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Gilles de Rais

(Gilles de Laval, seigneur de Retz)
(~1396, à Chantocé – 25 octobre 1440, à Nantes)
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Gilles de Laval, seigneur de Retz, trop fameux sous le nom de maréchal de Retz, né vers l'an 1396, était l'aîné des fils de Gui de Laval, deuxième du nom, seigneur de Retz, cadet de la maison de Laval et de Marie de Craon de la Suze. Il perdit son père en 1416, servit d'abord le duc de Bretagne, son souverain, et l'on voit son nom cité dans l'histoire en 1420 et 1425. Etant passé au service du roi de France Charles VII, il emporta d'assaut, en 1427, le château du Lude, dont il tua le commandant. Il reprit encore aux Anglais la forteresse de Rennefort et le château de Malicorne, dans la Maine. En 1429, il fut un des principaux capitaines qui aidèrent Jeanne d'Arc à faire entrer des vivres dans Orléans, et il se distingua à la prise de Gergeau. Il était, ainsi que son frère René, sire de Laval, l'un des chefs de l'armée qui accompagne le roi à Reims cette année pour y être sacré. Le sire de Laval fut fait comte dans cette occasion, et il est probable que le sire de Retz fut nommé aussi maréchal de France. En l'élevant si jeune à cette dignité, peu prodiguée alors, on ne considéra pas moins son mérite et ses services que sa naissance. Il est certain qu'il était décoré de ce titre au sacre de Charles VII et que ce fut lui qui apporta la sainte ampoule de l'abbaye de St-Rémi à l'église métropolitaine. Il était de plus conseiller et chambellan du roi. Il se signala, en 1630, à la prise de Melun, et l'année suivante à la levée du siège de Lagny par les Anglais. En 1436, il commandait avec le maréchal de Rieux l'avant-garde de l'armée française, sous les ordres du connétable de Richemont ; cette armée étant arrivée devant Sillé dans le Maine en présence des Anglais, les deux partis se séparèrent sans combattre. Ici paraît finir la carrière militaire et honorable du maréchal de Retz. Il ne nous reste plus que la tâche pénible d'offrir le tableau des extravagances, des vices et des crimes monstrueux qui ont plus contribué que ses exploits il sa malheureuse célébrité.

      Héritier à vingt ans d'un patrimoine considérable et marié quatre ans après à Catherine de Thouars, qui lui avait apporté plusieurs terres en dot, il était devenu l'un des plus riches seigneurs du royaume, en 1432, par la mort de son aïeul maternel, Jean de Craon, seigneur de la Suze, de Chantocé, d'Ingrande, etc. On évaluait sa fortune à trois cent mille livres de rente, qui feraient plus d'un million aujourd'hui, sans compter les profits de ses droits seigneuriaux, les émoluments de ses charges et un mobilier de cent mille écus d'or. Mais il en eut bientôt dissipé la plus grande partie par ses prodigalités, son faste et ses débauches. Il eut d'abord une garde de 200 hommes à cheval, dépense que les plus grands princes pouvaient à peine soutenir dans ce temps-là, et il traînait en outre à sa suite plus de cinquante individus, chapelains, enfants de chœur, musiciens, pages. serviteurs, etc., la plupart agents ou complices de son libertinage, et tous montés et nourris à ses dépens. Sa chapelle était tapissée de drap d'or et de soie. Les ornements, les vases sacrés étaient d'or et enrichis de pierreries. Il avait aussi un jeu d'orgues qu'il faisait toujours porter devant lui. Ses chapelains, habillés d'écarlate doublé de menu vair et de petit gris, portaient les titres de doyen, de chantre, d'archidiacre, même d'évêque, et il avait de plus député au pape pour obtenir la permission de se faire précéder par un porte-croix. Il donnait à grands frais des représentations de Mystères, les seuls spectacles connus alors.

      Pour se livrer à ces profusions, il aliéna une partie de ses terres à l'évêque de Nantes, aux chapitres de la cathédrale et à la collégiale de cette ville. En 1434, il vendit à Jean V, duc de Bretagne, les places de Mauléon, Saint-Etienne de Malemort, de Leroux-Botereau, Pornic et Chantocé. Sa famille, alarmée, obtint un arrêt du parlement de Paris qui défendait au maréchal d'aliéner ses domaines. Le roi n'ayant pas voulu approuver les ventes déjà faites, le duc de Bretagne s'opposa à la publication de ces défenses et refusa d'en donner de semblables dans ses Etats. Les parents du maréchal, irrités de ce refus, tâchèrent de conserver ces places dans leur maison et résistèrent au duc ; mais il les reprit, ôta au comte de Laval, son gendre, la lieutenance générale de Bretagne et en revêtit le maréchal de Retz, avec lequel il consomma tous ses marchés en 1437.

      Ces ressources ne suffisant pas à Gilles de Retz, il avait depuis longtemps cherché d'autres moyens pour s'en procurer. Assez instruit pour son siècle, il eut recours à l'alchimie. De prétendus adeptes lui apprirent le secret de fixer les métaux ; mais il manqua le grand œuvre. Dégoûté de l'art d'Hermès, il se jeta dans la magie. Un Anglais, nommé messire Jean, et l'Italien François Prelati, furent successivement ses maîtres et l'aidèrent dans ses conjurations. On dit qu'il promettait tout au diable excepté son âme et sa vie. Mais tandis qu'il prodiguait l'encens au démon et qu'il faisait l'aumône en son honneur, il continuait ses exercices pieux avec ses chapelains, alliant ainsi une extrême superstition aux pratiques les plus impies et à la dépravation de mœurs la plus criminelle. En effet, ce fut à a cette époque qu'il commença d'immoler des enfants, soit pour mettre plus de raffinement dans ses plaisirs abominables, soit pour employer leur sang, leur cœur ou quelques autres parties de leurs corps dans ses charmes diaboliques. Ses gens attiraient dans ses châteaux par quelques friandises des jeunes filles, mais surtout des jeunes garçons du voisinage, et on ne les en voyait plus sortir. D'autres agents, qui accompagnaient ce seigneur dans ses tournées en Bretagne, persuadaient les artisans pauvres qui avaient de beaux enfants de les confier au maréchal, qui les admettrait parmi ses pages et se chargerait de leur sort. Des parents, des amis du sire de Retz, un Gilles de Sillé, un Prinçay, un Roger de Briqueville, semblent même avoir été les complices de ses horribles débauches, soit en lui procurant des victimes, soit en maltraitant ou en menaçant les parents pour étouffer leurs plaintes.

      Enfin le scandale fut si public et les réclamations si nombreuses que Gilles de Laval fut déféré à la justice. Arrêté au mois de septembre 1440, il fut renfermé dans le château de Nantes, et le duc de Bretagne chargea son commissaire, Jean de Toucherond, de commencer une enquête. Deux de ses gens furent arrêtés, Henri et Etienne Corillaut dit Pontou ou Poitou. Prelati ne vivait plus. La mort ou la fuite avaient dérobé les autres au supplice qu'ils avaient mérité. Confronté avec ses deux complices, le maréchal de Retz les désavoua pour ses serviteurs et dit qu'íl n'avait eu que d'honnêtes gens à son service ; mais la menace de la torture le fit changer de langage, et il confirma leurs déclarations par un aveu général et circonstancié de tous ses crimes. On frémit d'horreur en lisant les détails obscènes et atroces de cet épouvantable procès, dont l'instruction dura un mois et dont il existe dix manuscrits à la bibliothèque de Paris et un aux archives du château de Nantes. Jamais les tyrans les plus sanguinaires n'ont imaginé de cruautés plus exécrables que celles qu'il mêlait à ses infâmes voluptés. Les innocentes victimes de sa lubricité, âgées de huit ans jusqu'à dix-huit, furent toutes sacrifiées à sa férocité. Le nombre en paraîtra incalculable si l'on considère que ces massacres eurent lieu, presque sans relâche, dans ses châteaux de Machecoul, de Chantocé, de Tiffanges, dans son hôtel de la Suze, à Nantes, et dans la plupart des villes où il passait, et qu'ils durèrent huit ans, suivant ses propres aveux, ou quatorze ans, suivant la déclaration d'un de ses complices. Pour dérober les traces de ses forfaits, il faisait précipiter les cadavres dans les fosses d'aisances quand il était en voyage ; mais dans ses châteaux, il les brûlait et en jetait les cendres au vent. Malgré ces précautions, on en trouva quarante-six à Chantocé et quatre-vingts à Machecoul.
      Le maréchal de Retz s'était en outre rendu coupable du crime de féloníe. Après avoir vendu à son souverain la place de Saint-Etienne de Malemort, il s'en était remis en possession en menaçant le gouverneur d'égorger son frère s'il ne la lui livrait pas. Convaincu de tant de forfaits, Gilles de Laval fut jugé et condamné à mort avec ses deux vils agents par un tribunal que présida Pierre de l'Hôpital, sénéchal de Bretagne (1). Pour satisfaire avant de mourir un de ses goûts favoris, il demanda et obtint d'être conduit en procession par l'évêque de Nantes jusqu'au lieu du supplice. Le maréchal témoigna un repentir sincère, demanda pardon aux parents des enfants qu'il avait immolés, exhorta ses complices à la mort et à la pénitence, leur dit adieu et promit de les rejoindre en paradis.

      L'exécution eut lieu le 25 octobre 1440 (et non pas le 25 décembre, comme l'ont dit Mézerai et Moréri) dans la prairie de Biesse, remplacée par une rue qui porte aujourd'hui ce nom, à l'entrée du pont de la Madeleine. Le criminel fut étranglé ; mais, par considération pour sa naissance, ses services et son repentir, le duc de Bretagne permit que son corps, qui devait être brûlé et jeté au vent, ne demeuråt qu'un instant sur le bûcher et fût rendu à sa famille, qui le fit porter dans l'église des carmes, où il fut enterré. Le maréchal de Retz ne laissa qu'une fille, Marie de Laval, mariée deux fois et morte sans enfants en 1458. Son oncle René de Laval hérita de la seigneurie de Retz que sa fille unique, Jeanne de Laval, légua par testament, en 1481, à François II, duc de Bretagne. Nous avons rectifié dans cet article les erreurs des compilateurs dont la principale donnait lieu de croire qu'il mourut en 1438 ou 1442. Desessarts, qui a copié plusieurs de ces erreurs dans ses Procès fameux, ne donne point la date de celui du maréchal de Retz.


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(1)  Guimar, dans ses Annales nantaises, dit que l'évêque de Nantes et le commissaire du grand inquisiteur de France furent au nombre des juges du maréchal. Le fait n'est pas impossible et se trouve peut-être dans le manuscrit de Nantes ; mais nous n'en avons découvert aucun indice dans ceux que nous avons consultés.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 35 - Pages 470-471)




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