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Albert Pike

article de Diogène Gondeau (février 1934)
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Cet article a paru originellement dans le N°181 de la revue Le Symbolisme (février 1934). Il a été ressaisi et corrigé par France-Spiritualités.

      Né à Boston, le 29 décembre 1809, le futur Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des Etats-Unis fit ses études aux écoles publiques de sa ville natale et passa l'examen le rendant admissible à l'Université de Harvard ; mais ses parents ne purent subvenir à ses frais d'études supérieures et leur fils dut gagner sa vie comme modeste instituteur de 1825 à 1831. Voulant tenter fortune, il prit part à une expédition commerciale, qui lui valut de périlleuses aventures dans des régions alors mexicaines et peuplées surtout de Peaux-Rouges. Revenu vers la civilisation, il se fixa dans l'Arkansas, à Van Buren. où il ouvrit une école.

      Pike prit alors part aux luttes politiques en rédigeant des articles qui furent remarqués et lui valurent la direction d'un journal de Little Rock. Du coup, il étudia le droit et devint avocat en 1834. La campagne du Mexique fit du juriste un soldat courageux et perspicace, ne craignant pas de dénoncer les erreurs du commandement.

      De 1853 à 1857, l'avocat soutint à la NouvelleOrléans les revendications juridiques des Chactas, auxquels s'appliquait le droit romain resté en vigueur en Louisiane. De retour en Arkansas, Pike fut élevé à la suprême magistrature de cet Etat.

      La guerre de Sécession mit Albert Pike à la tête d'une brigade recrutée parmi les Indiens. Pas plus que d'autres chefs et en dépit de l'influence qu'il exerçait sur ces cavaliers impétueux, il ne réussit à les tenir en main, d'où des actes de sauvagerie dont le général fut rendu responsable, contrairement à toute équité, l'indiscipline des Peaux-Rouges étant irrémédiable.

      Redevenu avocat, Pike vint à Memphis, puis à Alexandria (Virginie) en 1868. A partir de 1870, il se fixa à Washington, où il mourut le 02 avril 1891.

      En 1850, il avait reçu la Lumière à Little Rock. L'étude de la Maçonnerie le captivant, il ne tarda pas à publier une histoire du Rite Ecossais, mais son œuvre maîtresse demeure Morals and Dogma, où s'étale toute sa vaste érudition. Grand Commandeur depuis 1859, le Maçon juriste, patriote et poète, s'efforce dans ce livre de moraliser ses FF:. titulaires des hauts grades. Sa morale est démocratique et prêche la tolérance en matière religieuse ; elle ne soulève aucune critique. Quant au dogme annoncé par l'auteur, il ne se dégage guère de dissertations mêlées, empruntées le plus souvent à des écrivains occultistes, en particulier à Eliphas Lévi.

      Comme l'a fait remarquer le F:. Roscoe Pound (1), qui nous sert ici de guide, son compatriote s'est fait lui-même, en pur Américain, au milieu d'un tumulte qui ne saurait se prêter à ce recueillement que le philosophe maçonnique allemand Krause trouva dans l'ambiance claustrale d'une calme université du vieux monde. Pike s'est formé dans des milieux âprement agités où il se fit le défenseur du droit et de la liberté. Redoutant la tyrannie, il la voyait menaçante sous mille formes, prompte à exploiter les faiblesses, les erreurs et surtout les vices de citoyens qui ne peuvent rester libres, s'ils cessent de mériter la liberté. La grande préoccupation du patriote démocrate lui dicte des phrases fort bien venues littérairement, car l'écrivain est poète et les strophes que lui inspira la bataille de Buena Vista continuent à être récitées. Raisonneur dans la vie pratique, c'était en son intimité un puissant imaginatif, aimant rêver et se plaisant à s'assimiler les rêves d'autrui. L'attirance du mystère le conduisit à la porte du Temple, où il pénétra pieusement, dans l'intention de tout approfondir.

      Sa tournure d'esprit devait cependant le détourner de l'effort initiatique ; il crut devoir lire beaucoup, en diverses langues, ne craignant pas de remonter jusqu'au Zend Avesta et au Rig Véda. Peut-être lui eût-il été plus profitable de s'en tenir aux données élémentaires du Maçonnisme, mais le Rite d'York n'offre pas à cet égard une base solide et le rituel écossais des trois premiers degrés ne semble pas avoir été apprécié par l'adepte enthousiaste des grades supérieurs.

      Sur le symbolisme de ces derniers, l'auteur de Morals and Dogma observe une discrétion décevante. Il se borne à y rattacher un enseignement moral, qui tient fort bien par lui-même, sans impliquer la dénomination et la mise en scène des grades successifs de la hiérarchie écossaise.

      Quoi qu'il en soit, Albert Pike compte de fervents admirateurs et demeure la gloire incontestée de l'Ecossisme américain. Il voulut spiritualiser la Maçonnerie et ne perdit pas sa peine à cet égard. Son prestige fait lire ses éloquentes dissertations, dont le style parfois sybillin stimule l'activité des esprits épris de mystérieux.


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(1)  The Philosophy of Masonry. Five lectures delivered under the auspices of the Grand Master of Massachusetts, Masonic Temple, Boston, by Br:. Roscoe Pound, Professor of Jurisprudence in Harvard University. – The Builder 1915, IV Pike, pages 78-82.




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