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Stilicon

(Flavius Stilico / Flavius Stilicho)
(~359 – 23 août 408, à Ravenne)
Général romain d'origine vandale
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Stilicon, général sous Théodose, ministre, ou plutôt souverain de l'empire d'Occident, sous le faible Honorius, célèbre par ses exploits, son ambition et sa fin tragique, tirait son origine de la nation des Vandales. Son père avait commandé sous Valens les troupes auxiliaires de la Germanie. Claudien, dans un panégyrique composé pendant la vie et la puissance de Stilicon, nous a tracé de ce ministre le portrait le plus brillant. Il admire dans son héros un esprit plein d'ardeur et d'élévation, la hardiesse à former de grands projets et la persévérance nécessaire pour les exécuter, le don de l'éloquence, enfin tous les avantages extérieurs. Quoi gu'il en soit de la vérité de ces louanges, Stilicon fit des progrès rapides dans la faveur de Théodose. Jeune encore, en 384, il fut député vers le roi de Perse Sapor III, fils et successeur d'Artaxerce. Sa dextérité dans les négociations, et surtout la souplesse de son caractère lui assurèrent un plein succès. Les rois de Perse étaient passionnés pour la chasse. Stilicon s'efforca de se signaler dans cet exercice, et fit admirer son adresse à tirer de l'arc et il lancer des javelots. Il n'en fallut pas davantage ; ses propositions furent accueillies, et le diplomate ne réussit que grâce à l'habileté du chasseur.

      Stilicon épousa Sérène, nièce de Théodose, et regardée comme la fille adoptive de ce prince, si l'on en juge par une flatterie du sénat, qui, faisant élever une statue à Stilicon, lui donna dans l'inscription le titre de gendre de l'empereur. Il dut à cette alliance les charges de grand écuyer, de général de l'infanterie et de la cavalerie et de comte des domestiques. Le rang de sa femme lui procura des avantages plus importants encore. Elle le servait avec adresse dans les intrigues de cour : tandis qu'il était dans les camps, elle éclairait les démarches de Rufin et dissipait tous les nuages que l'envie cherchait à jeter sur la conduite de son mari. Ce fut à elle que Théodose, après la mort de Flaccille son épouse, confia l'éducation de son fils Honorius, alors âgé d'un an ; et lorsque, en 394, le monarque vieillissant crut, après s'être associé déjà le faible Arcadius, affermir son pouvoir en proclamant dans Honorius un auguste de dix ans, il mit le nouvel empereur sous la tutelle de Stilicon et de Sérène, avec des expressions qui attestaient son aveugle confiance dans la fidélité comme dans les talents de l'heureux vandale.

      Stilicon partit pour Rome, chargé d'annoncer au sénat la promotion de son pupille à l'empire. Il paraît qu'il eut en même temps commission de réprimer l'idolâtrie qui avait commencé à relever la tête sous l'usurpateur Eugène ; mais Stilicon ne semble pas avoir été animé d'une piété bien fervente pour la religion chrétienne. On peut même croire, en voyant avec quelle partialité les auteurs païens se sont déclarés pour lui, qu'il flotta toute sa vie entre les deux cultes, au point même de faire élever son fils Eucherius dans des sentiments favorables au paganisme. Néanmoins, pendant la vie de Théodose, Stilicon déploya un grand zèle contre l'idolâtrie, ou plutôt il fit de cette affectation de zèle un masque pour son avidité. Il enleva des lames d'or d'un grand poids dont les portes du temple de Jupiter Capitolin étaient enrichies ; et, s'il faut en croire une tradition assez douteuse, on trouva sous ces lames d'or l'inscription suivante : « On les garde pour un misérable tyran. » Sérène ne se montra pas moins zélée que son mari. Etant entrée dans le temple de Rhée, qu'on adorait sous le nom de mère des dieux, elle fit ôter à la statue un riche collier qu'elle mit à son cou, et chasser ignominieusement du temple une ancienne vestale qui lui reprochait ce honteux larcin.

      Cependant Théodose penchait vers son déclin ; et Stilicon voyait approcher le moment où l'empire du monde allait être partagé entre Rufin et lui. Rutin était le seul homme qui contrebalançât son crédit auprès de l'empereur. Outre cette rivalité de puissance, qui devait naturellement les rendre ennemis, Stilicon avait encore un motif de haine personnelle contre l'indigne préfet de Constantinople. Promote, son ami, lui avait été enlevé par la trahison de Rufin, qui l'avait fait massacrer dans une embuscade par un parti de Bastarnes. Stilicon ne pouvant alors se venger sur le véritable auteur de ce meurtre, avait résolu du moins d'en punir les exécuteurs, et tenait un corps de Bastarnes enfermé dans un défilé, dont il ne pouvait s'échapper. Il allait les faire passer au fil de l'épée, lorsqu'un ordre, dicté par Rufin à l'empereur, vint lui arracher sa vengeance, en permettant aux barbares de sortir des frontières de l'empire. La perte d'un ami et d'une victoire était une double injure qu'une ame comme celle de Stilicon ne pouvait pardonner.

      En 395, Théodose fut attaqué d'une maladie sans remède ; et, sentant sa fin prochaine. il recommanda ses deux fils à Stilicon, ce qui fournit plus tard un prétexte à ce général pour soutenir que Théodose avait également soumis les deux princes à sa surveillance, et qu'il avait le droit d'exercer la même autorité dans les deux empires. Si l'on ajoute foi au récit de Claudien, Théodose, avant sa mort, avait arrêté le mariage d'Honorius avec Marie, fille de Stilicon et de Sérène. Théodose étant mort à Milan, le premier soin du ministre fut de partager également les trésors de ce prince entre ses deux fils. Il eut bientôt après à calmer une émeute prête à s'élever entre les soldats de Théodose et ceux qui avaient autrefois servi Eugène ; et, pour rétablir la concorde, il se hâta de faire publier dans tout l'empire d'Occident, soumis à Honorius, une amnistie promise par Théodose aux partisans de l'usurpateur, mais qu'avaient retardée jusqu'alors des intrigues de cour. Après avoir pris de sages mesures pour que la tranquillité de l'Occident ne fût point troublée, Stilicon se proposa d'aller à Constantinople faire reconnaître son prétendu droit à la tutelle d'Arcadius, et dépouiller Rufin de sa puissance. Mais il crut devoir d'abord s'assurer des barbares de la Germanie ; et. traversant la Rhétie, il parcourut les bords du Rhin jusqu'à son embouchure avec une incroyable activité. Les rois des Suèves et des Allemands lui demandèrent la paix et lui donnèrent leurs enfants en otage. Les peuples germains, depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe, vinrent traiter avec lui : il compléta les garnisons qui bordaient la frontière de la Gaule, arrêta les pirateries des Saxons, força Marcomir et Sunnon, rois des Francs, à venir se soumettre aux conditions qu'il leur imposa ; et, sur quelques sujets de plainte qu'ils lui donnèrent, emmena l'un prisonnier et fit périr l'autre, qui s'était sauvé dans son pays. Telle fut enfin la terreur de son nom, que les Pictes. qui désolaient la Grande-Bretagne, prirent l'épouvante et, comme s'il eût été sur le point de passer la mer, coururent se réfugier dans leurs marais. Rufin trembla de tous ces succès, bien plus menaçants pour lui que pour les Pictes. Craignant de voir bientôt aux portes de Constantinople un rival aussi redoutable, il résolut de le retenir à tout prix en Occident, et ne trouva rien de plus sûr que d'introduire lui-même les barbares dans l'empire. Ayant dépêché secrètement vers Alaric, il obtint à prix d'or que le roi des Goths vint fondre sur la Grèce et mettre, par la dévastation d'une province, une barrière entre deux ministres jaloux. Docile agent de Rufin, Alaric se précipita d'abord sur la Mésie, la Thrace et la Pannonie, à la tête de ses troupes, grossies d'une foule d'Alains, de Huns et de Sarmates. Tout fut en proie aux plus affreux ravages, depuis la mer Adriatique jusqu'au Bosphore. A cette nouvelle, Stilicon revint à Milan ; et, marchant à la tête d'une nombreuse armée, composée des troupes de l'Occident et de celles de l'Orient qui avaient servi sous les ordres de Théodose, il traversa la Dalmatie et rencontra le roi des Goths dans les plaines de Thessalie. Il se disposait à l'attaquer, et l'armée romaine s'avançait en poussant de grands cris, lorsque des messagers accoururent, porteurs d'un ordre d'Arcadius qui enjoignait aux troupes d'Orient de se détacher du reste de l'armée et de revenir sur-le-champ à Constantinople. Cet ordre était le crime de Rufin. Les soldats, indignés, refusèrent de s'y soumettre et offrirent à Stilicon de le suivre et d'attaquer l'ennemí ; mais le ministre d'Honorius, n'osant pas se déclarer ouvertement contre le collègue et le frère de son souverain, fit sonner la retraite et reprit la route d'Italie, après avoir concerté avec Gaïnas le complot dont Rufin fut la victime.

      Alaric, resté maître de la Grèce, entra dans Athènes et ruina tout le Péloponnèse. La Grèce faisait partie de l'empire d'Orient ; mais Eutrope, qui avait remplacé Rutin, songeait moins à sauver les provinces de l'empire qu'à se rendre maître de l'empereur. Stilicon se mit une seconde fois en campagne contre les Goths (an 396). Par des marches savantes, il les enferma dans les forêts de l'Arcadie et, détournant le cours d'une rivière qui leur fournissait de l'eau, les tint assiégés sans espoir de ressource. Ils périssaient de soif et de maladies et allaient être forcés de se rendre sans combat ; mais Stilicon ne pensa plus qu'aux plaisirs et se livra tout entier à une honteuse débauche avec une troupe de femmes et d'histrions dont il s'était fait accompagner. La discipline se relâcha dans son armée. Ses soldats abandonnaient leur poste pour aller piller les campagnes voisines. Alaric profita de ce désordre pour s'échapper pendant la nuit et se retira en Epire, où il continua ses ravages. La négligence de Stilicon le fit soupçonner d'être d'intelligence avec le roi des Goths. Du moins ne se mit-il pas en peine de le poursuivre. Il se rembarqua bientôt après, abandonnant au pillage la malheureuse Grèce, non moins dévastée par ses défenseurs que par l'ennemi. Eutrope, qui, en succédant à Rufin dans son pouvoir, lui avait succédé aussi dans sa haine pour le ministre d'Occident, eut l'art de transformer en attentat contre les droits d'Arcadius l'expédition de Stilicon dans le Péloponnèse, et fit déclarer ce général ennemi de l'empire.

      L'année suivante, il excita Gildon, qui commandait les troupes en Afrique, à se révolter contre Honorius et à soumettre sa province à l'empire d'Orient. Stilicon sentit toute l'importance d'une guerre où les deux frères allaient combattre, et les deux empires se heurter l'un contre l'autre. N'osant prendre sur lui seul le fardeau d'une telle responsabilité, il engagea Honorius à renouveler, en cette occasion. un usage depuis longtemps oublié, celui de n'entreprendre aucune guerre sans un décret du sénat. Le décret fut rendu et Gildon déclaré ennemi de l'Etat. Eutrope tenta en vain de faire périr Stilicon par le fer ou le poison. Le ministre d'Honorius, poursuivant ses desseins, équipa une flotte qu'il envoya en Afrique, sous la conduite de Mascezil, propre frère de Gildon. et qui avait à venger sur le rebelle le massacre de ses deux fils. Mascezil remporta une victoire complète : et Stilicon lui prodigua d'abord les honneurs, les louanges et l'accueil le plus empressé ; mais un jour qu'il le conduisait hors de Milan, à une de ses maisons de campagne, sous prétexte de lui donner une fête, comme ils passaient ensemble sur un pont, les gardes de Stilicon, à un signal de leur maître, se saisirent de Mascezil et le jetèrent dans le fleuve. Il fut englouti en un moment, tandis que Stilicon riait de ce spectacle comme d'une piquante plaisanterie.

      Cependant Alaric, ayant achevé le pillage de la Grèce, se jeta sur l'Italie, en 401, pendant que les légions romaines étaient occupées, en Rhétie, à repousser une irruption des Germains. Bientôt la Vénétie et la Ligurie furent mises à feu et à sang. La cour d'Honorius, qui était à Milan, effrayée de l'approche des Goths, se préparait à chercher un asile dans les Gaules. Stilicon rassura les esprits, en protestant que ni sa femme, ni son fils, ni l'empereur même ne quitteraient l'Italie, et il promit de ramener au plus tôt les légions qui combattaient en Rhétie. Il passa sur une barque le lac de Côme, et traversa à cheval, au milieu de l'hiver, les Alpes couvertes de glace, ne prenant de repos que dans les cavernes ou dans les cabanes de quelques bergers. Sa présence en Rhétie effraya les barbares, qui traitèrent avec lui. Rassemblant toutes les troupes, il ordonna au reste de l'armée de le suivre à grandes journées, et reprit lui-même le chemin de Milan, avec la cavalerie légère. Alaric avait déjà passé l'Adda et s'était emparé du pont. Stilicon traversa le fleuve pendant la nuit, tantôt à la faveur d'un gué, tantôt à la nage ; et renversant un détachement qu'Alaric lui avait opposé sur l'autre rive, il gagna Milan à toute bride. Le roi des Goths, averti de l'approche d'une armée formidable, députa vers Honorius pour lui demander ou de le laisser s'établir paisiblement en Italie, ou d'accepter sur-le-champ la bataille, afin de décider laquelle des deux nations cèderait à l'autre cette belle contrée. Stilicon répondit par une trahison. Il engagea l'empereur à céder au roi des Goths un établissement au delà des Alpes. Alaric l'ayant accepté, passa le Pô et se mit en marche vers les Alpes, qui séparent la Gaule d'avec l'Italie. Stilicon, dont l'armée venait enfin d'arriver, le suivit, cherchant l'occasion de le surprendre. Il crut l'avoir trouvée près de Pollence, où le roi des Goths s'était arrêté pour faire reposer sa cavalerie. C'était à la fête de Pâques, le 06 avril de l'année 402 ; les Goths, se reposant sur la foi romaine, ne s'occupaient qu'à célébrer la solennité d'un si grand jour, lorsque Stilicon fit donner le signal de l'attaque ; mais il s'abstint de prendre lui-même part à laction et chargea du commandement un capitaine barbare et païen, nommé Saül. Alaric, après avoir d'abord essayé, par scrupule religieux, d'éviter le combat, se mit enfin en défense et parvint à rendre la victoire douteuse. Cette sanglante bataille avait affaibli les deux armées. Stilicon, par un nouveau traité, convint de laisser sortir les Goths d'Italie ; mais il les attaqua encore, sur un frivole prétexte, et chassa devant lui, jusqu'en Illyrie, Alaric fugitif et abandonné par ses soldats, qui passaient en foule dans le camp des Romains.

      Stilicon n'avait triomphé que par une perfidie ; une perfidie plus criminelle encore le réunit, trois ans après, avec l'ennemi de l'empire. La même ambition qui avait associé Rufin au roi des Goths, et l'avait entraîné à sa perte, conduisit Stilicon au même terme, par les mêmes chemins. En 398, lorsque Honorius atteignait à peine sa quatorzième année, Stilicon s'était hâté de célébrer l'hymen de l'empereur avec sa fille Marie, qui n'était pas encore nubile. Pour prévenir les désirs prématurés du jeune prince, Sérène employa des compositions qui ne furent que trop efficaces ; et Honorius resta toute sa vie hors d'état de donner des héritiers à l'empire. Marie mourut en 404. Stilicon n'avait plus qu'à écarter du trône d'Occident le fils d'Arcadius, pour y faire un jour monter Eucherius, son fils, cousin des deux empereurs et fiancé avec Placide, fille de Théodose et de Galla. Pour réussir dans ses vues ambitieuses, croyant avoir besoin d'Alaric, il le pressa, en 405, de se joindre à lui pour attaquer l'Illyrie orientale, sous prétexte que cette province devait appartenir tout entière à Honorius. Son véritable but était d'affaiblir l'empire d'Orient, et de jeter ensuite assez de trouble et de confusion dans celui d'Occident pour s'en emparer au nom de son fils, sans attendre la mort d'Honorius, qui n'avait alors que vingt ans. Pendant qu'il formait ce plan, un chef de Germains, Radagaise, passa les Alpes, à la tête de 200.000 hommes, pour envahir l'Italie. Stilicon réunit à la hâte 30 légions ; et, secondé par Uldès, roi des Huns, et par Sarus, capitaine goth, il enferma Radagaise entre les montagnes de Fésule et fit périr son armée de faim, de soif et de maladies.

      Après cette victoire, il ne s'occupa plus que de l'exécution de son projet. D'autres barbares, les Alains, les Suèves et les Vandales avaient passé le Rhin, le dernier jour de l'année 406, et s'étaient répandus dans la Gaule. Pour comble de maux, Constantin avait usurpé la pourpre dans cette province. Stilicon n'en restait pas moins tranquille à Ravenne, où il disposait les préparatifs de son attaque contre l'Illyrie. Il voyait avec une froide insensibilité le déchirement de l'empire ; et il fallut un ordre absolu d'Honorius pour le rappeler à Rome, où il prit quelques faibles mesures contre les ennemis qui se présentaient de toutes parts. Du reste, son séjour n'y fut marqué que par des intrigues de cour et par la division qui éclata entre sa femme et lui. Sérène aimait sincèrement Honorius, qu'elle avait élevé : et, persévérant dans le dessein de l'avoir pour gendre, elle travaillait à lui faire épouser son autre fille, Æmilia-Materna-Thermantia. Stilicon refusait de consentir à cet hymen incestueux, ne voulant pas courir une seconde fois le risque de laisser naître un héritier de l'empereur. La téméraire précaution de Sérène n'avait que trop bien prévenu ce danger. Le mariage fut célébré malgré lui, et ne resta pas moins infructueux que le premier.

      Cependant Alaric, qui, sur l'invitation du ministre, s'était avancé, depuis trois ans, jusqu'en Epire, se lassant enfin de l'attendre, vint au-devant de lui jusqu'à la frontière de l'Italie, et envoya demander une somme d'argent considérable comme dédommagement du temps qu'il avait perdu. Tous ceux des sénateurs qui conservaient encore quelque chose de romain étaient d'avis de combattre Alaric ; mais Stilicon, qui voulait ménager le roi des Goths, fit décider qu'on lui donnerait quatre mille livres pesant d'or. Un sénateur, Lampadius, fut si indigné de ce lâche trafic, qu'il ne put s'empêcher de s'écrier comme autrefois Démosthène : « Ce n'est pas un traité de paix, c'est un contrat de servitude. » Telle était néanmoins la terreur qu'inspirait le ressentiment du ministre, que Lampadius, effrayé de sa propre hardiesse, courut, au sortir du sénat, se réfugier dans une église voisine. Nous n'entrerons pas ici dans le détail des manœuvres secrètes et tortueuses de Stilicon ; on le trouvera dans Zosime, livre 5, et dans Sozomène, livre 9, ch. 4. L'empereur n'avait pas le moindre soupçon des complots tramés par son ministre. Un seul homme fut assez clairvoyant pour les pénétrer et assez hardi pour en informer le prince. Olympe, qui devait sa fortune à Stilicon, n'hésita pas à dénoncer son protecteur, dans l'espoir de le remplacer. Il l'accusa même de faire déjà frapper des pièces de monnaie marquées de son empreinte et de celle d'Euchérius, son fils. Honorius fut attéré ; mais ne trouvant pas en lui assez d'énergie pour l'amener à une résolution prompte et violente, Olympe forma seul un complot qui devait contreminer celui de Stilicon. Après s'être concilié adroitement la faveur des troupes, il les poussa à un soulèvement, pendant qu'Honorius les passait en revue à Pavie, et fit égorger, sous les yeux et auprès même de l'empereur, tous ceux qu'ils désignaient aux assassins comme des traîtres, c'est-à-dire tous les amis du ministre. Stilicon était à Bologne lorsqu'il reçut la nouvelle de ce massacre. Les officiers des troupes barbares qu'il avait autour de lui proposaient de courir à Pavie pour en tirer une prompte vengeance. Mais Stilicon, incertain des sentiments d'Honorius, s'arrêta au plus dangereux de tous les partis, celui de n'en prendre aucun et de temporiser. Cette timide action révolta Sarus, ce capitaine goth qui lui avait été dévoué jusqu'alors, et qui passa tout à coup à des sentiments contraires. Sarus attaqua et tailla en pièces les Huns qui formaient la garde de Stilicon, et courut à sa tente pour le tuer lui-même. Ce général n'eut que le temps de se sauver à Ravenne. Dès qu'Olympe en fut averti, il envoya un ordre de l'empereur pour enjoindre aux soldats qui étaient à Ravenne de se saisir de sa personne. Le malheureux Stilicon se réfugia pendant la nuit dans une église. Au point du jour, plusieurs officiers allèrent le trouver dans cet asile et lui jurèrent qu'ils n'avaient pas ordre d'attenter à sa vie. Sur cette garantie, il se mit entre leurs mains ; mais dès qu'il fut sorti de l'église, l'officier qui avait apporté le premier ordre en montra un second qui condamnait Stilicon à mort, comme traître au prince et à la patrie. Les amis et les domestiques du ministre prirent les armes et accoururent pour le sauver, s'il faut s'en rapporter à Zosime, partisan déclaré de Stilicon, de même que les auteurs païens ; mais il s'opposa lui-même à leur tentative et présenta courageusement sa tête au coup mortel.

      Il eut la tête tranchée le 23 août 408, supplice dû aux crimes de ses dernières années, qui ont déshonoré une vie longtemps utile et glorieuse. Euchérius fut tué par deux eunuques, peu de temps après la mort de son père, et Sérène étranglée par ordre du sénat. Honorius répudia Thermantie ; et cette jeune princesse vécut encore sept ans dans l'obscurité et dans la douleur. On proscrivit les amis de Stilicon ; ses biens furent confisqués et ses créanciers même frustrés de leurs droits. On fit périr son beau-frère Bathanaire, comte d'Afrique, dont la charge fut donnée à Héraclien, qui avait prêté son bras pour trancher la tête à l'infortuné ministre. Le nom de Stilicon fut effacé de tous les actes et de tous les monuments publics.

      Peu de sujets d'un prince absolu ont obtenu plus d'honneurs pendant leur vie. Il fut deux fois consul. On lui prodigua les titres de seigneur et de père, on lui éleva de nombreuses statues ; et lorsque Houorius entra dans Rome, Stilicon était assis dans le même char que ce prince. Enfin le poète Claudien alla jusqu'à dire, dans un panégyrique en vers, que si Stilicon était heureux d'avoir l'empereur pour gendre, l'empereur était bien plus heureux encore d'avoir Stilicon pour beau-père. Il ne fut pas seulement avide, ambitieux et perfide ; le trait suivant semblerait prouver qu'il fut aussi quelquefois très superstitieux. Honorius donnait au peuple de Milan le spectacle d'un combat de léopards qu'on lui avait envoyés de Libye ; la coutume était alors de faire combattre les hommes contre les bêtes féroces. Par ordre de Stilicon, des soldats allèrent, pendant les jeux, enlever de l'église un criminel, nommé Crescore, qui s'y était réfugié. Le ministre tout-puissant était loin alors de prévoir qu'il aurait un jour besoin pour lui-même qu'on respectât cet asile sacré. Saint Ambroise, qu'on retrouve à cette époque dans toutes les circonstances où la vertu et le courage peuvent se signaler, s'opposa en vain à cette violence. Les soldats arrachèrent Crescore de l'autel qu'il tenait embrassé, et retournèrent à l'amphithéâtre comme en triomphe. Tandis qu'ils rendaient compte à Stilicon de la manière dont ils avaient exécuté ses ordres, les léopards s'élancèrent sur eux et les mirent en pièces ; Stilicon, frappé de terreur, épargna la vie de Crescore et alla faire satisfaction à l'évêque de Milan ; et depuis il se montra sincèrement attaché à saint Ambroise. Lorsque ce grand homme fut attaqué de la maladie qui priva l'Eglise de son plus digne ornement, Stilicon s'écria que cette perte entraînerait celle de l'Italie ; et il manda les principaux habitants de Milan, qui étaient amis d'Ambroise, et les envoya auprès du saint évêque pour le solliciter d'obtenir de Dieu, par ses prières, que sa propre vie fût prolongée. Stilicon fit, en 399, réduire en cendres ces fameux livres des Sibylles, qui auraient peut-être jeté quelque jour sur le caractère du paganisme dans les premiers temps de Rome et sur la superstition des anciens. Nous avons déjà cité le panégyrique composé par Claudien, et qui a pour titre : De laudibus Stiliconis, ouvrage bien inférieur aux invectives du même poète contre Rufin. La mort de Stilicon a fourni à Thomas Corneille le sujet d'une tragédie en cinq actes, représentée en 1660, et à laquelle le grand Corneille rendait l'hommage le plus flatteur, en déclarant qu'il eût voulu l'avoir faite.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 40 - Pages 252-256)




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