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Agathocles / Agathocle

(~ -359, à Thermes, en Sicile - -289 / 287, à Syracuse)
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      Agathocles, tyran de Syracuse, fils d'un potier de terre nommé Cercinus, qui, banni de Reggio, sa ville natale, s'était établi à Thermes, en Sicile, naquit vers l'an 359 avant J.-C.

      Les Syracusains goûtaient le fruit des victoires et de l'administration paternelle de Timoléon, qui, pour repeupler Syracuse, avait invité les Grecs à s'y établir. Cercinus s'y rendit avec son fils Agathocles, alors âgé de dix-huit ans. Agathocles exerça d'abord la même profession que son père, fit des vases et des statues d'argile, et servit ensuite comme simple soldat. Se beauté, sa taille et sa force extraordinaire le firent remarquer de Demase, général des Agrigentins, homme riche et sans mœurs, dont il devint le favori, et qui le fit nommer chiliarque, c'est-à-dire chef de mille hommes. Après la mort de Demase, il épousa sa veuve, héritière de ses richesses, et fut dès lors puissant dans Syracuse.

      Cette ville, depuis la mort de Timoléon, était de nouveau en proie aux factions et aux déchirements. Sosistrate, s'étant emparé de l'autorité, chassa Agathocles, qui penchait pour la démocratie, et le força de se réfugier à Crotone. Accueilli d'abord par les habitants de cette ville, mais ingrat envers eux, il voulut s'emparer de l'autorité, et fut obligé de s'enfuir pour se dérober à la fureur du peuple. Il éprouva le même sort à Tarente.

      N'ayant plus d'asile, son caractère audacieux lui suggéra l'idée d'assembler une bande de brigands, et de vivre de rapine à leur tête. C'est ainsi qu'il se rendit d'abord redoutable en Sicile. Cependant son ennemi Sosistrate ayant été chassé à son tour de Syracuse, avec plus de six cents des principaux citoyens que le peuple accusait de vouloir abolir la démocratie, Agathocles fut rappelé, et on lui donna le commandement de l'armée destinée à combattre le parti de Sosistrate ; il exerça l'autorité militaire avec plus de valeur que de désintéressement ; car, ayant défait les troupes réunies de Sosistrate et des Carthaginois, dans un combat où il reçut sept blessures, il s'empara aussitôt du pouvoir souverain, et aspira ouvertement à la tyrannie. Les Syracusains alarmés, et n'osant plus se confier à aucun de leurs concitoyens, eurent recours aux Corinthiens, qui leur envoyèrent Acestoride pour les commander. Ce général ne vit d'autre moyen de délivrer Syracuse que de faire mourir Agathocles. Instruit du danger, ce tyran n'évita la mort qu'en faisant prendre ses armes et ses habits à un jeune homme qui lui ressemblait, et que des gardes apostés assassinèrent, croyant le tuer lui-même. Il s'échappa, leva des troupes à la hâte, et parut tout à coup devant Syracuse, où personne ne doutait de sa mort. Les habitants effrayés lui envoient des ambassadeurs, et lui offrent de le rappeler, s'il veut s'engager par serment à licencier ses troupes, et à ne rien entreprendre contre la liberté publique. Ce fut dans le temple de Cérès qu'Agathtocles donna solennellement cette vaine garantie aux Syracusains. Oubliant bientôt ses serments, il gagne ses soldats par ses largesses, recherche la faveur de la populace, se déclare son protecteur, et se fait nommer genéral en chef malgré le sénat.

      Résolu alors de se défaire de tous ceux qui pouvaient encore traverser ses desseins, il assemble ses soldats hors de Syracuse, et leur dit qu'avant de tourner leurs armes contre les ennemis extérieurs, il faut purger Syracuse de six cents tyrans ou ennemis du peuple, bien plus dangereux que les Carthaginois mêmes ; provoquant ainsi le massacre de tout le corps de la noblesse, dont il promet les dépouilles à ses soldats. A peine a-t-il achevé sa harangue homicide, que la trompette donne le signal du massacre. En peu d'heures, 4000 personnes tombent sous le fer des mercenaires d'Agathocles, qui leur permet de tuer et de piller pendant deux jours et deux nuits : les rues de Syracuse étaient couvertes de corps morts ; le troisième jour, Agathocles assemble tous ceux qui avaient survécu à cette boucherie, et leur déclare que la grandeur du mal l'avait obligé d'y appliquer un remède violent, mais que son dessein est de rétablir la démocratie, et de se retirer ensuite pour mener une vie libre et tranquille. A ces mots, il jette son épée, se confond dans la foule, et laisse dans la consternation les assassins auxquels il avait abandonné les dépouilles de ses victimes. Ceux-ci, voulant s'assurer l'impunité, et jugeant qu'Agathocles désirait se faire offrir la couronne, lui déférèrent le pouvoir souverain, avec une autorité absolue et sang bornes. Agathocles signala sa puissance en ordonnant l'abolition de toutes les dettes, et le partage égal des terres entre les riches et les pauvres. Sûr alors de l'affection du peuple, et de l'impuissance de ses adversaires, il change de conduite, devient accessible, équitable, donne plusieurs lois sages, met de l'ordre dans Ies finances, fait forger des armes, construire des vaisseaux, et n'oublie rien pour se concilier la bienveillance de ses sujets, afin qu'ils le secondent dans ses vues ambitieuses. En effet, en moins de deux ans, il soumit toute la Sicile, à l'exception de quelques places qui restaient encore aux Carthaginois.

      Alarmée du succès d'Agathocles, la république de Carthage envoya contre lui une armée sous les ordres d'Amilcar. Les mécontents se joignirent à Amilcar aux environs d'Himera. Agathocles attaqua ce général, força ses retranchements, et aurait remporté une victoire complète, si les Syracusains ne s'étaient amusés à piller le camp des vaincus. Un renfort venu à propos, trouvant les vainqueurs en désordre, ramena les fuyards à la charge, et tailla en pièces les Syracusains, en l'an 311 avant J.-C. Agathocles fut contraint de se réfugier d'abord à Géla, puis dans sa capitale, dont Iles Carthaginois formèrent le siège. Ce fut dans cette extrémité qu'il conçut l'audacieux projet de porter la guerre en Afrique, se flattant d'obliger les Carthaginois d'abandonner au moins la Sicile. Aucun obstacle ne put arrêter Agathocles. Il arma les esclaves, forma une armée de 14.000 hommes d'élite, pourvut à la sûreté de Syracuse, dont il donna le commandement à son frère Antandres, et, lui laissant la moitié des familles puissantes, il emmena avec lui l'autre moitié, pour qu'ainsi divisés, les principaux Syracusains servissent réciproquement d'otages ; puis, mettant à la voile avec soixante galères, il trompe la vigilance des assiégeants qui le poursuivent, remporte une victoire navale, débarque en Afrique, et brûle ses vaisseaux, pour ne laisser à ses soldats d'autres ressources que la victoire.

      La nouvelle de ce débarquement jeta la consternation dans Carthage : cette république n'avait point d'armée à opposer aux Syracusains ; mais les Carthaginois ayant tous pris les armes. 40.000 hommes marchèrent contre Agathocles et furent défaits par la trahison de Bomilcar, qui laissa tailler en pièces les troupes d'Hannon. Celui-ci périt dans le combat. Rien alors ne s'opposa plus aux progrès d'Agathocles ; il réduisit sous son obéissance toutes les villes sujettes aux Carthaginois, et se prépara même à mettre le siège devant Carthage. Tous les peuple de la Libye, qui supportaient impatiemment le joug, se déclarèrent pour Agathocles, et Ophellas, roi des Cyrénéens, le joignit avec 20.000 hommes, sous la condition qu'il aurait toute l'Afrique, et Agathocles toute la Sicile ; mais, par la plus noire perfidie, le tyran de Syracuse, après avoir attiré Ophellas sous le voile de l'amitié, le fit tuer, et à force de promesses, engagea ses soldats, qui n'avaient plus de chef, à servir dans son armée. Prenant aussitôt le titre de roi d'Afrique. il investit Carthage, dans l'espoir de sen emparer par famine. Cependant son audacieuse entreprise avait déjà sauvé Syracuse. Amilcar, qui avait reçu l'ordre de ramener son armée en Afrique, voulut, avant son départ, emporter la ville d'assaut. Comme il fut repoussé et fait prisonnier, les Syracusains lui coupèrent la tête et l'envoyèrent à Agathocles. Informé néanmoins qu'après la défaite des Carthaginois, plusieurs villes s'étaient ligu&eacue;es pour se soustraire à sa domination, le tyran de Syracuse jugea sa présence nécessaire en Sicile, et repassa la mer, laissant le comnandement de l'armée d'Afrique à son fils Archagathe. Le bruit de ses victoires l'ayant précédé en Sicile, son arrivée subite répandit une telle frayeur, que tout rentra presque aussitôt sous son obéissance. Sans perdre de temps, il retourne en Afrique ; mais tout y avait déjà changé de face ; son fils Archagathe venait de perdre une bataille, et son armée, qui manquait de vivres, était sur le point de se révolter. Agathocles, au désespoir, attaque le camp ennemi ; mais il est repoussé, et les Africains l'abandonnent après cet échec. Ne se trouvant plus en état de résister aux Carthaginois, et manquant de vaisseaux. il ne songe qu'à se sauver seul, avec quelques amis, et Héraclide le plus jeune de ses fils qu'il aimait tendrement ; mais son dessein est découvert, les soldats courent aux armes, se révoltent, se saisissent d'Agathocles et l'emprisonnent. L'armée une fois sans chef, tout n'est que confusion et désordre. Une terreur panique est semée de nuit dans le camp. Agathocles en profte pour s'évader et mettre à la voile, laissant ses deux fils exposés à la fureur des soldats, qui les massacrent, élisent d'autres chefs, et font la paix avec les Carthaginois. Diodore de Sicile observe qu'Agathocles perdit son armée et ses enfants le même mois et le même jour qu'il avait fait périr Ophellas.

      Malgré cette fuite honteuse, Agathocles, à peine débarqué en Sicile, marcha contre les Egestins qui s'étaient révoltés, prit leur ville d'assaut, et fit égorger lea habitants sans distinction d'âge ni de sexe ; puis, tournant sa fureur contre tous ceux qui, par les liens du sang et de l'amitié, tenaient aux soldats d'Afrique qui venaient de massacrer deux de ses fils, il remplit Syracuse de carnage ; les enfants mêmes ne furent point épargnés. Tant de cruautés ne firent qu'augmenter le nombre de ses ennemis, et la plupart se joignirent à Dinocrate qu'il avait banni de Syracuse. Effrayé de ce danger. Agathocles rechercha l'amitié des Carthaginois, et acheta la paix par la cession de toutes les places qu'ils avaient possédées autrefois en Sicile ; il envoya même des ambassadeurs à Dinocrate, pour lui offrir la souveraineté, moyennant deux fortereses qui pussent lui servir de retraite ; mais Dinocrate, dont l'armée était de 20.000 fantassins et le 3.000 chevaux, rejeta sa proposition. Agathocles l'attaque aussitôt dans son camp, et remporte une victoire complète, quoiqu'il n'eût que 5,000 fantassins et 800 cavaliers ; les restes de l'armée vaincue mettent bas les armes, Agathocles leur ayant promis la vie ; mais, à peine sont-ils désarmés, qu'il les fait tous massacrer, à l'exception du seul Dinocrate, auquel il trouve une telle conformité avec lui, que, sans hésiter, il lui accorde son amitié et toute sa confiance.

      Agathocles passa ensuite en Italie, où il subjugua les Bruttiens, plutôt par la terreur de son nom que par la force des armes ; puis il dévasta les îles Lipariennes ; et, pour compléter une contribution de 100 talents imposée aux insulaires, il pilla leur trésor sacré, et dépouilla leurs temples, revint à Syracuse, et essuya en mer une si violente tempète, que tous ses vaisseaux périrent, à l'exception de celui qu'il montait. Une mort plus terrible lui était réservée dans sa propre famille. Son petit-fils Archagathe, qu'il voulait écarter du trône pour en assurer la possesion à Agathocles son fils, se révolta, fit périr son concurrent, et excita Ménon à empoisonner le tyran dont il était le favori, mais qui lui avait fait le plus sanglant outrage. Ménon trempa le cure-dent d'Agathocles dans un poison si subtil que, dès que ce prince s'en fut servi, ses dents et ses gencives se consumèrent ; tout son corps se couvrit de plaies, et ses souffrances devinrent si cruelles, que, pour s'en délivrer, il se fit porter vivant sur un bûcher auquel on mit le feu. Ainsi périt Agathocles, en l'an 287 avant J.-C., à l'âge de 72 ans, après en avoir régné 28. Malgré le témoignage de l'histoire, le genre de sa mort a paru si extraordinaire, que quelques écrivains l'ont révoqué en doute. Agathocles, disent-ils, était alors septuagénaire ; ainsi le chagrin que lui causa la révolte d'Archagathe, et la mort de son, fils, durent suffire pour abréger ses jours. Quoi qu'il en soit, la vie de ce tyran offre des traits apparents de modestie et de grandeur d'âme qui sembleraient peu compatibles avec ses vices et sa cruauté, si l'on ne savait que le cœur humain sait allier les contraires et réunir les extrêmes. Il se faisait gloire, par exemple, de son origine obscure ; et, parvenu au pouvoir suprême, il affecta de faire mêler des vases de terre aux vases d'or qu'on servait sur sa table, disant qu'il n'était pas moins potier, quoiqu'il portât le diadème, ce qu'Ausone a très bien exprimé dans une pièce de vers dont voici la fin :

            Rex ego qui sum
Sicaniae, figulo sum genitore satus.
Fortunam reverenter habe quicumque repente
Dives ab exili progrediere loco.

      Agathocles affectait aussi de se montrer aux assemblées publiques, seul et sans gardes. Là, naturellement railleur et comédien, il contrefaisait avec tant de vérité les orateurs qui étaient auprès de lui, que le le peuple en riait aux éclats, et oubliait sa tyrannie en faveur de sa popularité. L'opinion de Polybe est qu'Agathodes ne dut son élévation et ses succès qu'à ses grands talents et à sa valeur ; Timée prétend au contraire qu'ils furent uniquement l'ouvrage de la fortune ; mais cet historien a été réfuté en cela par Polybe, qui lui reproche sa partialité. Diodore de Sicile, qui nous a fait connaître Agathocles, loue l'exactitude de Timée dans les choses où il ne pouvait satisfaire sa malignité contre ce tyran, qui l'avait chassé de Sicile. Scipion l'Africain pensait comme Polybe à l'égard d'Agathocles. Consulté un jour sur les hommes célèbres qui avaient, à son avis, témoigné le plus de prudence dans l'arrangement de leurs desseins, et de hardiesse dans l'exécution, il désigna Denys l'Ancien et Agathocles. C'est évidemment de ce dernier que Scipion apprit que, pour vaincre Carthage, il fallait l'attaquer en Afrique. En répondant à Fabius, qui n'approuvait pas une entreprise si hardie, ce grand homme n'oublia point de citer l'exemple d'Agathocles ; mais la prudence, l'habileté et la valeur d'Agathocles n'en ont pas moins été effacées par ses perfidies et sa cruauté. La Vie d'Agathocles, publiée à Londres en 1661, et traduite en français par Eidous, Paris, 1752, in-8°, est une sorte de satire de la tyrannie de Cromwell. Agathocles a fourni à Voltaire le sujet de sa dernière tragédie. M. Philippon a publié un petit ouvrage intitulé : Agathocles et Monk, ou l'Art d'abattre et de relever les trônes, Orléans, 1797, in-18.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 1 - Pages 215-217)




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