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Hugues le Grand

(? - 16 juin 956 à Dourdan)
Comte de Paris et duc de France
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      Hugues le Grand, comte de Paris, duc de France, père de Hugues de Capet, plus puissant que les monarques français sous lesquels il vécut, semble avoir été choisi par les seigneurs de son temps pour chef de l'opposition formée contre l'agrandissement du pouvoir royal. Il était fils de Robert, comte de Paris, qui osa disputer au faible Charles III le titre de roi. Son père ayant été tué à la bataille de Soissons (922), Hugues rallia ses troupes, ranima leur courage et remporta une victoire complète. Il fut assez sage pour résister au parti qui voulait le proclamer roi, et il fit élire à sa place son beau-frère Raoul, duc de Bourgogne (Voyez Charles III et Raoul). Il lui fournit des secours contre les Normands, qui étendaient leurs ravages jusque dans la Picardie et l'Artois, et les força d'abandonner précipitamment leurs conquêtes. Hugues entra cependant, en 927, dans la ligue formée par Herbert, comte de Vermandois, pour rétablir sur le trône le malheureux Charles III, prisonnier à Château-Thierry. Raoul parvint à détacher Herbert de la coalition en lui cédant la ville de Laon ; mais Hugues, furieux d'avoir été trompé, envahit la plus grande partie des domaines d'Herbert, et ne lui accorda la paix que sous des conditions onéreuses.

      La mort de Raoul, en laissant le trône vacant, ouvrit bientôt un nouveau champ à toutes les ambitions. Personne n'en était plus digne que Hugues ; mais, dit Velly, les seigneurs ne voulaient point d'un roi qui sût se faire obéir, et son mérite n'était qu'un titre d'exclusion. Hugues, n'ayant point d'espoir de réunir les suffrages, engagea les grands, assemblés en états généraux, à rappeler sur le trône Louis d'Outremer, fils unique de Charles III ; il alla le recevoir à Boulogne, le salua respectueusement à la descente du vaisseau, et fut le premier à lui prêter le serment de fidélité. Le jeune prince, par reconnaissance, choisit Hugues pour son ministre, et lui fit don d'une partie de la Bourgogne ; mais il ne tarda pas à se repentir de la confiance qu'il lui avait accordée trop légèrement, et il le bannit de sa cour. Hugues, résolu de venger cet affront, se réconcilie avec Herbert, gagne les ducs de Normandie et de Lorraine et se dispose à pénétrer sur les terres du roi : la crainte de l'excommunication fait évanouir cette ligue formidable, et Hugues, abandonné de ses partisans, propose une trève, que le roi se trouve heureux d'accepter. Hugues en profite pour négocier avec l'empereur Othon Ier, son beau-frère, et il se détermine à favoriser ses projets. De concert avec le comte de Vermandois, il s'empare de Reims, après un siège de six jours (940), et marche ensuite sur Laon, qui lui oppose une vigoureuse résistance. Le roi accourt pour délivrer cette place, et son armée éprouve un revers qui entraîne la désertion générale des troupes. Hugues offrit alors la couronne à Othon ; mais ce prince, loin de l'accepter, témoigna qu'il se repentait d'avoir aidé des sujets rebelles, et les obligea de rentrer dans le devoir. Hugues, quelque temps après, fournit des troupes au roi pour l'aider à chasser les Normands ; mais, se croyant trompé, il ramena ses soldats, et le roi ayant été fait prisonnier dans un combat près de Cherbourg, il traita de sa rançon, qu'il lui fit racheter par la cession de la ville de Laon. Le roi, désespérant de pouvoir réduire par les armes un sujet aussi puissant, eut recours à l'intervention du pape. Hugues fut excommunié, et il se hâta de rendre le château de Laon et de renouveler au roi son serment de fidélité.

      La mort de Louis d'Outremer (954) laissa encore à Hugues les moyens de s'emparer du trône ; mais, trop habile pour ne pas sentir que les mêmes intérêts qui le soutenaient contre le souverain s'élèveraient contre lui aussitôt qu'il paraîtrait redoutable, il se contenta de préparer les voies à ses fils, en leur formant une puissance à laquelle rien ne pourrait résister : ainsi, servant et combattant tout à tour Lothaire II, il ajouta la Bourgogne et l'Aquitaine à son duché de France. La généalogie de la famille des Capet a été établie avec d'autant plus de soin que des chronologistes dévoués à un parti étranger prétendaient que le premier roi de cette maison était d'une race obscure ; c'était bien peu connaître l'esprit d'un siècle où les grands étaient les égaux des rois, que d'avancer qu'ils avaient choisi pour mettre à leur tête un homme d'une naissance au dessous de la leur. Hugues descendait de Robert le Fort, comte d'Anjou, et allié à la famille impériale du temps de Charles le Chauve ; c'est par ce Robert que les grands fiefs des Capétiens entrèrent dans leur maison et préparèrent l'ascendant que prit Hugues le Grand sur les seigneurs de France. Il était fils de roi, oncle de roi, beau-frère de trois rois, ayant épousé successivement une sœur de Louis le Bègue, une fille d'Edouard, roi d'Angleterre, et une sœur d'Othon, roi de Germanie, fille de l'empereur Othon Ier. Il fut père de roi et n'en porta jamais le titre ; mais il en eut la puissance jusqu'à sa mort, arrivée à Dourdan le 16 juin 956 : aussi on a dit de lui qu'il régna vingt ans sans être roi.

      On l'appelait Hugues l'Abbé, parce qu'il possédait des abbayes considérables ; Hugues le Blanc, par opposition à Hugues le Noir, qui fut duc de Bourgogne, et Hugues le Grand, à cause de sa taille, car il serait difficile de citer les actions glorieuses d'un prince qui ne travailla qu'à son élévation, fit la guerre à son roi, et ne remporta aucune victoire mémorable contre les ennemis de l'Etat. On peut le regarder comme un homme habile, digne de la confiance qu'il avait inspirée aux seigneurs ; mais il faut plus pour mériter le titre de grand. Il avait épousé Hadvige, sœur de l'empereur Othon, dont il eut trois fils : Hugues Capet, tige de la maison de France ; Othon et Eudes ou Henri, ducs de Bourgogne ; et deux filles : Béatrix et Esseme, mariée à Richard Ier, duc de Normandie.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 20 - Pages 128-129)


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