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Marguerite de Constantinople

(? - 10 février 1279)
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Marguerite de Constantinople, fille puînée de Baudouin IX, comte de Flandre et de Hainaut, avait été mise avec sa sœur sous la tutelle de Philippe comte de Namur, lorsque leur père partit pour la capitale du nouvel empire grec. Après que la mort de ce prince eut été connue en France, le roi Philippe-Auguste, en vertu de la coutume féodale qui lui conférait la garde noble de ses vassales immédiates, fit venir Jeanne et Marguerite à Paris. Celle-ci, rentrée plus tard en Belgique, épousa Bouchard d'Avesnes, que son père avait adjoint à Philippe de Namur, pour veiller sur elle. Bouchard avait la parole brillante et facile et tout ce qu'il fallait pour plaire ; il jouissait d'une grande réputation de bravoure et d'habileté. Ses prouesses le firent même armé chevalier par Richard Cœur de Lion. Mais dans sa jeunesse il avait été, contre son gré et à l'insu de tous ses amis, ordonné acolyte et sous-diacre à Orléans. Son union avec Marguerite reçut l'approbation de la comtesse Mathilde, veuve de Philippe d'Alsace, et qu'on appelait la reine, à cause qu'elle était fille du roi de Portugal, l'aveu de la noblesse et des bonnes villes. Les empêchements canoniques à ce mariage étaient inconnus ; il fut donc célébré en face des autels et en présence de Ferrand et de Jeanne, dans l'année 1212. Deux fils en furent le fruit, Jean et Baudouin d'Avesnes. Tout à coup le bruit se répandit que Bouchard était d'Eglise. Voulant conjurer l'orage, il se rendit à Rome et supplia le pape Innocent III de lui accorder les dispenses dont il avait besoin. Le souverain pontife se borna à lui enjoindre de faire un pèlerinage à Jérusalem et au mont Sinaï, puis de rendre la princesse à sa famille. Revenu dans le Hainaut avec l'intention d'obéir, il ne put, en voyant sa femme et ses enfants, se résoudre à un si cruel sacrifice. La comtesse Jeanne, l'ayant sommé à plusieurs reprises de se ranger à son devoir, en référa au pape et au concile général de Latran. Bouchard fut excommunié, et comme il s'opiniâtrait dans sa résistance, il fut jeté en prison à Gand et décapité à Rupelmonde, par ordre de Jeanne.

      Marguerite succéda à sa sœur en 1244. Dès l'année 1218, elle avait donné sa main à Guillaume de Dampierre, deuxième fils de Gui II de Dampierre et de Mathilde, héritière de Bourbon, duquel elle eut trois fils et deux filles. Depuis trois ans elle était veuve de ce second époux, lorsqu'elle prit les rênes de la Flandre et du Hainaut. Il s'éleva bientôt de grandes querelles entre les enfants des deux lits, sur la part des Etats de leur mère qui devait leur revenir un jour. Marguerite nourrissait une profonde antipathie pour les d'Avesnes et favorisait ouvertement leurs rivaux. Ceux-ci prétendaient que les premiers étaient des bâtards. Grégoire IX les avait déclarés illégitimes. L'empereur Frédéric II et le pape Innocent IV prononcèrent leur légitimité. Un compromis conclu par l'entremise du roi saint Louis et du légat Odon assigna la Flandre aux Dampierre et le Hainaut aux fils de Bouchard. Mais, malgré cet accord, la haine mit bientôt les parties aux prises. Jean d'Avesnes l'aîné, qui se regardait comme spolié et qui l'était en effet, fit la guerre à sa mère en Flandre ; celle-ci appela à son secours le frère du roi de France, Charles d'Anjou, et lui engagea le comté de Hainaut. Les habitants de cette province, mécontents de cette princesse, l'appelaient la noire dame ; et il se forma alors du côté d'Enghien une ligue contre les Flamands, qu'on appela la ligue des Ronds, du nom d'un boucher de Chièvres, tué par les officiers de Marguerite, et que ses fils avaient juré de venger. Les exploits de cette troupe eurent une certaine importance ; ils méritèrent d'être célébrés par un trouvère contemporain, qui composa en français sur ce sujet un poème qu'on n'a point encore retrouvé et dont le chroniqueur Jacques de Guise a donné un extrait en prose.

      Marguerite eut de longues querelles avec l'Empire pour la Flandre impériale, que Jean d'Avesnes était parvenu à se faire adjuger, et avec le comte de Hollande, touchant la suzeraineté de la Zélande. Après de longues discussions et des guerres désastreuses, la paix fut rétablie. Le jugement rendu par saint Louis et le légat Odon fut ratifié à Péronne en 1246, et les Dampierre faits prisonniers à la bataille de Walcheren ou de Westkapel recouvrèrent leur liberté. Depuis longtemps Marguerite avait associé son fils au gouvernement de la Flandre, qu'elle lui abandonna peu avant sa mort par un acte du 29 décembre 1278.

      Elle mourut le 10 février 1279. Malgré l'épithète hostile que lui décernerent les Wallons, elle sera comptée parmi les souveraines qui contribuèrent le plus à la prospérité de la Flandre. C'était une femme d'un grand caractère, très entendue aux affaires et aimée des pauvres. Elle favorísa le commerce et l'industrie par de nouveaux tarifs, des franchises de circulation et la construction de plusieurs canaux, entre lesquels celui de Gand à Damme, commencé en 1252, mérite d'être particulièrement distingué. La liberté personnelle fit aussi des progrès sous son règne ; tous les serfs qui lui appartenaient furent affranchis en 1252, moyennant une légère redevance ; elle réduisit le droit de Cattel, anima la vie communale en introduisant le renouvellement annuel des échevins dans presque toutes les villes, qui s'agrandirent et prospérèrent, et défendit aux abbayes et églises, maisons religieuses, prêtres, clercs, bourgeois, gens non nobles et défendables à la loi ou payant taille, d'acquérir fiefs, rentes, terres, héritages et autres choses tenues des comtes de Flandre, sans leur autorisation spéciale. Ce fut aussi sous Marguerite que l'usage de la langue française devint plus fréquent dans les diplômes et actes publics. M. Warnkœnig, professeur à l'université de Fribourg, a fort bien apprécié l'administration de cette femme supérieure, dans son excellente Histoire de la Flandre, ouvrage écrit en allemand, et dont M. A.-E. Gheldolf a donné une traduction en français.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 26 - Pages 550-551)


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