranquille possesseur des plus belles contrées d'Afrique, Genseric les gouverna avec vigueur et sévérité. Il crut cette sévérité nécessaire à sa propre sûreté et au repos de ses Etats, que menaçaient de troubler à chaque instant les querelles religieuses, si vives et si fréquentes dans ce malheureux siècle. Mais il se voyait avec peine privé de la possession de Carthage, capitale du pays dont il était le maître. Le traité ne put l'arrêter : il s'en empara par surprise, le 19 octobre de la même année ; et cette cité fameuse, dont la conquête avait coûté tant de sang aux Romains et qu'ils possédaient depuis 585 ans, passa sans difficulté au pouvoir des Vandales. Genseric, en y entrant, défendit le massacre et le pillage ; mais c'était pour se réserver à lui seul le droit de disposer des habitants et de leur fortune. Il se fit apporter tout ce qu'ils avaient d'or, d'argent, de bijoux et de meubles précieux ; et après les avoir entièrement dépouillés de tout ce qu'ils possédaient, il relégua les uns dans le désert, et fit embarquer les autes sur des vaisseaux brisés et prêts à faire naufrage. Quelques-uns de ces infortunés se jetèrent à ses pieds pour lui crier merci ! « J'ai résolu, leur répondit-il en colère, d'exterminer votre nation tout entière. » La chute de Carthage retentit dans tout l'univers, et les débris de cette ville opulente couvrirent en quelque sorte la surface de l'ancien monde.

      Genseric avait trois fils, Huneric, Genton et Théodoric, auxquels il abandonna les meilleures terres de sa nouvelle conquête ; il partagea les autres entre ses capitaines. Ce fut alors que, se croyant invincible et supérieur à la fortune, il se laissa enivrer d'adulations, et prit le titre de roi de la terre et de la mer. Des conquérants qui veulent former un établissement durable songent ordinairement à s'y fortifier et à se mettre hors d'insulte. Par une politique toute contraire, Genseric fit démanteler toutes les villes d'Afrique, de peur que les Romains, venant à prendre leur revanche contre lui, ne trouvassent dans les places fortes des boulevards contre ses armées, et que les peuples, mal affermis dans son obéissance, n'y cherchassent un asile contre sa tyrannie. Cette conduite, qui parut alors fort sage, causa dans la suite la ruine prompte et totale de l'empire des Vandales. Aucune place ne fut en état d'arrêter Bélisaire, lorsqu'il descendit en Afrique. Genseric, maître de Carthage, songea à tirer parti du port avantageux de cette ville : il acheta des vaisseaux, en construisit de neufs, enrôla des matelots étrangers, exerça ses troupes aux opérations de la mer ; en un mot, il créa en très peu de temps une marine formidable et en état de porter au delà des mers la terreur de ses armes. Pour premier essai de ses forces maritimes, il fit une descente en Sicile, ravagea le pays et assiégea Panorme (aujourd'hui Palerme).

      Une expédition plus importante appela bientôt son attention et combla ses vœux ; voici à quelle occasion. Maxime, meurtrier et successeur de Valentinien II, avait contraint Eudoxie, sa veuve, à l'épouser. Celle-ci, pour se défaire du tyran qu'elle abhorrait, ne craignit pas d'avoir recours à Genseric, et lui écrivit pour le prier « de venir la délivrer l'affreuse captivité dans laquelle elle gémissait, étant forcée de recevoir les mbrassements d'un monstre encore souillé du sang de son époux. » Genseric n'hésita pas, promit de la délivrer, se mit en mer avec une puissante armée, et vint débarquer à l'embouchure du Tibre. Le lâche Maxime, en apprenant cette nouvelle, eut une frayeur extrême, abandonna son palais, et se disposait à quitter la ville, lorsqu'un de ses propres soldats, indigné de sa lâcheté, le perça d'un coup d'épée. Trois jours après, Genseric entra dans Rome, qui ne lui opposa aucune résistance. Le pape saint Léon alla au-devant de lui, et en obtint la promesse qu'il épagnerait les habitants et les maison. Le pillage néanmoins dura quatorze jours, et le butin fut immense. Tous les trésors du palais, les meubles précieux, les vases d'or et d'argent des églises et des particulier les richesses entassées dans la capitale du monde, devinrent la proie des brigands. Un de leurs vaisseaux, chargé de statues grecques et de vases antiques, fut englouti dans la mer avec sa riche cargaison. Ils emportèrent jusqu'à la couverture du temple de Jupiter Capitolin : elle était d'un cuivre très fin, et doré à une grande épaisseur. Les dépouilles du temple de Jérusalem, que Titus avait fait conduire à Rome, furent transportées en Afrique. Parmi les habitants des deux sexes, les Vandales enlevèrnt ceux dont la jeunesse ou l'industrie leur promettaient plus de plaisirs ou plus de profits. Eudoxie elle-même, qui les avait appelés à son secours, ne fut pas à l'abri de leurs violences ; elle fut emmenée en captivité avec ses enfants, et renfermée pendant plusieurs années dans une étroite prison à Carthage.

      Sous prétexte de réclamer les biens de Valentinien, qu'il retenait contre le droit des gens, Genseric infestait tous les ans les côtes de Sicile et d'Italie. Les prétextes ne manquent jamais ni aux pirates, ni aux conquérants, pour justifier leurs conquêtes et leur brigandage. La guerre et le pillage étaient devenus le premier besoin de celui-ci. Tous les ans il s'embarquait au printemps pour aller porter la désolation tantôt sur un rivage et trantôt sur un autre, brûlant les villes et traînant les habitants en esclavage. Un jour qu'il sortait du port de Carthage, le pilote lui ayant demandé de quel côté il devait cingler : « Du côté des peuples que Dieu veut punir », répondit Genseric, qui se rendit justice sans le savoir, en se regardant comme le fléau dont la Providence se servait pour punir et humilier les hommes.

      Lorsque les côtes d'Occident cessèrent d'offrir un appât à sa cupidité, il porta ses vues et ses ravages sur celles d'Orient. Léon, qui régnait alors à Constantinople, le fit menacer d'une vengeance éclatante s'il ne cessait ses pirateries : « J'irai au-devant de lui », répondit le fier Vandale ; et en même temps, il envoya tous ses corsaires ravager les côtes de la Thrace, celles d'Egypte, de l'Asie mineure, et porter l'alarme jusque dans la capitale. Léon, irrité au dernier point de tant d'audace, jura d'en punir l'auteur, mit sur pied toutes ses forces de terre et de mer, équipa une flotte de 113 galères, qu'il fit monter par 100.000 soldats, et dont il donna, pour son malheur, le commandement à Basilisque, frère de l'impératrice. Un armement si formidable devait écraser Genseric ; il le fit au moins trembler. Au défaut de la force, celui-ci appela la ruse et la trahison à son secours. Basilisque avait déjà débarqué une partie de ses troupes à Tripoli et marchait sur Carthage, lorsqu'il s'arrêta tout à coup, revint sur ses pas, et accorda une suspension d'armes. C'était l'effet des présents et des promesses de Genseric. Pendant ce temps-là, le roi des Vandales fit armer en brûlots tout ce qu'il avait de vaisseaux dans le port de Carthage, les fit conduire pendant la nuit au milieu de la flotte des Romains, qui en peu d'instants n'offrit plus qu'un immense océan de feu. Dans le désordre de l'incendie, Genseric tomba sur la partie de l'armée qui était débarquée, et la tailla en pièces. Tel fut le succès de la dernière expédition des Romains contre lui. Ni Léon, ni aucun autre empereur n'osa plus l'attaquer. Zénon, qui succéda à Léon, lui demanda la paix ; elle fut signée en 475.

      Genseric vécut encore deux ans, et mourut en 477, dans la 71ème année de son âge et la cinquantième de son règne, comblé de la gloire des conquérants, c'est-à-dire couvert du sang des peuples, et poursuivi par la malédiction de ses contemporains. Ce fut sans doute le plus grand prince de son siècle : vainqueur dans toutes les batailles où il se trouva en personne, créateur d'une marine redoutable, maître de Carthage et de l'Afrique, fondateur d'un empire ; aussi ferme dans le gouvernement de ses Etats qu'habile à troubler ceux de ses ennemis, mais cruel et farouche, se complaisant au milieu des pleurs et du sang. Après s'être établi par la guerre, il laissa son royaume puissamment affermi par la paix, et mourut sinon sans remords, au moins sans trouble, au sein d'une famille nombreuse et soumise. Il n'était pas moins cruel chez lui que chez les autres. S'étant imaginé que sa bru voulait l'empoisonner pour régner un peu plus tôt, il lui fit couper le nez et les oreilles, et la renvoya dans cet état au roi Théodemer, son père. Le nom de Genseric fut longtemps un objet d'effroi parmi les peuples d'Occident ; et celui de sa nation est encore aujourd'hui synonyme de barbare, ennemi des arts et de l'humanité. Madame Deshoulières a fait une trgédie de Genseric.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 16 - Pages 187-189)




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