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Pape Urbain II (bienheureux)

Eudes / Odon de Châtillon (1042, à Lagery, près de Châtillon-sur-Marne - 29 juillet 1099, à Rome)
157ème pape - Pape du 12 mars 1088 au 29 juillet 1099
Fêté le 29 juillet
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Urbain II, élu pape le 12 mars 1088, succéda à Victor III, qui l'avait désigné en mourant pour le remplacer. Il était Français et portait le nom d'Eudes ou Odon, fils du seigneur de Lagny, près Châtillon-sur-Marne, ce qui l'a fait quelquefois désigner sous le nom d'Eudes de Chastillon. Il avait fait ses études à Reims, sous saint Bruno, et il devint chanoine de la cathédrale, puis archidiacre de la même ville. Retiré ensuite à Clugny, il y fut nommé prieur par saint Hugues, qui en était abbé et qui l'envoya au pape Grégoire VII. Ce pontife, frappé du mérite et des talents d'Odon, le nomma évêque d'Ostie et lui donna toute sa confiance. Quoique sincèrement attaché à Grégoire, Odon soutint fortement même à Didier, en présence de Henri, que le consentement de l'Empereur était nécessaire pour l'installation du pape. Il est à remarquer que cette dissidence d'opinion ne brouilla point l'évêque d'Ostie avec Didier, puisque celui-ci contribua puissamment à l'élévation d'Odon.

      Dès le lendemain de sa nomination, le nouveau pape, qui avait pris le nom d'Urbain II, en fit part à tous les catholiques et leur déclara par écrit qu'il suivrait en tout les traces de Grégoire VII. Cependant l'antipape (Voyez Guibert) était toujours dans Rome. Urbain ayant manifesté de l'indulgence pour ses partisans, les Romains se réunirent pour chasser honteusement Guibert, auquel ils firent promettre par serment qu'il n'usurperait plus le saint-siège. Mais il conservait toujours celui de Ravenne. La disposition des esprits ne tarda pas à changer. La prise de Mantoue par Henri rehaussa le courage des schismatiques, c'est-à-dire de ses partisans et de ceux de l'antipape, qu'ils rappellèrent alors dans les mêmes murs d'où ils venaient de l'expulser. Ces mouvements si fréquents, en sens contraires, se firent encore sentir plusieurs fois pendant le pontificat d'Urbain II et ne finirent que sous Pascal, son successeur, par la mort de l'auteur de ces troubles déplorables.

      La France attira bientôt l'attention d'Urbain. Le roi Philippe Ier venait de répudier sa femme Berthe, pour épouser Bertrade, femme de Foulques, comte d'Anjou et encore vivant. Ce divorce doublement criminel excita l'animadversion d'Urbain contre l'évêque de Senlis, qui avait donné la bénédiction nuptiale. Urbain écrivit à ce sujet une lettre très sévère à l'archevêque de Reims, pour lui intimer de faire réparer le scandale donné par son suffrage, de remontrer au roi la faute qu'il avait commise, et la nécessité de l'effacer. Philippe fut excommunié dans le concile d'Autun et dans celui de Clermont, mais avec des formes moins sévères que celles qui avaient été employées contre Robert, son aïeul. On sait au surplus que Philippe fut enfin absous, après avoir promis de quitter Bertrade.
      En 1095, un projet plus vaste appela Urbain II dans cette même France, où déjà avait éclaté le dessein de la première croisade. L'éloquence d'Urbain acheva, au concile de Clermont, ce que les inspirations de Pierre l'Ermite avaient si glorieusement commencé. Les peuples se crurent appelés par la voix même du ciel à des succès infaillibles, lorsque le chef suprême de la religion eut promis l'absolution des péchés et béni les armes de tous ceux qui combattraient dans cette sainte entreprise : leurs espérances ne furent point trompées. Mais ces grands tableaux historiques sortent du cercle dans lequel nous devons nous renfermer. Nos faibles esquisses pâliraient auprès de ces compositions brillantes qui sont récemment sorties du sein de nos premiers corps littéraires (1). Qu'il nous suffise de remarquer que ce fut un pape français, qui vint dans sa patrie donner le premier mouvement à cette révolution mémorable où le triomphe de la religion chrétienne amena des changements prodigieux dans les mœurs et dans la politique de tous les Etats civilisés, et prépara, par des résultats inespérés, l'affermissement des trônes et la liberté des peuples.

      En 1098, Urbain II revint en Italie ; il y tint le concile de Bari, où les Grecs se trouvèrent, et où il discuta la question de la procession du St-Esprit avec la supériorité de talent dont il avait déjà donné tant de preuves. Urbain vécut assez pour apprendre les premiers succès des croisés, qui s'étaient rendus maîtres d'Antioche, le 03 juin 1098 ; Jérusalem fut prise encore de son vivant, le 15 juillet 1099. Il mourut à Rome le 29, après onze ans quatre mois et dix-huit jours de pontificat. On trouve cinquante-neuf lettres d'Urbain II dans le recueil des conciles du P. Labbe. Sa vie, écrite en latin par Ruinart, d'une manière très intéressante, est insérée dans les Œuvres posthumes de dom Mabillon. Urbain eut pour successeur Pascal II.


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(1)  Voyez l'Influence des croisades, par le comte Maxime de Choiseul, de l'Académie des inscriptions, et l'Histoire des croisades, par Michaud, de l'Académie française.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 42 - Page 363)




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