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Tite-Live (Titus-Livius)

(v. -58, à Padoue - v. 18, à Padoue)
Historien romain
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Les détails de la vie de cet historien sont aussi obscurs que ses écrits sont célèbres. Il naquit à Padoue, d'une ancienne famille, sous le consulat de Pison et de Gabinius, en l'an de Rome 695. Un fils et une fille partagèrent ses soins et sa tendresse (1). C'est au premier qu'il écrivit une lettre sur les études de la jeunesse, dont le suffrage de Quintilien doit nous faire regretter la perte. Il y disait, au sujet des auteurs dont il faut conseiller la lecture aux jeunes gens, qu'ils doivent lire Démosthène et Cicéron, puis ceux qui ressemblent davantage à ces deux grands orateurs. Il y parlait aussi d'un maître de rhétorique qui obligeait ses disciples a retoucher leurs compositions jusqu'à ce qu'elles devinssent obscures, et quand ils les rapportaient dans cet état : « Voila qui est bien mieux maintenant, disait-il ; je n'y entends rien moi-même. » Sa fille épousa un rhéteur nommé Magius, qu'on allait entendre déclamer plus par égard pour le beau-père que par estime pour le talent du gendre.

      Tite-Live s'étaít exercé dans plus d'un genre ; il avait composé des ouvrages philosophiques et des dialogues qui appartenaient autant à l'histoire qu'à la philosophie, et qu'il avait dédiés à Auguste. Mais son grand titre à l'immortalité est l'Histoire romaine, contenue en cent quarante ou cent quarante-deux livres, depuis la fondation de Rome jusqu'à l'an de Rome 743. Quelques passages de ce grand ouvrage semblent indiquer qu'il mit à le composer tout le temps qui s'écoula depuis la bataille d'Actium jusqu'à la mort de Drusus, c'est-à-dire environ vingt-et-un ans ; mais il en produisait en public, de temps en temps, quelque partie, et l'on croit qu'il les lisait à Auguste à mesure qu'il les composait. C'est ce qui lui valut à Rome une réputation qui s'étendit jusqu'aux extrémités de l'empire. On rapporte à ce sujet qu'un Espagnol, après la lecture de ses écrits, vint exprès de Cadix à Rome pour en voir l'auteur et s'en retourna aussitôt après l'avoir vu. « C'était sans doute, dit à ce propos saint Jérôme dans une lettre à Paulin, une chose bien extraordinaire qu'un étranger, entrant dans une ville telle que Rome, y cherchât autre chose que Rome même. » On ne sait rien de plus de ce qui regarde personnellement Tite-Live. Il se partageait entre Rome et Naples, où l'appelaient la beauté du climat et le désir de se livrer à la composition de son grand ouvrage. Le vainqueur d'Actium l'avait admis dans cette intimité,. où les entretiens de Virgile, d'Horace et de Varius le délassaient des soins de l'empire. Cette amitié d'Auguste n'altéra point l'impartialité de l'historien ; il loua Brutus, Cassius et particulièrement Pompée, au point qu'Auguste l'appelait en badinant le Pompéien. Ce prince lui avait confié l'éducation du jeune Claude, depuis empereur, et ce fut par son conseil que son élève entreprit d'écrire l'histoire, genre de composition dans lequel le témoignage des anciens nous apprend qu'il avait réussi.

      Après la mort d'Auguste, Tite-Live retourna à Padoue, où il mourut à l'âge de 76 ans, la quatrième année du règne de Tibère, en l'an de Rome 770, et le même jour qu'Ovíde (2). Les Padouans n'ont cessé d'honorer sa mémoire. Lorsqu'en 1413 on crut avoir retrouvé son tombeau, l'enthousiasme fut général, et depuis, en 1451, ce ne fut pas sans peine qu'ils se déterminèrent à faire présent de son bras droit à Alphonse V, roi d'Aragon. Antoine de Palerme avait été chargé de cette négociation. Le prince reçut avec honneur ces restes d'un grand homme, mais mourut avant d'avoir érigé le monument où il projetait de les placer. Ce soin fut dans la suite rempli par Jovianus Pontanus.

      On doute si Tite-Live avait lui-même partagé son histoire en décades, c'est-à-dire de dix en dix livres. Quoi qu'il en soit, cette division paraît assez commode. A l'égard des sommaires qui sont à la tête de chaque livre, les savants ne croient pas qu'on puisse les attribuer ni à Tite-Live ni à Florus. Quel qu'en soit l'auteur, ils ont leur utilité, puisqu'ils servent à nous faire connaître les faits rapportés dans ceux qui nous manquent. Des cent quarante composés par Tite-Live, il ne nous en est parvenu que trente-cinq, dont quelques-uns même ne sont pas entiers ; encore n'a-t-on pas joui à la fois de tout ce trésor littéraire. On doit, suivant le P. Niceron, deux livres à Ulric Hutten, qui les déterra et les publia en 1518. Les premières éditions de la fin du XVème siècle et du commencement du XVIème ne contiennent que la première. la troisième et la quatrième décade. Pétrarque, encouragé par le roi Robert, n'épargna rien pour retrouver au moins la seconde ; mais toutes ses recherches furent vaines. Depuis, la bibliothèque de Mayence fournit une partie du troisième livre, du livre trentième et ce qui manquait au livre quarantième. Simon Gryneus retrouva, en 1531, les cinq derniers dans l'abbaye de St-Gall, en Suisse, et les fit imprimer par J. Froben. Enfin le P. Horrion, jésuite, en parcourant les manuscrits de la bibliothèque de Bamberg, en rencontra un qui contenait plusieurs livres de Tite-Live, entre autres la première partie du troisième et du livre trentième, qui manquaient encore, et les publia deux ans après à Paderborn. Voilà tout ce qui nous reste de ce précieux monument : ce n'en est pas la quatrième partie. Vainement le monde littéraire s'est flatté de quelques lueurs d'espérance de recouvrer le reste. Thomas Erpénius est le premier qui ait assuré que les Arabes possédaient dans leur langue une traduction complète de Tite-Live, que les uns plaçaient à Fez, les autres à la Goulette, d'autres même à la bibliothèque de l'Escurial. Pietro della Valle, célèbre voyageur, assure qu'en 1615 la bibliothèque du Sérail avait un Tite-Live entier ; il ajoute que le grand-duc de Toscane avait traité pour l'obtenir et en avait fait vainement offrir vingt mille piastres ; que l'ambassadeur de France Achille de Harlay en fit proposer, sous main, dix mille écus à celui qui avait la garde des livres ; que l'offre fut acceptée, mais que le bibliothécaire ne put jamais retrouver l'ouvrage. En 1682, au rapport de Bourdelot dans une note sur la Bibliothèque choisie de Colomiès, des Grecs de l'île de Chio vinrent traiter avec Colbert d'un Tite-Live entier, dont le prix fut, dit-on, fixé à soixante mille francs ; mais ils repartirent, et l'on n'entendit plus parler d'eux. Chapelain, dans une lettre à Colomiès, l'entretient aussi de manuscrits donnés par l'abbaye de Fontevrault à l'apothicaire du couvent et vendus par celui-ci à un mercier de Saumur, qui en couvrit des battoirs, sur quelques-uns desquels un acheteur remarqua des titres latins des huitième, dixième et onzième décades ; mais cette découverte n'eut aucune suite. On a dit encore que Tite-Live était conservé dans l'île d'Iona, petite île d'Ecosse, comme si ce précieux trésor avait pu rester enfoui si longtemps à cette proximité d'une nation aussi lettrée que l'est surtout la nation écossaise. En 1772, Paul-Jacques Bruns, que M. Kennicott avait envoyé à ses frais en Italie, avec la mission de visiter les manuscrits latins, et M. Giovenazzi, en examinant avec attention un manuscrit du Vatican, timbré 24, du format in-8°, démêlèrent, sous le texte des livres de Tobie, de Job et d'Esther, une plus ancienne écriture en lettres onciales. Quelques mots connus, comme Sertorius, Pompeius, excitèrent leur curiosité, et les mots Titi Livii, qu'ils aperçurent au haut du recto, ne leur permirent plus de douter de l'importance de la découverte. A force d'art, de soins, de patience, et à l'aide d'une bonne loupe, ils parvinrent à retrouver un fragment du livre quatre-vingt-onzième, que le premier fit paraître à Leipsick en 1770. Ce fragment reparut à Rome la même année, in-4°, et à Paris en 1773. Le pape Clément XIV nomma une commission pour vérifier l'authenticité de ce manuscrit, et le cardinal Zelada exécuta les ordres du pontife avec tout le zèle d'un savant. Didot l'aîné réimprima la lettre de Bruns et le fragment avec une traduction de M. J.-T. Hardouin, 1794, brochure de 72 pages, in-12. Ce même morceau se trouve avec des notes à la fin du quatrième tome de Tacite du P. Brotier, in-12, dans le Tite-Live de Deux-Ponts, in-8°, t. 12, dans celui d'Ernesti, Leipsick, 1801, in-12, et dans le volume qu'a publié Niebuhr à Rome en 1820, petit in-4°, d'après un examen plus approfondi. D'Anvilla a inséré dans le tome 41ème des Mémoires de l'Académie des belles-lettres un mémoire sur le nom des peuples et des villes dont il est question dans ce fragment. Au reste, cette découverte a été la dernière. Dans les manuscrits d'Herculanum, on n'a encore rien pu déchiffrer qui permette quelque espérance. Jean Freinshemius a tâché de consoler le public de cette perte, jusqu'à présent irréparable, par des suppléments où il a plus réussi, au jugement des connaisseurs, que dans ses suppléments de Quinte-Curce.
      Deux personnages ont peut-être contribué, par des motifs bien divers, à cette lacune irrémédiable. Suétone nous apprend que Caligula comprit dans la même haine Homère, Virgile et Tite-Live, qu'il appelait verbeux, et qu'il entreprit de bannir de toutes les bibliothèques leurs écrits et leurs images. L'historien eut un ennemi non moins funeste à sa gloire dans le pape Grégoire le Grand. Ce pontife, dit-on, fit brûler tous les exemplaires de cette histoire qu'il fut possible de trouver, parce que les prodiges qu'elle contient pouvaient paraître favorables à la cause du paganisme. L'estime des juges éclairés a vengé Tite-Live de la haine stupide du premier et du zèle peu éclairé du second. Quintilien (3), qui le compare à Hérodote, trouve son goût si pur et si parfait qu'il le place à côté de Cicéron, en indiquant ces deux écrivains comme ceux qu'il faut mettre de préférence entre les mains des jeunes gens. Son style, quoique varié à l'infini, se soutient toujours également : simple sans bassesse, élégant et orné sans affectation, grand et sublime sans enflure, étendu ou serré, plein de douceur ou de force, selon l'exigence des matières, mais toujours clair et intelligible. « Ces éloges, dit Laharpe (4), sont justes dans tous leurs points, et l'on peut ajouter que le génie de Tite-Live, sans jamais laisser voir le travail ni l'effort, paraît s'élever naturellement jusqu'à la grandeur romaine. Il n'est jamais ni au-dessous ni au-dessus de ce qu'il raconte. Ses harangues, que les anciens admiraient et que les modernes lui ont reprochées, sont si belles que le censeur le plus sévère regretterait sans doute qu'elles n'existassent pas. » On a répondu à ce reproche d'une manière satisfaisante, et Laharpe lui-même a fort bien prouvé (5) que ces harangues n'étaient ni des hors-d'œuvre ni des infidélités. On sait que Pollion reprochait à Tite-Live sa patavinité. Les savants sont partagés sur le sens qu'il faut donner à ce terme. Pignorius croit gue ce défaut regardait seulement l'orthographe de certains mots, où Tite-Live, comme Padouan, employait une lettre pour l'autre, écrivant sibe et quase pour sibi et quasi. D'autres pensent que ce reproche s'appliquait à la répétition de plusieurs synonymes dans la même période ; redondance de style qui déplaisait à Rome et à laquelle on reconnaissait les provinciaux. Rollin (6) interprète ce mot par des expressions ou des tours qui sentaient la province. C'est l'opinion de Vossius (7). Tomasini, auteur d'une Vie de Tite-Live, y trouve un tout autre sens, mais qui paraît un peu forcé. Les Padouans avaient, dans les troubles civils, embrassé la cause de la république. Asinius Pollion avait suivi le parti d'Antoine et n'avait pu contraindre Padoue à lui fournir des armes et de l'argent. Soit attachement pour son ancien parti, soit envie de faire sa cour au vainqueur, il reprochait à Tite-Live son affection pour les républicains et l'accusait de patavinité, dans le même sens qu'Auguste l'appelait Pompéien. Le passage de Quintilien (8), plus voisin de cette époque, ne permet guère d'adopter cette conjecture, et son autorité paraît décisive en faveur de l'opinion qui interprète ce mot par une prononciation un peu provinciale.
      On lui reproche avec plus de raison son amour excessif pour la république ; perpétuel admirateur de la grandeur des Romain, non seulement il exagère leurs exploits, leurs succès et leurs vertus, mais il dissimule ou diminue les vices de ses concitoyens et les fautes où ils sont tombés ; il parle de Rome naissante comme de la capitale d'un grand empire, fondée pour l'éternité, et dont l'agrandissement n'a point de bornes. On peut cependant répondre avec Laharpe (9) que « Rome n'eut jamais plus de véritable grandeur que dans ses premiers siècles, qui furent ceux de la vertu, du courage et du patriotisme ; ... et ce grand caractère qui annonçait ce qu'il devint dans la suite, c'est-à-dire le dominateur des nations, devait se retrouver sous la plume de Tite-Live. On l'accuse, continue le même critique, de faiblesse et de superstition. parce qu'il rapporte sérieusement une foule de prodiges. Je ne sais s'il faut en conclure qu'il les croyait. Le plus souvent il ne les donne que pour des traditions reçues, et il ne pouvait se dispenser d'en parler. Ces prodiges étaient une partie essentielle de l'histoire, dans un empire où tout était présage et auspice, où l'on ne faisait pas une démarche importante sans observer l'heure du jour et l'état du ciel. »
      Sénèque le père impute à Tite-Live une faiblesse bien moins excusable, celle de la jalousie (10). Suivant lui, cet historien accusait Salluste de défigurer les pensées des Grecs et de les affaiblir, et il en donnait pour preuve une maxime de Thucydide, que Salluste a rendue en latin par cette phrase : Res secundæ mire sunt vitiis obtentui. Cette accusation, qui parait démentie par le caractère de noblesse et d'élévation que ses contemporains ont reconnu à Tite-Live, a d'ailleurs pour garant un témoignage peu authentique. Comment, en effet, l'accorder avec ce que dit le même Sénèque dans un autre endroit (11). que Tite-Live jugeait avec équité et candeur des ouvrages des beaux-esprits ? Un grief plus important a été objecté au rival de Salluste : on l'a taxé d'ingratitude et de mauvaise foi pour n'avoir pas nommé Polybe, ou pour l'avoir nommé avec une indifférence affectée dans des passages où il ne faisait presque que le transcrire. « Mais, observe judicieusement Rollin, ne peut-on pas croire qu'en d'autres endroits de son histoire, qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous, il a parlé de Polybe avec éloge, qu'il lui a rendu toute la justice qui lui était due, qu'il a même averti par avance qu'il se faisait une gloire et un devoir de le copier mot à mot en plusieurs endroits ? » Au reste, ces légères taches n'ont fait aucun tort à sa gloire ; il n'en est pas moins resté, avec Salluste et Tacite, le modèle des historiens et peut-être, comme Cicéron, le désespoir des traducteurs. On a cru pouvoir lui appliquer l'éloge que Sénèque le rhéteur attribue à ce grand homme, d'avoir eu le génie égal à la grandeur de l'empire romain.
      L'histoire littéraire nous a conservé de glorieux témoignages de cette estime universelle que n'ont pu altérer l'humeur et l'injustice de quelques critiques. Au moment de la renaissance des lettres, on voit des savants mettre en vente leurs terres pour acheter un manuscrit de Tite-Live (12), et le suffrage des rois couronne l'enthousiasme qui les porte à ce généreux sacrifice. Alphonse, roi d'Aragon, préfère la lecture de cette histoire aux accords des musiciens les plus renommés de son temps, et prétend avoir retrouvé même la santé du corps dans un ouvrage où il ne cherchait que des faits militaires et des principes de politique. A la même époque, un manuscrit de Tite-Live est regardé comme un des présents les plus précieux que les souverains puissent faire ou recevoir. Cosme de Médicis, pour obtenir une heureuse issue d'une négociation entamée à la cour de Naples, en envoie une belle copie à ce même Alphonse, et le soupçon de poison, si accrédité dans ce temps-là, n'empêche pas ce prince de l'ouvrir, de la feuilleter, de la lire, malgré l'opposition de ses médecins alarmés. Un pape, célèbre par ses lumières et par son amour des lettres, fonde une chaire pour expliquer Tite-Live dans ce même Capitole d'où un empereur frénétique avait voulu le bannir et d'où un autre pape avait lancé contre lui l'anathème. Enfin le suffrage le plus glorieux peut-être est celui de Henri IV, qui, disait-il, eût donné une de ses provinces pour la découverte d'une décade de l'historien romain. Un écrivain de ce mérite a dû souvent obtenir les honneurs de l'impression.

      Les éditeurs du Tite-Live de Deux-Ponts ont partagé en six âges les différentes éditions qui se sont succédé depuis 1469 jusqu'en 1738-1746, époque de l'édition publiée par Drakenborch. Cette notice forme cinquante-et-une pages in-8°, de petit texte : on y renvoie le lecteur. Nous nous contenterons d'observer que l'édition la plus rare est celle de Venise, 1470, et que les meilleures sont les suivantes : Elzévir, 1634, 3 vol. in-12, auxquels on a joint les notes de Gronovius, et 1665, 3 vol. in-8° ; Cum notis variorum, 3 vol. in-8°, 1679 ; celle de Doujat, Ad usum Delphini, 1676 et 1680, 6 vol. in-4° ; celle de Drakenborch, 7 vol. in-4°, 1738-1746, dont le septième contient plusieurs dissertations sur Tite-Live, entre autres celle de Morhoff De patavinitate, une notice des manuscrits, tant de ceux dont l'éditeur a fait usage que de ceux qu'il n'a pu se procurer, et une autre des éditions qui ont précédé la sienne ; de le Clerc, Amsterdam, 1710, 10 vol. in-12 ; d'Hearn, Oxford, 1708, 6 vol. in-8° ; de Crévier, 1735, 6 vol. in-4°, enrichie de notes savantes et précédée d'une préface écrite dans un latin élégant ; de Deux-Ponts, 1784, 13 vol. in-8°, réimprimée depuis, qui présente le texte de Drakenborch, comparée avec la seconde de Bâle, l'Aldine de Sigonius, celles de Gruter. de Gronovius et de Crévier, et qui réunit tous les suppléments de Freinshémius ; celle d'Ernesti, 5 vol. in-8°, 1801-1805, dont le cinquième est un Glossarium Livianum de 794 pages ; 10° celle de G.-A. Ruperti, Gœttingue, 1807-1809, 6 vol. in-8° (les tomes 5 et 6 renferment le commentaire) ; 11° l'édition revue par J. Carey, Londres, 1819, 5 vol. in-18, fait partie de la collection des classiques latins dite du Régent ; elle est faite d'après le travail de Drakenborch. 12° C'est lui qui a également servi de guide pour l'édition publiée à Stuttgart, 1820-1827, 15 vol. in-8° (peu élégante, mais offrant de grandes ressources l'étude), et 13° à celle de J.-T. Kreyssig, Leipsick, 1823-1824, 5 vol. in-8° ; les recherches des commentateurs précédents ont été mises en œuvre avec intelligence. Tite-Live occupe douze volumes (publiés de 1822 à 1826) dans la collection des classiques latins de Lemaire ; il s'y présente avec une masse de notes qu'on pourrait regarder comme surabondante. L'édition de Leipsick, 5 vol. in-8°, 1825, revue par Schaefer, ofïre de grands secours pour la critique ; le cinquième volume, qui se vend séparément, est occupé par le commentaire de Ruperti. On ne compte pas moins de vingt-six volumes consacrés à l'historien latin (Londres, 1828) dans la collection Valpy, démesurément étendue par la reproduction de commentaires prolixes. Il a été donné à Oxford, en 1840-1841, 4 vol. in-8°, et à Londres, 1842, 3 vol. in-8°, de bonnes éditions de Tite-Live ; la première reproduit les notes de Crévier, auxquelles H. Travers Twiss a ajouté les siennes et un index fort étendu.

      Tite-Live a été traduit dans toutes les langues. Les versions allemandes les plus récentes, indiquées par les éditeurs du Tite-Livre de Deux-Ponts, sont celles de J.-Fr. Wagner, 4 part. grand in-8°, 1776-1782, et de Cilano, Hambourg, 8 part. grand in-8°. Depuis ont paru celles d'Osterlag, Francfort, 1790-1798, 10 vol. in-8°, et de Oertel, Munich, 1821-1831, 10 vol. in-12. Les Italiens estiment beaucoup celle de Nardi, dont la première édition est de 1544, chez les Juntes ; elle a été réimprimée plusieurs fois, notamment à Milan, 1800, 10 vol. in-8°, et dans la même ville en 1826, 7 vol. in-8°, avec des additions et les suppléments de Freinshémius, traduits par Fr. Ambrosoli. Une autre traduction italienne de Tite-Live, par L. Mabil, a paru à Brescia de 1804 à 1816. Les Anglais en ont publié une, en 1744, avec les suppléments. Cet ouvrage est de plusieurs mains, comme on le voit par la souscription de l'épître dédicatoire à l'amiral Vernon. Les traducteurs professent, dans leur préface, une haute estime pour Rollin, et la prouvent à chaque page par la fidélité avec laquelle ils suivent ses histoires ancienne et romaine, partout où il se borne à traduire Tite-Live. Une version plus récente a paru sous le nom de M. George Baker, en 6 volumes in-8°, Londres, 1797 ; elle a été réimprimée plusieurs fois, notamment en 1833 et en 1847. Une autre traduction, due au docteur Spillan, a vu le jour à Londres en 1849-1853, 4 vol. in-8°. On ne peut mettre au rang des traductions françaises de Tite-Live le volume que Corbinelli a donné sous ce titre : Les Anciens historiens latins réduits en maximes, 1er vol. Tite-Live, Paris, 1694, in-12. La plus ancienne version complète fut donnée par Pierre Bercheure ou Berchoire, Paris, 1486-1487, 3 vol. in-fol. ; elle a été réimprimée en 1515. Celle de Vigenère a été imprimée pour la première fois en 1582, et pour la dernière en 1717. En 1653, Pierre Duryer en fit paraître une nouvelle, avec les suppléments de Freinshémius, Paris, 2 vol. in-fol. ; réimprimée la même année à Lyon, en 14 volumes in-12 ; et en 1700, à Rotterdam, 8 vol. in-12. Avant 1810, la dernière traduction complète de cet historien était celle de M. Guérin, ancien professeur de l'université ; elle était épuisée lorsque M. Cosson, professeur de la même université, entreprit de la rajeunir, et la fit reparaître en 1773, 10 vol. in-12. Quoiqu'elle ne fût pas sans mérite, Dureau de la Malle, encouragé par le succès de ses traductions de Tacite et de Salluste, ne désespéra pas de la surpasser ; et l'on ne peut nier que son travail ne soit bien supérieur à tout ce qui avait été fait jusqu'alors. Malheureusement la mort le frappa lorsqu'il n'était pas encore à la moitié de son ouvrage. Il laissait en manuscrit la première décade, les trois premiers livres et les treize premiers chapitres de la troisième, et les deux premiers livres de la quatrième. L'auteur de cet article mit à fin cette périlleuse entreprise ; et la traduction complète parut à Paris, avec le texte en regard, 1810 à 1812, 15 vol. in-8°. Une seconde édition du même ouvrage a été publiée en 1824, 17 vol. in-8°, dont les deux derniers contiennent neuf livres des suppléments de Freinshémius, qui conduisent l'histoire jusqu'à la destruction de Carthage et jusqu'à la mort de Viriathus. La Bibliothèque latine française, publiée par M. Panckoucke, renferme une traduction nouvelle de Tite-Live, due à MM. Liez, Verger, Dubois et Corpet (1831, 17 vol. in-8°, avec le texte latin). Une autre version, œuvre de onze traducteurs différents, parmi lesquels on compte MM. Ch. Nisard, le Bas et Kermoysan, figure dans la Collection des auteurs latins, mise au jour sous la direction de M. Désiré Nisard.
      Divers auteurs ont donné au public des fragments de Tite-Live. La première décade a été traduite par l'abbé Brunet, Paris, 1762, 3 vol. in-12. On a observé que cette traduction offrait une grande ressemblance avec celle de Guérin. Le trente-deuxième livre, traduit par le sieur de Malherbe (Paris, 1621, in-8°), forme un volume recherché à cause du nom du traducteur. Nous indiquerons successivement les discours de Tite-Live qui font partie des Harangues choisies des historiens latins, par Millet, 1764, 2 vol. in-12 ; ouvrage souvent réimprimé et reproduit en 1805 ; Narrations choisies de Tite-Live, avec des réflexions, Paris, 1808, 2 vol. in-12 ; Histoires choisies tirées de Tite-Live, par M. P..., ancien professeur (peut-être l'abbé Paul, traducteur de Florus et de Justinien), Paris, 1809, 2 vol. in-12 ; le Portrait de Caton, I. 39, n° 40, 41, Mercure de France, année 1771 ; Histoire de la famille de Hiéron, tirée du livre 24 par l'abbé Blanchet (Apologues et Contes orientaux, etc.) ; Discours de Quintus Capitolinus aux Romains, extrait du 3ème livre de Tite-Live, par de Lalli-Tolendal, Genève, 1790, brochure de 55 pages in-8°. On peut consulter l'ouvrage intitulé Jac. Phílippi Tomasini episcopi Æmoniensis Titus Livius Patavinus, 1630, in-4° ; 1670, petit in-12 et non in-4°, comme le dit le P. Niceron ; la Mothe le Vayer, t. 2, p. 307, édit. in-fol., de 163t ; la notice des historiens latins, par Rollin, Hist. anc., t. 12 ; la notice littéraire de Fabricius ; la comparaison de Thucydide et de Tite-Live, par le P. Rapin ; les mémoires de l'Académie des belles-lettres ; le septième volume de Drakenborch ; le cours de littérature de Laharpe ; discours de Machiavel sur la première décade ; Histoire du passage des Alpes par Annibal, Genève, 1818, in-8°, par M. Deluc, fils du célèbre naturaliste. Ce dernier ouvrage a été réfuté par de Fortia d'Urban, dans sa dissertation sur le passage du Rhône et des Alpes par Annibal, Paris, 1821, à la suite de laquelle il a joint un supplément au Tite-Live inséré dans la collection des auteurs classiques de Lemaire, Paris, 1823, qui achève d'éclaircir ce point d'histoire assez difficile. Letronne, dans un article du Journal des Savants, janvier 1819, p. 22, a achevé de renverser le système de M. Deluc (13).


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(1)  Tomasini, auteur de sa vie, lui donne deux fils et quatre filles.

(2)  Voyez, dans les poésies latines de Théodore de Bèze, une élégie touchante sur cette triste conformité.

(3)  Instit. orat., lib. 10, cap. 2.

(4)  Cours de littérature, t. 3, 1ère partie, p. 299.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 41 - Pages 596-600)

(5)  Ibid, p. 317.

(6)  Histoire ancienne, t. II, p. 211, édition de Letronne.

(7)  De histor. latin., lib. 1, cap. 19, p. 93, édition de 1651.

(8)  Livre 8, chap. 1.

(9)  Cours de littérature, t. 3, 1ère partie, p. 300.

(10)  Livre 4, Controvers., 4.

(11)  Suasor., 7, 6.

(12)  Voyez Bayle, art. Panormita.

(13)  Les ouvrages relatifs à l'examen, à la discussion du texte de Tite-Live se sont multipliés ; nous citerons les Emendationes Livianæ de J. Watch, Berlin, 1815, in-8°. (M. Visconti leur a consacré un article dans le Journal des Savants, septembre 1817.) De nombreux savants de l'Allemagne, Lachmann, Ermasch, Wolf, Winimer, Alschetsky, Kæstner, Welz, Schwab, se sont occupés de la critique du texte de Tite-Live. On a remarqué l'Essai de M. Taine sur Tite-Live, Paris 1852, et il existe un volume italien de A.-M. Meneghelli : Vita di Tito-Livio. Des recherches persévérantes feront peut-être découvrir quelque partie des livres de Tite-Live que le temps a détruits. En 1849, le Journal de l'instruction publique (n° du 20 janvier) a fait connaître, d'après un érudit allemand, Pertz, un fragment inédit du 98ème livre. Cest un palimpseste acheté à un libraire de Tolède ; il offre deux passages de huit à dix lignes chacun.




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