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Alexis Ier Comnène

(1048, à Constantinople - 1118)
Empereur d'Orient de 1081 à 1118
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Alexis Ier Comnène, empereur de Constantinople, né en 1048, était le troisième des cinq fils de Jean Comnène, frère de l'empereur Isaac. qui voulut en vain faire passer la couronne qu'il abdiquait sur la tête de ce frère chéri. Jean, effrayé du délabrement de l'empire, refusa le sceptre avec fermeté, et ce ne fut qu'après les règnes de Constantin Ducas, d'Eudocie, de Romain Diogène, de Michel Parapinace et de Nicéphore Botoniate, qu'Alexis ressaisit l'héritage dédaigné par son père, et dont ses talents retardèrent la ruine.

      Cependant, avant de rendre, comme souverain, quelque gloire à l'empire d'Orient, Alexis le servit en sujet fidèle et en habile guerrier ; sa valeur, sa prudence et sa politique sauvèrent l'Etat de plusieurs crises dangereuses. Ce fut sous le règne de Michel Parapinace qu'il commença sa carrière militaire, sous les ordres de son frère Isaac, qu'on envoyait contre les Turcs. La défection d'un chef des Francs (c'était ainsi que les Grecs désignaient alors les peuples occidentaux), nommé Oursel ou Rusélius, mit bientôt les deux frères dans le plus grand danger. Isaac tomba entre les mains des Turcs. Alexis, avec une faible escorte, retourna à Constantinople à travers mille périls, pour y chercher la rançon de son frère ; et il la rapportait aux Turcs, lorsqu'il rencontra, à Ancyre, Isaac, déjà remis en liberté ; mais il leur fallut encore courir de grands dangers pour regagner la capitale. La jalousie de l'empereur et des ministres les y retint dans l'inaction. Cependant Oursel devenant tous les jours plus redoutable, et les armées de l'empereur ayant essuyé des défaites réitérées, on jeta les yeux sur Alexis, qu'appelait la confiance des troupes. Privé de ressources et de moyens, il employa tour à tour la ruse, la politique et la surprise contre un ennemi habile et aguerri, qu'il parvint enfin à se faire livrer par le tutac, général turc : ce dernier venait de s'allier avec Oursel, et le vendit pour une somme d'argent, qu'Alexis persuada aux habitants d'Amasée de payer. Il ramena son prisonnier à Constantinople, en le traitant avec une générosité et une douceur que l'empereur Michel n'imita point. Le sceptre allait échapper à ce faible prince ; Bryenne, gouverneur de Dyrrachium, avait levé l'étendard de la révolte ; Alexis est envoyé contre lui et repousse ses attaques ; Michel, reconnaissant, accorde au vainqueur la main d'Irène, petite-fille de Jean Ducas. Mais, au même moment, Nicéphore Botoniate, commandant des troupes d'Asie, est proclamé empereur à Nicée ; Constantinople s'agite ; Alexis s'efforce en vain de dissiper par des conseils énergiques les incertitudes et la frayeur de son prince ; Botoniate marche vers le Bosphore ; Michel se démet de l'empire, et Alexis lui-même fait au nouveau souverain la soumission la plus noble. « Ma fidélité envers votre prédécesseur, lui dit-il, vous répond de celle que je vous jure aujourd'hui. » Le nouvel empereur l'opposa sur-le-champ à Bryenne, qui poursuivait ses projets et s'avançait à grandes journées. Alexis lui livra bataille à Calabrya, en Thrace ; la victoire fut longtemps balancée ; mais enfin Bryenne fut fait prisonnier. Alexis ne fut pas moins heureux contre Basilace, nouveau rebelle qui venait de surprendre Thessalonique. L'année suivante, il étouffa encore la révolte des Patzinaces, peuples habitants des rives du Danube. Tant de services ne firent qu'exciter la haine des vils ministres qui entouraient Botoniate ; on résolut, dans le conseil, la perte de Comnène. Alexis, prévenu de ce qui se passait, et déjà excité par l'impératrice Marie, consulte Pacurien, officier plein d'expérience, qui lui propose de partir sur-le-champ pour l'armée. Alexis, son frère, et quelques amis, sortent le lendemain matin de Constantinople, et se rendent à Zurule, où était le camp ; la noblesse de Constantinople et le César Jean Ducas se joignent à eux, et Alexis est proclamé empereur, en 1081, du consentement d'Isaac, son aîné.

      Son premier soin fut de marcher à Constantinople. La ville fut surprise le jeudi saint, et livrée à un pillage horrible. Pour adoucir l'odieux que ce désastre jetait sur lui, le nouvel empereur en témoigna un vif repentir et se soumit à une pénitence publique. Botoniate fut relégué dans un cloître. Entouré de factions et d'ambitieux, Alexis fut obligé de créer une multitude de grandes dignités, pour satisfaire ses rivaux, ses parents et ses partisans ; il fit ensuite couronner Irène, et confia une partie de l'administration à sa propre mère, Anne Dalascène, princesse d'un grand mérite. La situation de l'empire réclamait toute l'activité et tous les talents d'Alexis : d'un côté, les Turcs ravageaient l'Asie ; de l'autre, Robert Guiscard, duc de Pouille et de Calabre, et fils de Tancrède de Hauteville, avait porté ses armes dans la Grèce, sous prétexte de rendre la couronne à un imposteur, qu'il faisait passer pour Michel Parapinace. Guiscard assiégeait Dyrrachium, que défendait George Paléologue, un des meilleurs généraux d'Alexis. L'empereur vole au secours de cette ville, engage les Vénitiens à faire une diversion en sa faveur, et parvient à affamer le camp de son ennemi ; mais il cède à l'impatience de livrer bataille, et Robert Guiscard taille en pièces la fleur de l'armée grecque, prend Dyrrachium, et fait venir de nouvelles troupes pour continuer ses conquêtes. Alexis, sans se laisser abattre, rassemble les trésors de sa famille, s'empare, non sans exciter quelques troubles, de l'argent des églises ; décide Henri, empereur d'Allemagne, à attaquer l'Italie, et, par là, force Robert à y retourner. Cependant Bohémond, fils de Guiscard, continuait les conquêtes de son père en Illyrie ; il battit deux fois Alexis, qui eut à son tour plusieurs avantages. Robert accourut furieux ; mais les Vénitiens et les Grecs le défirent complètement, et bientôt après, la mort délivra l'empire de ce dangereux ennemi. Dyrrachium et les autres places enlevées par lui retournèrent sous la domination d'Alexis, qui soutint aussitôt une nouvelle guerre contre les Scythes, dont une multitude innombrable avaient passé le Danube, et ravageaient la Thrace ; ils battirent successivement les généraux Pacurien, Branas, et l'empereur lui-même, qui finit néanmoins par les défaire entièrement, et les forcer à la paix.

      Déjà l'Asie avait besoin de sa présence. Tzachas, chef d'un parti turc, s'était déclaré indépendant, et avait pris Mytilène et plusieurs autres villes. Alexis envoya contre lui Jean Ducas, qui le combattit sur terre, tandis que l'amiral Dalassène l'attaquait sur mer, et menaçait ses ports. Tzachas, pressé de toutes parts, se soumit au sultan son beau-père, qui le fit assassiner et signa ensuite la paix avec Alexis. Les Scythes, révoltés de nouveau, donnèrent dans un piège que leur tendit Acalasée, officier grec : ils y perdirent leurs principaux chefs et leurs meilleures troupes. L'année suivante, ils revinrent encore, et perdirent deux batailles. Alexis put se flatter d'avoir procuré quelque repos à l'empire ; il revint à Constantinople, où il distribua une partie du butin aux militaires qui s'étaient le plus distingués.
      Mais un des plus grands événements dont l'histoire ait conservé le souvenir allait mettre Alexis dans la position la plus difficile. Il apprit, d'abord avec joie, mais bientôt avec une extrême inquiétude, la nouvelle de l'approche des croisés, dont il avait lui-même sollicité les secours. En 1096, il vit, dans l'espace d'un an, toute l'Europe armée se diriger vers ses Etats, et les chefs de la croisade, tantôt solliciter son appui, tantôt l'insulter dans son propre palais, commettre mille dégâts autour de Constantinople, le menacer d'une guerre dangereuse, ou lui demander impérieusement des secours, qu'il leur promit pour s'en délivrer, qu'il ne put pas toujours leur donner, et qu'il leur refusa peut-être aussi quelquefois, dans l'intention de faire échouer des alliés si dangereux (1). Alexis, effrayé de leur présence dans sa capitale, se hâta de faciliter leur passage en Asie ; il concourut même avec eux à la prise de Nicée, et aux premiers combats livrés aux mahométans ; mais les croisés se plaignirent bientôt de ce qu'il gardait adroitement leurs conquêtes, et de ce qu'il les laissait manquer de vivres. Cependant, Tatice, général d'Alexis, coopérait faiblement avec les croisés ; à la vérité, l'empereur avait encore les Turcs à repousser du cœur de ses Etats. Jean Ducas les battit près d'Ephèse ; Alexis fit alors un armement considérable pour secourir les croisés ; mais, en apprenant leur triste position dans Antioche, où ils étaient assiégés, il jugea plus prudent de se retirer. Les écrivains latins lui ont vivement reproché cette perfidie ; et, lorsque les chefs européens eurent achevé la conquête et le partage de la Syrie et de la Palestine, Alexis ayant réclamé les places qui lui avaient été promises, elles lui furent refusées, et Bohémond lui déclara la guerre. Tatice et Cantacuzène, généraux d'Alexis, battirent les troupes de Bohémond et la flotte des Pisans, ses alliés. Bohémond lui-même fut sur le point d'être pris dans Laodicée ; mais, s'étant échappé, il courut en Europe chercher de nouveaux secours contre l'empereur grec, et bientôt il débarqua près de Dyrrachium, devant laquelle il mit le siège. La ville fut vaillamment défendue, et Alexis, à la tête d'une armée d'observation, coupa les vivres de l'année ennemie, et reluisit Bohémond à une telle extrémité, que ce fier croisé fut obligé de demander la paix. Les Turcs ayant ravagé, de nouveau l'Asie Mineure, Alexis les battit encore ; il eut aussi à combattre les manichéens, dont il avait voulu réprimer les erreurs ; on lui reproche à cette occasion quelques traits d'une excessive sévérité. Cependant Alexis, en d'autres circonstances, montra beaucoup d'humanité ; il fit grâce à plusieurs conspirateurs qui attentèrent à sa vie. L'amour de ses sujets, que ses talents et ses grandes qualités lui avaient d'abord acquis, s'était refroidi dans ses dernières années, et la longueur de son règne semblait avoir fatigué la patience de Constantinople.

      Il mourut, en l'an 1118, de la goutte qu'un froid très vif fit remonter dans la poitrine. A ses derniers moments, l'impératrice et sa fille Anne Comnène le sollicitèrent vivement d'exclure du trône son fils Jean Comnène, et de mettre la couronne sur la tête de Bryenne, mari d'Anne ; il le refusa constamment. Son règne avait duré 37 ans. Les historiens qui ont parlé de ce prince l'ont peint sous des couleurs bien différentes ; sa fille, Anne Comnène, qui a écrit sa vie, divisée en 15 livres, cherche à justifier toute sa conduite : il est certain néanmoins qu'il eut trop souvent recours aux artifices d'une politique insidieuse ; mais la faiblesse de ses Etats et la difficulté des circonstances dans lesquelles il se trouva peuvent servir à justifier cette conduite tortueuse. Les histoires de Zonare et de Glycas finissent au règne de ce prince.


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(1)  On rapporte qu'un de ces croisés, que l'histoire désigne sous le nom de comte de Paris, vint s'asseoir sur le trône impérial, en disant insolemment que l'empereur était un rustre, qui ne devait pas être assis, lorsque tant de grands capitaines restaient debout.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 1 - Pages 447-449)


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