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Witikind

(? - 807)
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Witikind (des deux anciens mots saxons wite kind, qui signifient l'enfant blanc) est un des héros les plus célèbres de l'ancienne Germanie. On n'a que des traditions fort incertaines sur son origine. Quelques chroniques du moyen-âge lui donnent pour père un prince Werneking, qui était un des principaux chefs de la nation saxonne.
      Cette nation puissante habitait le territoire compris entre le Rhin et l'Elbe, et elle s'avançait même au nord jusqu'à l'Oder. Tributaires des Francs Saliens dès les premiers siècles de la monarchie, les Saxons trouvaient dans ce tribut même un prétexte continuel de guerre. Ils essayèrent de profiter de l'éloignement de Charlemagne, occupé d'expéditions dans le midi de l'Europe, pour faire une irruption dans la partie septentrionale de ses Etats. L'empereur accourt, passe le Rhin à Worms, prend et rase la forteresse d'Eresbourg (1), boulevard de la Saxe, et reçoit sur les bords du Weser les supplications, les otages et les serments des vaincus. Son premier soin est de renverser l'idole qui était l'objet principal de la vénération du pays, et que nos historiens français, se copiant les uns les autres, appellent communément Irminsul (2).

      C'est alors (vers 772) que parut un nouvel Hermann, ce Witikind, le seul rival qui se montra digne de Charlemagne par sa valeur et par sa constance. Cet homme, aussi éloquent qu'intrépide, ne cessait d'exhorter les Saxons à la défense de leur pays. Non content de voler d'une peuplade à une autre pour les animer toutes de son esprit, il dirigea sa politique vers les puissances étrangères, et parvint ainsi à attirer les armes de l'empereur en Italie. Mais ce héros, accoutumé à passer rapidement d'une extrémité de ses vastes Etats à l'autre, reparaît tout à coup au milieu des Saxons (774) ; s'avance cette fois au delà du Weser ; et, après les avoir écrasés de nouveau, cède à leurs protestations de fidélité. Pendant que leur conversion au christianisme était la seule garantie qu'ils pussent lui offrir de leur soumission future, il voulut introduire le baptême parmi ces sauvages belliqueux ; mais les Angriens furent à peu près les seuls qui se montrèrent dociles.

      Deux ans se passèrent ensuite assez tranquillement. Mais en 776, l'amour de l'indépendance excite une nouvelle guerre, les Français sont battus, Eresbourg est repris. Alors l'infatigable Charlemagne revient contre les Saxons avec rapidité. Il les attaque, les défait à Siegenbourg (ville de la victoire) et les extermine à la bataille des sources de la Lippe. Ceux qui ont échappé au massacre demandent à genoux miséricorde et le baptême ; et le vainqueur consent à leur laisser la vie au prix d'une abjuration ; il élève des forts, s'empare des bourgades principales, désigne la ville de Paderborn pour être le lieu où se rendront les leudes, les grands de la France, et y convoque les principaux Saxons. Tous lui promirent ce qu'il exigea. Un seul de leurs chefs refusa d'y paraître ; cet homme était Witikind. Pendant que ses compatriotes s'humiliaient, il alla porter sa haine et sa douleur à la cour de Sigefroi, roi des Danois ou Normands. Cette époque n'est que trop remarquable : ce fut cette alliance de Witikind avec le chef de ces terribles Normands, ce furent ces continuelles instigations qui, pendant plus d'un siècle, les attirèrent sur les côtes de France.

      Se croyant désormais maître absolu de la Saxe, Charlemagne porte la guerre au delà des Pyrénées ; mais au moment même où il essuyait l'échec de Roncevaux, il apprend que les nouveaux chrétiens des pays situés entre le Rhin et le Weser ont derechef secoué son joug, et que Witikind, plus audacieux que jamais, se remet à leur tête. Charles, avec la rapidité de la foudre, passe d'Espagne en Westphalie, et atteint Witikind à Bucholt, sur les bords de la Lippe. Les Saxons, malgré les efforts héroïques de leur chef, sont terrassés et obligés d'implorer cette fois encore la clémence du vainqueur (779). Mais Charlemagne s'éloigne de nouveau, et Witikind médite aussitôt des projets de délivrance. A sa voix éclate une insurrection plus générale et plus violente qu'aucune de celles qui avaient précédé (Voyez Wnylas). Réprimée presque aussitôt, elle est réorganisée par Witikind. Le comte Théodoric, parent de l'empereur, marche à sa rencontre avec une armée considérable, partagée en trois corps. Le héros saxon-profite habilement de cette division, et, déployant contre les Français ce génie qui ne pouvait être vaincu que par celui de Charlemagne, il remporte la victoire la plus complète, au pied du mont Sinthal, près du Weser (782). Charlemagne ne voulut confier qu'à lui-même le soin de sa vengeance. A son aspect, les Saxons, frappés de terreur, demandent grâce comme s'ils étaient déjà vaincus. Cinq mille périssent massacrés à Verden, et expient ainsi le crime d'avoir été braves à Sinthal. Cette éclatante vengeance ne fit qu'exaspérer les Saxons et les rendre plus dociles aux insinuations de Witikind, qui, abandonné de tous les siens, réduit à prendre la fuite, épiait encore le moment de rentrer dans la lice, et ne tarda pas à y reparaître. La fureur qui le transportait aveugla sa prudence : trois fois il osa livrer bataille en plaine aux troupes françaises, mieux disciplinées que les siennes, et trois fois il éprouva la plus sanglante défaite. Instruit par l'expérience, il se remit sur la défensive, et profita avec habileté des montagnes et des forêts dont le théâtre de la guerre était hérissé.

      Après plusieurs campagnes où le sang coula par torrents, Charlemagne, convaincu que l'indomptable chef des Saxons ne lui laisserait que des déserts et des ruines, prit enfin la résolution de traiter directement avec Witikind. Il lui envoya des prélats qui vantèrent avec adresse les douceurs de la vie civile, les charmes de la paix, et s'attachèrent surtout à le convaincre de la sainteté du christianisme. La persuasion fit ce que n'avait pu faire la force des armes : Witikind, dépouillant toute haine, ne craignit pas de se lier à la générosité de Charlemagne. Il se rendit auprès de ce prince à Attigny-sur-Aisne, et témoigna le désir sincère d'être baptisé en sa présence, ainsi que plusieurs chefs saxons qui l'accompagnaient (786). C'est alors que Charlemagne lui conféra le titre de duc de Saxe, qui n'impliquait d'ailleurs aucun droit de souveraineté sur le pays. Witikind, étant retourné en Allemagne, se montra scrupuleux observateur des traités avec la France. Il fut tué en 807, dans un combat contre Gérold, duc de Souabe.

      Depuis sa conversion, sa vie fut si chrétienne, que quelques chroniques n'ont pas hésité à le mettre au rang des saints. Des généalogistes en font la tige de la troisième race de nos rois. « Sa postérité, dit Etienne Pasquier, commença de s'établir en France, et fut destinée pour la fin et clôture de celle de Charlemagne. » Selon cet auteur, Witikind II, fils du héros saxon, ayant pris au baptême le nom de Robert, fut père de Robert le Fort, bisaïeul de Hugues Capet (3). Sagittarius a publié, en 1619, une dissertation sur les tombeaux de la famille de Witikind, depuis la mort d'Othon le Riche. On peut aussi consulter Annales Witekindi, ainsi que Crusius et Schurszfleischer, qui ont écrit sur Witikind. J.-H. Boecler a donné une savante dissertation intitulée Le grand Vitikind, 1713, in-8°. On trouve dans la Bibliothèque politique d'El. Reusner l'indication de toutes les familles qui tirent leur origine de Witikind, et on peut chercher dans la Bio-bibliographie de M. Œttinger l'indication de plusieurs ouvrages relatifs à Witikind ; nous nous contenterons de signaler l'écrit de M. E. de Civry : Napoléon III et Abd-el-Kader, Charlemagne et Witikind, Etude historique, Paris, 1853, in-8°.

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(1)  Aujourd'hui Stadtberg, entre Cassel et Paderborn.

(2)  On est honteux de voir un écrivain tel que Gaillard réduit par l'ignorance de la langue tudesque à chercher quelle divinité grecque ou romaine représentait cette idole. L'étymologie même de ce nom d'Irminsul, quelque dénaturé qu'il ait été par lea Français, lui eût révélé que cette idole prétendue n'était qu'un monument érigé à la mémoire du célèbre Hermann, vainqueur de Varus, transformé en Arminius par les Romains : Hermann-Sæule, c'est-à-dire colonne d'Hermann. Cette colonne, enterrée par ordre de Charlemagne, fut retrouvée sous le règne de Louis le Débonnaire et transportée dans l'église d'Hildesheim. On célèbre encore tous les ans dans cette ville, la veille du dimanche Lætare, la destruction de cette idole prétendue des Saxons.

(3)  Cette opinion a peu de partisans de nos jours ; la plupart de nos érudits pensent, comme l'établit de Fortia d'Urban dans son Histoire généalogique de la maison de France, que Robert le Fort était d'orignal française et descendait de saint Arnould. maire du palais d'Austrasie et évêque de Metz au commencement du VIIème siècle.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 44 - Pages 731-732)



Dictionnaire universel d'histoire et de géographie de Bouillet

       Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, 20ème édition (1866), p. .




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