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Sardanapale

Roi d'Assyrie
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Sardanapale, roi d'Assyrie, est un prince dont le nom, flétri par l'histoire, est devenu synonyme de tout ce que la débauche et la lâcheté ont de plus infâme. C'est là une vérité regardée comme incontestable. Peut-être paraîtra-t-il extraordinaire qu'on veuille en douter après plus de deux milles ans de prescription. L'histoire d'abord le montre comme un monarque qui eut, il est vrai, tous les défauts qu'on a toujours reprochés aux princes de l'Orient, mais qui l'emporta sur la plupart d'entre eux par le courage et les talents qu'il sut déployer dans la mauvaise fortune ; qui, victime enfin de ses sujets rebelles, après une résistance aussi longue que glorieuse, sut, par une mort volontaire, échapper à la honte de subir le joug de ses impalcables ennemis. Qu'y a-t-il de méprisable dans une telle conduite ? On reproche à Sardanapale une vie et des habitudes efféminées, la luxure, la mollesse, une grande magnificence et un goût excessif pour les plaisirs de la table. N'est-ce pas là le résultat inévitable d'une longue paix, d'un long usage de la puissance, d'une civilisation avancée et du luxe général qui en est la suite ? A quel prince de l'Orient n'en pourrait-on pas reprocher autant ? Il n'y a parmi eux, à cet égard, d'autre différence que celle qui existe entre les fondateurs de dynasties et les princes nés dans la pourpre. Ne pourrait-on pas même, abstraction faite de la différence des mœurs et des institutions, remarquer ailleurs quelque chose d'à peu près semblable ? Les princes qui succèdent à une longue série de rois diffèrent nécessairement beaucoup des fondateurs de leurs empires. Sardanapale, héritier de quarante souverains, tranquille maître d'un des plus vastes empires qui aient jamais existé, devait-il avoir une cour moins brillante que celle de ses prédécesseurs, moins de femmes dans son palais, des édifices moins beaux, une table moins somptueuse ? S'il n'eût pas été le dernier souvertain de l'Assyrie, s'il n'eût pas succombé sous les armes de ses sujets rebelles, rien de tout cela n'eût été un sujet de blâme contre lui.

      Sardanapale était le successeur et peut-être le fils d'Acrazanès, roi d'Assyrie. La monarchie assyrienne subsistait depuis plus de quatorze siècles : Sardanapale était le quarantième successeur de Bélus ; il y avait plus de mille ans que le règne de Sémiramis était passé ; il s'en était écoulé 535 depuis que Bélitanas, qui avait redonné une nouvelle vigueur à l'empire, avait cessé de vivre. Sardanapale était son dix-septième descendant. On ne peut guère comparer aux Etats modernes l'empire d'Assyrie et les divers royaumes qui se sont successivement élevés en Asie. Quelques provinces groupées autour de la capitale, quelques places de guerre et divers cantons dispersés au milieu d'une multitude de petites souverainetés plus ou moins indépendantes, réunies sous un même sceptre par un puissant conquérant, c'est là ce que constituait un empire. Tant que durait la terreur imprimée par la force qui avait fondé cette domination, tous les princes ou dynastes payaient le tribut fixé et suivaient à la guerre les drapeaux de leur seigneur, étant, du reste, pleinement indépendants dans leurs domaines. Des monarchies ainsi constituées subsistaient longtemps.

      Les rois d'Assyrie se faisaient encore respecter depuis l'Hellespont jusqu'à l'Indus quand Sardanapale monta sur le trône de Ninive, en l'an 836 avant J.-C. L'antiquité ne fait connaître à son sujet que les événements qui amenèrent sa perte et qui causèrent la ruine de l'empire d'Assyrie. Un certain Bélésis, prêtre chaldéen et habile astrologue, avait prédit à un prince mède, appelé Arbacès ou Varbak, selon les auteurs arméniens, qu'un jour il porterait la couronne. Selon ces mêmes écrivains, Arbacès était originaire d'un canton de la Médie nommé Amragouni, qui est entièrement inconnu. Il avait ajouté foi à cette prédiction. Comme général des troupes de sa nation, il devait pendant un an faire le service auprès de la personne du monarque ; il profita de son séjour à Ninive pour y préparer les moyens de mettre à exécution la révolte qu'il méditait. Introduit dans l'intérieur du palais, il y avait été témoin de la mollesse et de l'insouciance de son souverain. Il parvint à mettre quelques gouverneurs des provinces dans son parti. Il promit ensuite à Bélésis en récompense de sa prédiction et des services nouveaux qu'il pouvait lui rendre encore ; enfin tout fut préparé pour un soulèvement.

      Aussitôt qu'il fut de retour dans la Médie, les Mèdes, les Perses et les Babyloniens se révoltèrent ; ils entraînèrent un roi d'Arabie dans leur alliance, et bientôt, ne bornant plus leurs projets à détrôner Sardanapale, ils résolurent d'arracher l'empire de l'Asie aux Assyriens. Leurs forces montaient à 400.000 combattants. A cette époque, on n'entrait jamais en campagne qu'avec un nombre très considérable d'hommes. Sardanapale, informé à temps de la révolte d'Arbacès, prit des mesures pour l'étouffer : il manda les gouverneurs qui lui étaient restés fidèles, et, à la tête de leurs troupes, il s'avança contre les rebelles, qui s'étaient avancés jusque auprès de Ninive. Ils furent vaincus et poursuivis jusqu'à des montagnes qui se trouvaient à soixante-et-dix stades de cette place. Favorisés sans doute par la disposition du terrain, ils reprirent courage et tentèrent encore une fois la fortune. Sardanapale avait mis à prix la tête d'Arbacès et celle de Bélésis et promis le gouvernemet de la Médie et de la Babylonie à leurs assassins : ce fut sans succès. Il fut plus heureux sur le champ de bataille, où il triompha encore une fois de ses ennemis. Leur défaite fut si complète que, désespérant entièrement du succès, chacun d'eux se serait retiré dans son pays sans les instances de Bélésis, qui, les assurant que ses prédictions ne seraient pas vaines et que les dieux se rangeraient enfin de leur côté, parvint à les persuader de continuer la guerre. Ils tentèrent donc une troisième attaque contre Sardanapale.

      Cette bataille fut plus disputée que les deux autres ; le roi d'Assyrie n'y montra ni moins de courage ni moins d'habileté : il y obtint le même succès. Après une vigoureuse résistance, Arbacès, blessé, fut obligé de se retirer dans les montagnes de la Babylonie. La ligue était menacée une seconde foi de se dissoudre ; mais Bélésis, qui en était l'âme, parvint encore à réunir les conjurés, lorsqu'ils apprirent que les Bactriens arrivaient du fond de l'Orient au secours du roi. Leur perte était certaine si ce renfort opérait sa jonction avec l'armée royale. Des émissaires envoyés par les chefs confédérés pénétrèrent dans le camp bactrien. Ils parvinrent à gagner les généraux, qu'ils décidèrent à s'affranchir comme eux du joug des Assyriens et à marcher contre le roi. Se trouvant ainsi de nouveau en état de reprendre l'offensive, ils se hâtèrent de revenir à la charge. Sardanapale, qui les croyait bien loin, témoignait sa reconnaissance à ses soldats par une fête magnifique. Surpris et attaqué de nuit, il ne put se défendre avec avantage, et, après avoir perdu une partie considérable de son armée, il fut contraint de se renfermer dans Ninive. Il prépara tout pour la défense de sa capitale, tandis que les restes de son armée, réunis sous les ordres de son beau-frère Saléménus, campés sous les murs de la place, tenaient la campagne. Ce général fut battu deux fois par les confédérés. Il perdit la vie dans la seconde affaire, et ses soldats, poussés jusqu'aux rives du Tigre, furent tous tués ou précipités dans le fleuve. Ce dernier revers fut lesignal d'un soulèvement presque général : toutes les provinces restées fidèles jusque-là suivirent l'exemple des Mèdes et de leurs alliés ; Sadarnapale se vit réduit à la seule enceinte de Ninive, où il réolut de tenir jusqu'à la dernière extrémité. La ville, forte par sa situation, par sa population et par le nombre de ses défenseurs, était suffisamment munie de vivres pour opposer une longue résistance. Il fallait bien du travail et une grande quantité de bras pour envelopper d'une circonvallation toute la circonférence d'une ville aussi considérable que Ninive, combler ses fossés et amasser assez de terres pour atteindre à la hauteur de ses murs ; car tels étaient les moyens qu'on employait alors pour réduire les places. Sardanapale avait profité d'un moment favorable pour envoyer en Paphlagonie ses trésors et ses enfants, trois fils et deux filles ; il les avait confiés à Cotys, qui était dynaste de ce pays. Il avait en même temps dépêché des courriers pour appeler à son secours tous ceux qui pouvaient lui être restés attachés.

      Réduit à ses seules forces, il résista deux ans à ses ennemis ; mais, à la troisième année, le Tigre débordé, ayant renversé une partie des murailles de la ville, ouvrit une large brèche aux assaillants. Frappé de ce malheur, qui lui rappelait une ancienne prophétie, selon laquelle la ville n'avait pas à redouter d'autre ennemi que le fleuve qui l'arrosait, il perdit toute espérance. Cependant il s'occupa des moyens de ne pas tomber vivant entre les mains de ses ennemis. Il fit élever dans une des cours de son palais un bûcher d'une hauteur considérable, y plaça son or, son argent, ses ornements royaux, ses femmes et ses eunuques, y mit lui-même le feu et périt ainsi avec tout ce qu'il avait de plus cher et de plus précieux. Cet événement est de l'an 817 avant J.-C. : c'était la vingtième année de son règne.

      Ninive fut enlevée de vive force aussitôt après la mort de Sardanapale. Chacun des confédérés prit le titre de roi : Arbacès régna sur les Mèdes et Bélésis sur les Babyloniens. Le prince d'Arménie, Paroir, qui avait secondé Arbacès dans sa révolte, fut aussi élevé à la dignité de roi indépendant. Un certain Ninus, appelé par quelques auteurs Ninus le Jeune, fut déclaré roi de Ninive. Ce personnage, qui était sans doute parent et peut-être ennemi de Sardanapale, fut le chef d'une nouvelle suite de rois d'Assyrie, qui ne parvinrent jamais à la puissance des premiers, mais qui ne tardèrent pas à faire des tentatives pour rétablir leur autorité dans la Babylonie, la Syrie et les contrées limitrophes.
      Beaucoup d'auteurs anciens font mention d'un tombeau de Sardanapale, qui se voyait à Tarse, en Cilicie, et sur l'inscription duquel on lisait qu'il avait bâti en un seul jour cette ville et celle d'Anchialé, qui en était voisine. Mais comment supposer qu'un prince qui s'était brûlé à Ninive, dans des circonstances pareilles à celles qui amenèrent sa fin, ait jamais pu avoir un tombeau magnifique dans une ville si éloignée ? L'inscription placée sur ce monument n'était guère moins fameuse par son contenu insouciant et philosophique. On donne, dans cette inscription, au père de Sardanapale le nom d'Anacyndarax, dont la forme extraordinaire semble rappeler un mot zend. Quoi qu'il en soit, il est tout à fait inconnu, et d'ailleurs il ne peut guère s'appliquer au père du Sadarnapale dont nous avons retracé l'histoire. Nous pensons que le monument dont il s'agit se rapporte à Sennachérib, un de ses successeurs, qui entreprit une expédition dans la Cilicie, pendant laquelle il releva les murailles des deux villes dont nous venons de parler, et l'inscription dont il s'agit, qui, étant en lettres chaldéennes, c'est-à-dire sans doute en caractères cunéiformes, était relative à ce roi. Rien dans son contenu ne semble indiquer qu'elle ait été destinée plutôt pour un tombeau que pour rappeler le souvenir des grands travaux et de la puissance du prince qui la fit graver. Cette circonstance porterait à croire que le nom de Sardanapale ne fut point particulier au dernier monarque des Assyriens ou bien qu'il n'était pas son nom propre. Peut-être était ce un titre ou un surnom employé de préférence ; une nouvelle considération vient à l'appui, c'est que les anciens ont mentionné plusieurs autres Sardanapale, qui tous avaient régné à Ninive : un, entre autres, qui avait été tué par Persée et qui semble être le dernier successeurs de Ninus, détrône par Bélitanas. Ce serait encore une raison de croire que c'était un titre des rois de Ninive : aussi retrouve-t-on dans Polyhistor et dans Abydène, cités dans la Chronique d'Eusèbe, qu'un des successeurs de Sennachérib portait le même nom, et Eusèbe, ainsi que le Syncelle, atteste, d'après le témoignage de Céphalion, que le véritable nom du fameux Sardanapale était Thonos Concholeros. Les auteurs arméniens lui donnent le même nom (1).


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(1)  Il y a peu de critique dans une Vita Sardanapali, par G.-F. Pic de la Mirandole (Paris, 1596, in-4°). Dans quelques vieilles dissertations allemandes, parmi lesquelles nous remarquons, à cause de son titre paradoxal, celle de F. Menz : De Sardanapolo, laudabili Assyriorum principe, on consultera avec plus de profit la Disputatio historico-critica de Sardanapalo, par M. W.-C. Koopmans, Amsterdam, 1819, in-8°. Citons aussi un mémoire de M. Victor Langlois, extrait de la Revue archéologique : le Dunuk-Dash, tombeau de Sardanapale à Tarsous, 1863, in-8°.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 38 - Pages 14-16)



Dictionnaire M. Bescherelle

Quatrième roi de Syrie, fameux par son luxe et sa mollesse et par sa fin tragique. Arbace, un de ses généraux, l'ayant surpris dans son palais, au milieu des eunuques et des concubines, se livrant aux occupations des femmes et vêtu comme elles, se révolta contre lui. Malgré le courage inattendu que Sardanapale déploya contre les rebelles, il fut vaincu et se brûla avec ses femmes et ses trésors, pour ne pas tomber au pouvoir du vainqueur ; 740 ans avant J.-C.

Sardanapale :
Par autonomase, Tout prince, tout grand personnage qui mène une vie efféminée, dissolue.
On voit peu de Sardanapales montrer le courage du fils de Paul dans les moments d'adversité.  M. Bescherelle, aîné, Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française - Volume II (G-Z) (1856), p. 1268.




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